01 aoû 2015

Svanholm, Danemark

Ceci est une traduction libre de la conférence que GPaul a donné en 2014 sur un voyage qu’il a fait dans 6 communautés intentionnelles d’Europe.

Fichier audio de la présentation de Svanholm (version originale en anglais)


Fondée il y a 35 ans, la communauté de Svanholm est installée sur un domaine, avec un vieux manoir centenaire et de grandes granges reconverties. La communauté est constituée de 80 adultes et de 60 enfants. Les enfants prennent donc une place importante, et on y retrouve beaucoup d'endroits de jeux, une petite école et une garderie interne. Les enfants ont également une place dans chaque réunion.

À environ 1h30 de Copenhague, la communauté rurale reste accessible par transport en commun. Ainsi, bien que la majorité des membres travaillent dans la localité, quelques personnes font le trajet jusqu’à la métropole.

Consensus: le mythe de la limite démographique

La croyance qu’il existe nombre maximum de membres au-delà duquel il devient impossible d’utiliser ce mode de prise de décision est un mythe tenace dans le monde des communautés intentionnelles et la gauche en générale. GPaul n’y croit pas.

À Acorn, les gens se disent que le consensus fonctionne bien parce que c’est un petit groupe, alors qu’à Twin Oaks ce serait impossible puisqu’illes sont près d’une centaine de membres. Or, la vraie histoire c’est que Twin Oaks a la même structure depuis ses débuts, alors qu’il n’y avait qu’une quinzaine de membres…

Et même à Acorn, le débat revient souvent à savoir quelle serait la taille maximale de la communauté: lorsqu’illes étaient 7 membres, illes se disaient que c’était la taille idéale. Illes sont maintenant 30! Et c’est pas mal le maximum, peut-être 5 de plus, au-delà de ça on risquerait de perdre des parts importantes de notre culture, dont le consensus...

 

Visiter Svanholm, une communauté de 80 adultes fonctionnant par consensus revêtait donc un grand intérêt pour GPaul. Vous savez quoi? Illes sont convaincu-e-s de ne pouvoir accueillir plus de monde, parce qu’au-delà de ce nombre, ça risquerait de ne plus fonctionner… ;-)

Comment ça marche?

D’abord, ils ont un facilitateur, un preneur de notes, un agenda (24h d'avance pour une proposition écrite). La culture écrite est donc importante, par rapport à Acorn où il n’y a pas vraiment d’ordre du jour, et où peu de notes sont écrites, à part lorsque quelqu’un s’engage à faire quelque chose.

Également, peu de temps est passé dans la discussion en réunion. Quand le groupe sent qu'il y a dissension, on sélectionne un échantillon représentatif des opinions en présence pour créer un comité: celui-ci travaillera sur une proposition qui fera le compromis entre ces différentes perspectives.

 

Enfin, à Svanholm, 2 innovations intéressantes ont été fait dans leur processus consensuel.

Premièrement, ils se sont rendu compte que la plupart des propositions amenées sont quasiment pré-acceptées, que ce sont de petits détails sur lesquels tout le monde s'accorde. Toutefois, les points semblent pertinent à amener à la rencontre, soit parce que les gens doivent être informés, que cela implique un montant d’argent important, ou parce qu’on veut permettre à des objections d’être émises s’il y a lieu. Svanholm a ont donc formé un conseil de 5 membres (postes rotatifs aux 2 ans) qui jette un coup d'oeil à l’ordre du jour pour en retirer tout ce qui semble facile: ils prennent alors une décision et l'affiche pendant une semaine. Si personne ne s'objecte, elle est acceptée; si des objections sont émises, le point va en réunion.

Deuxiemement, parce que la communauté fonctionne par consensus, le processus de sélection des membres de Svanholm demande que chaque nouvelle personne soit acceptée par tous les membres. Ils ont un comité d'adhésion des membres qui est en charge d'accompagner les aspirant-e membre. Le rôle du comité est également de s'assurer qu'aucune application ne se rende en réunion, à part si c'est un OUI unanime et retentissant. Tant que ce n'est pas le cas, le comité continue de travailler dans l'ombre, en flottement, jusqu'à ce que les préoccupations soient réglées. Parce qu'ils trouveraient ça trop bizarre d'amener ça en réunion et que quelqu'un s'objecte.

 

Petite paranthèse: à Acorn, il y a un groupe « obligatoire » qui s'occupe des relations interpersonnelles en cas de problème, ce qui semble faciliter le processus du consensus. À Svanholm, ils n'en ont pas: comme à Twin Oaks, la majorité des membres s'entendent bien, certains s'haïssent, d'autres sont détachés du processus de décision, et leur processus de consensus fonctionne apparemment très bien quand même.

