13 mar 2014

Cet article est le 1er et dernier du dossier “Modes de prises de décision: consensus et consentement”, où vous trouverez la liste de mes références. Je partage ici l'état de mes connaissances actuel. Si vous avez des précisions, des corrections, ou une meilleure compréhension de ces concepts, n'hésitez pas à partager vos commentaires!

 

J'ai envie de commencer en partageant ce que je connais et comprends du consensus. Ceci doit donc être vu comme ma perception personnelle du consensus!

D'abord, j'ai lu le document qui explique ce qu'est le consensus formel, de Butler et Rothsein. À la lumière de cette lecture, pour moi, le consensus n'est donc pas qu'un mode de prise de décision, mais tout un processus, toute une structure, ainsi qu'une banque d'outils, au travers desquels une proposition est construite et travaillée et où, éventuellement, une décision est prise en groupe. Les avantages sont, selon moi :

  • assurer une meilleure mise en application des décisions, car elles sont appuyées par tout le monde;
  • améliorer les compétences de communication et de gestion du groupe et de chacun de ses membres;
  • favoriser un engagement plus grand de chaque membre en encourageant l'expression de leurs idées;
  • éviter de créer des polarisations et des clans, d'opposer une idée à une autre, car le but est de travailler ensemble à construire une proposition qui prend en compte les idées et les hésitations de chacun-e.

Toutefois, je me rends compte que dans l'opinion générale, plusieurs problèmes sont associés au consensus... bien que, selon moi, la base de ce jugement repose sur une mauvaise compréhension du processus :

  • "c'est la dictature de la minorité", ou encore, "c'est pire que la démocratie", parce qu'au lieu de 49% de personnes insatisfaites, tu en auras 99% (puisqu'une seule personne peut bloquer tout un groupe qui, autrement, serait « pour »),
  • le processus vise l'uniformisation d'un groupe (puisque le but du consensus est de créer l'harmonie, et que consensus, c'est un synonyme d'unanimité),
  • les réunions sont longues, lourdes et inefficaces (puisque tout le monde doit se prononcer sur tout, etc.),
  • parfois on fait face à un consensus mou où personne n'ose s'opposer, même s'ils ne sont pas d'accord (ce qui viendrait contredire l'avantage du consensus, selon lequel la mise en application d'une décision est plus facile puisque appuyée par chaque personne du groupe),
  • etc.

 

Voici ce que présuppose un processus de consensus selon moi.

  • Un but commun.

    • ​​​Pour qu'un groupe choisisse d'utiliser le consensus, il doit partager un but commun, une mission commune, clairement identifiée si possible. C'est à la lumière de ce but, de cette raison d'être du groupe, que les décisions seront prises. Ainsi, si quelqu'un souhaite bloquer une proposition, ce sera : soit parce qu'elle va à l'encontre de la mission, soit parce qu'elle menace l'existence du groupe. Les raisons personnelles, opinions ou préférences ne sont pas suffisantes.

    • Laird Schaub dit : il faut d'abord s'engager à créer une culture plus coopérative, PUIS, épouser un mode de prise de décision qui renforce cet engagement. Ce n'est pas juste en changeant les règles de comment on prend nos décisions qu'un comportement plus coopératif va apparaître.

    • Quand on parle du consensus, on nous rappelle souvent qu'il est inspiré des Quakers, et que les nations autochtones d'Amérique avaient aussi des pratiques semblables. La différence avec aujourd'hui, c'est qu'eux inscrivaient la démarche de prise de décision collective dans une disposition d'esprit spirituelle. Je partage avec eux la conviction qu'il faut considérer ce processus comme sacré, et qu'il est important dans le consensus que chaque personne choisisse d'agir et de parler à partir du lieu en elle-même qui est connecté à cette chose plus grande qui nous unit toutes et tous.
       

  • Une bonne formation

    • D'abord, le-a (ou idéalement, les) facilitateur-trice doit avoir une bonne formation, l'accès à des outils, une certaine expérience, et/ou l'espace et le soutien pour développer son expérience. Il ou elle doit bien connaître son rôle, et le groupe aussi. La tâche primordiale selon moi (en plus de tenter de respecter le temps donné et de conserver les échanges dans les limites pertinentes au processus), surtout dans un mode de prise de décision par consensus, est de donner la voix aux dissidences, d'offrir un environnement qui supporte la rencontre de différents points de vue, et d'être attentif-ve au niveau d'énergie du groupe et des participant-e-s.

    • Chaque membre doit être formé-e. C'est ESSENTIEL. Tout le monde doit savoir ce qu'est le consensus et ce que ce n'est pas. Également, une culture peut se créer dans un groupe, des outils sont adoptés qui facilitent la bonne marche du processus et que les nouvelles et les nouveaux doivent s'approprier (par exemple, applaudir en « sourd et muet » pour montrer son approbation au lieu de prendre un tour de parole pour répéter ce qui a été dit, faire des votes indicatifs (oui, « oui - mais », « non - mais », non), etc.). Enfin, même si on parle de partage de culture et d'un but commun, on ne cherche pas l'unanimité et l'harmonie par le ralliement à la majorité : c'est de la responsabilité de chacun-e de nommer ses désaccords et ses inconforts dans le but de construire collectivement quelque chose de mieux.
       

  • Une bonne préparation des rencontres

    • Les réunions doivent être planifiées, par une personne ou un petit comité : leur contenu, les intervenants, ce qui est attendu comme processus aux différents moments (partage d'information, discussion et réflexion, prise de décision) et la durée de chaque point doivent être pensés d'avance. Généralement, une seule proposition est discutée par réunion.

    • Également, lorsque des questions particulières doivent être discutées, on doit normalement partir d'une proposition, laquelle doit être préparée à l'avance. Cela veut dire qu'elle doit avoir été écrite, idéalement en consultant différentes personnes pour tâter le pouls et l'ajuster au besoin; elle doit être rendue publique; elle doit être présentée par une personne lors de la réunion.

    • Enfin, il y a des étapes à suivre. Ce n'est pas en une journée que nous prendrons connaissance d'un problème, ferons une proposition de solution, en discuterons et prendrons une décision. Une nuit de conseil est fortement suggérée entre la discussion et la décision (entre autres, ça peut éviter un « consensus mou », où les gens semblent changer d'avis le lendemain...)

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