La construction écologique: ma typologie

J’ai fait la formation du DEP en charpenterie-menuiserie. C’est la construction conventionnelle qu’on y voit. Ce qui m’intéressait, c’était d’acquérir une base pour me permettre d’explorer ensuite la construction écologique avec une compréhension générale des points importants d’un bâtiment.

Mon appréhension de ce qu’est la construction écologique au Québec n’est pas le résultat d’une expérience “de l’intérieur”, malheureusement. C’est ma compréhension personnelle, et vous allez voir, je fais pas mal de généralités. Toutefois, la plupart des gens avec qui j’en ai parlé convenaient eux aussi que le portrait pourrait ressembler à ça. Je souhaite surtout vous partager ma vision des choses, en espérant que vous ne me tiendrez pas rigueur de mon manque de finesse. De toute façon, comme on dit, j’suis une fille de “rough” ;-P

  • LEED, les gros projets chers et clinquants, qui passent à la télé et dans les journaux, sur le bord d’un beau lac, les grosses et belles maisons secondaires des couple babyboomers à la pré-retraite.
  • Les normes de la construction, au Québec et au Canada, qui évoluent tranquillement, dans la construction conventionnelle. Leur conception principale de “l’écologique”: l’économie d’énergie dans le chauffage. Leur principale moyen pour y arriver: isoler plus. Dans la coquille étanche et bien plasitifiée qui en résulte, ça prend tout un système pour la ventilation pour évacuer l’ai vicié. Le nombre d’ouvertures possible (portes et fenêtres) est limité compte-tenu de leur faible facteur isolant, même pour la plus haute qualité de fenêtres. Toutefois, cette perspective ne tient pas compte des facteurs de chauffage solaire passif que peuvent représenter un mur vitré orienté sud, ou de masse thermique que peuvent représenter des murs de terre par exemple (la terre ayant par ailleurs un très mauvais facteur isolant).
  • Enfin, l’autoconstruction de gens plus cassés, plus impliqués, et plus consciencieux. Ici, toutes sortes de techniques sont expérimentées, chacune avec une philosophie particulière, ses avantages et désavantages: le cob et les mélanges de paille-argile, les eartships, les tiny houses (incluant les yourtes et autres habitations nomades), le bois cordé, le bois rond ou pièce sur pièce, la charpente massive, la double ossature, et les techniques d’isolation diverses qui peuvent être utilisées (paille, cellulose, tissu recyclé, laine de mouton, laine de roche, etc.).

Une très bonne ressource québécoise pour comparer diverses méthodes et matériaux, et trouver de l’aide pour la réflexion, le design, et des références, c’est le site ecohabitation.com. Je trouve qu’on y trouve une vision plus terre à terre et concrète sur bien des aspects, notamment un soutien aux projets de rénovation. Parce qu’en réalité, on n’a pas toujours à faire à un projet de maison neuve, et que d’ailleurs, rénover plutôt que de “scrapper” plusieurs nouveaux mètres carrés de surface pour une belle habitation neuve, des fois, c’est plus écologique...

Un nouvel élément: le Natural Building

Cet été, un nouvel élément s’est ajouté à ma compréhension de ce vaste et nébuleux fourre-tout qu’est le concept de “construction écologique”. Je suis entrée en contact avec cette conception de la vie lorsque j’ai visité Leland et Tegan au South-Knowlesville Neighbourhood. Leland m’a parlé de sa démarche en construction avec un terme dont je ne connaissais pas l’équivalent francophone, et qui a jeté de la lumière et de la douceur sur mon idéal dans mon rapport à la construction en général, et à la construction écologique en particulier. Natural Building.

Wow.

Là, j’ai compris. J’ai compris ce qui me rendait incertaine face à ce que je voulais vraiment de la construction écologique; comment me retrouver là-dedans dans mes valeurs; comment imaginer un parcours de “charpentière” dans un milieu de la construction, qui soit nourrissant au niveau du SENS (parce que m’a te dire, c’est vraiment vaste le milieu de la construction, et y’a beaucoup de choses qui sont assez perturbantes, et qui dépasse le simple choix des méthodes et matériaux de construction...).

