GPaul Blundell a été membre de Acorn pendant près de 10 ans, une communauté d’une trentaine de membres, anarchiste et à partage de revenu, fonctionnant par consensus, située en Virginie, aux États-Unis. Il a participé à sa renaissance, à ses années d’épreuves et de formation. Il habite présentement à Washington, où il souhaite démarrer une nouvelle communauté intentionnelle, Point A.

Il utilise ses expériences en facilitation et en gestion de groupe, en communication publique, en organisation politique et en activisme, ainsi que ses études des théories anarchistes et de l’économie, afin de donner naissance au monde nouveau qui dort dans nos coeurs. Son nom est une erreur administrative, et lui et Emma Goldman sont né-e-s la même journée.

Ceci est une traduction libre de la conférence que GPaul a donné en 2014 sur un voyage qu’il a fait dans 6 communautés intentionnelles d’Europe.

Fichier audio de l'introduction (version originale en anglais)


GPaul poursuivait deux objectifs principaux par son voyage en Europe. Il était intéressé à découvrir:

- Comment les groupes de différentes tailles et dans différentes situations arrivent à utiliser le consensus d’une manière qui leur convient;

- Comment des communautés à partage de revenu parviennent à survivre et même à fleurir dans un environnement urbain.

 

La compréhension qu’a GPaul des communautés égalitaires aux États-Unis est fortement teintée par les 9 années et demie où il a vécu à Acorn, communauté membre de la FEC (Fédération des communautés égalitaires). Par son voyage, il était à la recherche d'autres modèles, afin d’aller chercher de l'information et des d'histoires intéressantes à raconter aux gens des États-Unis, pour qui l'éventail des possibles risquerait autrement de se réduire à ce qui y existe.

 

Avertissement: il n’a séjourné dans chacune de ces communes que pour quelques jours, et n’a recueilli le point de vue que d’un nombre limité de membres, sélectionné-e-s par le fait qu’illes parlaient anglais. À prendre avec un grain de sel donc!

 

La FEC et ses communautés

Cette présentation revient souvent à comparer les communautés européennes visitées à celles de la FEC. Voici donc, en introduction, une description de ce que c’est!

 

Tout d’abord, une communauté intentionnelle est un groupe de gens partageant des buts communs ou ayant une sorte de processus d’intégration des membres. Il y en aurait entre 2000 et 4000 aux États-Unis. Parmi toutes, seules quelques unes nous intéressent:

  • Celles qui se veulent un laboratoire social d’expérimentation d’une société différente, et qui sont donc séculaires. C’est-à-dire qu’elles ne sont pas religieuses, ou ne se définissent pas par une pratique spirituelle commune, ou ne sont pas le fait d’un gourou, ce qui règle le cas d’environ la moitié des communautés intentionnelles;

  • Elles doivent pratiquer une économie intéressante qui cherche à intervenir radicalement pour contrer les problèmes du capitalisme, telle la cruauté et l’inhumanité inutile de ce système. Elles cherchent à construire une plus grande solidarité. La vaste majorité des communautés ne vont pas dans ce sens: investissement massif demandé aux nouveaux-elles pour l’achat d’une propriété, travail salarié ou bon capital de départ nécessaire de la part de chaque individu, pas beaucoup de partage, de coopération ou de solidarité entre les membres.

 

La FEC est la Fédération des communautés égalitaires. Elles compte 7 communautés membres, mais il existerait 2 ou 3 fois plus de communautés qui pourraient être définies par les mêmes principes de base. Ceux-ci sont:

  1. La propriété commune de la terre, du travail et des ressources;
  2. La responsabilité de la communauté de pourvoir aux besoins de ses membres;
  3. La pratique de la non-violence;
  4. La pratique de la démocratie (cela peut prendre diverses formes);
  5. Le travail actif pour une égalité de fait entre les personnes et contre la discrimination;
  6. La conservation des ressources naturelles;
  7. La création d’espaces et de pratiques de communication dans le groupe et de soutien au développement de chaque personne dans son individualité.

 

Les communautés de “Kat Kindade”, et Sandhill

Kat Kinkade a fait partie des trois groupes fondateurs qui ont respectivement créé les communautés de Twin Oaks, East Wind et Acorn. C’est pourquoi elles sont regroupées sous ce nom, bien que ce qui les rapprochent le plus n’est pas tant fondatrice commune que leur modèle très semblable parce qu’elles sont issues de Twin Oaks. En effet, East Wind et Acorn ont très largement copié Twin Oaks, sauf pour les éléments contre lesquelles elles étaient en réaction.

Les trois communautés sont un peu bizarre parce que leurs principes fondateurs sont plutôt vagues…

Twin Oaks, Virginie. 95 adultes, 17 enfants. 47 ans. À ces débuts, en 1965, Twin Oaks se voulait une expérimentation béhavioriste, qui mettrait en pratique le roman utopiste de science-fiction “Walden Two” écrit par B.F. Skinner. Ça n’a duré que quelques années, mais la structure décisionnelle et organisationnelle est restée.

East Wind, Missouri. 70 adultes, quelques enfants. 40 ans. 6 ou 7 ans plus tard, un groupe de personnes quitta Twin Oaks pour fonder East Wind. Ils ont choisi de laisser tomber une partie de la structure décisionnelle et ont adopté le vote par majorité.

Acorn, Virginie. 30 adultes, 1 enfant. 20 ans.  20 ans plus tard, Acorn voit le jour à son tour. Jetant un regard sur ses deux communautés soeurs, et décidant qu’aucun des deux exemples ne leur convient, illes décident de fonctionner par consensus, qui commence à être la mode dans le monde de la gauche.

