Le concept de partage de revenus (voir l'article qui explique ce sysème économique, et l'article qui en expose les avantages et désavantages pour plus d'informations) apporte de nombreuses questions, et nous oblige à réfléchir à des éléments pour lesquels les réponses nous sont données lorsqu’on évolue dans un système économique qui s’impose comme naturel.

Voici, en vrac, des questions auxquelles nous réfléchissons, de même que des interrogations que les gens partagent avec nous lorsque nous leur parlons du projet du Manoir. Pour le plaisir de vous inviter à développer vos propres réflexions sans introduire (trop) de biais, nous gardons nos pistes de réponses pour un prochain épisode ;-). Ce travail est d'ailleurs toujours en évolution et, afin de favoriser la participation de plus de gens au projet, nous vous donnons la possibilité d'y prendre part. Vous pouvez donc ajouter vos propres questions, suggestions, commentaires, pistes de réponses, directement sur notre document de travail google drive.

En passant, ces diverses questions ont souvent déjà été rencontrées par des communautés à partage de revenus existantes, et diverses solutions ont été proposées et essayées. Ce n'est pas juste des idées folles!

Qu'est-ce qui compte?

Qu'est-ce qui compte comme des heures de travail, et quelles dépenses sont défrayées par la communauté? Sur quelle base, ou à l'autel de quelles valeurs ou principes peut-on le déterminer?

Considérant que nous ne calculons plus la contribution en terme d'argent, mais en terme de temps, sur le principe de « 1h vaut 1h », quels enjeux est-ce que cela soulève? Au niveau de l'égalité et de la justice? Au niveau de la productivité, et de la « nécessité » matérielle de rendement : il faut quand même qu'au bout du compte, tout le monde mange et que nos dépenses d'habitation (hypothèque, taxes, électricité, etc.) soient couvertes. Et aussi, idéalement, que nous puissions continuer de croître, de se développer, de se diversifier et de s'épanouir en tant que communauté. Immanquablement, il y aura donc des dépenses, personnelles ou collectives, que nous ne pourrons nous permettre. Cela signifie établir des limites, des critères, identifier des valeurs ou des conditions. Celles-ci pourront évidemment toujours être critiquées, remises en question, démonisées ou tentées d'être dépassées, remaniées ou ignorées, mais elles sont inévitables. C'est donc important de garder une certaine flexibilité et une capacité d'autoréflexion, tout en restant réaliste. Pour moi, c'est aussi plus facile de les énoncer clairement pour qu'elles soient connues de tout le monde, et puissent ainsi être discutées, que de faire comme s'il n'y en avait pas, car cela peut mener à des abus, des déséquilibres de pouvoir pernicieux, des frustrations et des tensions silencieuses qui ne peuvent que miner les relations humaines, les relations de confiance qui sont la base même de la communauté.

Nous avons donc fait une liste de questions qui reviennent, zones grises qui risquent de faire émerger des conflits et aux arrêtes desquelles il faudra déterminer nos limites. Toutefois, la liste est quasiment infinie, et on se demande comment la présenter dans le cadre d'un article pour que cela reste pertinent et dynamique! Pour l'instant, vous pouvez la consulter (et y participer!) en allant sur le document google drive.

Comment compter?

J'ai personnellement souvent un malaise face à l'argent. Plusieurs questionnements restent en suspens lorsque je tente d'analyser la valeur d'un travail, d'un service ou d'un bien. Je suis parfois confrontée dans ma relation à l'argent par différentes situations. Bref, je n'ai toujours pas trouvé une position confortable et assumée face à ces enjeux, mais j'aimerais partager quelques réflexions intéressantes qui pourront peut-être nourrir, comme pour moi, vos débats intérieurs…

3 enjeux

  1. Je demande un service à quelqu'un. C'est quelqu'un avec qui je partage plusieurs intérêts commun, et nous avons une démarche ou un parcours semblable. J'ai envie de partager mes découvertes et questionnements, avec l'espoir que ces rencontres permettent de développer une relation de plus grande proximité. Toutefois, lorsque je propose une rencontre, la réponse que je reçois inclus un tarif horaire… Malaise et déception.

     

  2. Je m'implique dans un groupe, un comité. Je me rends compte que presque toutes les personnes impliquées avec moi sont rémunérées pendant leurs heures d'implication, soit directement par leur employeurs, comme représentant, ou indirectement parce que leur temps est rémunéré par leur travail de toute façon. Remise en question.

     

  3. J'offre de mon temps à des ami-e-s en gardant leur enfant, sans leur demander de contrepartie. Lorsque l'un d'eux pourrait me rendre service à son tour, il me demande rémunération, car son travail implique plus de connaissances.

     

3 perspectives

  1. Patrick : le temps qu'il passe à réparer son vélo lui-même, à faire son pain, etc., même si ça prend 3-4 fois plus de temps que quelqu'un d'autre, est considéré comme une économie car ça ne coûte rien. En plus, il apprend dans le processus, c'est donc un gain!
    (Aussi, il négocie parfois sa rémunération en “nature”, ce qui est parfois un échange “gagnant-gagnant”. Par exemple, plutôt que d’accepter d’être payé 100$ en argent pour un spectacle dans une micro-brasserie, il propose de recevoir un crédit de 150$ de consommation de bière (qu’il peut ensuite partager en invitant des ami-e-s), ce qui coûte seulement 75$ environ à l’entreprise.)

     

  2. Hugues : il calcule la valeur de son temps de travail, pour lui-même, à 15$/h. Si quelqu'un d'autre peut faire le même travail mais plus rapidement, alors il est prêt à payer car c'est une économie de temps, et éventuellement, d'argent, car il peut travailler ailleurs pendant ce temps.

     

  3. Les Accorderies ou certaines communautés intentionnelles à partage de revenus: “Une heure vaut une heure”. Peu importe le rendement, peu importe la productivité, c’est la contribution en temps qui établit l’échelle de comparaison. En échange de cette contribution, les ressources sont distribuées de manière équitable pour répondre aux besoins de chacun.

     

Ajoutons une perspective que j’associe à la perspective de la simplicité volontaire ou de la décroissance conviviale, et qui implique de calculer les dépenses reliées au travail, pour évaluer le salaire réel généré par un emploi. Si je calcule le coût de ma voiture (achat, plaques et assurances, entretien, etc.), de même que l’essence que je mets dedans pour me rendre au travail, si j’ajoute les dépenses en vêtements et autres accessoires nécessaires à mon emploi, si je calcule les dépenses en nourriture qui augmentent parfois lorsque je n’ai plus le temps de cuisiner et produire ma propre bouffe… combien me reste-t-il? Si, toutefois, j’ajoute la valeur des avantages sociaux de mon emploi, tels les assurances santé, les cotisations à la RRQ ou autres régimes de retraite, etc. Est-ce que ça vaut vraiment la peine? C’est cette question qu’il faut poser à tous les défenseurs du développement économique à tout prix, parce que “ça crée de l’emploi”, au détriment de l’environnement ou du tissu social. Qu’est-ce qui est le plus rentable selon vous entre donner des millions en subventions à une cimenterie à Port-Daniel, par exemple, ou investir un montant équivalent dans le soutien à des jeunes entrepreneurs-ses dynamiques qui redonnent vie aux régions?

Publier un nouveau commentaire

Filtered HTML

  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Tags HTML autorisés : <a> <em> <strong> <cite> <blockquote> <code> <ul> <ol> <li> <dl> <dt> <dd>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
CAPTCHA
Cette question est posée pour tester si vous êtes ou non un humain et pour prévenir l'invasion des robots!