29 avr 2016

Voici un texte que j’ai retrouvé en fouillant dans de vieux documents. Je l’ai écrit il y a 9 ans, alors que je commençais à m’intéresser aux éco-villages. Ma première visite d’un “éco-village”, qui m’a tout de même laissée un peu perplexe. Un projet “rétro”, que vous pourrez lire avec nostalgie en vous amusant de ma candeur...

1 juin 2007

Jeudi 24 mai,

au lendemain de mon dernier examen de DEC, j’ai plié bagage. Direction Mont-Radar, en Beauce. Situé dans la municipalité de St-Sylvestre et surnommé Ste-Marguerite-de-l’Utopie, se trouve l’éco-village le mieux développé du Québec. Ancienne base militaire abandonnée, achetée par un multi-milionnaire américain qui a voulu y construire un casino, puis, par 300 habitants de la place qui ont pensé créer un mont de ski-alpin et qui ont fait faillite, cette micro-société a vue le jour lorsqu’un jeune homme d’une vingtaine d’années nommé Jean-Marc a repris l’endroit.

Je pars avec mon ami Philippe : son ami Simon vient de s’établir là-bas. Nous avons la chance d’avoir un lift directement de Montréal à St-Sylvestre avec Jean-Marc lui-même. Super humble, dynamique, optimiste et engagé, il nous raconte toute l’histoire, nous préparant à atterrir dans cet autre monde. Les deux heures que dure le trajet suffisent à nous ébahir, à nous faire voir les choses d’une autre façon, et nous ouvrent l’appétit. Et puis voilà, on y est. Les pancartes qui nous accueillent ne sont pas très sympathiques : « Propriété privée » « Surveillance 24h » « Défense d’entrer ». C’est que l’endroit fut longtemps le lieu de prédilection des vandales, des bums, des braconniers et de toute la racaille qui savait que l’endroit était à l’abandon. Pour reprendre le contrôle et se faire respecter, Jean-Marc a dû se battre férocement. Puis, on voit un lac. Celui-ci est ensemencé, et un autre à côté sera bientôt rempli et servira à la baignade. On suit la route, en longeant des entrées de sous-terrains encore pas entièrement explorés. Enfin, nous voici à l’accueil. Très grand, fonctionnel, bien que visiblement rénové rapidement, ou seulement partiellement. On a accès à la cuisine communautaire (poêle, frigo, micro-ondes, vaisselle, garde-manger). Il y a un théâtre, un gymnase, une piscine, un atelier, certains plus ou moins délabrés, d’autres plus retapés.

Simon est là, travaillant tranquillement sur la plate-bande : déclaré Ministre de la Permaculture, il adore l’horticulture et la botanique. Il a plusieurs projets personnels au Mont-Radar, comme répertorier les espèces qui y poussent, établir un système efficace de compostage et créer un jardin écologique qui respecterait les principes de la permaculture (c’est-à-dire qu’au lieu d’adapter l’environnement à la culture de l’humain, l’humain adapte sa culture à l’environnement présent) (http://fr.wikipedia.org/wiki/Permaculture). Simon habite un peu plus loin, à l’Auberge. Il y loue une chambre et a accès à la cuisine, la salle commune, l’Internet sans fil, l’électricité et le chauffage. Sur le site, on voit aussi une grange, qui abrite quelques poules et un cheval, Prudence, qui, pour l’instant, broute dans son pré.

En cette première journée, donc, faisons d’abord connaissance avec Nadia, résidente saisonnière depuis 2 ans, et avec Clément, un Français de Normandie en voyage au Québec, arrivé depuis une semaine. Philippe et moi montons notre tente en choisissant judicieusement le site, puisque le sol est très spongieux et le soleil, tapant. Le soir, nous avons écouté l’Effet papillon, après de nombreuses difficultés techniques.

