04 sep 2016

Ceci est une traduction libre de la conférence que GPaul a donné en 2014 sur un voyage qu’il a fait dans 6 communautés intentionnelles d’Europe, à la recherche de différents modèles qui utilisent le consensus et sont à partage de revenus.

Cet article s'inscrit dans le dossier "Income Sharing Across the Pond". Vous pouvez lire les articles déjà parus

Fichier audio de la présentation de Villa Lokomuna(version originale en anglais, 15:34 min)


Situé au centre-ville de Kassel dans une des villas qui n'ont pas été bombardées, Villa Lokomuna (http://www.villa-locomuna.de/) est une propriété intéressante : un splendide manoir, construit dans la première moitié du XXe siècle par un riche juif magnat de la margarine qui a fui le pays dans les années 1930. Après la guerre, l'entreprise de chemin de fer allemande a pris possession de la propriété et a transformé la villa en bureaux, aux côtés de laquelle elle a construit un immense dortoir moderne (5 étages, connecté à une aire de repos, une énorme cuisine industrielle et une grande salle à manger)… Genre, LA propriété PARFAITE pour une communauté intentionnelle! Ce qui est remarquable, c’est qu’illes ont acheté la propriété exactement 6 mois après la première rencontre de personnes où elles se sont dit « hey, on devrait faire une commune ensemble ». Le groupe a donc acheté la propriété avant de savoir ce qu'illes allaient faire ensemble. Illes ont ainsi une culture extrêmement expérimentale, où illes ont systématiquement changé le noyau de leur structure. Également, beaucoup de leurs décisions sont provisoires : « essayons ça pendant 6 mois », au bout desquels ils en parlent. S'ils n'atteignent pas un consensus sur le fait de continuer avec, elle est renversée et de revenir à l'ancien système.

Le séjour de Gpaul dans cette communauté fut bref, parce que qu'il avait entendu à propos de ce groupe que c'était des gens qui vivaient simplement ensemble en ville, sans faire de partage de revenus. Des colocs, y'a en plein, tsé! Finalement, quelqu'un lui a dit le contraire, alors il a fait un détour de dernière minute, où il s'est fait expliquer la communauté par deux membres en quelques heures.

Villa Lokomuna existe depuis 12 ans, et comprend 16 adultes, 12 enfants, avec un historique de population maximum de 20 adultes, 12 enfants. La communauté est vieillissante, les enfants viennent de finir le secondaire ou vont le faire bientôt, et est donc en recrutement actif de jeunes personnes, c'est-à-dire 30 ans avec des enfants.

L'histoire du partage de revenus

Villa Lokomuna est maintenant à partage de revenu, mais ne l'était pas au début, d’où la confusion. (En fait, c'est assez frustrant de voir à quel point les communautés de Kassel ne se connaissent pas beaucoup…)            

  1. Illes ont commencé comme une gang de monde vivant ensemble, avec un système de loyer « paie ce que tu veux/peux ». Toutefois, ce système ne marchait pas tellement bien pour elleux parce qu'il y avait des personnes qui donnaient exactement tout ce qu'elles pouvaient de leurs revenus, et d'autres qui dépensaient tout ce qu'elles pouvaient de leurs revenus, et donnaient ce qui restait. C'était difficile, les gens n'étaient pas d'accord, et ne contribuaient pas de la même manière, etc.

  2. Illes ont fini par se dire : « Okay, on va faire une formule en trois parties pour déterminer combien tu dois payer par mois, basée sur ton revenu, tes besoins et personnes à charges, et le facteur personnel de ton mode de vie. » Ce qui n'a pas vraiment marché non plus. Trop structuré peut-être?

  3. Tant pis, essayons le partage de revenus. On va faire de petits groupes de 6-7 personnes qui vont partager leurs revenus ensemble, et s'il y a un groupe qui a un surplus à la fin du mois, il va le donner à un groupe qui a un déficit. Mais il y avait un groupe fait de gens qui travaillaient presqu'exclusivement pour la commune, et un groupe où il n'y avait que des docteur-e-s, et encore un groupe fait de parents ayant de grosses charges pour l'éducation de leurs enfants. Constatant que l'argent allait toujours des mêmes groupes aux mêmes groupes, ils se sont dit…

  4. Faisons donc simplement un partage de revenus entre tout le monde! Il y a 5 ans, ils ont donc changé pour un partage de revenu complet, basé sur le modèle de la communauté Niederkaufungen avec la boîte d'argent. Ils ont perdu plusieurs de leurs docteurs-res, mais illes se débrouillent bien.

  5. En ce moment, leur expérience depuis quelques mois, c'est d'avoir la boîte d'argent, mais illes se sont débarrassé de la feuille à côté pour noter les sorties d'argent. Apparemment, illes dépensent plus et accusent un plus grand déficit, mais l'hôte de Gpaul n'avait pas les moyens d'évaluer cette différence… En tout cas, c'est leur expérimentation actuelle, on verra s'illes aiment ça!

Étant situé au milieu de Kassel, illes s'attendent à ce que chaque personne ramène un revenu, sans spécifier combien exactement. En fait, tu peux ne pas ramener d'argent si la communauté reconnaît et accepte que tu travailles pour la communauté à certaines tâches, mais c'est une exception qui doit être décidée. Ainsi, plusieurs personnes ont des petites jobs en ville, et également, plusieurs personnes gèrent de petites entreprises qu'illes ont démarrées : ils dorment dans le dortoir, et la Villa abrite plusieurs entreprises. Travail informatique, les bureaux administratifs de la communauté, entreprise de santé alternative, clinique, cours de yoga, massothérapeutes, garage où quelqu'un fabrique des boîtiers pour instruments de musique, et les bureaux accueillent beaucoup de groupes ou organismes de gauche, qui font leurs retraites ou réunion là. Leur économie à partage de revenu, où chacun apporte de l'argent, soutient l'autonomie de ses membres… La ville a cette force trompeuse qui amène les gens à se pitcher dans différentes directions, et la communauté valorise le fait d'être en ville et de pouvoir interagir avec ses citadins, où elle devient comme une sorte de plaque tournante, le centre de nombreuses connexions dans le réseau de gauche de Kassel.