La construction avec des techniques et des matériaux naturels. C’est ça! Ça, qui m’attirait sans que je n’arrive à le pointer du doigt. Ça qui résonne en moi, qui vibre, qui veut prendre de l’expansion. Ça, le type de construction auquel j’aspire à prendre part. Ça, le genre d’habitation dans laquelle j’espère vivre un jour.

Une construction vivante, qui respire, faite de bois, de paille et d’argile. Comme dans les Trois Petits Cochons!

C’est un élan personnel qui m’habite, mais je me rends compte que je ne peux pas vraiment l’argumenter. Tout ce que je peux faire, c’est de tenter de partager l’étincelle que ça fait briller en moi.

La structure: la charpente à ossature massive

La charpente à ossature massive m’interpelle depuis longtemps. Pour sa poésie, son côté artisan, artistique. Parce que le bois est si intimement lié à l’humain, dans son évolution. Parce que le bois est vivant, il est chaud, chaque essence a son propre couleur, sa personnalité, un usage qui met le plus ses qualités en valeur: meubles, bois de charpente, bois de finition, coffres, bateau, chaise, ustensils… Parce que c’est la vie, parce que travailler le bois c’est se connecter à la nature, reconnaître notre dépendance à notre environnement pour nos besoins de base, il y a quelque chose de presque sacré, intime, à se connecter à la force et la beauté de la nature, la délicatesse et la puissance de ce matériau.

La construction en charpente massive est une technique centenaire, qui s’est développée et affinée à travers les âges, au cours desquels l’humain a pu exprimer sa créativité et son intelligence par des modifications au niveau architectural.

C’est une technique qui n’a d’autre choix que d’être manuelle (difficile d’industrialiser ce processs!). C’est un art précis, bien que les morceaux avec lesquels on travaille soient immenses. Beaucoup de minutie est mise à la conception, à la réflexion quand au positionnement et à l’arrimage de chaque morceau: chaque jonction est planifiée.

Les étapes de travail me semblent également suivre un rythme naturel à l’humain. Tout d’abord, c’est un processus long, qui peut prendre plusieurs mois, voire plusieurs années. La construction d’une maison est un plan de vie, et impliquait à l’époque une vision pour les générations futures également. Aujourd’hui, on peut bâtir une maison en 3 mois, puis la revendre, et en passer une dizaine dans une vie. Le but n’est pas tant d’habiter la place, que de penser à sa revente. Là où on planifiait sa maison pour répondre à ses propres besoins, on voit maintenant s’ériger des maison sans âmes, neutres, qui se passent bien d’une main à l’autre. Elles ne sont pas adaptées au paysage non plus, à leur environnement, puisque tirée d’un plan à l’identique, répété d’une banlieue à l’autre, d’une tour à condo à l’autre.

Construire une maison prend du temps, tout comme la vie. Or, le temps nécessaire à la construction d’une maison à ossature massive est en grande partie passée à la sculpture des joints à tenons-mortaises. Au chaud, dans un atelier, l’hiver. Une ou deux journées de corvée à plusieurs personnes suffises ensuite à ériger la structure.

(Un des désavantages de cette technique, côté écologique, c’est que des arbres à plus gros diamètre sont nécessaires. Environ la même quantité de bois sera utilisée que dans un mur conventionnel en 2x6, mais il faudra couper des arbres matures, plutôt que les petits arbres de quelques années que nous en sommes rendus à couper, grâce à “l’historique gestion équilibrée de nos ressources forestières au Québec”… Toutefois, je pense qu’un tel projet peut être l’occasion, justement, de réfléchir mieux à la manière dont on s’occupe de nos arbres. Linéaire Design le fait, en alliant son projet à une plantation d’arbres et dont l’exploitation est planifiée à long terme.)

L’isolation: les ballots de paille

L’isolation en ballot de paille s’allie très bien avec la construction à charpente massive. Les grands espaces laissés entre les poteaux permettent d’être amplis facilement par de la paille, cette dernière permettant toutefois de couper les ponts thermiques par sa taille plus grande que les pièces de bois.

En plus, il y a des avantages côté design d’avoir des murs larges, notamment en ce qui a trait aux bords de fenêtres. Il est intéressant de savoir qu’il existe aussi une façon de construire où les ballots de paille sont porteurs (méthode “load bearing”, parfois traduit par “paille poutre”, ou “murs en paille porteurs”). Cette méthode n’implique pas de structure en bois pour les murs, et tout le poids de la toiture vient s’asseoir sur des murs qui consistent simplement à empiler des ballots de paille.

