Infolettre du Manoir

Février 2016: où en sommes-nous rendus?

Écrit par Admin
02/15/2016 - 16:05

C’est l’hiver! Y’a enfin de la neige à Bonaventure! Et le projet du Manoir avance à grand pas. On est bien content de vous transmettre les bonnes nouvelles.

Pour vous donner les nombreuses nouvelles du Manoir, je propose de suivre les 5 principes de notre vision avec notre vision basée sur nos 5 principes : La synergie entre le moi et le nous, la nature, l’autonomie, l’ouverture et la justice sociale.

La synergie entre le moi et le nous

Nous sommes présentement 5 membres du Manoir, dont 2 qui viennent d’arriver depuis moins de 3 mois. Nous attendons un autre personne au début juillet.

En fin de semaine, les 5 membres de la communauté ont passé deux jours à se former en communication non-violente. Nous avons fait venir un conférencier pour nous donner une série de trois ateliers qui auront lieu dans l’année 2016. La première formation était le 13-14 février et nous en sommes revenus plus outillés pour travailler ensemble!

De plus, nous participons régulièrement à la maison où nous habitons à des cercles d’empathie qu’Arielle organise et qui rassemble parfois jusqu’à 14 personnes! Nous pratiquons notre capacité d’écoute et d’empathie pour les autres.

Nous avons établi un genre d’horaire, où certaines journées sont dédiées à des rencontres pour le projet, d’autres journées sont des contributions libres ou diversifiées au projet du Manoir, et certaines plages horaires sont pour les projets personnels. Nous n’avons pas établi de quotat d’heures, pas plus que nous ne comptons nos heures, mais nous veillons à trouver un équilibre qui contribue au bien-être des membre tout en assurant le développement du projet.

Nous prenons tous nos soupers ensemble. Et nous célébrons! Nous avons fêté le mardi gras, en invitant nos ami-e-s et voisins! Nous nous amusons, et faisons du sport ensemble, en allant glisser ou faire du ski: c’est important de garder un brin de folie et de profiter de la vie!

La justice sociale

Nous partageons notre revenu depuis septembre. Et ça marche très bien!

Lorsque des opportunités de revenus se présentent, nous réfléchissons ensemble à l’impact de cet emploi sur la communauté: avons-nous besoin d’un revenu supplémentaire? cet emploi risque-t-il d’accaparer des énergies qui pourraient être mises ailleurs? etc.

Nous réfléchissons beaucoup aussi aux dépenses. Nous cherchons à trouver des moyens pour combler les besoins de base de tous les membres, tout ouvrant une certaine flexibilité et adaptabilité pour que chacun-e conserve une liberté dans l’expression de ses besoins. Nous cherchons quand même à limiter les abus, le gaspillage et le consumérisme, en établissant certaines limites au-delà desquelles les frais sont assumés individuellement.

 

Également, nous nous réunissons 2 jours par semaine toute la gang pour discuter et décider ensemble. Nous prenons en compte les objections de chacun-e, et nous en parlons jusqu’à ce que nous arrivions à quelque chose qui conviennent à toutes-tous.

 

Aussi, nous participons individuellement à des formes d’activisme politique ou social, que ce soit par des activités de visibilité au Centre des Femmes, au sein d’organisations agricoles pour faire pression pour changer des lois à la faveur d’une agriculture plus écologique et de proximité, dans des instances syndicales en construction pour améliorer les conditions féminines, ou encore à des tables de consultation pour la protection de zones écologiques sensibles.

La nature

Une grande part du côté “nature” se situe dans l’alimentation. N’étant arrivés qu’à l’automne, nous n’avons pas une grande autonomie pour l’hiver, mais nous nous nourrissons de légumes bios et locaux échangés contre des services auprès d’amis fermiers.

L’expérience entrepreneuriale lancée par Audrey cet été fut un succès: semences bio de courges délicatas et red curry, fèves jaunes et vertes, …

En partenariat avec les Jardins Véridis et un groupe d’étudiantes du cégep de Carleton, nous travaillons à développer un projet de transformation des grains de sarrasins et d’avoine nue, pour pouvoir se nourrir de céréales locales.

Les plans de jardins pour cet été commencent à être pas mal prêts. Nous expérimenterons cet été différentes cultures un peu partout, n’ayant pas encore de terre pour produire chez nous, et établirons ainsi des partenariats avec divers jardiniers. Nous aurons un jardin d’herbes et des céréales.

 

Aussi, nous portons une attention particulière à nos transports. Vincent et Audrey sont ceux qui ont le plus à se déplacer pour le travail. 80%, ils prennent les transports en commun, et n’utilisent la voiture que lorsqu’ils en ont besoin dans le cadre du travail. Nous habitons à 3km du village, ce qui nous permet de nous y rendre souvent à pied, en vélo, ou en ski de fond! Jusqu’à ce que Richard arrive avec son véhicule, nous étions 3 à 4 à partager une voiture, et ça marchait très bien! Nous avons maintenant 2 véhicule pour 5 personnes, ce qui est mieux que la moyenne nationale, et nous maximisons le plus possible nos déplacements.

 

Nous faisons d’autres petits gestes anodins, qui n’ont pas besoin d’une vie collective pour se mettre en place. Nous avons récupéré de vieilles fenêtres que nous espérons utiliser dans la conception d’une petite serre. Nous aurons sous peu une toilette à compost fonctionnelle. Nous avons substitué une partie de notre papier de toilette par des tissus lavables. Nous participons à un groupe d’achat en vrac et achetons des produits Lemieux, deux initiatives d’Horizons Gaspésiens et qui ont lieu au Loco Local!

L’autonomie collective

Évidemment, sans terre et sans maison, notre groupe peut difficilement travailler à augmenter durablement son autonomie. Une des démarches premières pour y arriver semble donc être de trouver une terre où s’installer. C’est dans cette optique que nous continuons nos recherches, et visitons des maisons-fermettes. Nous avons même fait l’exercice de faire une offre d’achat!

Nous nous amusons aussi à explorer et expérimenter des machines propulsées par l’énergie humaine. Nous travaillons à monter une moulange sur un vélo stationnaire pour moudre de la farine de sarrasin!

Nous faisons des germinations et des pousses, du kombucha, du pain. Nous échangeons des légumes contre des oeufs.

Il nous reste à travailler sur l’autonomie économique! ;-)

L’ouverture

Présentemment, collectivement, nous investissons beaucoup de nos ressources dans le soutien d’initiatives locales qui correspondent à nos valeurs. Nous passons plusieurs heures, bénévoles et rémunérées, à travailler au maintien et au développement du Loco Local, un local communautaire autogéré. Nous soutenons le projet financièrement aussi.

Audrey y a organisé une Saint-valentin communautaire, ouverte à toutes et tous. Ce fut un beau succès, ou chacun a écrit dans les cartes des autres: un beau moment de reconnaissance des qualités de chacun-e!

Afin de rester un groupe ouvert et diversifié, on réfléchit à la manière d’atteindre une plus grande diversité des horizons au sein de notre groupe. Pour l’instant, notre petit groupe de 5 est plutôt homogène. On aimerait avoir un groupe multigénérationel, multiculturel, ouvert aux diversités sexuelles ou socio-économiques. Faudra-t-il mettre des mécanismes en place pour favoriser cette mixité?

Nous organisons également une rencontre intercommunauté, avec la communauté Point A, à Washington, DC. Communauté intentionnelle à partage de revenu en démarrage comme nous, nos deux groupes font face à beaucoup d’enjeux communs, développent des réflexions qui peuvent être inspirantes pour les un-e-s et les autres. Rendez-vous le 28 mars!

