25 Jan 2016

Ceci est une traduction libre de la conférence que GPaul a donné en 2014 sur un voyage qu’il a fait dans 6 communautés intentionnelles d’Europe, à la recherche de différents modèles qui utilisent le consensus et sont à partage de revenus.

Cet article s'inscrit dans le dossier "Income Sharing Across the Pond". Vous pouvez lire les articles déjà parus sur l'Introduction de la conférence et sur la communauté Svanholm au Danemark

Fichier audio de la présentation de Niederkaufungen (version originale en anglais)

Site internet de la communauté: http://www.kommune-niederkaufungen.de/


Kassel est une vieille ville industrielle qui a été complètement bombardée durant la 2e guerre mondiale. Comme plusieurs autres villes ayant connues le même sort, les ruines ont été empilées, sauf qu'au lieu de devenir une montagne artificielle à côté de la ville et de servir de parc, la pile de débris a été mise au milieu et la ville, laquelle a été reconstruite par-dessus. Ainsi, des habitants, en voulant creuser pour bâtir des fondations, ont trouvé une bombe non-explosée! (on estime qu'il y aurait 150 000 bombes non-explosées dans cette seule ville!).

C'est une ville européenne typique, c'est-à-dire développée de manière à être condensée et densément peuplée, puis, à sa frontière, elle est entourée de 8 petits villages (petits mais densément peuplés, avec de vieux bâtiment, beaux et charmants), que tu traverses en quelques minutes avant d'arriver abruptement dans des champs de culture fermière. Pas de banlieue! Des villages.

Lokomuna Network est l'équivalent de la FEC: c'est un réseau dont font partie la plupart des communautés d'Allemagne, et elles sont toutes nommées de manière absolument pas créative (soit le nom du village dans lequel elles sont installées).

 

Niederkaufungen ressemble étrangement aux communes du FEC, et GPaul s'y est tout de suite senti chez lui. 60 membres adultes et entre 20 et 30 enfants. La communauté existe depuis 35 ans, et elle a une culture très similaire. Ils se décrivent comme des gauchistes non-idéologistes et décrivent leur réseau comme un réseau de communautés politiques : pas mal la même chose que la FEC, mais en des termes différents. En effet, cette dernière ne s'identifie jamais officiellement comme étant « de gauche » ou « socialiste », même si elle en partage plusieurs pratiques/politiques anarchiste ou communiste. Ils fonctionnent par consensus. Et quand on leur dit : « Oh my god, 60 personnes qui fonctionnent par consensus, c'est génial, il n'y a rien qui s'en rapproche aux États-Unis… comment vous faites! », ils nous répondent : « On se rassemble 1 fois par semaine, on s'assoit dans une pièce, on discute, et on arrive à un consensus. Ça marche, et c'est tout… Mais c'est pas mal le maximum qu'on pourrait être, parce que si on ajoutait 5-6 personnes, le fonctionnement par consensus s'effondrerait». Il n'y a pas de groupe obligatoire de « interpersonnal process ». Leur situation interne ressemble pas mal à Twin Oaks, où la plupart du monde s'entend bien, y'a a quelques un-e-s qui s'haïssent. Il y a toutefois plusieurs différents petits groupes (« inter-personnels ») qui vont faire du « co-counselling » (soutien psychologique?), de la communication non-violente, et ces groupes essaient généralement     d'embarquer le reste de la communauté dans leur processus, et il y a quelques personnes grognonnes dans la communauté qui disent qu'elles « ne veulent pas de cette bullshit psychologique ou interpersonnelle, ces affaires-là d'émotions et de se laisser toucher, que tout ça est hors de propos et nous fait dévier des choses importantes et essentielles et utiles. »   

  • Une des distinctions est qu'ils ont des groupes de « interlocking ». Ils ont 6 coop de travailleurs, de même que des sous-groupes de logement et de cohabitation, qui se gèrent chacun à l'interne, et tous ces     groupes et tout ce monde se rencontre en grand groupe pour prendre les décisions qui touchent la communauté en général.

