05 aoû 2017

Tsé, un pronom, genre!

La première fois que je suis allée à Twin Oaks, j’ai découvert un concept assez nouveau pour moi: non seulement les gens pouvaient choisir leur nom (Squirrel, Apple, Batman, Ghost), mais aussi, leur genre! Ainsi, chacun-e pouvait annoncer la manière dont illes souhaitaient se faire appeler: prénom, ET pronom. D’ailleurs, sur la centaine de membres, j’ai rencontré au moins 2 personnes s’identifiant comme transgenres: à noter que le fait de porter une robe ou des poils n’étaient plus des déterminants permettant de catégoriser les hommes ou les femmes...

Tout ça se passait évidemment en même temps qu’on me parlait pour la première fois du polyamour, de configurations de couple multiples et fluides, et d’une proportion plus grande que jamais de personnes s’identifiant ou explorant l’homosexualité ou la bisexualité. (pour en savoir plus, voir l’article de Richard, Les relations interpersonnelles saveur d’électromagnétisme, et la BD de kimchi cuddles, conçue par Tikva Wolf, une ancienne membre de Twin Oaks))

Bref, les conceptions qu’on m’avait inculquées craquelaient doucement et commençaient à s’effriter avec bonheur, laissant place à un peu plus d’espace, libérant le passage à plus d’authenticité.

 

Mais ce n’est pas tout! Dans le “choix” de ton genre, tu pouvais choisir “femme”, “homme”... ou “autre”!? Oui oui! Il existait un terme, en anglais, pour désigner quelqu’un de manière non-binaire. Le pronom personnel à utiliser est : “co”. Au lieu de dire: “J’ai parlé avec lui aujourd’hui”, “Elle travaillait au champ”, “Co et moi avons pris une marche dans la forêt”.

Évidemment, c’est quelque chose qui semblait plus faisable dans un univers anglophone, où tous les noms, adjectifs et pronoms ne sont pas immédiatement assignés à un genre masculin ou féminin, même quand on parle… d’une table ou d’un bureau! (si ça vous dit, je vous invite à rigoler un peu en écoutant le monologue d’Yvon Deschamps sur la langue française)

 

La Marche des peuples qui a eu lieu en Gaspésie l’an passé pour manifester contre les hydrocarbures, et à laquelle le Manoir a participé pendant près de 30 jours sur les 42 que ça a duré. À chaque jour, les marcheuses et les marcheurs faisaient cercle, pour partager leur ressenti et organiser les différents volets de la marche. Comme il y avait un roulement dans les participant-e-s, cela permettait à chacun-e de se présenter. Le premier tour servait à se nommer, et identifier son “pronom préféré”. Il ou elle était majoritairement choisis, mais mon coup de coeur va à la personne qui, nouvelle à ce concept, a dit “Bonjour, je m’appelle Alex, et mon pronom préféré est le NOUS!”... Aaah, c’est donc ben cute!

Faut dire qu’en anglais, on voit parfois, à l’écrit, “them” utilisé pour désigner un-e “lui” ou “elle” non-binaire. En français, le “on” n’est pas loin de ça!

Féminisation des textes

Un mot épicène est un mot qui n'est pas marqué du point de vue du genre grammatical et peut être employé au masculin et au féminin sans variation de forme. Il me semble que  l’exercice de l’écriture épicène est fortement relié, dans ma pratique du moins, à la féminisation des textes. J’avais envie d’en parler, parce que c’est un enjeu féministe que je trouve important, mais dont je constate que l’aspect politique est parfois balayé du revers de la main, et c’est comme si certain-e-s, s’identifiant ou non comme féministes, considèrent que c’est un caprice que de vouloir cesser d’invisibiliser les femmes dans tous les textes, et que ça n’amène que des complications inutiles et un casse-tête pour la rédaction de document, qui entraînera le gaspillage en allongeant les phrases.

Un peu comme… traduire les documents officiels du fédéral pour refléter ses deux langues officielles, et permettre aux francophones de comprendre ce qui leur est adressé, mettons?

Un enjeu politique? Ben voyons… le masculin n’est pas masculin, il est neutre, c’est bien connu! Demandez à Robert, il vous le dira!

Pff, le langage? Politique? On n’est pas en 1984 quand même!

 

Je vous invite à écouter cette émission de radio qui a été diffusée à Radio-Canada, “La grammaire non-sexiste: Chronique d’Eugénie Lépine-Blondeau” chronique du 25 juillet 2017 à l’émission Nouvelle Vague, qui aborde ces enjeux.

Histoire

(Tiré de Wikipédia)

Au XVIIIe siècle, la primauté du masculin sur le féminin et celle du pluriel sur le singulier finissent par s'imposer, du moins concernant l'accord entre un sujet pluriel et son attribut. Pour justifier la primauté du masculin, le motif, tel qu'énoncé par l'abbé Bouhours en 1675, en est que « lorsque les deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l'emporte » ; étant entendu que, comme l'explique le grammairien Beauzée en 1767, « le genre masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle. »

 

Dans son livre “Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin ! Petite histoire des résistances de la langue française” écrit par Éliane Viennot en 2014, l’autrice démontre comment “l’établissement desdites règles a souvent obéi à des mobiles qui étaient tout sauf linguistiques et scientifiques”.