      

Nos besoins

Et puisqu'il suffit parfois de les nommer, voici nos besoins, au point où nous en sommes:

  • Nous poursuivons nos recherches de terre dans la Baie-des-Chaleurs, à moins de 5 km de la 132. Au moins 10-15 acres, idéalement avec une petite maison dessus. Des terres agricoles pour l'autosuffisance.
  • Nous aimerions avoir un avis d'expert pour nous aider à identifier la ou les formes légales qui conviennent le mieux à notre projet. À mieux comprendre les enjeux fiscaux et légaux de chacune.
  • Nous aimerions financer l'achat de notre terre par des prêts solidaires. Si vous aimeriez placer votre argent dans un projet stable et à peu de risque (nous vous montrerons nos bilans financiers, vous verrez que ça roule va bien nos affaires!) et soutenir en même temps un projet qui va dans le sens de vos valeurs, faites-nous signe! Nous sommes aussi à la recherche d'un expert qui pourrait nous aider à ficeler une structure solide pour la base de nos contrats de prêts.
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Commentaires sur cet article 1

Mon arrivée à la maison mauve

Écrit par Invité-e spécial-e
02/15/2016 - 13:38

Je suis déménagé à la maison mauve le 5 janvier après 2 longues journées de voyage. Naturellement, j'avais quelques craintes à faire le grand pas, bien que déterminé à le faire. Il me fallait laisser derrière ma région natale, mes amis, ma famille et surtout mes vieux rêves, pour m'embarquer dans un projet qui est encore bien théorique, mais auquel je crois. Ça faisait deux ans et demi que je connaissais le Manoir, deux ans et demi que mon implication dans celui-ci allait en s'accroissant, et y déménager était donc la suite conséquente de mes actes.

 

Mon arrivée fut suffisante pour éteindre ou calmer bien des craintes. Être dans l'action, vivre le quotidien de mes camarades et participer à l'effort collectif aide à voir la réalité telle qu'elle est, mettant l'irrationnelle de côté. J'ai été présenté à plusieurs personnes, j'ai visité les villages environnants, j'ai participé à des événements et j'ai commencé des implications ici et là. Tous ces actes m'ont permis de voir la réalité d'ici, de voir les possibilités d'amis, d'activités, etc. Je peux ainsi me projeter plus facilement dans le futur et ce que je vois me plaît.

Je crois que la vie en commune est une des causes de mon intégration rapide et réussie. Puisque mes camarades connaissent déjà la place, je peux me joindre à leurs différents cercles. La solidarité que crée notre structure permet au groupe de faire des choix pour m'aider à arriver. Ainsi, certaines personnes ont pris du temps pendant leurs semaines pour me faire rencontrer des gens qui ont les même intérêts que moi. Ce temps aurait pu être investi ailleurs, pour édifier le Manoir, mais comme l'aspect humain est au centre du projet, il était tout à fait logique de faire ainsi.

 

Le manoir m'a déjà changé, comme quoi la vie collective est d'une force qui peut mouvoir beaucoup en peu de temps. En arrivant ici, j'avais des réticences sur l'achat de la terre; je trouvais que ça allait trop vite. Or, en partageant le quotidien de mes camarades, force est de constater que c'est tout à fait logique. Je me mets moi aussi à rêver que je cultive notre terre cet été. Chaque visite que nous avons faite m'insère dans le paysage et je vois quels aménagements je pourrais y faire pour le rendre plus propice à notre vie. Une autre chose sur laquelle mon opinion a changée, est sur le fait que nous, les nouveaux arrivés qui nous impliquions dans le manoir depuis un bout, devrions passer par l'étape de probation. De prime abord, il me semblait qu'elle avait déjà été faite cette probation, puisque nous avions fait plusieurs réunions et implication depuis quelques temps. Après de longues discussions, bien que pas d'accord avec tous les arguments qui ont été émis, mon opinion à changé en faveur de ma probation, d'une manière un peu irrationnelle, mais de bon cœur tout de même. L'effet du groupe est puissant. L'ethos qu'il émane n'est pas quantifiable , mais il nous baigne tout de même en permanence.

 

Après plus d'un mois de vie collective, je ne vois donc pas l'ombre d'une chicane à l'horizon. Tous les «facteurs humains» qui pourraient faire exploser notre projet semblent maîtrisés. Je dirais même de plus en plus maîtrisés. La vie est plaisante et tout est placé pour qu'elle le reste. Je me dois donc de conclure mon texte par ce qui me semble le plus logique : «Vive la maison mauve! Vive Le manoir! Vive la commune de Bonaventure!»

Document interne: Processus d'intégration des nouveaux membres

Écrit par Admin
01/23/2016 - 18:44

Un des documents importants pour toute communauté est un processus clair d'intégration des nouveaux membres.

Voici le nôtre! :-)

Première étape: contact

Personne intéressée

1ère option: Une personne entre en contact avec nous par courriel (par le biais d’un-e ami-e, de notre site internet, de notre infolettre, de notre profil sur ic.org, etc.).

Un-e membre parmi nous s’occupe d’assurer le suivi. (marraine,parrain)

  • Les premières étapes commencent souvent par une rencontre par téléphone ou en personne pour lui expliquer le projet du manoir. Ensuite, on lui recommande souvent d’aller visiter le site web, pour se faire une idée de notre projet.
  • Si la personne se montre plus intéressée, voici les documents de base à lire:
    • la vision et ses 5 principes
    • tous les articles dans la catégorie “Le Manoir: explications”?
    • on vous recommande 1 ou 2 articles dans la catégorie Réflexion
    • Liste de références à consulter sur les communautés pour voir si certains documents vous intéressent (sous l’onglet lectures et vidéo)
  • Elle doit nous envoyer une lettre de motivation pour venir faire un séjour de 2 semaines.

La personne qui assure le suivi annonce le séjour d’une personne intéressée et rend disponible la lettre de motivation pour consultation par tou-te-s les membres. La personne qui assure le suivi est responsable de s’assurer que tout est en place pour l’accueil de la personne intéressée (genre, il y a une chambre de libre, elle aura l’occasion de rencontrer tou-te-s les membres, et autres considérations techniques.) Si tout va bien, elle est acceptée d’office. Si un ou plusieurs membres ressent un inconfort par rapport au fait de recevoir la personne intéressée, une rencontre a lieu pour déterminer si oui ou non la personne est acceptée pour une visite de 2 semaines.

Ou

2 ième option: Une personne nous rencontre en personne par hasard et choisit de rester chez nous. Après 2 semaines elle doit partir et nous écrire une lettre de motivation.

Ou

3 ième option: Une personne inconnue nous rencontre en personne par hasard et choisit de rester chez nous ou entre en contact avec nous par courriel (par le biais d’un-e ami-e, de notre site internet, de notre infolettre, de notre profil sur ic.org, etc.). Après 2 semaines (ou d’avance si elle le sait déjà) elle doit nous indiquer qu’elle veut seulement être de passage, pour l’été par exemple. Elle doit quand même partir pour environ 5 jours. (pour nous permettre de prendre une bonne décision) et nous écrire une lettre de motivation où elle cite ses intentions. Le groupe choisit s’il souhaite qu’elle reste ou pas.

Son statut est différent (woofer par exemple). Dans ce cas, si on a une limite ou un problème d'espace d'accueil, les membres ou membres potentiels ont une priorité. Ainsi, si durant l'été, quelqu'un veut venir s'installer, il y aurait des risques pour que la personne doive quitter ou changer d’espace. Elle sera prévenue de tout changement, De plus, après un mois et demi, la woofer devra avoir une réunion sans celle-ci pour savoir si elle convient à tout le monde. Une personne sera désignée pour transmettre l’information au woofer. C’est un processus similaire que pour le 3 mois d’un membre probatoire.

À considérer

Nous avons décidé que pour l’été, nous essaierons quelque chose et analyserons si c’était bon.

  • Nous acceptons principalement les ami-e-s/famille, les gens qu’on connait.
  • ET des gens qui nous proposent un projet qu’on trouve pertinent, sous forme de wwoofing.
  • On accepte les gentils voyageurs à condition qu’il n’y ait pas trop de monde et pour une nuit ou deux.
  • On se construit un outil visuel, genre calendrier, pour voir qui passe quand.
  • On fait pas de pub pour cette année pour le wwoofing.

Nous avons décidé que nous n’acceptons pas de membre probatoire pendant l’été (avec l’exception de JF). S’illes veulent venir avant, illes pourraient, mais la probation commence en septembre.

