Depuis qu’on habite dans la Baie-des-Chaleurs et qu’on a le projet de démarrer une communauté intentionnelle, on nous parle souvent de la “gang du presbytère de St-Alphonse”, un groupe d’ ami-e-s près de l’âge de la retraite, qui ont racheté ce bâtiment patrimonial et prévoient couler de vieux jours heureux ensemble. Un projet de communauté de vie, où on prépare sa mort! Pas besoin de vous dire que ça a attisé ma curiosité, et que nous avions bien hâte de les rencontrer pour en apprendre plus sur leur histoire.

Popol et moi nous sommes donc rendus à St-Alphonse, petit village abritant environ 700 âmes et situé “dans les terres”, derrière le village de Caplan. Anciennement, 3 missions voisines ont colonisé ce coin de pays, soit Mercier, Ste-Claire et Musselyville, on l’appelle aussi “la Petite Belgique”, et les gens qui y habitent, des Be(l)giquois-e-s: parce que les fondateurs/fondatrices étaient belges, et parce que les gens de la place ne prononcent pas le “l”!

 

Bertin nous accueille sur place par un après-midi brumeux. À l’intérieur, c’est le chantier. Les premiers résidents vont y déménager seulement à l’automne. “Une commune, oui, dit Bertin, mais une commune de vieux. On n’aménage pas tant notre vie, mais notre fin de vie”. Malgré que l’espace n’en soit pas encore un de vie, les plafonds hauts, les grandes fenêtres, les pièces immenses qui se succèdent et le cachet bien conservé de ce bâtiment d’époque font toute une impression. Le potentiel incroyable de cet endroit comme lieu de cohabitation d’un groupe d’une demi-douzaine d’adultes ne fait aucun doute. Alors que Bertin nous guide et dessine de ses bras et de ses mots les usages prévus pour tel ou tel espace, le futur prend forme sans peine et se superpose sur une réalité qui semble suspendue dans le temps.

La place n’est pas chauffée encore, ainsi on garde nos manteaux pour se prémunir contre le tiède hiver alors que l’on s’assoit à la table de la cuisine vide, mais déjà vivante, pour se faire raconter.

La part des anges. C’est le nom de l’organisme. Ça vient de la fabrication d’alcool: du tonneau à la bouteille, y’en a toujours une partie qui s’évapore, c’est “La part des anges”. Ah, d’accord! On a à faire à des gens qui aiment rire et avoir du plaisir, qui ont de l’esprit et aiment jouer sur les frontières du “politicly correct”? Des vieux marginaux, quoi! Mmm… je sens qu’on va bien s’entendre!

 

Le projet est d’abord celui d’une gang d’ami-e-s, des gens très proches qui s’aiment bien, et qui aiment refaire le monde en faisant bombance. La plupart vient de St-Alphonse (en Gaspésie) ou y a habité pendant de nombreuses années. Il y a un fort attachement au village, à son histoire, une grande volonté de le protéger, de le voir s’épanouir, de participer à son rayonnement et un développement régional qui regarde vers l’avenir, tout en s’ancrant dans son histoire. Il y a 6 ans, ils ont acheté le presbytère du village.

Plusieurs ententes sont convenues, mais La Part des Anges n’est pas encore une entité à part entière. La structure légale, “c’est pas pour nous autres, on n’en a pas besoin (...) Si c’était un “campe” dans le bois, pis pas un presbytère, personne nous achalerait avec ça”. Au fond, ça fonctionne un peu comme une OBNL. Le presbytère est détenu en copropriété indivise, dans laquelle chacun-e a une part égale, car tout le monde met le même montant.

 

La recette secrète de la Part des Anges, c’est:

  • Une gang d’ami-e-s

  • Une immense ouverture

  • Le fonctionnement par consensus

  • La confiance (de plus en plus!)

Illes fonctionnent donc par consensus, “ce qui facilite beaucoup de choses”. “On propose quelque chose, on ne peut jamais le jeter à la poubelle, on l’améliore”.

À force de construire leur rêve en s’écoutant les un-e-s les autres, tout s’imbrique plus facilement: sur les 5 chambres disponibles, illes en ont tou-te-s choisi une différente avant de se consulter!

Bertin nous rappelle que “consensus, autogestion, écologie, ce sont des concepts nouveaux, mais vivre ensemble, ça fait une couple de milliers d’années que ça existe.”

 

Les soins de santé sont collectifs, et ils vont s’adapter à la réalité. Il a d’ailleurs fallu établir des mandats d’inaptitude, et nommer un répondant ou une répondante. “On a eu des conversations qu’on n’avait pas envie d’avoir”. Ainsi, pour s’assurer de protéger les patrimoines familiaux, tout en s’assurant que le Presbytère pouvait continuer sa vie autonome, ils ont discuté testament, ont du définir l’idée d’autonomie, etc.

 

Si ça vous intéressait de devenir membre, sachez que leur processus d’intégration annonce que toute nouvelle personne intéressée doit être présentée et introduite au groupe par l’un-e des membres. Il faut donc qu’au moins une personne te connaisse, et ait suffisamment envie de vivre avec toi pour t’inviter à rencontrer officiellement tout le monde.

Quelques pistes pour explorer dans tous les sens

  • Émission radio “Au coeur du monde”, Radio-Canada, sur le projet du Presbytère de St-Alphonse, 26 novembre 2015

  • "Vieillir en communauté", un article et un reportage radio publié par MArie-France Abastado le 23 septembre 2016, à "Désautels le Dimanche", Radio-Canada

  • “Pas banal la vie” par Isabelle Craig sur la vie en commun, destination quartier Rosemont et un projet de communauté nouveau genre (de 0:00 à 15:15)

  • Ni yeux ni maîtres, BD anarchiste de vieux (voir la photo principale de l'article)

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