13 avr 2014

article co-écrit par Arielle et Vincent

 

Il y a près de dix ans, Michel Desgagnés a pris une année sabbatique pour visiter plusieurs initiatives de cohabitat aux États-Unis et en Europe. Il a pris beaucoup de notes et plusieurs photos, car son rêve était d'en mettre un sur pied au Québec. Un premier groupe s'est constitué, mais au bout de quelques années, ils se sont rendu compte que tout le monde ne partageaient pas la même vision : certains voyaient le projet en campagne, d'autres en ville, et d'autres encore en banlieue. Pour Michel Desgagnés, il était clair que le projet devait se développer en ville. Il a donc démarré un nouveau groupe sur cette base.

Le groupe achète un terrain en juillet 2010. Il y a déjà un bâtiment sur les lieux, anciennement occupé par des bureaux du Gouvernement du Québec. La construction a commencé en 2012. En juin 2013, la construction est terminée et les membres déménagent.

Malheureusement, Michel, l'instigateur, visionnaire et leader du projet, est décédé subitement 4 mois avant cette date. Il n'aura donc pas eu l'occasion de vivre son rêve, mais il aura permis à des dizaines de familles de le faire et il en aura inspiré plusieurs autres à poursuivre leur vision et à mettre sur pied leur projet. Entre autres, un projet de cohabitat est en formation à Montréal : http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/402074/cohabitat-fait-des-petits-a-montreal

Description du projet de Cohabitat Québec

Cohabitat Québec se définit comme un quartier d'habitation et est situé au 1650 rue Louis-Jetté, dans le quartier St-Sacrement à Québec, à deux pas du cégep F.X.-Garneau. Il est constitué de 42 unités d'habitation, soit 32 logements de 1 à 3 chambres, et 10 maisons de ville de 3 ou 4 chambres.

La description que l'on retrouve sur leur site internet se lit comme suit :

« Les membres du cohabitat partagent des valeurs d’entraide et de bon voisinage et participent à toutes les étapes de conception et de gestion de leurs habitations. Propriétaires-occupants, ils ont à cœur leur insertion harmonieuse dans le quartier et souhaitent contribuer à la vitalité de Saint- Sacrement. Ils partagent une « Maison commune », pourvue de nombreux services (grande salle à manger, salle de jeu pour les enfants, chambres d’invités, buanderie, etc.). »

En effet, un cohabitat (cohousing en anglais), est un type de communauté intentionnelle composé d'unités d'habitation privées, avec des aires collectives. Ainsi, contrairement à une coopérative d'habitation par exemple, les membres sont propriétaires de leur unité d'habitation, qui peut être un condos ou une maison.

 

La construction est certifiée LEED Platine. Ils ont seulement 22 places de stationnement pour les 40 unités d'habitation, dont une est dédiée à Communauto. Ils récupèrent les eaux de pluies sous forme d'un jardin d'eau. Ils n'avaient pas les fonds disponibles tout de suite, mais la structure d'un des toits a été fortifiée pour accueillir, dans quelques années, un toit végétal. De plus, calculant que les habitants auraient accès à des espaces communs, les unités d'habitation ont pu être construites plus petites : des chambres d'amis peuvent être réservées pour accueillir la famille, une salle de jeu est disponible pour les tout-petits, une autre pour les ados, de même qu'une salle de lavage qui permet à celles et ceux qui le veulent de ne pas avoir de laveuse-sécheuse dans leur appartement. Un des aspects importants de la planification de ce projet était que la maison commune soit prête en même temps que les habitations, afin de créer tout de suite l'espace de convivialité et de confiance entre les voisins.

 

Leur site internet est bien garni, et quiconque souhaite pousser sa curiosité y trouvera tous les documents (régie interne, charte, etc.), la description de chacun-e des membres du cohabitat, les plans des bâtiments, et bien d'autres!