Jour 2, vendredi,

nous assistons à notre première réunion-breefing. En fait, vers 10h tous les matins, les éco-villageois se rassemblent pour déterminer les tâches à effectuer dans la journée, former des équipes et informer les autres de leurs activités. Ainsi, Philippe et moi sommes désignés pour nettoyer le terrain (passer le balai et le râteau) avant le dîner. Dans l’après-midi, nous rejoignons Nadia et Clément qui défrichent un petit terrain. Cet été, il est prévu qu’une maison construite selon la technique des « artisans du rebut global » sera construite à cet endroit. Ainsi, nous coupons des arbres et des branches que nous empilons sur le côté du chemin. Pour chaque arbre coupé, dix seront plantés… mais pas n’importe comment : ce seront différentes espèces, pour éviter la monoculture, et de préférence des arbres nobles, tels les chênes, pour réintroduire des espèces raréfiées par les coupes à blanc. À côté du site sur lequel nous travaillons, d’autres personnes se construisent une yourte. Une yourte, ça ressemble un peu à un cabanon fait en rond. La structure est en bois et une toile constitue le revêtement, ce qui en fait une tente, ce qui évite de payer des taxes de maison. Ce n’est pas très grand, mais on peut y installer lit, poêle, frigo, table, etc., ce qui en fait un petit coin confortable. Le soir, Prudence s’est enfuie de son enclos pour venir nous rejoindre alors que l’on soupait dehors. Elle est venue voir s’il restait de la nourriture dans mon assiette : j’ai mangé avec un cheval!

Samedi,

nous nous portons volontaires pour aller nettoyer le Bunker. Ce dernier se situe au sommet de la montagne et c’est là que se trouvait le fameux « radar ». C’est donc tout en béton, sur trois étages de haut : c’est imposant et un peu mystérieux. Sur le dessus trône une grande antenne, propriété Telus, compagnie qui paie un loyer à l’éco-village et qui donne à ce dernier des avantages, comme l’internet haute vitesse sans fil… Pour y accéder, Philippe et moi décidons de monter à pied et sommes bientôt rejoints par Olivert, tandis que Jean-Marc et Nadia montent en voiture. Olivert, c’est le responsable du “comité matière”, qui s’occupe de la gestion des déchets produits par l’éco-village. L’objectif, à moyen terme, est d’atteindre le « 0 déchet ». Il y a une ou deux semaines, le Mont-Radar a accueilli un “rave” dans le Bunker (endroit vraiment cool pour faire ça), ce qui permet de ramasser des fonds pour payer les dépenses récurrentes. Aujourd’hui, la mission est de trier tous les déchets qui ont résulté de cet événement. C’est là que le mot shmu prend tout son sens… Sur l’heure du dîner, Philippe et moi montons sur le toit du Bunker, et admirons la vue 360 que nous avons sur la Beauce. Nous pouvons observer des buses, et constater tout le potentiel éolien de l’endroit. En considérant que la base sur laquelle était posée le radar est encore là, installer une éolienne qui alimenterait l’éco-village est un rêve très réalisable. Philippe, qui étudie en technique de génie électrique, est emballé. Jean-Marc a également parlé d’une chute où il serait peut-être possible d’installer une turbine. Ces sources d’énergie alternative poursuivent tout à fait l’optique d’un éco-village comme celui du Mont-Radar.

Pendant la journée, un cinéma maison dont un bar s’était débarrassé a été installé dans le théâtre. Le soir, donc, Jean-Marc nous a fait visionner des petits bouts de film qu’il avait pris lors de sa première visite du site en tant que propriétaire. Nous avons donc vu les images du Bunker et de l’Auberge alors qu’ils n’avaient pas encore été touchés et rénovés. Nous avons ainsi pu mesurer l’ampleur du travail qui avait été fait depuis les 11 dernières années. Après, vers 1h du matin, Phil et moi sommes restés à discuter avec Philippe Laramée, l’associé de Jean-Marc et donc deuxième administrateur du projet. Philippe L. est le rédacteur de la revue Aube, revue écologique qui publie des articles sur des sujets variés, expliquant souvent des alternatives écologiques ou sociales (http://aube.laplumedefeu.com/). Discuter avec Philippe L., après avoir écouté Jean-Marc et vécu un peu le fonctionnement du Mont-Radar, était, semble-t-il, le processus logique pour enchaîner les réflexions philosophiques et psychologiques éveillées par l’alternative sociale marginale de l’éco-village.

Dimanche, quatrième jour,

nous avons terminé le tri des déchets. Le bilan est à peu près celui-ci : 7 sacs de papier-carton, 15 de bouteilles d’eau, 6 de canettes et métal, 4 de plastiques no6 (qui seront acheminés à l’Université de Laval à Québec, puisque nous ne possédons pas les infrastructures nécessaire à son réemploi au Québec), 4 de pellicules plastiques (qui seront entreposés dans les sous-terrains en attendant que soit découverte la technique pour les récupérer), 1/3 de sac de light sticks et autres « déchets dangereux », une quarantaine de bouteilles de vitre, et moins de 2 poubelles de déchets-compost-shmu-dégeu! Sans compter la vingtaine de bouteilles d’eau non-ouvertes, la demie-douzaine de boissons énergisantes non-ouvertes, les fruits intacts, la calculatrice et tous les objets encore bons que nous avons trouvés…