Plusieurs désavantages ont été soulignés pour la paille. Ce ne serait pas un matériau local, à cause de la difficulté de trouver des fournisseurs proches, il faut l’ “importer” d’un peu plus loin dans la province lorsqu’on habite en Gaspésie.

Le revêtement: argile et bois

Les ballots de pailles sont traditionnellement recouverts d’argile. L’argile, posé sur un grillage de métal qui sert de barrière à la vermine, créé une deuxième barrière protectrice, tout en servant de pare-air (très important, sinon l’air passe facilement au travers des ballots de paille). Laissé exposé, il tend à fissurer et doit être entretenu chaque année. Il est souvent fini avec une application de chaux pour augmenter la protection contre l’eau.

Certaines personnes ont eu une expérience négative avec le revêtement d’argile, notamment en Gaspésie où les grands vents projettent de grandes quantités d’eau sur les murs, les délavent et les font craquer, ce qui mène à des infiltrations. À ce moment, il est trop tard, la paille pourrit et il faut tout retirer.

Les exemples que j’ai vu et qui m’ont parus gagnants consistaient à apposer une mince couche d’argile pour assurer sa fonction protectrice et pare-air, puis à la recouvrir d’un revêtement de déclin de bois à l’extérieur. Ainsi, d’une part, beaucoup de temps est sauvé à l’application de l’argile, qui est une tâche qui demande une importante contribution de main d’oeuvre, et d’autre part, la protection de l’argile est assurée et son entretien, nul. À l’intérieur, si souhaité, on peut conserver le revêtement d’argile apparent, pour toutes les touches artistiques qu’il permet, et son cachet chaleureux. J’ai vu des exemples où, la contrainte de temps étant trop forte, l’intérieur a été recouvert en tout ou en partie de gypse, mais ça peut là aussi être du bois.

Autres considérations

Une fois la structure terminée, il reste bien évidemment des dizaines d’autres éléments à réfléchir et à intégrer. Encore là, je trouve que le principe de “construction naturelle” peut aider à guider ces choix.

Par exemple, Leeland s’intéressait beaucoup au plancher en terre crue.

Pour la toiture, sa vision a évolué 20 an. Il a commencé par le choix de revêtement en tôle (parce que facile à installer et très durable). Par contre, le métal a une grosse énergie grise et l’extraction des minerais utilisés dans sa fabrication génère beaucoup de pollution et des conditions de vie et de travail plutôt déplorable pour beaucoup d’êtres humains. Il a donc graduellement migré vers les toitures à revêtement de bois. Toutefois, il voit un bâtiment comme un être vivant: utiliser le bois comme ossature lui semble faire sens, mais ne paraît pas être le matériau idéal pour la “peau”. Ainsi, il explore maintenant l’idée de ne plus faire que des toitures végétales.

Les mêmes considérations peuvent se poser lorsqu’on pense au chauffage par exemple, ou à la simplicité en général de notre lieu de vie: que penser de la plomberie (métal ou plastique) ou de l’électricité (et toutes les concessions qu’on fait pour lui faire place)? Leeland a un intérêt d’aller de plus en plus vers des constructions sans plomberie ni électricité.

La construction naturelle et le projet du Manoir

Dans le cadre d’un projet d’habitation collective, et donc à dimensions d’envergure, la charpente à ossature massive me semble tout à fait adaptée: solide, structure aérée permettant d’ouvrir de grands espaces communs, ainsi que la pose d’une grande fenestration solaire passive, possibilité de construire sur plusieurs étages.

Également, la construction à ossature massive l’avantage d’être reconnue par les normes de construction, par rapport à des earthship par exemple, pour lesquels il faut encore des dérogations qui ne s’obtiennent pas toujours facilement.

Beaucoup de réflexion reste à faire avant d’arrêter collectivement notre choix sur les méthodes et matériaux que nous choisirons pour les bâtiments du Manoir. Chaque choix est souvent le résultat de compromis: écologie, financier, technique, etc. Quoique nous choisissions, je reste intriguée et intéressée à en apprendre plus sur la construction en “Timber frame”!

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