Deuxième étape: la visite

Pourquoi une visite?

Il faut d’abord se rencontrer. La personne intéressée doit expérimenter la vie dans notre groupe, et commencer à se familiariser avec le fonctionnement et la culture. Le groupe, quant à lui, veut rencontrer cette nouvelle personne, découvrir sa personnalité, en apprendre plus sur ses rêves et aspirations, son parcours, ses forces et compétences. On veut savoir si on habite bien avec:

  • une personne avec qui on s’entend bien
  • une personne avec qui on communique bien
  • une personne avec qui on travaille bien
  • une personne qui nous apporte quelque chose, qui nous fait grandir (individuellement et comme groupe), et à laquelle le groupe peut apporter quelque chose et aider à grandir.

C’est aussi le moment de s’assurer que la personne connait bien notre vision et y adhère. Enfin, c’est le moment de vérifier des informations qui pourraient avoir un impact important sur la communauté. Cela concerne par exemple la dépression, les tendances suicidaires, les dettes ou obligations financières, les questions techniques comme la citoyenneté, les problèmes de santé, etc.

Séjour de 2 semaines

  • Vers la fin de ces deux semaines, il y aurait une rencontre formelle où tous les membres sont présents et où les questions du questionnaire seraient posées. L’aspirant membre pourra lire les questions d’avance pour s’y préparer. Son parrain peut la guider.
  • les conditions d’accueil
    • nos attentes
      • Nous fournissons la nourriture
      • on s’attend à ce qu’elle participe aux corvées, aux tâches, au travail en lien avec le Manoir (cueillette, organisation d’évenements, etc.). A la même hauteur que les autres membres du manoir
      • elle est en charge d’au moins un repas pendant les 2 semaines et doit aider à la cuisine des fois
      • Des heures de son séjour sont allouées à son apprentissage ou son intégration de la culture de la communauté (comme à Twin Oaks). Par exemple, lire nos documents, comprendre et échanger sur les différents éléments de la vision, etc.
      • Elle peut participer à nos rencontres en tant qu’ observateur.
    • On lui offre:
      • Le meilleur de ce qui nous reste.
      • Un parrain ou une marraine
      • Un vélo parmi tous les vélos communautaires

Ensuite

Dans la plupart des communautés, il y a un moment où la personne doit quitter après la visite et avant d’être acceptée comme membre probatoire. C’est aussi, pour certaines communautés, un moyen de démontrer qu’elles ne sont pas une secte, et qu’elles permettent à ses membres de garder contact avec leur monde!

Cela permet à la personne de retourner dans sa vie normale et voir si son séjour de visite n’était pas juste une lune de miel, et qu’elle souhaite vraiment quitter son ancienne vie et se joindre au groupe. De même, la communauté a du recul, et un espace pour réfléchir ensemble à leur volonté d’accueillir cette nouvelle personne.

La personne part. (environ 5 jours)

Le groupe décide alors dans une réunion à huis-clos par consensus si la personne peut passer à la troisième étape.

4 positions possibles (comme à Acorn):

  1. Si une personne est “yééé” et que le reste est “ok cool” ça passe.
  2. Si les critères ne sont pas remplis, ou plusieurs ”beurk” sont soulevés et qu’une personne dit “yééé” , le groupe a une discussion et obtient un consensus pour voir si on accepte la personne comme membre probatoire.
  3. Si tout le monde est genre “ok cool” mais personne ne dit “yééé!”, ça ne passe pas: ça prend au moins une personne qui dit “yééé!”
  4. Tout le monde dit “beurk”. La personne n’est pas acceptée.

Éventuellement, ça se peut qu’on ait une liste d’attente si y’a pu de place. La personne est donc acceptée mais ne peut venir habiter avec nous avant qu’une place se libère.

Les personnes qui ne sont pas acceptées peuvent appliquer à nouveau dans un an.

Troisième étape: la probation

Membre probatoire

Dans la plupart des communautés, il existe une période d’essai, à la fois pour l’éventuel nouveau membre, et pour la communauté, pour voir si l’un convient à l’autre. Cette période varie généralement de quelques mois à plusieurs mois (entre 3 et 12 mois environ). D’autres communautés, comme Las Indias, ont un processus d’intégration qui fonctionne plus par étapes (il faut avoir mis sur pied une entreprise en coopérative rentable au sein de la communauté et avec son soutien avant d’appliquer pour être membre).

Cette période de probation implique généralement une inclusion pas mal complète dans le “quotidien” (mode de vie, travail dans la communauté, partage de revenu pour celles que ça concerne, etc.). La différence se trouve au niveau de la prise de décision: normalement, les membres probatoires n’ont pas le droit de vote. C’est facile à dire quand une communauté fonctionne par vote à majorité… c’est plus flou et difficile à cerner lorsqu’on fonctionne par consensus. Par exemple, à la Ferme Morgan quand j’ai visité il y a 2 ans, les membres probatoires pouvaient assister aux réunions, mais n’avaient pas le droit de parole (puisque ça influencerait la prise de décision, à laquelle il n’ont pas accès…) Pour notre part, nous considérons que les membres probatoires devraient pouvoir s’exprimer, énoncer leurs idées, leurs doutes, et toutes ces informations peuvent être prises en compte pour assurer au groupe de prendre une décision plus éclairées et qui prend en compte le plus de données, mais la décision et le choix des orientations devrait revenir aux membres. Par exemple, un doute exprimé par un membre probatoire doit être noté, mais le choix de s’y attarder ou non dans le processus de décision revient aux membres. Une part de la probation est aussi un volet “formation”, c’est-à-dire que parfois, un doute exprimé, quoique pertinent, peut relever d’une mauvaise compréhension de la vision ou des valeurs, ou de la méconnaissance de l’historique des démarches propre à une décision. Il revient alors aux membres, et plus précisément, au parrain ou à la marraine, d’adresser ce questionnements en fournissant au membre probatoire les documents ou informations nécessaires à une participation plus pleine et complète au processus de prise de décision.

3 mois

Durant ces trois mois, l’aspirant-e membre est formé-e aux outils utilisés par la communauté, notamment en CNV (et autres outils de communication) et en consensus (et autres outils de prise de décision).

La personne a un parrain ou une marraine assigné-e, qui peut répondre à ses questions (elle lui transmet les documents, l’accompagne dans la progression des différentes étapes d’intégration, etc.) et se fait la voix du groupe (c’est elle qui lui transmettra la décision du groupe si elle est choisie ou non, et lui transmettra les demandes du groupe s’il y a un problème par exemple)

Après 1 mois et demi (à la moitié du séjour donc), une rencontre a lieu avec lea aspirant-e membre, pour voir si ça va bien, des deux côtés. “Clearness process” (mot français à définir… nid de clarté?), où lea membre aspirant-e va rencontrer chacun-e des membres individuellement et entame un dialogue. Les questions abordées sont (exemple):

  • La relation entre les deux personnes
  • Le rôle et la participation de l’aspirant-e membre dans le groupe
  • Sont-illes en harmonie avec la vision
  • Le bonheur de la personne dans la communauté

Au bout des trois mois, les membres se réunissent à “huis clos” pour déterminer si oui ou non, ils souhaitent inclure la personne comme nouveau membre.

3 options sont possibles (comme à Twin Oaks):

  • Oui: si au moins 1 personne dit “yééé!”, et qu’en général, tout le monde est “ok, c’est cool”. Les objections doivent être soulevées et notées, et le groupe peut décider si ce sont des raisons suffisantes et valables pour refuser l’apirant-e membre.
  • Non: personne ne dit “yééé!”, ou les critères ne sont pas remplis, ou plusieurs objections suffisantes et valables sont soulevées, et le groupe considère qu’elles sont irréconciliables.
  • Extension de la probation (minimum 1 mois, maximum 3 mois): si au moins 1 personne dit “yééé!”, et qu’en général, tout le monde est “ok, c’est cool”. Les objections soulevées et notées, sont considérées comme suffisantes et valables pour refuser ce membre. L’aspirant-e membre a 1 mois pour s’améliorer ou se conformer aux demandes des membres.

