Aux confins du Nouveau-Brunswick, loin des côtes acadiennes et des grandes villes, au bord de la frontière américaine, se trouve un petit coin qui vaut le séjour… D’abord attirée par la construction écologique et les projets de “Timber Frame” du couple Leland et Tegan, c’est finalement une communauté en émergence qui a le plus suscité mon intérêt.

Je vous présente ici une part de son histoire, en retraçant des étapes de son développement qui paraissent plus cruciales.

Fallsbrook Center

En 1992, suite au Sommet mondial de la Terre à Rio de Janeiro, Jean Arnold (l’équivalent de Jeanne en français, mais prononcé comme les pantalons!) fonde le Fallsbrook Center, une OBNL dont le but est de chercher et promouvoir des solutions pratiques et pertinentes pour les défis écologiques, sociaux et économiques d’aujourd’hui. Travaillant à réaliser les objectifs du Sommet de la Terre, différents programmes locaux et internationaux sont mis sur pied, qui attirent beaucoup de jeunes pour des stages, des classes pour des visites, des familles pour des séjours. Au fil des années, plusieurs infrastructures sont bâties, des sentiers d’interprétation et de découverte sillonnent la forêt.

Leland et Tegan, les pionniers

Tegan et Leland arrivent vers les années 2000, fraîchement débarqués dans la vingtaine. C’est à Fallsbrook Center qu’ils se rencontrent. Après quelques années, ils nomment leur envie de s’installer tout près. Jean leur cède un terrain de 2 hectares, sur lequel le couple habite avec leur roulotte “améliorée” (un vrai toit et un “mud room” s’ajoute à leur 8’x16’...). À la venue du premier enfant, ils construisent leur première maison en ballots de paille, construite selon la méthode “load bearing” (parfois traduit par “paille poutre”, ou “murs en paille porteurs”). Cette méthode n’implique pas de structure en bois pour les murs, et tout le poids de la toiture vient s’asseoir sur des murs qui consistent simplement à empiler des ballots de paille.

À leur deuxième enfant, le troisième étant en route, ils terminent la construction d’une plus grande maison en paille, cette fois avec une structure en “timber frame”, ou poutre et poteau assemblée. 3 étages de haut, pratiquement toute à aire ouverte, Leland et Tegan disent qu’elle semble habitée par sa volonté propre, et a pris des proportions qui les intimident maintenant, eux qui ont habité si longtemps dans un espace où chacun-e était toujours à porté de vue. “Je perds mes enfants dans cette maison”, dira Tegan.

 

Mais au-delà du développement de leur propre milieu de vie, les Wong-Daugherty ont d’autres aspirations: un voisinage vivant, écologique et solidaire. Lorsque l’occasion se présente d’acheter une terre devant chez eux, ils n’hésitent pas et y investissent leurs économies. Et quand ils entendent parler que le voisin de cette terre pense à raser la cèdrière (et détruire du même coup son fragile écosystème en milieu humide) parce qu’il a besoin d’argent, ils font ni une ni deux et lui proposent de l’acheter pour protéger la forêt.

Sur cette terre, le premier projet qui voit le jour est le KAN Center (Knowlesville Art and Nature Center), un projet d’école alternative, basée sur les principes des écoles Waldorf, prend forme dans une vieille chapelle, déménagée, rénovée et agrandie (à la paille, il va sans dire…).

Tous ces bâtiments et infrastructures sont alimentés à l’énergie solaire, et chauffés au bois. Toutes les toilettes sont à compost.

Le landtrust

Le but avoué de ces démarches d’acquisition de propriété est très altruiste, quoique très intéressé: rendre cette terre accessible pour que des gens viennent s’installer à peu de frais à côté de chez eux, et créent et participent à un voisinage de proximité, d’amitié et d’entraide.

Ils sont donc en processus de transférer la propriété en fiducie, où les bénéficiaires auront accès gratuitement à 2 hectares de terre (moitié dégagée, moitié boisée): la seule condition est d’habiter sur place au moins un an avant d’emménager. Les démarches sont très ouvertes et toutes les personnes concernées sont invitées à participer au processus de décision concernant leur charte.

Il faut savoir que, comme South Knowlesville est une municipalité très rurale et très pauvre, peu de normes d’urbanisme sont en place. Si cela donne lieu à un développement un peu hétéroclite parfois, où des industries côtoient des fermes ou voisine de simples résidents, cela laisse un grande marge de manoeuvre pour construire des maisons selon des principes, des méthodes et des matériaux écologiques qui sont autrement non-reconnu par les normes de constructions officielles. Pas de gossage avec les permis de construction! Wow, le paradis ;-)

De nouvelles personnes viennent également visiter, ou essayer. Il faut dire que le “South Knowlesville Neighbourhood Landtrust” a reçu tout un coup de pub, en passant à un reportage de la CBC. Beaucoup de gens viennent de l’Ontario, certains du BC, et d’autres encore des autres provinces du Canada (Saskatchewan, Québec).

