21 déc 2017

Les tout débuts

S'équiper

Cette année, nous avons acheté une ruche, ce qui comprend une hausse (un "étage" de ruche), les dix cadres qui la composent, la reine-mère, les abeilles et le couvain. C'est un kit plus complet que le nucléi, qui ne comporte qu'une reine-mère, quatre cadres dont du couvain, et un tas d'abeilles. Ça nous a coûté 300$ plutôt que 175$, mais on partait l'année plus forts, ce qui augmentait les chances que la ruche soit prête à passer l'hiver.

C'est la ferme apicole Miel Vallée Fleurie, près d'Amqui, qui nous a fourni la colonie: Nicolas fait lui-même ses reines-mères depuis 15 ans, à partir d'un croisement d'espèces sélectionné pour une meilleure résistance au varroa. Cela lui permet de traiter au minimum contre le varroa, et pas du tout contre les autres maladies: pas d'antibiotiques ou autres produits chimiques. Et en plus, ça donne une abeille mieux adaptée à notre région!

Je n'ai pas tout compris et tout retenu, toute débutante que je suis, mais la variété d'abeille de l'apiculture industrielle, c'est "l'Italienne", une grosse abeille, douce et docile, qui ramène de grande quantité de miel et pique peu. Toutefois, elle n'est pas assez agressive pour se débarrasser de ce parasite qui est devenu endémique. Le film "Des abeilles et des hommes" (sic) est très bien fait, et montre bien les enjeux auxquels font face les abeilles, et les voies de solution pour tenter d'y répondre.

 

Ensuite, il a fallu s'équiper. Un costume d'apicultrice, les gants en cuir, l'enfumoir, un lève-cadre, un balai à abeille, le tout pour près de 200$. Sans compter qu'on s'est fait donner le matériel pour une ruche, soit les 4 hausses, les cadres qui vont avec (certains bâtis, d'autres à bâtir), l'entrecouvert, le couvercle, la plateforme d'envol, le passe-reine (un espèce de grillage d'une taille qui laisse passer les ouvrières mais pas la reine-mère, pour s'assurer qu'elle reste dans les hausses du dessous, et que l'étage du dessus ne contienne que du miel, et pas de couvain), un passe abeilles (un espèce d'entonnoir, qui invite les abeilles à descendre dans les étages inférieurs, libérant les hausses pleine de miel pour faciliter la récolte). Ce sont des équipements d'apiculture conventionnelle: il existe plusieurs expériences intéressantes qui tentent de remettre l'abeille et ses comportements naturels au centre, plutôt que la productivité et le confort de l'apiculteur comme considérations premières, comme les ruches Ware. Ce sera certainement des voies intéressantes à explorer,

J'ai ensuite commandé quelques plaque de cire gaufrées, à installer dans les cadres vides pour donner une "partance" aux abeilles et les inciter à construire les alvéoles selon un paterne régulier. En fait, les abeilles sont elles-mêmes très précises et constantes dans leur construction. Naturellement, toutefois, elles bâtissent certaines alvéoles plus grandes que les autres: c'est pour y mettre le couvain mâle. Or, en apiculture, on considère les mâles comme des bouches inutiles et un gaspillage de ressources, et on veut en limiter la quantité. Les alvéoles ordinaires servent autant à stocker le couvain des ouvrières que le miel ou le pollen.

En passant saviez-vous que la reine-mère se fait féconder seulement au début de sa vie, lors d'un vol nuptial où elle peut s'accoupler à une dizaine de mâles, lesquels meurent pendant l'acte… Elle revient chargée à bloc de spermatozoïdes pour toute sa vie de mère porteuse de la colonie. Un élément fascinant: lorsqu'elle pond des oeufs mâles, elle n'envoie qu'un ovule dans l'oeuf, pas de spermatozoïde. Les mâles sont donc issus d'oeufs non-fécondés! Les oeufs femelles sont fécondés: un oeuf d'ouvrière peut devenir une reine-mère s'il le faut, s'il est placé dans un alvéole royal et nourri de gelé royale. Si la reine-mère meure et que la colonie est désespérée, certaines ouvrières peuvent même se mettre à pondre, mais ne produiront que des mâles, menant la colonie à sa perte...

L'apprivoisement

Les premières visites sont excitantes. Pour vérifier l'état de santé de la ruche, il faut s'assurer que la reine-mère est toujours là, et active. Trouver la reine-mère, parmi le fouilli d'abeilles, est très difficile, foi de débutante! Par contre, observer le couvain nous donne les informations nécessaires: y a-t-il des oeufs frais, non operculés (ça aussi, c'est pas évident à trouver au début!)? Normalement, ils se trouvent en périphérie du couvain operculé, lequel sera développé au centre des cadres du milieu, plus ou moins en forme de rond. Si le cadre est pas mal plein et régulier, c'est bon signe! On veut voir aussi si les abeilles récoltent bien le miel, et construisent bien les cadres.

