12 mar 2014

Les 7-8 et 9 mars derniers, à Québec, avait lieu la formation « Bâtir des milieux de vie plus collaboratifs », donnée par Diana Leafe Christian. Cette femme est l'auteure du livre « Vivre autrement », notre bible et livre de référence numéro 1, qui explique et détaille les étapes pour démarrer un projet de communauté. Elle a aussi écrit le livre « Finding Community ». Elle vit dans l'écovillage de Eartheaven, en Caroline du Nord, depuis maintenant 14 ans.

J'ai apprécié pouvoir rencontrer des gens qui ont des projets similaires au nôtre. Un membre du mouvement Valhalla, quelqu'un qui travail à écrire un livre sur les communautés intentionnelles au Québec, deux couples d'amis qui aimeraient mettre sur pied une coopérative d'habitation à vocation un peu plus communautaire que celles qui se bâtissent de nos jours. Nous avons aussi entendu parlé d'un projet qui se développe tranquillement à Ste-Béatrix, dans Lanaudière. Un autre groupe, habitant déjà en collocation, serait en réflexion pour quelque chose à plus long-terme dans le coin de Ste-Émilie-de-l'Énergie. Une partie des gens qui habitent à Frelighsburg aimeraient que le mouvement actuel qui attire tant de néo-ruraux conscientisés s'organise un peu mieux et qu'une structure se développe. J'aurais aimé avoir plus de temps pour parler à chacune des personnes présentes! Également, nous avons eu la chance de passer un avant-midi à Cohabitat Québec: nous avons fait une visite guidée et avons pu poser toutes nos questions!

Contenu de la formation (en quelques points)

(crédits et infos: dianaleafechristian.org * ecovillagenews.orgdiana@ic.org * 828-669-9702)

Le but de la formation est de partager les constats de ce qui marche et ce qui échoue dans les projets de communauté, afin que nous fassions partie du 10% qui réussit. Voici les éléments sur lesquels Diana insiste le plus :

  • L'importance absolue de déterminer quelles sont les mission, vision et objet/raison d'être de la communauté. C'est-à-dire, en gros, de répondre à la question : « de quel type de projet collectif s'agit-il? Un cohabitat, un écovillage en milieu rural, une communauté à revenu partagé, ou une communauté spirituelle? ».

  • L'importance de déterminer très tôt l'emplacement pour la communauté (ville, campagne, banlieue), et idéalement, la région, le plus précisément possible.

  • L'importance de s'assurer que toute personne qui souhaite se joindre à la communauté reconnaît pleinement cet objet/mission/vision, et qu'elle le partage. L'importance d'établir un processus de sélection des membres clair et rigoureux.

  • Elle a longtemps encouragé les communautés à utiliser le consensus comme mode de prise de décision. Aujourd'hui, elle constate que, parmi toutes les communautés qu'elle a rencontré qui utilisent cette méthode, une seule se qualifie pour savoir bien l'utiliser. Ainsi, elle propose fortement aux communautés qui voudraient utiliser le consensus comme mode de prise de décision, d'utiliser la méthode développée par la communauté « N-Street ». Autrement, elle préfère suggérer d'utiliser la sociocratie, qui est un mode de gouvernance qui utilise le consentement comme mode de prise de décision.​

 

La formation abordait plusieurs points, dont les suivants, que j'ai retenus parce que je les ai trouvé particulièrement intéressants :

  • Les 3 aspects d'une communauté saine et florissante : la gestion efficace du projet, le ciment communautaire, de bonnes aptitudes de communication et de traitement de l'information. En leur centre, se trouve la gouvernance, dont le mode de prise de décision est un élément. Les trois éléments s'articulent comme un accordéon : si l'un d'entre eux est trop faible, les deux autres vont devoir être très forts pour compenser. (vous pouvez voir la représentation graphique sur la photo!)

  • Les 19 étapes par lesquelles passent les gens qui créent des communautés. La meilleure façon d'avoir cette information est, selon moi, de lire le livre Vivre autrement!

  • Comment financer l'achat de la propriété. Pour plus de détails, voir l'article que j'ai écrit sur le sujet.

  • L'entité légale. Nous avons parlé d'OBNL, d'organisme charitable, de copropriété indivise, d'entreprise à but lucratif, de coopérative, … Forte l'information glânée et la réflexion engendrée lors de la conférence sur les fiducies foncières, j'ai tout compris! :-P Je dirais deux choses là-dessus.

