15 fév 2016

C’est un livre de Carl Rogers, un psychologue humaniste, qui m’a inspiré ce texte. À la fin d’un de ses livres, il a parlé des raisons qui poussent les gens à vivre dans un groupe communautaire ou, selon ma perception, dans une communauté intentionnelle. La question de base est : «Pourquoi des individus intelligents, instruits, évolués, malgré toutes les perspectives que leur offre notre société, rejoignent-ils les groupes communautaires?» Les réponses de Carl Rogers m’ont parlés parce qu’elles étaient étroitement reliées aux raisons qui me poussent a vivre en communauté. C’est pourquoi j’aimerais vous partager son point de vue ainsi que mes réflexions.

«Pourquoi des individus intelligents, instruits, évolués, malgré toutes les perspectives que leur offre notre société, rejoignent-ils les groupes communautaires?»

«L’un de ces motifs est d’échapper à l’aliénation et à l’isolement croissants de notre société.»

Eh oui, ce n’est pas parce qu’on est connecté-e 24 heures sur 24 sur facebook ou qu’on habite dans une ville de 3 millions d’habitant-es qu’on ne vit pas de l’isolement. En plus de l’individualisme ambiant, je trouve qu’on vit à une époque où le temps nous manque et tout est organisé, planifié, rangé. Les rencontres à l’improviste doivent même être planifiées! L’absence d’importance donnée à la spontanéité et aux rencontres crée un sentiment d’aliénation chez moi.

Je suis avide d’échapper à la déshumination de l’ordi, de l’internet, des cells, des ipod, des vidéos, des photos pour trouver un endroit où je peux m’inscrire en tant qu’individu. J’ai le goût de vivre des relations profondes et partagées avec les autres. C’est pas toujours super facile de vivre dans une communauté,mais au moins, c’est tellement plus intéressant que seulement rester superficielle avec les gens qui m’entourent. Sans le vouloir vraiment, on peut parler de tout et de rien assez longtemps, même dans une communauté. Mais le quotidien vécu ensemble, les réflexions apportées par les autres ne permettent pas de rester superficiel bien longtemps. Il se passe quelque chose d’humain, quelque chose qui me fait vivre l’humanité. La première fois que je l’ai vraiment vécu, cette dose d’humanité, c’était à la grève de 2005. Et depuis ce temps, je l’ai vécu à plusieurs autres reprises. Eh bien, c’est le désir de retrouver cette intensité qui m’allume. C’est de construire avec les autres au quotidien.

«Une autre raison est certainement que les groupes communautaires donnent l’occasion d’être pleinement soi-même, d’une façon unifiée, ce qui est extrêmement rare dans la vie moderne. En communauté, l’individu peut s’épanouir sous tous les aspects...la force physique, l’habilité professionnelle, les aptitudes parentales, les activités intellectuelles, les sentiments et les émotions, les idéaux et les goûts religieux ou mystiques, tout peut être vécu en même temps.»

En effet, dans toutes les communautés que j’ai visitées et où j’ai habité, j’ai pu me sentir super épanouie sur plusieurs facettes de ma vie. Dans une communauté, en une journée seulement, on peut transporter du bois, installer une porte, écrire un article, participer à un échange sur l’économie participative, discuter de comment on se sent vraiment, faire à souper, apprendre sur les champignons et garder un enfant. La vie est complexe et je trouve que vivre en communauté permet de développer une aisance dans cette complexité et de s’épanouir sur plusieurs aspects en même temps, parfois sans s’en rendre vraiment compte. Personnellement, c’est dans les communautés que j’ai essayé le plus de trucs nouveaux. Elles m’ont permises à me dépasser dans un milieu que je juge sécuritaire. Dans un travail salarié ou pendant des études, oui, je peux apprendre, mais en communauté, ce sont des apprentissages globaux qui touchent à tous les aspects de ma vie. À la fin de la semaine, tu sens que tu as accompli beaucoup et que tu es devenu un meilleur humain.

«Une autre raison, fréquente et primordiale: trouver un milieu ouvert à toutes sortes de relations sexuelles. La communauté, elle, fournit un climat de tolérance qui permet de les vivre sans sentiment de culpabilité, mais non sans souffrance.»

L’ouverture sur les différentes sortes de relations possibles avec les autres est un point qui m’intéresse particulièrement. J’ai trouvé dans la plupart des communautés une grande tolérance pour les désirs, les besoins et les fantasmes des autres personnes. Bien sûr, cette tolérance va de pair avec le consentement libre et éclairé et dans un milieu sans oppression. Pour ma part, je me suis sentie libre à plusieurs reprises et j’ai découvert d’autres façons de fonctionner avec les autres au niveau des amitiés et de l’intimité. Les limites et les possibilités des concepts de l’amour, du couple et de l’amitié ont été renouvelées, testées et re-créées.

Depuis que je connais les communautés, j’y apprends et découvre encore les joies de la diversité des relations. Des fois, je doute de mes choix, de mes convictions, d’autres fois j’en suis sûre. Le polyamour, les relations ouvertes permettent de vivre la vie plus intensément et apportent leur lot de questionnements, de longues discussions et parfois de déceptions : Comment réagir dans une salle où un de tes amoureux embrasse une autre femme? Comment réagir si plusieurs de tes amoureux se retrouvent dans la même salle que toi? Comment établir des relations équitables, respectueuses et humaines? Comment choisir un seul partenaire pour de bon, quand le sexe est si bon avec tous les autres?