Si vous vous êtes rendu jusqu’ici, c’est que vous êtes maintenant membre à part entière!

Félicitation! Vous avez le droit à une fête et un gâteau!

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Pourquoi vivre en communauté?

Écrit par Audrey
02/15/2016 - 18:23

C’est un livre de Carl Rogers, un psychologue humaniste, qui m’a inspiré ce texte. À la fin d’un de ses livres, il a parlé des raisons qui poussent les gens à vivre dans un groupe communautaire ou, selon ma perception, dans une communauté intentionnelle. La question de base est : «Pourquoi des individus intelligents, instruits, évolués, malgré toutes les perspectives que leur offre notre société, rejoignent-ils les groupes communautaires?» Les réponses de Carl Rogers m’ont parlés parce qu’elles étaient étroitement reliées aux raisons qui me poussent a vivre en communauté. C’est pourquoi j’aimerais vous partager son point de vue ainsi que mes réflexions.

«Pourquoi des individus intelligents, instruits, évolués, malgré toutes les perspectives que leur offre notre société, rejoignent-ils les groupes communautaires?»

«L’un de ces motifs est d’échapper à l’aliénation et à l’isolement croissants de notre société.»

Eh oui, ce n’est pas parce qu’on est connecté-e 24 heures sur 24 sur facebook ou qu’on habite dans une ville de 3 millions d’habitant-es qu’on ne vit pas de l’isolement. En plus de l’individualisme ambiant, je trouve qu’on vit à une époque où le temps nous manque et tout est organisé, planifié, rangé. Les rencontres à l’improviste doivent même être planifiées! L’absence d’importance donnée à la spontanéité et aux rencontres crée un sentiment d’aliénation chez moi.

Je suis avide d’échapper à la déshumination de l’ordi, de l’internet, des cells, des ipod, des vidéos, des photos pour trouver un endroit où je peux m’inscrire en tant qu’individu. J’ai le goût de vivre des relations profondes et partagées avec les autres. C’est pas toujours super facile de vivre dans une communauté,mais au moins, c’est tellement plus intéressant que seulement rester superficielle avec les gens qui m’entourent. Sans le vouloir vraiment, on peut parler de tout et de rien assez longtemps, même dans une communauté. Mais le quotidien vécu ensemble, les réflexions apportées par les autres ne permettent pas de rester superficiel bien longtemps. Il se passe quelque chose d’humain, quelque chose qui me fait vivre l’humanité. La première fois que je l’ai vraiment vécu, cette dose d’humanité, c’était à la grève de 2005. Et depuis ce temps, je l’ai vécu à plusieurs autres reprises. Eh bien, c’est le désir de retrouver cette intensité qui m’allume. C’est de construire avec les autres au quotidien.

«Une autre raison est certainement que les groupes communautaires donnent l’occasion d’être pleinement soi-même, d’une façon unifiée, ce qui est extrêmement rare dans la vie moderne. En communauté, l’individu peut s’épanouir sous tous les aspects...la force physique, l’habilité professionnelle, les aptitudes parentales, les activités intellectuelles, les sentiments et les émotions, les idéaux et les goûts religieux ou mystiques, tout peut être vécu en même temps.»

En effet, dans toutes les communautés que j’ai visitées et où j’ai habité, j’ai pu me sentir super épanouie sur plusieurs facettes de ma vie. Dans une communauté, en une journée seulement, on peut transporter du bois, installer une porte, écrire un article, participer à un échange sur l’économie participative, discuter de comment on se sent vraiment, faire à souper, apprendre sur les champignons et garder un enfant. La vie est complexe et je trouve que vivre en communauté permet de développer une aisance dans cette complexité et de s’épanouir sur plusieurs aspects en même temps, parfois sans s’en rendre vraiment compte. Personnellement, c’est dans les communautés que j’ai essayé le plus de trucs nouveaux. Elles m’ont permises à me dépasser dans un milieu que je juge sécuritaire. Dans un travail salarié ou pendant des études, oui, je peux apprendre, mais en communauté, ce sont des apprentissages globaux qui touchent à tous les aspects de ma vie. À la fin de la semaine, tu sens que tu as accompli beaucoup et que tu es devenu un meilleur humain.

«Une autre raison, fréquente et primordiale: trouver un milieu ouvert à toutes sortes de relations sexuelles. La communauté, elle, fournit un climat de tolérance qui permet de les vivre sans sentiment de culpabilité, mais non sans souffrance.»

L’ouverture sur les différentes sortes de relations possibles avec les autres est un point qui m’intéresse particulièrement. J’ai trouvé dans la plupart des communautés une grande tolérance pour les désirs, les besoins et les fantasmes des autres personnes. Bien sûr, cette tolérance va de pair avec le consentement libre et éclairé et dans un milieu sans oppression. Pour ma part, je me suis sentie libre à plusieurs reprises et j’ai découvert d’autres façons de fonctionner avec les autres au niveau des amitiés et de l’intimité. Les limites et les possibilités des concepts de l’amour, du couple et de l’amitié ont été renouvelées, testées et re-créées.

Depuis que je connais les communautés, j’y apprends et découvre encore les joies de la diversité des relations. Des fois, je doute de mes choix, de mes convictions, d’autres fois j’en suis sûre. Le polyamour, les relations ouvertes permettent de vivre la vie plus intensément et apportent leur lot de questionnements, de longues discussions et parfois de déceptions : Comment réagir dans une salle où un de tes amoureux embrasse une autre femme? Comment réagir si plusieurs de tes amoureux se retrouvent dans la même salle que toi? Comment établir des relations équitables, respectueuses et humaines? Comment choisir un seul partenaire pour de bon, quand le sexe est si bon avec tous les autres?

Peu importe la façon dont je choisirai de vivre les relations dans le futur, cette grande tolérance pour les différents modèles de relations que j’ai connu dans les communautés a vraiment permis de m’épanouir à ce niveau-là!

«Une autre motivation de vivre en groupe et que la personne découvre peut-être progressivement, est que consciemment ou inconsciemment, il se pratique une philosophie de l’organisation sociale ( ou de l’inorganisation). Hors de la tradition honnie, c’est une chance de construire un groupe fonctionnel efficace. Ainsi, de l’anarchisme au behaviorisme contrôlé, toute une moisson de nouvelles sociétés est en train de germer, toutes différentes les unes des autres.»

Le but ultime du groupe est de survivre face à tous les défis, problèmes et dilemmes éthiques qui se présenteront dans son existence. Chaque communauté en a eu et c’est une partie passionnante de construire un groupe fonctionnel, efficace et qui rend la vie plus agréable pour les membres. Dans chaque communauté visitée, chacune avait ses défis et sa culture propre. Quels seront les défis du Manoir?

La culture qui se développe au sein d’une communauté est fascinant à observer. N’importe quel-le anthropologue pourrait se faire du fun à analyser les aspects culturels et organisationnels. Dans tous les cas, quand une nouvelle personne arrive dans une communauté déja établie, celle-ci rentre dans un univers déjà existant et changer les choses peut être parfois facile parfois difficile. La flexibilité peut être une pratique organisationnelle ou pas!

Construire un groupe efficace est un défi en soi, parce que l’efficacité est un concept difficilement quantifiable. Certaines personnes pourraient rapporter qu’elles sont efficaces quand d’autres jugent qu’elles ne le sont pas. Et une autre plus grande question encore: ‘’Veux-t'on vraiment toujours être efficace?’’ Est-ce que le but d’une communauté doit être le même qu’Henry Ford et faire tout de façon la plus efficace possible? Ces deux questionnements reviennent souvent dans les communautés que j’ai visitées. Je n’ai pas encore de réponse claire pour y répondre.

«Il ne s’agit pas d’une expérience en cul-de-sac, mais avant tout d’une occasion d’apprendre. Chacun, ici, a l’occasion de modifier son évolution personnelle, opportunité qu’il ne saisit pas toujours mais qui représente tout au moins un espoir.»

Apprendre, apprendre, apprendre, oh oui, plus que jamais. Voici une liste non-exaustive de quelques apprentissages que j’ai fait dans les communautés!