Nos commentaires et réflexions

Vincent et Arielle ont assisté à une soirée d'information du projet de Cohabitat Québec en 2011, alors que le terrain était acheté mais que les travaux de construction n'étaient pas encore commencés. Le groupe cherchait encore à vendre des unités d'habitation pour rassembler les montants nécessaires au montage financier. Cette première visite ne nous a pas tellement convaincus : les prix étaient pas mal élevés, et nous ne savions pas à quel point les espaces communs allaient être fonctionnels et utilisés. Pour ce prix-là, ça ressemblait pas mal à un condo, mais en vraiment plus petit! Surtout qu'avec les maquettes faites par les architectes, qui figuraient des personnages virtuels, avec leurs cellulaires ou leurs laptop, dans les futurs espaces, ça faisait peu crédible comme milieu de vie collectif à côté d'une communauté comme Twin Oaks, disons! Et puis, on ne connaissait pas les gens, on ne savait pas à quel point ils souhaitaient s'engager, etc. Ils avaient toutefois une démarche intéressante, ils rencontraient leur futurs voisins pour planifier avec eux le développement de leur complexe et les impliquer dans les choix qui allaient les affecter, comme la couleur du revêtement extérieur ;-). Ils disaient qu'ils allaient faire une grosse vente de garage commune avant l'emménagement de tout le monde. Ils avaient un beau terrain, et la chance d'avoir un bâtiment utilisable dès maintenant pour leurs rencontres, et qui allait être intégré au développement des unités d'habitation. Leur soirée d'information était bien planifiée aussi, et on pouvait même visiter une maquette-3D-grandeur-réelle (où les murs étaient faits de papier), pour avoir une idée de l'espace dans une unité d'habitation.

 

Vincent et Arielle ont fait une deuxième visite il y a quelques semaines : une partie de la formation de Diana Leafe Christian sur comment « Bâtir des milieux de vie plus collaboratifs » s'est déroulée à Cohabitat Québec. Nous avons donc eu la chance de visiter le projet et de rencontrer des membres qui y habitent depuis maintenant 9 mois. Nous étions dans la Maison commune, et avons pu apprécier son apparence luxueuse, constater combien la cuisine est belle et très fonctionnelle... On voyait des enfants courir partout sur les balcons, entre voisins qui n'ont pas de clôture pour être séparés. Des résidents nous ont confirmé que la vie collective est vraiment active : pédibus, aide aux devoirs, les repas communautaires 1 ou 2 fois par semaine, le fait que les gens se prêtent et s'empruntent leur voiture, 9-12h/mois de tâches communes. On était bien partout, tout avait l'air bien conçu. Au cours de la visite, on s'est rendu compte qu'il y avait un atelier, des espaces de rangement pour chaque unité, des espaces de jeu, une grande cuisine. Wow, c'est vrai qu'on n'a pas besoin d'un grand appartement, c'est une vraie valeur ajoutée quand on va vivre là! C'est bien situé pour travailler, t'as une bonne conscience environnementale (t'habites dans un bâtiment LEED platine!), bonne conscience aussi parce que tes enfants ont un environnement stimulant où grandir. Parmi tes voisins, il y a des gens compétents qui s'occupent de choses plus spécifiques, comme une agronome qui travaille sur les jardins, des enseignants retraités qui font de l'aide aux devoirs, un menuisiers qui offre de l'aide dans l'atelier, etc. Rien d'achalant, rien qui dérange, tout est parfait… T'es juste bien. Ça avait l'air si bien pensé qu'on se disait : on pourrait vivre notre vie là pis pas se poser de question, rien à construire, tout est déjà pensé, on peut bien vivre et c'est quand même accessible par rapport à l'idée de monter un nouveau projet!

Puis en même temps... tout semble tellement parfait qu'il y a des choses qui ne sont pas remises en question. Ça ne vient pas nous brasser dans nos petites questions de confort, de vie moderne, de propriété privée et etc. Ce n'est donc peut-être pas un milieu qui a comme objectif de changer le monde à sa racine, bien que ce soit certainement une bonne base de soutien : au moins, chez toi, tu sens que tu n'as pas besoin de travailler pour changer, alors tu peux le faire ailleurs. En effet, un éco-village offre peut-être moins la possibilité de se concentrer sur l'externe, vu qu'il y a tant à faire à l'interne. Et puis, un cohabitat, c'est plus « accessible », et les gens « ordinaires » peuvent peut-être plus facilement être séduits par ce mode de vie. C'est donc tout à fait génial que le premier projet de cohabitat au Québec ait enfin vu le jour, que le lieu existe et qu'il soit si vivant et fonctionnel, car il sera plus facile de convaincre les institutions financières et les municipalités de la viabilité d'une telle formule.

 
 
 
Vive la diversité, et que se multiplient les lieux de vie collectifs sous toutes leurs formes!

 

 

 

 

 

 

 

 

1 comment (+add yours?)

par Ugo Dutil (Cité... on dim, 11/16/2014 - 07:59

Salut,

Merci pour l'infomation détaillée. Ça fait longtemps que je voulais en savoir plus sur ce projet. J'avais assister à une réunion de cohabitat Montréal avec un stagière de la Cité qui m'a hébergé lors d'un voyage à Montreal. Ils parlait beaucoup de Cohabitat Québec, j'était curieu :)

Bonne journée!

Ugo

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