Consensus

  • Eux aussi sont passés au travers de quelques réformes récemment. Il y a 2 ans environ, il y avait plusieurs personnes qui avaient tenté de faire des réformes de quelque sorte, essayer des nouvelles affaires, expérimenter, mais elles étaient toujours refusées, parce que quand ton processus de consensus ne fonctionne pas bien, il encourage le conservatisme : si une personne est en désaccord, rien ne change. Ces gens se rendaient toutefois compte qu'illes étaient nombreux-ses à vouloir faire des changements, et on fait une sorte de groupe, et il y avait un groupe d'environ 7 personnes qui, à tour de rôle, se levaient pour dire « Non! » et refusaient de participer au processus de « compromis » qui suit normalement ce genre de situation. C'était vraiment frustrant! Ils ont donc invité Diana Leafe Christian, qui pousse le concept de « consensus + », qui est en fait moins que du consensus (mais qui est mieux)… Ce qui les a amené à apporter 3 changements à leur processus de consensus, en donnant comme raison     qu'ils sont rendus trop gros maintenant

    • « Flash cards » : des cartons avec des faces de petits bonhommes. Quand quelqu'un-e-s fait une proposition, on montre ces cartes, qui disent soit : yé!, bof! Ou bouh!

    • Ils ont introduit la nouveauté (c'est étonnant que ce soit nouveau pour elleux…) d'avoir l'option de s'abstenir. Cela permet d'énoncer publiquement tes inquiétudes, sans pour autant entraver la décision, ou l'empêcher d'être prise. Ces gens, par la suite, ne sont pas tenus de la mettre en application, ou d'en être les porteurs.

    • Limites de temps de discussion sur un sujet (soit 3 réunions, genre), où on essaie d'atteindre le consensus, pis si après ce temps, on n'a pas réussi, alors on vote, par consensus moins 3.

La conclusion, c'est qu'illes devaient faire ces changements parce qu'illes étaient maintenant trop nombreux… sauf que Svenhorn sont 80 membres et n'ont pas fait ces choix. Pour GPaul, le fait que la communauté n'aie pas réussi à mettre en place le processus du consensus, c'est qu'illes n'ont pas réussi à créer une culture du consensus qui doit venir avec. En réalité, ça a échoué parce qu'il y avait quelques personnes qui ne voulaient s'engager et faire des compromis.

Économie

6 entreprises-coop, quelques gens qui travaillent à l'extérieur (le tramway est à 5 min à pied).

  • Un atelier de soudure

  • Un groupe qui donne des formations de communication non-violente

  • Une garderie pour enfants

  • Un centre de soin de jour pour adultes avec limitations physiques ou mentales

  • Agriculture soutenue par la communauté / paniers bio

  • Une entreprise de construction

 

La communauté part seulement des entreprises qui produit des biens ou services qu'elle consomme elle-même. Tu peux soit faire partie d'un des collectifs, ou évoluer individuellement en dehors, soit en travaillant dans une job en ville, ou en te promenant comme « employé » d'un collectif à l'autre, ou encore t'occuper des tâches connexes pour la communauté (ménage, entretien, accueil des visiteurs-euses, etc.).

Ils ont une rencontre de planification à chaque semaine. Une fois sur quatre (donc, à chaque mois), c'est une rencontre « économique », où deux personnes (indépendantes ou membres d'un collectif de travail) présentent un horaire de ce qu'elles font dans leur vie. Les gens leur pose des questions sur comment c'est soutenable pour elleux, ce qu'illes aimeraient faire, leur manière de contribuer à la communauté, etc. et illes reçoivent feedback. Cela fait que chaque membre passe devant le groupe à chaque 15 mois. Ça, c'est la fréquence à laquelle illes « check in ».

 

Leur économie est organisée différement des « Cat Kinkade communes ».