Deux caractéristiques principales du groupe contribuent à attirer les gens. D’abord, au sein du groupe existe déjà une belle diversité des origines ethniques. Ils sont également impliqués dans leur communauté locale, participant aux marchés, échangeant avec la communauté Ménonite voisine, entretenant des bons liens avec les gens de toutes origines qui habitent à Florenceville (le département technologique des frites McCain s’y trouve et des employés venus de l’international y travaillent). De plus, la dimension familiale est très présente: Tegan et Leland ont 4 enfants et une école a été mise sur pied, ainsi qu’un camp d’été. Ainsi, d’autres parents sentent que c’est un bel endroit pour le développement de leurs enfants, et viennent s’établir! Cela qui fait un beau ratio intergénérationel, car des adultes plus âgés, qui ont déjà élevé leur enfants, sont contents de retrouver cette énergie.

 

Les voisins échangent entre eux le lait, le pain, des produits d’art et d’artisanat, des heures de travail ou des compétences. C’est super!

Il y a toutefois une difficulté sur place qui a été nommée par plusieurs personnes, c’est celle d’avoir une source de revenu. En effet, la ville est un peu loin, et il n’y a pas beaucoup d’emploi. Reste le défi de mettre sur pied une entreprise, qui puisse trouver des déboucher et, idéalement, offrir des jobs pour quelques voisins en même temps. Comme les gens doivent tout de même payer pour la construction de leur maison et autres dépenses, ce facteur devient parfois limitant, et certaines personnes choisissent de partir faute d’opportunités économiques.

Les projets satellites

Ce projet de fiducie foncière, qui a émergé de la volonté et de l’initiative d’une petite famille, elle-même issue de rencontres provoquées par l’effervescence d’une OBNL née de l’engagement d’une femme pour l’écologie, les communautés locales et la recherche de modes de vie durables… cette lignée de projets phares, rendus possibles grâce au leadership et à la détermination de gens rassembleurs, crée un pôle d’attraction étonnement puissant.

Ainsi, au fond d’une campagne isolée et dévitalisée, des dizaines de personnes viennent chercher l’inspiration et l’expérience d’une autre manière de vivre.

Comme cela fait déjà plusieurs années que le bal a été lancé, il y a beaucoup d’infrastructures en place, autant matérielles qu’immatérielles, et je trouve que c’est un aspect très intéressant de l’endroit. Déjà des liens sont établis avec un réseau d’allié-e-s. Déja, des sentiers parcours les bois, témoins de ces liens maintes fois renforcis, parsemés de buissons de petits fruits, et de grands arbres fruitiers fournis. Déjà, un espace communautaire existe. Déjà, des petites maisons sont en place, qui permettent d’accueillir des visiteurs et des membres potentiels, le temps pour eux de s’installer.

Et ça, ça a une très grande valeur!

 

Bien que le projet de fiducie foncière attire beaucoup de personnes, et que l’idée d’avoir un voisinage écologique et solidaire les enthousiasme tous, ce n’est pas tout le monde qui a envie de s’engager dans le processus collectif que suppose une propriété en commun du fond de terre, ni d’attendre un an pour s’installer. Ainsi, quelques personnes ont choisi d’acheter une terre à côté.

Parmi ceux-là, la famille de Darius a acheté une terre de 50 acres, ou ils planifient mettre sur pied des dizaines de projets, s’inscrivant dans un objectif d’offrir une expérience d’éco-tourisme ou de retraite en milieu naturel (hébergement, agriculture, vente de produits artisanaux locaux, café-restau, centre de thérapie holistique, etc.), tout en développant et partageant des activités visant l’autonomie (production d’énergie, de vins de fruits, de farines protéinées, “upcycling” (donner une deuxième vie à des objets considérés comme des déchets), etc. ). Ils souhaitent aussi permettre à des familles qui, comme eux, chercheraient à être propriétaires de leur chez eux de leur acheter un lopin de terre, puisqu’ils n’ont eux-mêmes pas besoin de tout cet espace.

Je trouve formidable que tous ces projets puissent coexister, se nourrir et se compléter dans une si belle ouverture. Ainsi, chaque personne peut trouver son compte, construire ou prendre part à la formule qui lui convient le mieux. Génial, non?

***

Quelques liens...

South Knowlesville Neighbourhood Landtrust: Le site internet du projet de fiducie foncière.

Knowlesville Art and Nature center: C'est le centre communautaire du projet, où les gens de la communauté peuvent se rencontrer, apprendre, rêver et explorer ensembledes projets créatifs qui enrichissent le tissu social et prennent soin de l'environnement. C'est aussi là que prend place l'école Waldorf, le camp d'été pour les enfants et les festivals et rassemblements.

Artful Acre: Leland est un artiste. Il s'exprime de plusieurs manière, et Artful Acre rassemble tout ce qu'il a à offrir en terme de design, d'illustration, de création de logos, de confection de cerf-volant, la fabrication de meubles en bois tressé, de maisons en ballots de paille ou en timber-frame.

Little Cloud Kites: C'est son plus récent projet: tenter de mettre sur pied une entreprise qui permettrait aux artistes et artisans du coin de se faire connaître et de trouver un marché en transcrivant leurs oeuvres sur des cerfs-volants en coton biologique.

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