    Il existe 3 formes de propriété pour une communauté.
    1- « Nous sommes tous propriétaire ». Cela peut se faire par une entreprise (coop, par exemple) dont nous sommes tous membres ou « actionnaires ».
    2- « Chacun est propriétaire d'une part, et tous ensemble, nous sommes propriétaires du reste ». C'est ce qui se passe pour les cohabitats, qui prennent la forme de condos, ou copropriété indivise.
    3- Une entité est propriétaire, soit une OBNL. Dans ce cas, les individus n'ont aucun droit de propriété, car les avoirs de l'organisme doivent, en cas de dissolution, être transférés à un organisme partageant une mission semblable (une autre OBNL). Ainsi, le capital qui peut avoir été investi par des membres lors de l'achat ne peut être retrouvé. C'est un don à l'organisme. Les membres n'en sont pas propriétaires, mais gestionnaires. Diana recommande de ne pas prendre cette forme (bien qu'elle ait quelques exemples de communautés qui ont fait ce choix).
    Enfin, il existe une 4e forme, celle où un-e propriétaire souhaite que des gens viennent et créent une communauté chez lui ou elle. Diana connaît très peu d'exemple où ça a fonctionné, et suggère fortement d'établir des ententes claires entre propriétaire et locataires afin de déterminer quels sont les droits et obligations de chacun-e.

    Ensuite, il est important de distinguer l'entité qui est propriétaire du terrain, de l'entité qui fait la gestion des activités qui peuvent y avoir lieu. Ainsi, il pourra y avoir plusieurs entreprises différentes, qui géreraient par exemple les activités d'éducation (ateliers, séminaires), la production et la vente de biens et services (produits agricoles, massage et spa, hamacs, promotion de la construction écologique, chauffe-eau solaire ou n'importe quoi d'autre!) et même, si une première entité est propriétaire du terrain, une autre entité peut être propriétaire des unités d'habitation et louer le terrain à la première : c'est la deuxième entité qui émet des bails à ses membres. Le reste est un genre de casse-tête, où l'on essaie de trouver quelle entité légale est la plus adaptée à telle ou telle activité, à tel ou tel aspect de notre communauté, en tenant compte des droits de propriétés que les membres souhaitent avoir (par exemple, sur le terrain), et des avantages fiscaux que l'on souhaite tirer (par exemple, un organisme charitable peut recevoir des dons et ne paient pas de taxes foncières, une entreprise à but lucratif paiera des impôts, mais seulement sur ses profits (donc si on peut s'arranger pour n'en faire aucun, il n'y aura pas de frais), etc.).

                                     

Mes commentaires et réflexions

Premièrement, j'étais très heureuse de constater, et confirmer pour moi-même, que le groupe fondateur de la communauté intentionnelle du Manoir est dans la bonne voie. Ça paraît que nous avons lu Vivre autrement! D'un côté, nous avons déjà beaucoup d'habiletés, que nous avons acquises grâce à des formations et de la pratique : communication non-violente, pratique de cercles d'empathie, expérience en facilitation de groupe, connaissance du processus du consensus, expérience de travail en sous-comités, etc. Nous avons aussi une sensibilité, ou portons une attention particulière, à des pratiques moins formelles mais importante pour la cohésion d'un groupe et le développement d'une communauté épanouie : l'importance accordée au fait d'avoir du plaisir et des moments de rencontre et de connexion (repas partagés), la capacité de reconnaître la résonance entre la raison d'être du groupe et les aspirations des gens potentiellement intéressés, l'intuition de prendre notre temps pour élaborer une vision claire et choisir un emplacement pour la communauté. Nous avons aussi une bonne connaissance de la réalité de la vie en communauté, grâce aux communautés que nous avons visitées, à celles avec qui nous avons échangé, à notre expérience de vie en colocation, et à l'information que nous avons amassée au cours de nos lectures, nos réflexions et discussions, etc.

Deuxièmement, je me suis rendu compte que, parmi tout le contenu de la formation, j'accordais une grande importance à l'élaboration de la vision. D'une part, c'est normal, car nous y travaillons fort en ce moment : suite aux rencontres que nous avons eu en janvier, et aux rétroaction que nous avons eues, nous sommes en train de la reconstruire. D'autre part, il me semble que la distinction entre mission, vision, buts et objectifs, objet ou raison d'être, etc. est encore nébuleuse pour moi. D'ailleurs, est-ce si important que ce soit distinct, et que nous ayons une phrase pour chacun? Nos documents ne sont-ils pas encore assez clairs?

Enfin, nous le savions, mais le séminaire confirme que nous avons encore à travailler sur différents éléments importants : la forme légale que nous souhaitons, la façon de structurer les finances internes, le processus de sélection des membres, comment choisir l'emplacement de la communauté.

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