Économie: réforme individualiste, ou quand le partage de revenu n’est plus aussi “cool”

Svanholm à deux économies parallèles, comme dans les “communautés Kat Kinkade”. À leurs débuts, ça ressemblait beaucoup à Twin Oaks: quotats de travail; pas de spécialisation ni de “travail à temps plein”, mais plutôt un horaire flexible constitué de plusieurs tâches différentes et variées; entreprises collectives; et les besoins de base des membres comblés par la communauté. Il y avait même une sorte de « loterie de vacances », qui permettait aux membres de voyager ou de prendre une année sabbatique.

 

Toutefois, il y a eu 2 changements majeurs dans leur économie:

  • La réforme de professionnalisation. Ils ont rassemblé différentes tâches connexes ensemble pour en faire un plus petit nombre d’emplois à temps plein. Cette décision a probablement été prise en partie pour permettre aux membres de se développer professionnellement, et en partie pour que les membres puissent offrir une contribution de meilleure qualité grâce aux compétences et à l’expérience acquises dans des domaines spécifiques.

  • Quelque chose d'encore plus radical s'est passé il y environ 10 ans. La communauté rapetissait et vieillissait, et les nouveaux « jeunes » membres, à travers un processus intense, ont réussi à convaincre la communauté que le partage de revenu n'était plus considéré comme « cool » parmi la jeune génération au Danemark et que s'ils voulaient continuer à accueillir de nouveaux-lles membres dans leur trentaine, ils devaient s'adapter. Ils ont donc implémenté une réforme dans une direction pas mal plus individualiste, et ont maintenant un système 80%-20% (respectivement collectif-personnel; pour ce faire, les postes à l’interne se sont vu attribuer un salaire horaire). L'aspect égalitaire est conservé grâce à un revenu personnel plancher (en-dessous duquel tu ne donnes plus ton salaire) et plafond.

La communauté, à ses débuts, était basée sur une mission « eco-groovy » de faire les choses de manière super écologique (nourriture, construction, énergie, par leurs entreprises ou autres) . Le partage de revenu, qui offre un filet social tellement incroyable, la solidarité, l'égalité… est finalement pas mal répandu au Danemark (État providence, impôts élevés, etc.)! Alors maintenant, quand tu regardes le système 80%-20% de Svanholm, tu te dis « ouais, c'est pas mal comme le Danemark, mais juste un peu plus : plus de taxes, plus de services ». Le partage de revenu n'est pas aussi impressionnant pour les Danois-e-s. Et puis, souvent, les communes se définissent en opposition au courant dominant: tsé, on fait les choses différemment! Ainsi, la commune était full écologique, mais dans les dernières années, le Danemark les a rattrapé, et même dépassé! Maintenant, il y a des éoliennes partout au pays, et l'entreprise d'emballage écologique est tombée parce qu'une entreprise encore plus grosse a ouvert ses portes juste à côté.

Social: ce qu’il reste d’un groupe qui a perdu sa raison d’être...

Il y a donc eu une perte de raison d'être de la communauté, qui est peut-être en partie la cause de la réforme individualiste. Mais également, il y a moins de choses qui sont fournies par la communauté (puisque l'État le fourni). Il y a moins d'énergie et de temps investi dans la communauté : l’engagement n’est plus aussi fort, et plus personne n'est motivé à se dépasser pour améliorer les choses.

Un des effets observables est que l'équipe de construction et de maintenance ne travaille plus à construire des espaces collectifs, mais à multiplier les salles de bain et les cuisines et à diviser les espaces communs en unités personnelles.

Ils ont acheté la terre très chère (40 000 000$) et ont doublé cette dette par leurs investissements dans le développement de la communauté. Ainsi, les paiements actuels couvrent les intérêts à 75% et à seulement 25% le capital.

Bref, à cause de cette dette, à cause des entreprises en faillite, à cause de la réforme économique individualiste, le revenus des membres potentiels devient un facteur très important dans la sélection… Au final, puisque la commune n'est plus vraiment progressiste par rapport à la société danoise, puisque les avantages d'y vivre ne sont plus si intéressants, la raison principale des gens qui choisissent d'y vivre aujourd'hui le font parce qu'illes aiment l'aspect de socialisation, et parce que c'est un très bel endroit pour élever des enfants… et c'est tout!

 


 

GPaul Blundell a été membre de Acorn pendant près de 10 ans, une communauté d’une trentaine de membres, anarchiste et à partage de revenu, fonctionnant par consensus, située en Virginie, aux

 

États-Unis. Il a participé à sa renaissance, à ses années d’épreuves et de formation. Il habite présentement à Washington, où il souhaite démarrer une nouvelle communauté intentionnelle, Point A.

Il utilise ses expériences en facilitation et en gestion de groupe, en communication publique, en organisation politique et en activisme, ainsi que ses études des théories anarchistes et de l’économie, afin de donner naissance au monde nouveau qui dort dans nos coeurs. Son nom est une erreur administrative, et lui et Emma Goldman sont né-e-s la même journée.

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