 

La réaction des membres à qui Gpaul a parlé de la FEC, et de la manière dont ils partagent le travail à Acorn, avec un « quotat » de 42h/semaine par membre, c'était : « Wô, ça ressemble pas mal à un travail salarié à mes yeux! » Eux organisent leur travail comme à (Saint holdas? :-S). Il n'y a pas d'exigence en terme de travail. Il n'y a pas de structure bureaucratique qui organise le travail et les budgets comme à Twin Oaks… les gens font simplement se parler! Ils décident ainsi ce qu'il y a à faire, comment illes vont le faire, et le font, chacun participant à sa mesure, selon ce qui est soutenable individuellement pour chacun-e, et pour la communauté!

Mais d'un autre côté, quand Gpaul leur explique que les besoins des membres sont tous comblés par la commune, et qu'ils reçoivent environ 75$ par mois d'argent de poche, la réaction est : « Hein?! De l'argent de poche! Mais je croyais que vous étiez une communauté à partage de revenus! »

En fait, ça ressemble exactement à l'économie de la communauté de Sandhill. Chez eux, toute l'argent va dans le pot commun, et dans le bureau, il y a une boîte d'argent, et chacun-e se sert lorsqu'ille en a besoin, en écrivant sur un papier combien tu as sorti pour pouvoir faire la comptabilité. Le seul contrôle, lorsque le montant est plus élevé qu'une certaine limite (genre, 200$-300$), tu dois l'annoncer à la rencontre : le but n'est pas de demander la permission, mais c'est une opportunité pour les autres membres de dire « On a déjà ce que tu veux acheter » ou « Ah, peux-tu m'en prendre aussi en passant? » ou encore « Tsé, tu peux l'avoir moins cher à c'te place-là! »

Donc, leur façon de gérer l'économie de la communauté, c'est que la comptabilité publie les comptes, avec les revenus et dépenses une fois par mois (dans les communes « Kat Kinkade », ça arrive à peine une fois l'an). Il y a seulement 13 comptes (bouffe, transport, etc.), ce qui facilite les choses. Chaque membre peut alors étudier les chiffres. Ce qu'illes constatent, c'est que lorsqu'il y a un déficit, c'est-à-dire lorsque les dépenses sont plus élevées que les revenus, d'une manière désorganisée et distribuée, les gens trouvent des moyens de couper leurs dépenses et augmenter leurs revenus, et faire balancer les chiffres à nouveau.

Cloud, un membre qui est là depuis 22 ans, avait des histoires intéressantes à raconter sur la question. Il a passé l'entièreté de ces 22 années dans la cuisine, à préparer des repas. Il disait qu'au début, c'était bizarre pour lui, d'être là sans ramener d'argent pour la communauté, il a dû trouver un moyen de se sentir à l'aise d'avoir accès à la boîte d'argent sans sentir qu'il y avait contribué. Après 15 ans environ, il a démarré une entreprise de traiteur. Maintenant, c'est très différent, il doit gérer des entrées d'argent et des grandes dépenses, réfléchir à comment il peut diminuer ses dépenses, et en même temps à comment il peut créer plus de job. Il y a quelques années, il y avait un groupe de personnes très engagées à être anxieuses à propos des dépenses, convaincues que sans un contrôle plus accru, la communauté allait se consommer jusqu'à plonger dans l'oubli, jouant les prophètes de malheur pendant près de 5 ans. Or, chaque fois qu'il y avait un déficit, le budget se rééquilibrait tout seul par les efforts de chacun-e, le plus grand déficit temporaire se situant autour de 1000 euros.

Notre économie est basée sur les besoins : de chacun-e selon ses moyens à chacun-e selon ses besoins. Mais il y a une économie encore plus profondément basée sur les besoins. Ce n'est pas pas important combien chacun-e prend, ce qui importe, c'est que les besoins de tou-te-s et chacun-e soit comblés et que cela se fasse d'une manière durable.

(exemple de dépenses ou « besoins » différents selon les membres, mais du point d'équilibre qui est atteint malgré tout. Exemples qui seraient considérés comme des besoins de luxe par les communes Kat Kinkade, et la responsabilité de les combler ainsi laissée aux membres.)