Agriculture: produire des légumes, des semences, conduire un tracteur, apprendre à mettre des poteaux dans le sol, le compostage et la transformation d’aliments.

Communication:  Groupes d’honnêteté radicale, CNV, parler l’anglais, traduction simultanée

Prise de décision: animation de groupe, pratique du consensus, utilisation de méthode pour rendre les réunions plus efficaces,

Personnel: plus de musique, être à l’aise à danser, savoir jouer au frisbee

Apprentissage manuel: , construction, rénovation, base d’électricité et de plomberie

Ce que je trouve le plus impressionnant, c’est la possibilité d’apprendre tant de choses en si peu de temps. La vie de travailleuse salariée ne m’a jamais permis d’apprendre autant dans tant de domaines de ma vie.

«Finalement, un des grands attraits des groupes communautaires est le changement de rôle qu’il suppose. Les communautés, avec toutes leurs erreurs, leurs sacrifices, leurs échecs et leurs regroupements semblent ouvrir la voie.»

Parfois je me demande qui d’autres va ouvrir la voie si ce ne sont pas les communautés où les humains se regroupent et prennent le temps ensemble de réfléchir au futur? En effet, je crois qu’une communauté n’a de rôle dans le changement social que dans la mesure où elle s'inscrit en solidarité avec d'autres groupes de la société, ou dans une lutte « pour gagner » (contre les changements climatiques, etc.). Sinon, être seulement heureux, prospères, justes et égalitaires n'apporte pas de changement social en soi.

 

Finalement, de nombreuses raisons expliquent pourquoi les gens se rassemblent en communauté intentionnelle et que le rêve aboutit parfois a la réalité, comme dans le cas du Manoir où ce sont des années de réflexion qui ont poussé un groupe à se former pour devenir une communauté.Par ses principes et sa vision égalitaire, féministe, non-violente, écologique et coopérative, les communautés intentionnelles du modèle de la fédération des communautés égalitaires sont un modèle pour une meilleure société!  Seulement par leur présence et du fait qu’un autre monde est possible grâce à leur existence me donne de l’espoir!

 

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Du moi au nous

Écrit par Arielle
02/14/2016 - 00:00

Vincent, Arielle et Audrey ont fait le saut de vivre ensemble à partir de septembre. Antoine s’est joint en janvier, et Richard en février.

Le Manoir est une communauté intentionnelle en démarrage. Nous avons la particularité d’être à partage de revenu, et de souhaiter partager le plus d’éléments possibles: temps, revenus, dépenses, milieu de vie, ressources, repas, propriété, vision et valeurs.

Voici mon analyse et mon témoignage, de cette étape nouvelle du projet qu’est l’agrandissement du groupe de départ!

Une communauté en démarrage

Dans toute communauté, lorsqu’une personne s’engage dans la démarche de s’intégrer à un groupe existant, et choisi de devenir un nouveau membre, il y a un processus personnel qui accompagne cette transition du “moi” au “nous”. Dans une communauté établie depuis longtemps, avec des documents clairs, une propriété collective déjà déterminée, et une structure bien ficelée qui pose sans équivoque la place de chacun-e, de chaque chose et de chaque activités (même si elle reste flexible et adaptable), cette transition fait probablement moins de vagues. La structure déjà en place rassure car elle est là pour éviter les abus, et déterminer les étapes à franchir pour prendre une décision ou la renverser, pour gérer l’argent, et les propriétés sont détenu par des entités fixées. Comme aspirant-e membre, on a l’occasion de “vivre” et “expérimenter” le mode de vie que l’on va partager avec celles et ceux qui constituent la communauté. On sait dans quoi on s’engage parce qu’on l’a sous les yeux: dynamique entre les gens, culture commune, façon dont s’incarne la vision, accès aux ressources, type et quantité de travail et d’investissement nécessaire… On peut dès lors choisir si effectivement, c’est une structure qui nous convient ou pas, et on a une référence quant aux personnes avec qui on va vivre et leur façon d’être et d’interagir, puisqu’on a l’occasion de les visiter sur place. Le niveau de confiance que l’on doit immédiatement investir  envers les autres est moindre: des réponses existent à la plupart des questions.

Que se passe-t-il lorsque que l’on se joint à un projet dont les frontières et les structures sont encore indéterminées? Où l’on n’a pas de référence par rapport aux gens avec qui on va vivre, puisqu’on n’a pas eu l’occasion de les côtoyer? Où la confiance les uns envers les autres est immédiatement sollicitée à un niveau élevé, sans encore avoir de base sur laquelle se déposer?

Du moi au nous

Vincent, Audrey et Arielle se connaissent depuis longtemps, et ont déjà eu l’expérience de vivre ensemble. Même si c’est surtout Arielle et Audrey qui ont fondé la vision et ses orientations de base, Vincent a fait partie du processus depuis les débuts. On se serait attendu à ce que leur arrivée en septembre dans la Maison Mauve ne crée pas de vague: les débuts d’une communauté élaborée depuis 2013, et ancrée dans une démarche commencée depuis 2008, la réunion d’un groupe de vieux camarades, ne fait pas fait d’éclats, sinon que de joie!

Ne vous alarmez pas, il n’y a pas eu de chicane! Il y a eu un malaise pourtant, un inconfort, une tension imperceptible pendant le premier mois, et même un peu avant, une réadaptation. Des appréhensions, des doutes personnels sur notre place dans le groupe, sur si ça va bien marcher, sur le pouvoir que j’aurai sur ma vie. Dans quoi je m'embarque? Suis-je prêt-e? Quelle est ou sera ma place là-dedans? Est-ce que les autres vont faire front commun contre moi sur une question importante, aurai-je toujours le contrôle sur ma vie, serai-je libre, est-ce que ça va avancer comme je veux, vers où je veux? Les autres vont-ils changer d’idée, ou encore, va-t-on trouver, caché sous une latte de plancher, une question pas encore réglée sur laquelle nous aurons des positions irréconciliables?

D’une certaine manière, malgré qu’on soit ami-e-s et qu’on ait choisi de lier nos vies dans un projet de vie, les premières semaines de cohabitation étaient teintées d’un peu de méfiance. Comme si on voulait être rassuré d’abord qu’on faisait le bon choix, que l’on pouvait effectivement, comme on l’aspire, remettre notre confiance dans les mains de nos collègues communard-e-s.

Étonnant n’est-ce pas? Dérangeant même, un peu.

Alors, qu’en est-il lorsque de nouvelles personnes, encore méconnues de nous, et qui ne nous connaissent pas non plus, se joignent à notre projet, alors qu’il est encore une toute petite graine, en train de germer, et qu’on veut en prendre soin et s’assurer qu’elle deviendra grande, et qu’elle nous donnera de beaux fruits un jour. Comment savoir s’ils seront bons jardiniers? Comment s’assurer qu’ils veulent eux aussi faire pousser cette plante et ne voudront pas qu’elle devienne autre chose que ce qu’elle est, alors que tous les documents pour expliquer sa nature ne sont pas écrits sur papier (numérique) et que beaucoup repose encore dans nos têtes et dans nos coeurs?

Les premiers enjeux de l’intégration

Deux enjeux principaux ont été soulevés à l’approche imminente de l’arrivée de Richard et Antoine. Je vous invite à lire le texte d’Antoine pour voir comment ça s’est passé pour lui! Ce sont les questions qui ont soulevées le plus d’émotion, et qui ont demandé le plus de temps de discussion, mais sachez que nous travaillons sur plusieurs autres dossiers à clarifier et faire converger nos idées: mode de prise de décision, forme légale, partage de revenu, gestion des dettes personnelles, modalités de départ d’un-e membre, processus pour expulser un membre, étapes pour faire respecter une entente, critère de terre, finances.