L'essaimage

Au début de l'été, avec les premières bonnes miellées, la colonie commencera à vouloir se reproduire. Comment se reproduit une ruche? Par l'essaimage. Comment ça se passe? La ruche commencera à produire des alvéoles royales (en bas à droite sur la photo, ça a un genre de forme de cloche), dans laquelle la reine-mère pondra des oeufs qui seront nourris de gelée royale.

La vieille reine-mère rassemblera près de la moitié des abeilles de la ruche avec elle, qui partiront ensemble, gorgées de miel, à la recherche d'un site propice à l'installation d'une nouvelle colonie. Dans la ruche, une première reine-mère va éclore et tuer ses rivales. Suite à son vol nuptiale, elle se mettra à pondre et le cycle se poursuivra.

En apiculture conventionnelle, l'essaimage n'est pas souhaité, car c'est une perte de ressources. L'apicultrice doit donc tenter de détruire les alvéoles royales, et s'assurer qu'il y ait suffisamment de place dans la ruche pour son développement, en ajoutant une hausse et des cadres avant que tout soit rempli.

 

Chez nous cette année, notre ruche a essaimé! Oups! On venait de perdre la moitié de nos abeilles… Zut! Moi qui voulait justement diviser la ruche et en faire deux, pour augmenter les chances qu'au moins une des deux passe l'hiver…

Heureusement, on les a retrouvé! La récolte de l'essaim a été une aventure particulièrement excitante, touchante, et pleine d'apprentissages! D'abord, réussir à le trouver. Mmm... où chercher? Dans la nature, les abeilles construisent leur nid dans des arbres. D'accord, mais notre ruche en entourée de forêt! Je me sentais un peu idiote de marcher à l'aveuglette, ne sachant même pas si je devais regarder près du sol, à la cime des arbres, où à la hauteur des yeux. Elles aiment les creux d'arbre: va donc trouver ça! Puis, je me suis dit: si j'étais une abeille, je chercherais un arbre, oui, mais près du champ, pour avoir accès aux fleurs et à la chaleur du soleil. Nous avons donc marché à l'orée des bois, en longeant le champ, jusqu'à ce qu'on retrouve le tapon d'abeilles, aglutinées dans les herbes longues, à environ 100 pieds de la ruche-mère. Nous sommes accourus avec une hausse vide, et des cadres tout prêt à les accueillir. Gorgées de miel, les abeilles sont inofensives lors de l'essaimage. Nous avons détaché les brins d'herbes grappés d'abeilles et les avons déposés un à un sur la hausse, jusqu'à ce qu'on apperçoive la reine-mère descendre dans leur nouvelle maison. À ce moment, il y a eu un changement dans le bourdonnement des abeilles; elles sont descendues elles aussi dans la ruche, et celles qui étaient encore par terre on commencé à marcher lentement vers la ruche. Opération récupération: réussie! Merci Coralie!

Les récoltes

Cette année fût une mauvaise année pour l'apiculture. En Gaspésie du moins, l'été fût trop sec, et les abeilles ont eu du mal à récolter le nectar nécessaire à la production du miel (le miel n'est en fait que du nectar "déshydraté": une équipe de "ventileuses" font évaporer le délicieux liquide jusqu'à ce qu'il ait la consistance parfaite pour la conservation, après quoi elles opercules les alvéoles.) Même qu'à un moment, j'ai cru que j'avais perdu mes reines-mères dans mes deux ruches, car je ne trouvais plus ni d'oeufs ni presque plus de couvain! C'est qu'elles avaient arrêté de pondre, faute de nourriture…

Bref, plutôt que les 35 à 55 litres de miel qu'il est normalement possible de récolter par ruche (selon l'excellent guide "Produire et consommer chez nous" du laboratoire rural "Produire la santé ensemble"), je n'en ai récolté que 6 litres… Ouin. Faut dire qu'avec l'essaimage, ça a aussi ralenti le processus! En tout cas, ça nous fait un miel très doux au goût, bio, local!

J'ai aussi récolté un peu de cire d'abeille. J'ai fait une première expérience de coton ciré, un produit qui permet de remplacer les pellicules plastique par un tissu lavable et réutilisable, qui sent bon en plus!

L'an prochain, nous aurons probablement la chance de nous occuper des abeilles de la Ferme Bourdages, qui les utilise pour la pollinisation de ses champs de fraises. 17 ruches! Ça, ça va en faire du miel! Et une expérience qui permettra de poursuivre les apprentissages.

 

D'ailleurs, une autre belle récolte de cette expérience apicole, c'est la passation des savoirs, les échanges passionnants, et le lien qui s'établit entre les générations. J'ai eu au moins 5 mentores dans cette première année, et je tiens à remercier personnellement Rose-Hélène, Pierre et Gilles pour leurs précieux conseils et leur disponibilité dans mes moments de doute, et leur générosité en matériaux et outils, de même que Fabien avec qui j'ai échangé avant de plonger et qui bouillonne d'enthousiasme pour ces petites bêtes. Coralie fût une aide précieuse, à qui j'ai posé un million de question, et qui a visité la ruche à plusieurs reprises avec moi et a en a pris soin pendant mon absence.

Soyez averti-e-s: la passion pour les abeilles est contagieuse, et elle ne fait que gonfler une fois que vous avez eu la piqûre!