Quelques exemples de ce soutien qu'offre la communauté à l'autonomie de ses membres:

  • Une mère de deux enfants témoigne du fait que, assurément, si elle n'avait pas vécu dans une communauté, ses enfants auraient eu beaucoup plus de difficulté psychologique à vivre la rupture. Parce qu'il y a tellement de personnes là pour la supporter, et l'aider à s'occuper des enfants. Et puis, il y a deux ans, elle a eu un accident de travail où elle s'est brisé les deux pieds. Mais ce n'était pas un problème, parce que tout le monde s'est mis ensemble pour déménager ses affaires au rez-de-chaussée, s'occuper des enfants pendant sa convalescence, jusqu'à ce qu'elle revienne sur pied quelque mois plus tard et puisse reprendre son travail et le soin de ses enfants.

  • L'an passé, une membre a été victime d'un accident cérébro-vasculaire, ça s’est bien passé. Évidemment, c'est vraiment plate, mais la communauté s'est réorganisée, certains membres ont réorganisé leur horaire pour travailler moins et être plus présent-e-s à la maison, et illes se relaient pour prendre soin d'elle. En fait, les gens qui s'occupent d'elle reçoivent une pension de proche aidant de la part de l'État… ce qui devient une source de revenu pour la communauté! Grâce à la flexibilité du groupe, illes ont été capables de se réorganiser pour prendre soin de leurs membres.

Rencontres, gestion de groupe et vision

Ils ont une rencontre à chaque deux semaines, où il y a simplement un tour de table où chacun-e fait un bilan rapide de ce qu'ille fait, au lieu d'une fois en profondeur aux 15 mois à Niederkaufungen. C'était important pour elleux de mentionner que l'objectif du partage de revenus, ce qui est important pour la communauté, ce n'est pas juste ta contribution en temps ou en argent, c'est toute ta vie. Tu impliques toute ta vie dans la communauté, la communauté veut s'assurer que ta vie est viable pour toi, et que l'équilibre des différents aspects de ta vie fonctionne bien pour toi, en même temps que les besoins de la communauté sont pris en compte.

Villa Lokomuna a également un processus de groupe obligatoire basé sur la méthode du Zegg (communauté au sud de Berlin), qui est une manière de gérer les relations interpersonnelles sous forme de théâtre. C'est une façon d'avoir une place dans la vie les un-e-s et des autres. Gpaul avait toujours dans l'idée le style de communauté rurale qui se gère un peu comme à Sandhill : il demandait s'il y avait des problèmes dans la communauté, entre les gens qui travaillaient plus ou moins, faisaient plus ou moins d'argent ou en dépensaient plus ou moins, ils répondent « Bah non, blabla », jusqu'à ce qu'un gars l'interrompe pour dire : « Tchèque, pour moi, l'important, c'est que je veux que cette communauté soit un espace où on rend collectivement possible ce qu'il n'est pas possible de faire individuellement. Je ne veux pas que cette place rende impossible individuellement ce qui est déjà possible. » Pour illustrer ça, il a donné l'exemple de sa fierté d'avoir pu, durant l'année, réaliser un rêve d'enfant en prenant des cours de deltaplane (payés par la communauté bien sûr). Il a trouvé ça tellement exhaltant qu'il a déclaré que la communauté devrait aider chaque membre à réaliser un rêve par année… joli et ambitieux projet! Mais en même temps, leur projet n'est pas orienté vers l'atteinte d'un mode de vie peu coûteux, mais plutôt vers l'atteinte d'un mode de vie joyeux. Ils supportent leurs membres dans leur activisme politique.

Ils font tout ça, vivent à Kassel, habitent cet endroit magnifique, mangent de la bouffe délicieuse, reçoivent un support de la part du groupe pour se réaliser pleinement, etc, etc, et le tout pour 16 000$ par personne par année, soit 60% du revenu médian en Allemagne.

Consensus

Villa Lokomona fonctionne par consensus : une proposition est amenée, on en discute, on amène des préoccupations et des idées qui font évoluer la proposition jusqu'à ce que, éventuellement, les gens sentent que c'est rendu proche de la conclusion et que pas mal tout le monde s'entend. Habituellement, il y a un test pour s'assurer qu'on n'oublie personne : aux États-Unis, le truc des doigts est pas mal populaire. À Villa Lokomuna, le rituel implique que tout le monde se lève, se prennent par les mains, et ''klaxonnent'' bruyamment. Un consensus enthousiaste et théâtrale, quoi! L'idée, c'est que si t'es pas d'accord, ça va être impossible pour toi de te lever, prendre les mains et crier fort. Alors illes se lèvent, et si quelqu'un ne crie pas, illes se rassoient et continuent de discuter.

Mots-clés: 

Publier un nouveau commentaire

Filtered HTML

  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Tags HTML autorisés : <a> <em> <strong> <cite> <blockquote> <code> <ul> <ol> <li> <dl> <dt> <dd>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
CAPTCHA
Cette question est posée pour tester si vous êtes ou non un humain et pour prévenir l'invasion des robots!