 

D’abord, la question du statut des nouveaux membres. Richard et Antoine avaient la perception de remplir les critères pour être reconnus comme membre à part entière et égale. Ça vient principalement d’un problème de communication. Il faut reconnaître que leur implication était certaine: leur engagement qui est allé grandissant depuis un an, leur participation à des réunions aux deux mois par skype et à des réflexions en ligne concernant le Manoir, leur contribution aux infolettres par la rédaction d’articles, le gros investissement personnel qu’ils font en déménageant leurs choses, leur être et leurs rêves en Gaspésie. Pour Arielle, Vincent et Audrey, il est normal dans toute communauté d’avoir un processus d’intégration des membres. Les trois ont également déjà habité ensemble pendant 1 an et demi et partagé plusieurs expériences de vie, de travail, de voyage et autres projets pour pouvoir dire qu’ils se connaissent, partage une vision et une culture qui assure une cohésion de groupe. Également, bien qu’un bon travail d’appropriation de la vision et des orientations du projet ait pu être fait par Antoine et Richard au travers de leur implication “à distance”, du temps est encore nécessaire pour qu’ils puissent avoir en main toutes les informations disponibles.

À mon sens, c’est une question de rôles.

 

Ensuite, la question de savoir si la communauté est prête à trouver une terre. Pour Arielle, Vincent et Audrey, qui ont visité de nombreuses maisons, et qui ont le plan depuis 2013 d’être établis pour 2015, le projet est plus que prêt, et serait même “en retard” sur les prévisions. Pour Antoine, l’arrivée de nouvelles personnes demanderait un temps d’adaptation durant lequel le groupe devrait attendre que chaque personne se connaisse bien. Richard souhaite avoir le temps de clarifier des points de la démarche et de se les approprier avant de sentir que le groupe est prêt à entreprendre ce gros “move”.

Pour moi, ça touche à la question du rythme.

Les rôles en question

Quel est notre rôle à chacun-e dans ce projet de communauté en formation? Notre rôle personnel, bien sûr, avec les aptitudes et les compétences particulières que nous amenons au groupe, au niveau pratique mais aussi dans l'équilibre de la dynamique de groupe. Comme lorsqu'on dit en riant que je suis la « No Girl », qu'Audrey est la « Yes Woman », et que Vincent est le « Wathever boy »! Si j'amène de la clarté et de l'inspiration, Audrey amène le jeu et le dynamisme, et Vincent amène la légèreté et la tempérance. Quels seront les rôles de Richard, ceux d’Antoine, dans cette magnifique aventure?

               

Mais également, je pense que des rôles existent en dehors des individus que nous sommes, et qui sont plus en rapport avec la position “nouveau”/”ancien”. Un jour, ce sera Richard et Antoine qui accueillerons les “nouveaux membres”, tout comme Arielle, Vincent et Audrey les auront accueillis.

Quelle est donc la « tâche » des nouveaux, que doivent-ils s'attendre à faire qui contribue le mieux au groupe et au projet? À mon avis, le rôle de toute personne qui se joint à un projet est de prendre connaissance de ce qui est, de poser des questions, avant de remettre en question ou demander des modifications. Le rôle d’une nouvelle personne est aussi… d’être soi-même! Les personnes qui font partie du groupe auquel on se joint veulent nous voir sous notre vrai jour, connaître nos goûts et nos envies, nos forces et qualités comme nos travers. Il faut se faire connaître par chaucn-e. Curiosité, engagement, introspection pour voir ce qui résonne en moi ou ce qui accroche, ouverture et initiative (avec écoute) pour trouver sa place et faire des propositions qui soutiendront avec justesse ce qui est en place et lui permettra de s’épanouir. Voilà, selon moi, des pistes pour une intégration réussie.

               

Et notre rôle à nous, quel est-il? Je vois que mon rôle “d’ancienne” est de guider les nouveaux arrivants, de les accueillir avec bienveillance, et entendre leurs peurs et leurs angoisses avec empathie, simplement, comme nous l'avons généralement assez bien fait depuis le début. C'est ce qui a le plus de chances de succès, car ils pourront se déposer sereinement dans un endroit confortable en eux-mêmes d'où ils seront plus à même de prendre des décisions sensées et éclairées. Nous savons, par notre expérience personnel, qu’il y a un moment au départ qui risque d’être teinté de doute, de méfiance, d’appréhension: c’est important que nous reconnaissions que c’est normal, et que nous laissions de l’air, de l’espace pour que cette étape se passe et se résorbe. Soutien, accueil, bienveillance, ouverture et écoute sont la clé.

La communauté pour l'instant m'apparaît être un milieu de vie stable, malgré le tourbillon d'énergie et de mouvement qui le caractérise. Vivre à partage de revenu est relativement simple et crée peu de remous, de même que prendre des décisions ensemble au quotidien et s'ajuster aux défis et aux enjeux qui se présentent sur le chemin du projet du Manoir. Notre rôle est donc de démontrer que cette base est solide. Sans avoir à prouver quoique ce soit, simplement en étant nous-mêmes. Notre rôle est de soutenir l'intégration des nouveaux membres dans ce milieu de vie, avec ses codes, sa culture, ses rythmes. Oui, une part de la tâche signifie de s'adapter à eux, à leurs rythmes, à leur « culture », à « traduire », pour assurer la « transition ».

Le respect des rythmes

Ce processus d'intégration est très important, inévitable même. Oui, ça prend un peu de temps, et oui, c'est là où nous allons apprendre à mieux nous connaître.

Chacun-e d’entre nous a son propre rythme, et peut-être même, ses propres rythmes. Certain-e-s préfèrent se lever tôt, d’autres sont des oiseaux de nuits. Certain-e-s se réveillent instantanément le matin et sont supers efficaces, d’autres ont plus d’énergie le soir. Pour certain-e-s, ça suit les saisons, où l’hiver est un temps d’hibernation, alors qu’on ne les voit plus de l’été parce qu’ils sont toujours sur un projet ou l’autre. Certain-e-s sont rapides dans l’exécution de tâches, d’autres ont besoin de plus de temps. Certain-e-s ont une force de conceptualisation, d’autres d’exécution, et l’efficacité varie selon le domaine d’activité.

Au-delà de l’individu lui-même, il y a plusieurs sphères d’interaction, et chacune peut avoir son propre rythme, et demande une adaptation aux rythmes des individus et des groupes impliqués.

Dans mon cas, à mon arrivée à la Maison Mauve, j’ai dû trouver mon propre rythme. Vincent et moi sommes constamment en train de s’ajuster l’un à l’autre: il aime se coucher tard, j’aime me lever tôt, il aime relaxer, et j’ai tendance à prendre des responsabilités sur plein de choses en même temps ce qui me rends stressée! En plus de ce rythme que nous devons trouver à deux, notre bulle de 2 personnes a dû trouver sa place dans notre groupe de 3.

J’ai aussi eu à me réenligner sur l’énergie d’Audrey. Ensemble, il nous faut aussi porter une attention particulière pour continuer de nourrir notre amitié et que nos interactions ne se perdent pas exclusivement dans notre investissement pour le groupe.

Wow, de beaux défis! Ainsi, comme individu, il y a moi, il y a moi et les autres, il y a moi et le groupe, il y a moi et les autres dans le groupe.

Et j’ajouterais même qu’au-dessus de tout ça, il y a le projet, porté par le groupe, les partenaires et les individus. Ce projet-là aussi a son rythme, ses étapes, ses phases, sont dynamisme et sa dynamique. Et qu’il est bon aussi d’en tenir compte, de reconnaître son existence propre (ouuu… c’est ésotérique pas mal!). Enfin, l’important est de vérifier régulièrement comment ça se passe, à tous les niveaux!

Voilà un élément important pour passer du moi au nous.

Le processus d’intégration des membres

Pour terminer, je vous invite à consulter le processus d’intégration des membres qui constitue un des premiers documents de notre charte. Vous saurez alors par quoi vous allez passer si vous souhaitez vous joindre à nous!

Une de ces étapes est un processus inspiré de Acorn: le “clearness process”. Nous avons décidé de l’inclure dans la probation des membres, à mi-chemin. Ainsi, après un mois et demi, le nouveau membre prend le temps de rencontrer chaque membre et de faire une mise à jour. C’est l’occasion de vérifier comment se passe l’ajustement avec chaque personne, et avec le groupe, et d’entendre comment se passe l’expérience personnelle pour le membre probatoire.