 

Les trois communautés sont toutefois semblables dans la manière dont fonctionne leur économie. Tout d’abord, il y a des quotats de travail, c’est-à-dire que chaque membre doit contribuer par un certain nombre d’heures de travail. Cela est considéré comme étant égalitaire, parce que ce n’est pas basé sur l’effort, le type de travail effectué ou la productivité. Ensuite, il y a deux économies parallèles. D’une part, les produits du travail sont gérés collectivement, et les besoins de base des membres sont couverts par la communauté. D’autre part, les membres reçoivent une petite allocation mensuelle et peuvent travailler à l’extérieur de la communauté pour combler des besoins plus personnels (alcool, tabac, voyages, etc.).

 

Sandhill. 5 membes. Communauté rurale du nord du Missouri. Quarantaine d’année.

Cette communauté a été démarrée avec l’intention d’être une communauté égalitaire à partage de revenu, avec un style de vie de campagne et une ambiance familiale. De petite taille donc, elle est basée sur l’agriculture. Illes ont choisi de fonctionner par consensus, longtemps avant tout le monde.

Il n’ont pas une économie parallèle comme dans les communes de Kat Kinkade, mais plutôt une “économie unitaire”: toute l’argent faite de quelque façon que ce soit par n’importe quel membre va dans un pot commun. Quelque soit ton besoin, tu prends l’argent dans le pot, et il n’y a pas de restriction sur les types de besoins couverts par la communauté comme dans les exemples précédents. Ils n’ont pas de quotats de travail ou d’attentes définies: la contribution de chacun-e est régulé-e par ton propre sens de responsabilité, ainsi que par des discussions entre les membres. Les gens qui vivent dans les communautés de Kat Kinkade semble expliquer cet exemple de partage plus radical par le fait que « ça marche juste parce que c'est un petit groupe, pis de toute façon, ils sont dans un trou tellement perdu que les membres ne peuvent pas vraiment dépenser l'argent ».   

 

Les communautés urbaines

Emma Goldman Finishing School.

 

The Midden

Basée sur Emma Goldman.

 

Ces deux communautés ont plusieurs points en commun. D’abord, elles partagent un but commun, qui est de couper drastiquement le coût de la vie et d’améliorer leur qualité de vie et leur résilience personnelle afin de libérer du temps et de l'énergie pour du travail militant pour la justice sociale qu'illes veulent voir dans le monde. La stratégie de la communauté d’Emma Goldman est de travailler de manière rémunérée pour des organismes oeuvrant pour la justice sociale, alors que les membres de The Midden cherchent à travailler le moins possible pour faire du travail militant non payé pour des groupes anarchistes.

Elles ont une économie à deux voies, qui ne fonctionne pas par quotat de travail, mais par une sorte de système d’imposition sur les revenus que les membres font à l’extérieur de la communauté et qui permet à chacun-e de garder une économie personnelle tout en mettant des ressources en commun. Ce système de contribution complexe, se veut une façon d’injecter de l'égalitarisme dans les relations marchandes que les gens ont d'ordinaire dans l'économie de marché.

Les deux communautés sont constituées d’environ une douzaine de membres et fonctionnent par consensus.

 

Un mot sur le partage

Plus tu partages et plus le niveau de coopération est élevé, plus c’est efficace. En fait, on pourrait voir le capitalisme comme une façon étrange et perverse d’encourager les gens à coopérer.

Contrairement à une économie individuelle, où il faut investir un effort considérable et extra pour mettre des ressources en commun (coop, etc.), dans un système de partage de revenus, c'est le contraire, il faut mettre de l'énergie supplémentaire pour les dépenses individuelles.

Vivre en communauté à partage de revenu permet de diminuer la quantité d’argent nécessaire pour bien vivre. Par exemple, Twin Oaks offre un niveau de vie très confortable en comparaison à la classe moyenne: un excellent filet social, où les membres ont 3 semaines de vacances par année, un congé de parentalité de près de 3 ans, des congés de maladie illimités, un travail confortable et un horaire flexible, et on s’occupe entièrement de toi: de délicieux repas biologiques cuisiné pour toi 2 fois par jour, un sauna, un étang pour se baigner, etc. Il en coûte 4000$ à 6000$/membre/année pour tout ça! Pour un niveau de vie équivalent, avec en plus du café illimité et une meilleure connexion internet, Acorn offre le tout pour entre 8000$ et 9000$/membre/année. De son côté, la communauté The Midden, a nourrit ses 7 membres pendant toute l’année avec seulement 400$.

 

(Quelques minutes de l’introduction sont ensuite passées à discuter du consensus et de la diversité des mode de prise de décision dans les communes de la FEC en réponse à une question dans l'assistance, échange non retranscrit ici)

 

L’Europe: particularités démographiques et questionnement

Il semble y avoir une distinction importante entre les communautés du FEC et celles d'Europe, qui a de quoi surprendre au premier abord. Aux States, la majorité des aspirant-e-s membres sont soit dans la vingtaine, ou alors dans la cinquantaine. Cela paraît naturel, puisque les gens vont dans des communes à des moments de transition dans leur vie: après l'école mais avant la famille, ou après leur retraite, alors que leurs enfants ont grandi, ou encore après un divorce.

En Europe, ils n'ont personne dans la vingtaine: c'est dans la trentaine ou dans la cinquantaine. Ce qui paraît normal, puisque dans la vingtaine, t'es sur le party, en ville, t'explores et t'es centré un peu plus sur toi-même, c'est quand t'es prêt à te caser que tu cherches un milieu de vie...

Ces différences démographiques soulèvent donc un questionnement en lien avec les différences de structures observées: qu’est-ce qui influence quoi? ou encore, y a-t-il seulement une influence réciproque ou pas pentoute et c'est seulement une différence culturelle?

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