Il y a quelques années, un administrateur de longue date a sorti les chiffres pour évaluer, en gros, à combien s'élevait les frais chaque membre. Il a trouvé que le ratio entre le plus grand dépensier et le plus économe était de 1 pour 10… ce qui est ben correct (puisque cette personne a besoin de plus)! Ils n'ont pas nécessairement analysé le pourquoi de cette différence, mais le membre avec qui Gpaul parlait supposait au moins 3 raisons principales possibles :

  1. Avoir des enfants
  2. Avoir des vices personnels coûteux, comme fumer   
  3. Avoir une job en ville, ce qui     peux te faire sentir que tu as besoin de vêtements plus propres ou fancy

Autre chose intéressante : le fait de vivre là, d'avoir accès à une boîte d'argent, pouvoir manger au restaurant en ville ou aller voir sa copine au Vietnam toutes dépenses payées, habiter dans cet endroit magnifique, dans de vieux châteaux ancestraux… le tout, pour 13 000$/an en moyenne! (soit l'équivalent de la moitié du revenu médian allemand).

Sur la question des actifs que les membres possèdes en arrivant : la FEC veut être égalitaire, et propose donc que ces actifs soient mis de côté, et lorsque tu pars, tu les reprends. Les membres de Niederkaufungen on dit : « Attends, attends… Quoi?! Vous laissez les gens avoir, genre, leur propre argent? » Gpaul a donc appris qu'ils ne sont pas seulement une communauté à partage de revenus, mais également, à partage d'actifs et de dettes (ce qui n'est le cas d'aucune commune du FEC). Au moment où tu deviens membre, tes actifs et tes dettes sont instantanément mis en commun; à ce même moment, tu signes un contrat qui dit ce que tu vas amener avec toi si tu quittes la communauté. Celui-ci ne détermine pas un montant exact, c'est un « need-space contract », mais le principe est que ce soit suffisamment élevé pour mettre sur pied ce qui t'attends dans ta prochaine étape de vie : ça ressemble à 6 mois de loyers, dépôt pour le premier et dernier loyer, 6 mois de paiement sur une voiture, etc., quoique ce soit dont TU auras besoin quand tu vas partir. C'est présenté en réunion, et accepté en consensus. De plus, dès que tu deviens membre, la communauté commence à mettre de l'argent de côté pour un fond de pension pour toi.

La situation de la dette est différente en Europe de ce qu'elle est aux États-Unis. « Vous savez, on a des membres qui arrivent avec des dettes d'étude énorme, genre 5 000 ou 10 000 euros! » Hahaha! Charmant… La plus grosse dette, c'était quelqu'un qui venait de perdre son entreprise et qui avait 35 000 euros de dette, mais cette personne arrivait avec beaucoup d'actifs d'entreprise aussi.

Quoiqu'il en soit, le principe derrière est le même. On peut même regarder dans les communes de la FEC, il y en a UNE qui est d'une certaine manière à partage de dettes (aucune ne partage les actifs) : Emma Goldman Finishing School a décidé que les dettes d'études et les dettes médicales seraient partagées, puisque celles-ci devraient être assumées par la société. Ils font donc les paiements minimums sur n'importe quelle dette d'étude ou médical.

 


 

GPaul Blundell a été membre de Acorn pendant près de 10 ans, une communauté d’une trentaine de membres, anarchiste et à partage de revenu, fonctionnant par consensus, située en Virginie, aux États-Unis. Il a participé à sa renaissance, à ses années d’épreuves et de formation. Il habite présentement à Washington, où il souhaite démarrer une nouvelle communauté intentionnelle, Point A.

Il utilise ses expériences en facilitation et en gestion de groupe, en communication publique, en organisation politique et en activisme, ainsi que ses études des théories anarchistes et de l’économie, afin de donner naissance au monde nouveau qui dort dans nos coeurs. Son nom est une erreur administrative, et lui et Emma Goldman sont né-e-s la même journée.

Mots-clés: 

Publier un nouveau commentaire

Filtered HTML

  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Tags HTML autorisés : <a> <em> <strong> <cite> <blockquote> <code> <ul> <ol> <li> <dl> <dt> <dd>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
CAPTCHA
Cette question est posée pour tester si vous êtes ou non un humain et pour prévenir l'invasion des robots!