Peu importe la façon dont je choisirai de vivre les relations dans le futur, cette grande tolérance pour les différents modèles de relations que j’ai connu dans les communautés a vraiment permis de m’épanouir à ce niveau-là!

«Une autre motivation de vivre en groupe et que la personne découvre peut-être progressivement, est que consciemment ou inconsciemment, il se pratique une philosophie de l’organisation sociale ( ou de l’inorganisation). Hors de la tradition honnie, c’est une chance de construire un groupe fonctionnel efficace. Ainsi, de l’anarchisme au behaviorisme contrôlé, toute une moisson de nouvelles sociétés est en train de germer, toutes différentes les unes des autres.»

Le but ultime du groupe est de survivre face à tous les défis, problèmes et dilemmes éthiques qui se présenteront dans son existence. Chaque communauté en a eu et c’est une partie passionnante de construire un groupe fonctionnel, efficace et qui rend la vie plus agréable pour les membres. Dans chaque communauté visitée, chacune avait ses défis et sa culture propre. Quels seront les défis du Manoir?

La culture qui se développe au sein d’une communauté est fascinant à observer. N’importe quel-le anthropologue pourrait se faire du fun à analyser les aspects culturels et organisationnels. Dans tous les cas, quand une nouvelle personne arrive dans une communauté déja établie, celle-ci rentre dans un univers déjà existant et changer les choses peut être parfois facile parfois difficile. La flexibilité peut être une pratique organisationnelle ou pas!

Construire un groupe efficace est un défi en soi, parce que l’efficacité est un concept difficilement quantifiable. Certaines personnes pourraient rapporter qu’elles sont efficaces quand d’autres jugent qu’elles ne le sont pas. Et une autre plus grande question encore: ‘’Veux-t'on vraiment toujours être efficace?’’ Est-ce que le but d’une communauté doit être le même qu’Henry Ford et faire tout de façon la plus efficace possible? Ces deux questionnements reviennent souvent dans les communautés que j’ai visitées. Je n’ai pas encore de réponse claire pour y répondre.

«Il ne s’agit pas d’une expérience en cul-de-sac, mais avant tout d’une occasion d’apprendre. Chacun, ici, a l’occasion de modifier son évolution personnelle, opportunité qu’il ne saisit pas toujours mais qui représente tout au moins un espoir.»

Apprendre, apprendre, apprendre, oh oui, plus que jamais. Voici une liste non-exaustive de quelques apprentissages que j’ai fait dans les communautés!

Agriculture: produire des légumes, des semences, conduire un tracteur, apprendre à mettre des poteaux dans le sol, le compostage et la transformation d’aliments.

Communication:  Groupes d’honnêteté radicale, CNV, parler l’anglais, traduction simultanée

Prise de décision: animation de groupe, pratique du consensus, utilisation de méthode pour rendre les réunions plus efficaces,

Personnel: plus de musique, être à l’aise à danser, savoir jouer au frisbee

Apprentissage manuel: , construction, rénovation, base d’électricité et de plomberie

Ce que je trouve le plus impressionnant, c’est la possibilité d’apprendre tant de choses en si peu de temps. La vie de travailleuse salariée ne m’a jamais permis d’apprendre autant dans tant de domaines de ma vie.

«Finalement, un des grands attraits des groupes communautaires est le changement de rôle qu’il suppose. Les communautés, avec toutes leurs erreurs, leurs sacrifices, leurs échecs et leurs regroupements semblent ouvrir la voie.»

Parfois je me demande qui d’autres va ouvrir la voie si ce ne sont pas les communautés où les humains se regroupent et prennent le temps ensemble de réfléchir au futur? En effet, je crois qu’une communauté n’a de rôle dans le changement social que dans la mesure où elle s'inscrit en solidarité avec d'autres groupes de la société, ou dans une lutte « pour gagner » (contre les changements climatiques, etc.). Sinon, être seulement heureux, prospères, justes et égalitaires n'apporte pas de changement social en soi.

 

Finalement, de nombreuses raisons expliquent pourquoi les gens se rassemblent en communauté intentionnelle et que le rêve aboutit parfois a la réalité, comme dans le cas du Manoir où ce sont des années de réflexion qui ont poussé un groupe à se former pour devenir une communauté.Par ses principes et sa vision égalitaire, féministe, non-violente, écologique et coopérative, les communautés intentionnelles du modèle de la fédération des communautés égalitaires sont un modèle pour une meilleure société!  Seulement par leur présence et du fait qu’un autre monde est possible grâce à leur existence me donne de l’espoir!

 

1 comment (+add yours?)

par Édith Arsenault on jeu, 02/16/2017 - 21:48

Je réfléchi à former un groupe de personnes âgées sous forme de communauté afin de non seulement vieillir vieux, mais de mieux vieillir tout simplement. 

 edith.arsenault@sympatico.ca

 

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