Comment on fait, pour féminiser des textes?

La féminisation ostentatoire

Choisir de nommer tout le monde (auditeur et auditrice), ou d’utiliser des néologismes qui souligne le féminin à l’oreille (choisir de parler d’autrice, plutôt que d’auteure).

Quelques procédés suggérés sur le site de Céline Labrosse

Voir le détail de chacune de ces formules ici: http://www.langagenonsexiste.ca/menu.htm

  • L’alternance des genres

  • La règle de proximité

  • Le dédoublement

  • Les signes typographique

  • La prédominance du genre

  • La reformulation

  • D’autres avenues

Faire disparaître les marques de genre, en choisissant des termes neutres

Choisir ses mots

“Avec ses genres masculin et féminin, la langue française est binaire. Mais la linguiste Céline Labrosse rappelle que 43 % des adjectifs (libre, authentique) et 29 % des noms communs de personnes (psychologue, concierge) sont bivalents ou épicènes, « ce qui alloue une certaine marge de manœuvre aux personnes ne s’identifiant à aucun des deux sexes. En France, des groupes ont inventé d’autres pronoms personnels (al, ol, iel, yel et celleux) dont la popularité reste à vérifier“  (Devoir) https://www.gazettedesfemmes.ca/13898/quand-le-masculin-lemporte-sur-le-feminin/ (dans le dossier : https://www.gazettedesfemmes.ca/dossiers/ca-mange-quoi-en-hiver-le-sexisme-ordinaire/)

Quelques procédés de rédaction épicène suggérés par l’OQLF

L’office québécois de la langue française préfère opter pour des termes neutres.

  • Dédoublement : l’ouvrière et l’ouvrier

  • Formulation neutre : le lectorat (plutôt que les lecteurs)

  • Pronom ou adjectif épicène : chacun devient chaque

  • Phrase épicène : Les utilisateurs ont librement accès au bureau devient L’accès au bureau est libre

  • Voix active : Les élèves sont invités à devient On invite les élèves à

  • Nom épicène : experts devient spécialistes

L’OQLF ne suggère pas l’accord de proximité (le candidat ou la candidate choisie) ni l’utilisation de formes tronquées comme les étudiant(e)s.

Laisser libre cours à sa créativité et à la poésie de la langue

Celleux, euses, illes, nouEs (les femmes), toustes.

La palette des options est bien vaste et stimulante, j’en viens à voir ça comme un jeu, dont l’important est surtout d’y penser et de développer sa conscience des occurrences du genre. Je perçois souvent le résultat quand l’effort est fait d’utiliser un langage inclusif: comme femme, je me reconnais mieux.

Invisibiliser, mégenrer: une violence

Je tique quand on parle de l’HOMME pour parler du genre humain. Quand on parle de l’ordre des travailleurs sociaux, alors que près de 95% des membres sont des femmes. Quand on parle du nombre “d’heure/homme” quand on estime les besoins pour un chantier. Quand on dit: “les boy’s”, alors qu’il y a des femmes dans la gang.

Des fois, je me sens moins concernées. Pis des fois aussi, je pense que c’est parce que je ne le suis pas: c’est pratique, des fois, d’invisibiliser les femmes, parce qu’en fait, on peut simplement les oublier, quand on pense à “l’humanité”...

 

Mais la rédaction épicène (et même, l’expression épicène à l’oral), revêt une importance encore plus grande pour les personnes transgenre ou non-binaires. Présumer du genre de quelqu’un peut avoir des implications énorme, pour quelqu’un qui doit lutter pour se faire reconnaître comme ille est.

Je ne partage pas l’avis de cette personne à tous les niveaux, mais je trouve intéressant d’avoir l’avis d’un quelqu’un-e de concerné-e. Quoiqu’il en soit, je vous invite particulièrement à lire le dernier point de son texte, qui souligne l’importance de faire l’effort d’un langage inclusif:

https://jesuisfeministe.com/2017/07/04/7-trucs-pratiques-pour-soutenir-l...

Encore une autre émission de radio qui a été diffusée à Radio-Canada, “Faire du français, grâce à l’art et à la sensibilisation” à On dira ce qu’on voudra le 9 mai 2017. On y parle de “C’est quoi ton genre”, vidéo produit par l’ONF.

 

Pour résumer en quelques mots

"Ben voyons, c'est donc ben compliqué, pis c'est tellement intense! Je fais quoi avec, moi?". Le Dalaï-Lama vous dirait, s'il était francophone:

  • Prenez ça comme un jeu, mais prenez ça au sérieux.

  • Soyez créatif-ve-s, mélangez les procédés et les stratégies,

  • et n’ayez pas peur de semer quelques malaises. Rappelez-vous que le français, dans ces règles sexistes, crée déjà des malaises...

  • Et qu’elle peut évoluer!

Publier un nouveau commentaire

Filtered HTML

  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Tags HTML autorisés : <a> <em> <strong> <cite> <blockquote> <code> <ul> <ol> <li> <dl> <dt> <dd>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
CAPTCHA
Cette question est posée pour tester si vous êtes ou non un humain et pour prévenir l'invasion des robots!