Un partage sur mon expérience en Communication Non Violente

Depuis que je suis sur le chemin de la pratique de la CNV, c’est merveilleux ce que j’y découvre : une meilleure empathie, une plus grande présence dans l’écoute de l’autre et de soi, une plus grande capacité à analyser les sentiments et besoins dissimulés derrière des paroles de Chacal, une plus belle acceptation de ce qui est, dans son entièreté et son intégralité. Ainsi que plusieurs autres belles trouvailles, comme que si je n’offre pas d’empathie à la personne qui vient de nommer quelque chose qui m’a déclenchée, je ne suis pas une vraie Girafe. Que s’il m’arrive parfois d’éprouver et de démontrer de l’impatience ou tout autre émotion considérée comme négative et d’exprimer cette émotion sans le protocole CNV, je ne suis pas une vraie Girafe. Et que si je ne suis pas une vraie Girafe, je suis, aux yeux des autres ainsi que les miens, moins crédible dans ma démarche, et peut-être même que la démarche de la CNV, elle-même, n’est pas crédible, finalement… Oups.

Je n’avais pas réalisé à quel point la pratique de ce processus enclenchait tout un réseau illimité d’attentes et de demandes, autant de ma part que celle des autres.

Dernièrement, j’ai regardé un nouveau vidéo d’Isabelle Padovani et ça m’a fait réaliser quelque chose dont je n’étais pas du tout consciente et dont je ne pensais jamais que ça allait arriver : j’exige à moi-même d’être une Girafe. Et ce, en tout temps. Infailliblement. Peu importe si je suis déclenchée ou non. Peu importe si j’ai moi-même besoin d’empathie ou non. Il faut (très important) que je sois empathique avec tout le monde, avec tout ce qui passe, même si on vient de me dire des insultes ou une mauvaise nouvelle. Il faut que je sois une Super Méga Powerfull Girafe, la Super-héros de l’empathie ! Mais, bizarrement, ça ne fonctionne pas. Bizarrement, j’ai moi-même parfois, même souvent, besoin d’empathie. Bizarrement, quand j’ai besoin d’empathie, j’ai de la difficulté à en donner. Hé bien… c’est sûrement parce que je suis humaine et que j’ai, moi aussi, des limites. Que je le veuille ou non. Et tant mieux ainsi.

Je veux bien être une Girafe, mais je suis une Humaine. Dès que j’ai connu la Girafe, je me suis mise à aimer et adorer cette image, à la dorer d’espoir d’une évolution meilleure de ma personne et d’abondance d’amour de la part des autres que j’empatherai. Je voulais devenir une Super Girafe. Avec le costume pis toute. Par contre, j’ai confondu mon élan d’utiliser cet outil merveilleux avec ‘devenir’ cet outil.

Pour une fois de plus, j’ai réalisé qu’en général, dans la vie, j’ai des écarts entre mes aspirations et mes moyens. Et qu’il y en aura toujours, tout simplement parce que je suis une humaine avec des limites. Et ces limites, ce sont les moments où j’ai besoin d’empathie. Et quand j’ai besoin d’empathie, c’est très difficile pour moi de mettre mon costume de Super Girafe. Et c’est normal.

En fait, quand j’essaie de mettre le costume de Girafe avec force et pression malgré le fait que je n’arrive pas à rentrer dedans, et que la fermeture éclaire se brise, que le tissu déchire, je suis entrain de me faire violence, en fin de compte. Et en plus, mon super beau costume est brisé… Déception, tristesse, impuissance. Besoins de reconnaissance, d’appartenance et d’empathie en carence.

En d’autres mots, et prenons ceux d’Isabelle Padovani : ‘Je ne suis pas du tout entrain de pratiquer le processus de la CNV quand je suis entrain d’exiger de moi que j’ai toujours et à chaque instant les moyens de pouvoir utiliser ce processus.’ Ainsi, je n’ai pas a empather tout ce qui passe et de me sentir mal si je n’ai pas les moyens, dans le moment du déclenchement, de donner de l’empathie.

Et en observant les dynamiques à l’intérieur de moi, j’ai réalisé que ce n’est jamais le mode Girafe en moi qui exige que je sois constamment en mode Girafe. C’est le mode Chacal en moi qui a cette exigence. La Girafe, elle, ne demandera jamais une telle exigence tout simplement parce qu’elle m’accepte telle que je suis et ne voudra jamais que je sois autre chose que ce que je suis, ici et maintenant.

Alors, depuis cette découverte, je prends ça plus relaxe et je ne prends plus trop la tête avec tout ça.

C’est un outil précieux et merveilleux, certes, et ça reste un outil pour nous guider, pas plus que ça. Ce n’est pas un moule dans lequel nous devons se mouler entièrement, 24h sur 24h, 7 jours sur 7, jusqu’à l’éternité et plus loin encore.

Au Manoir, chaque membre est formé-e en Communication Non Violente (CNV) de Marshall Rosenberg et a un costume de Girafe. Et en même temps, on ne le porte jamais toujours. Car nous sommes humain-e-s avant tout. Et nous nous aimons ainsi!