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Niederkaufungen, Allemagne

Écrit par Arielle
01/25/2016 - 13:25

Ceci est une traduction libre de la conférence que GPaul a donné en 2014 sur un voyage qu’il a fait dans 6 communautés intentionnelles d’Europe, à la recherche de différents modèles qui utilisent le consensus et sont à partage de revenus.

Cet article s'inscrit dans le dossier "Income Sharing Across the Pond". Vous pouvez lire les articles déjà parus sur l'Introduction de la conférence et sur la communauté Svanholm au Danemark

Fichier audio de la présentation de Niederkaufungen (version originale en anglais)

Site internet de la communauté: http://www.kommune-niederkaufungen.de/


Kassel est une vieille ville industrielle qui a été complètement bombardée durant la 2e guerre mondiale. Comme plusieurs autres villes ayant connues le même sort, les ruines ont été empilées, sauf qu'au lieu de devenir une montagne artificielle à côté de la ville et de servir de parc, la pile de débris a été mise au milieu et la ville, laquelle a été reconstruite par-dessus. Ainsi, des habitants, en voulant creuser pour bâtir des fondations, ont trouvé une bombe non-explosée! (on estime qu'il y aurait 150 000 bombes non-explosées dans cette seule ville!).

C'est une ville européenne typique, c'est-à-dire développée de manière à être condensée et densément peuplée, puis, à sa frontière, elle est entourée de 8 petits villages (petits mais densément peuplés, avec de vieux bâtiment, beaux et charmants), que tu traverses en quelques minutes avant d'arriver abruptement dans des champs de culture fermière. Pas de banlieue! Des villages.

Lokomuna Network est l'équivalent de la FEC: c'est un réseau dont font partie la plupart des communautés d'Allemagne, et elles sont toutes nommées de manière absolument pas créative (soit le nom du village dans lequel elles sont installées).

 

Niederkaufungen ressemble étrangement aux communes du FEC, et GPaul s'y est tout de suite senti chez lui. 60 membres adultes et entre 20 et 30 enfants. La communauté existe depuis 35 ans, et elle a une culture très similaire. Ils se décrivent comme des gauchistes non-idéologistes et décrivent leur réseau comme un réseau de communautés politiques : pas mal la même chose que la FEC, mais en des termes différents. En effet, cette dernière ne s'identifie jamais officiellement comme étant « de gauche » ou « socialiste », même si elle en partage plusieurs pratiques/politiques anarchiste ou communiste. Ils fonctionnent par consensus. Et quand on leur dit : « Oh my god, 60 personnes qui fonctionnent par consensus, c'est génial, il n'y a rien qui s'en rapproche aux États-Unis… comment vous faites! », ils nous répondent : « On se rassemble 1 fois par semaine, on s'assoit dans une pièce, on discute, et on arrive à un consensus. Ça marche, et c'est tout… Mais c'est pas mal le maximum qu'on pourrait être, parce que si on ajoutait 5-6 personnes, le fonctionnement par consensus s'effondrerait». Il n'y a pas de groupe obligatoire de « interpersonnal process ». Leur situation interne ressemble pas mal à Twin Oaks, où la plupart du monde s'entend bien, y'a a quelques un-e-s qui s'haïssent. Il y a toutefois plusieurs différents petits groupes (« inter-personnels ») qui vont faire du « co-counselling » (soutien psychologique?), de la communication non-violente, et ces groupes essaient généralement     d'embarquer le reste de la communauté dans leur processus, et il y a quelques personnes grognonnes dans la communauté qui disent qu'elles « ne veulent pas de cette bullshit psychologique ou interpersonnelle, ces affaires-là d'émotions et de se laisser toucher, que tout ça est hors de propos et nous fait dévier des choses importantes et essentielles et utiles. »   

  • Une des distinctions est qu'ils ont des groupes de « interlocking ». Ils ont 6 coop de travailleurs, de même que des sous-groupes de logement et de cohabitation, qui se gèrent chacun à l'interne, et tous ces     groupes et tout ce monde se rencontre en grand groupe pour prendre les décisions qui touchent la communauté en général.

Consensus

  • Eux aussi sont passés au travers de quelques réformes récemment. Il y a 2 ans environ, il y avait plusieurs personnes qui avaient tenté de faire des réformes de quelque sorte, essayer des nouvelles affaires, expérimenter, mais elles étaient toujours refusées, parce que quand ton processus de consensus ne fonctionne pas bien, il encourage le conservatisme : si une personne est en désaccord, rien ne change. Ces gens se rendaient toutefois compte qu'illes étaient nombreux-ses à vouloir faire des changements, et on fait une sorte de groupe, et il y avait un groupe d'environ 7 personnes qui, à tour de rôle, se levaient pour dire « Non! » et refusaient de participer au processus de « compromis » qui suit normalement ce genre de situation. C'était vraiment frustrant! Ils ont donc invité Diana Leafe Christian, qui pousse le concept de « consensus + », qui est en fait moins que du consensus (mais qui est mieux)… Ce qui les a amené à apporter 3 changements à leur processus de consensus, en donnant comme raison     qu'ils sont rendus trop gros maintenant

    • « Flash cards » : des cartons avec des faces de petits bonhommes. Quand quelqu'un-e-s fait une proposition, on montre ces cartes, qui disent soit : yé!, bof! Ou bouh!

    • Ils ont introduit la nouveauté (c'est étonnant que ce soit nouveau pour elleux…) d'avoir l'option de s'abstenir. Cela permet d'énoncer publiquement tes inquiétudes, sans pour autant entraver la décision, ou l'empêcher d'être prise. Ces gens, par la suite, ne sont pas tenus de la mettre en application, ou d'en être les porteurs.

    • Limites de temps de discussion sur un sujet (soit 3 réunions, genre), où on essaie d'atteindre le consensus, pis si après ce temps, on n'a pas réussi, alors on vote, par consensus moins 3.

La conclusion, c'est qu'illes devaient faire ces changements parce qu'illes étaient maintenant trop nombreux… sauf que Svenhorn sont 80 membres et n'ont pas fait ces choix. Pour GPaul, le fait que la communauté n'aie pas réussi à mettre en place le processus du consensus, c'est qu'illes n'ont pas réussi à créer une culture du consensus qui doit venir avec. En réalité, ça a échoué parce qu'il y avait quelques personnes qui ne voulaient s'engager et faire des compromis.

Économie

6 entreprises-coop, quelques gens qui travaillent à l'extérieur (le tramway est à 5 min à pied).

  • Un atelier de soudure

  • Un groupe qui donne des formations de communication non-violente

  • Une garderie pour enfants

  • Un centre de soin de jour pour adultes avec limitations physiques ou mentales

  • Agriculture soutenue par la communauté / paniers bio

  • Une entreprise de construction

 

La communauté part seulement des entreprises qui produit des biens ou services qu'elle consomme elle-même. Tu peux soit faire partie d'un des collectifs, ou évoluer individuellement en dehors, soit en travaillant dans une job en ville, ou en te promenant comme « employé » d'un collectif à l'autre, ou encore t'occuper des tâches connexes pour la communauté (ménage, entretien, accueil des visiteurs-euses, etc.).

Ils ont une rencontre de planification à chaque semaine. Une fois sur quatre (donc, à chaque mois), c'est une rencontre « économique », où deux personnes (indépendantes ou membres d'un collectif de travail) présentent un horaire de ce qu'elles font dans leur vie. Les gens leur pose des questions sur comment c'est soutenable pour elleux, ce qu'illes aimeraient faire, leur manière de contribuer à la communauté, etc. et illes reçoivent feedback. Cela fait que chaque membre passe devant le groupe à chaque 15 mois. Ça, c'est la fréquence à laquelle illes « check in ».

 

Leur économie est organisée différement des « Cat Kinkade communes ».