Le soir, Raphaël, celui qui habite dans la guérite à l’entrée, nous a ramené deux ou trois gros bacs pleins de nourriture. En effet, Raphaël travail à l’épicerie Père Nature de Ste-Marie et rapporte toujours, après son quart de travail, la nourriture qui ne se vend plus et qui, autrement, serait jetée à la poubelle. Nous avons donc trié la nourriture et récupéré une centaine de poires, des dizaines de prunes, une montagne de haricots et de pois-mange-tout, de la mangue, du blé d’inde, des raisins, et bien d’autres! Philippe, Olivert, sa mère et moi sommes allé admirer le coucher de soleil depuis l’Hôpital, bâtisse qui tombe pour l’instant  en ruine mais qui accueillera éventuellement l’Uni-Vert-Cité du Mont-Radar, une école alternative dont vous aurez deviné la mission…

Lundi, jour 5,

je fus victime du syndrome commun appelé « Wrap zone ». Cela se traduit par le fait de ne rien faire. Après avoir travaillé un peu dans le gymnase pour faire de la place, j’ai donc dormi une bonne partie de la journée. Il faut dire qu’il faisait gris et pluvieux et que je ne voulais pas trop m’éloigner parce que j’avais promis à Nadia de l’aider pour mettre sur pied le « comité alimentation ». Je m’en veux tout de même, parce que j’aurais pu visiter des milliers de choses passionnantes! Philippe, lui, a vu les souterrains et l’ancienne station d’épuration. Il a également travaillé sur l’électricité de l’Auberge et arrangé quelque peu l’éclairage des lieux.

Le soir, nous avons encore reçu 2 gros bacs et deux poubelles pleines de fruits et de légumes! Fred, l’autre électricien de la gang, Simon, Nadia, Philippe et moi, sous l’œil (rouge) de Sébastien, alias Foin-Foin (qui habite au dessus de la grange), nous avons arrangé les fruits et fait une « méga-salade-de-fruit ». J’ai trouvé ça vraiment beau de constater combien il était possible de faire de la nourriture savoureuse et saine avec des aliments qui étaient préalablement destinés à être jetés.

Le lendemain,

j’ai donné un coup de main à Nadia, qui y avait déjà travaillé très fort, pour penser à tout ce qui était essentiel pour le « comité alimentation ». Nous avons décidé de réquisitionner le débarras qui jouxte la cuisine commune pour en faire un garde-manger. J’ai donc vidé celui-ci de son contenu (en grande partie des jouets d’enfants, appartenant au « comité famille ») et j’ai trié des boîtes qui contenait des outils de cuisine pour en extraire ce qui pourrait être utile. J’ai blanchi des fèves pour les congeler. Pendant ce temps, Phil avait été réquisitionné pas Philippe L. pour arranger le système de son du théâtre. Ainsi, à la fin de la journée, oh joie!, nous pouvions écouter de la musique à la fois dans la cuisine communautaire et dans le théâtre, tout en contrôlant le volume partout à partir d’une seule et même console. Le coût total de la sono tourne autour de 30$ : chaque haut-parleur a coûté environ 5$, et la console a été donnée gracieusement. Pour inaugurer le tout, le soir, présenté par le « Ciné-Radar », nous avons écouté le film Équilibrium, qui pourrait être un mélange entre la Matrice, et Blade Runner.

Enfin, mercredi,

j’ai fait de la vaisselle et de la popotte. Le soir, la première réunion du comité alimentation a eu lieu. Phil a terminé d’installer le système de son, étendant la diffusion de la musique jusque dans le hall et dans le gymnase. Il a ensuite réparé l’ordinateur de Simon et a éteint, enfin, la sentinelle, gros lampadaire qui gâchait le paysage nocturne des résidents de l’Auberge depuis près d’un an et demi. Il est ainsi passé à l’histoire.

 

À consulter pour plus d'infos

Pour celles et ceux qui aiment la chicane, voici quelques pistes qui vous permettront de comprendre les conflits qui ont eu lieu au sein du projet du Mont-Radar, et qui ont vraisemblablement menés à sa fin.

Le domaine du Mont Radar à été racheté en octobre 2010 par un nouvelle administration et un nouveau projet a été lancé sous le nom de ''Domaine du Radar''. Il n'y aura pas d'écovillage à cet endroit, mais un projet de villégiature et plein air: http://www.domaineduradar.com/

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