 

La réaction des membres à qui Gpaul a parlé de la FEC, et de la manière dont ils partagent le travail à Acorn, avec un « quotat » de 42h/semaine par membre, c'était : « Wô, ça ressemble pas mal à un travail salarié à mes yeux! » Eux organisent leur travail comme à (Saint holdas? :-S). Il n'y a pas d'exigence en terme de travail. Il n'y a pas de structure bureaucratique qui organise le travail et les budgets comme à Twin Oaks… les gens font simplement se parler! Ils décident ainsi ce qu'il y a à faire, comment illes vont le faire, et le font, chacun participant à sa mesure, selon ce qui est soutenable individuellement pour chacun-e, et pour la communauté!

Mais d'un autre côté, quand Gpaul leur explique que les besoins des membres sont tous comblés par la commune, et qu'ils reçoivent environ 75$ par mois d'argent de poche, la réaction est : « Hein?! De l'argent de poche! Mais je croyais que vous étiez une communauté à partage de revenus! »

En fait, ça ressemble exactement à l'économie de la communauté de Sandhill. Chez eux, toute l'argent va dans le pot commun, et dans le bureau, il y a une boîte d'argent, et chacun-e se sert lorsqu'ille en a besoin, en écrivant sur un papier combien tu as sorti pour pouvoir faire la comptabilité. Le seul contrôle, lorsque le montant est plus élevé qu'une certaine limite (genre, 200$-300$), tu dois l'annoncer à la rencontre : le but n'est pas de demander la permission, mais c'est une opportunité pour les autres membres de dire « On a déjà ce que tu veux acheter » ou « Ah, peux-tu m'en prendre aussi en passant? » ou encore « Tsé, tu peux l'avoir moins cher à c'te place-là! »

Donc, leur façon de gérer l'économie de la communauté, c'est que la comptabilité publie les comptes, avec les revenus et dépenses une fois par mois (dans les communes « Kat Kinkade », ça arrive à peine une fois l'an). Il y a seulement 13 comptes (bouffe, transport, etc.), ce qui facilite les choses. Chaque membre peut alors étudier les chiffres. Ce qu'illes constatent, c'est que lorsqu'il y a un déficit, c'est-à-dire lorsque les dépenses sont plus élevées que les revenus, d'une manière désorganisée et distribuée, les gens trouvent des moyens de couper leurs dépenses et augmenter leurs revenus, et faire balancer les chiffres à nouveau.

Cloud, un membre qui est là depuis 22 ans, avait des histoires intéressantes à raconter sur la question. Il a passé l'entièreté de ces 22 années dans la cuisine, à préparer des repas. Il disait qu'au début, c'était bizarre pour lui, d'être là sans ramener d'argent pour la communauté, il a dû trouver un moyen de se sentir à l'aise d'avoir accès à la boîte d'argent sans sentir qu'il y avait contribué. Après 15 ans environ, il a démarré une entreprise de traiteur. Maintenant, c'est très différent, il doit gérer des entrées d'argent et des grandes dépenses, réfléchir à comment il peut diminuer ses dépenses, et en même temps à comment il peut créer plus de job. Il y a quelques années, il y avait un groupe de personnes très engagées à être anxieuses à propos des dépenses, convaincues que sans un contrôle plus accru, la communauté allait se consommer jusqu'à plonger dans l'oubli, jouant les prophètes de malheur pendant près de 5 ans. Or, chaque fois qu'il y avait un déficit, le budget se rééquilibrait tout seul par les efforts de chacun-e, le plus grand déficit temporaire se situant autour de 1000 euros.

Notre économie est basée sur les besoins : de chacun-e selon ses moyens à chacun-e selon ses besoins. Mais il y a une économie encore plus profondément basée sur les besoins. Ce n'est pas pas important combien chacun-e prend, ce qui importe, c'est que les besoins de tou-te-s et chacun-e soit comblés et que cela se fasse d'une manière durable.

(exemple de dépenses ou « besoins » différents selon les membres, mais du point d'équilibre qui est atteint malgré tout. Exemples qui seraient considérés comme des besoins de luxe par les communes Kat Kinkade, et la responsabilité de les combler ainsi laissée aux membres.)

Il y a quelques années, un administrateur de longue date a sorti les chiffres pour évaluer, en gros, à combien s'élevait les frais chaque membre. Il a trouvé que le ratio entre le plus grand dépensier et le plus économe était de 1 pour 10… ce qui est ben correct (puisque cette personne a besoin de plus)! Ils n'ont pas nécessairement analysé le pourquoi de cette différence, mais le membre avec qui Gpaul parlait supposait au moins 3 raisons principales possibles :

  1. Avoir des enfants
  2. Avoir des vices personnels coûteux, comme fumer   
  3. Avoir une job en ville, ce qui     peux te faire sentir que tu as besoin de vêtements plus propres ou fancy

Autre chose intéressante : le fait de vivre là, d'avoir accès à une boîte d'argent, pouvoir manger au restaurant en ville ou aller voir sa copine au Vietnam toutes dépenses payées, habiter dans cet endroit magnifique, dans de vieux châteaux ancestraux… le tout, pour 13 000$/an en moyenne! (soit l'équivalent de la moitié du revenu médian allemand).

Sur la question des actifs que les membres possèdes en arrivant : la FEC veut être égalitaire, et propose donc que ces actifs soient mis de côté, et lorsque tu pars, tu les reprends. Les membres de Niederkaufungen on dit : « Attends, attends… Quoi?! Vous laissez les gens avoir, genre, leur propre argent? » Gpaul a donc appris qu'ils ne sont pas seulement une communauté à partage de revenus, mais également, à partage d'actifs et de dettes (ce qui n'est le cas d'aucune commune du FEC). Au moment où tu deviens membre, tes actifs et tes dettes sont instantanément mis en commun; à ce même moment, tu signes un contrat qui dit ce que tu vas amener avec toi si tu quittes la communauté. Celui-ci ne détermine pas un montant exact, c'est un « need-space contract », mais le principe est que ce soit suffisamment élevé pour mettre sur pied ce qui t'attends dans ta prochaine étape de vie : ça ressemble à 6 mois de loyers, dépôt pour le premier et dernier loyer, 6 mois de paiement sur une voiture, etc., quoique ce soit dont TU auras besoin quand tu vas partir. C'est présenté en réunion, et accepté en consensus. De plus, dès que tu deviens membre, la communauté commence à mettre de l'argent de côté pour un fond de pension pour toi.

La situation de la dette est différente en Europe de ce qu'elle est aux États-Unis. « Vous savez, on a des membres qui arrivent avec des dettes d'étude énorme, genre 5 000 ou 10 000 euros! » Hahaha! Charmant… La plus grosse dette, c'était quelqu'un qui venait de perdre son entreprise et qui avait 35 000 euros de dette, mais cette personne arrivait avec beaucoup d'actifs d'entreprise aussi.

Quoiqu'il en soit, le principe derrière est le même. On peut même regarder dans les communes de la FEC, il y en a UNE qui est d'une certaine manière à partage de dettes (aucune ne partage les actifs) : Emma Goldman Finishing School a décidé que les dettes d'études et les dettes médicales seraient partagées, puisque celles-ci devraient être assumées par la société. Ils font donc les paiements minimums sur n'importe quelle dette d'étude ou médical.

 


 

GPaul Blundell a été membre de Acorn pendant près de 10 ans, une communauté d’une trentaine de membres, anarchiste et à partage de revenu, fonctionnant par consensus, située en Virginie, aux États-Unis. Il a participé à sa renaissance, à ses années d’épreuves et de formation. Il habite présentement à Washington, où il souhaite démarrer une nouvelle communauté intentionnelle, Point A.

Il utilise ses expériences en facilitation et en gestion de groupe, en communication publique, en organisation politique et en activisme, ainsi que ses études des théories anarchistes et de l’économie, afin de donner naissance au monde nouveau qui dort dans nos coeurs. Son nom est une erreur administrative, et lui et Emma Goldman sont né-e-s la même journée.

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Le mouvement Colibris

Écrit par Arielle
02/11/2016 - 13:38

Colibri est une initiative en France, qui se décrit comme un mouvement pour la Terre et l’Humanisme.

Le Mouvement Colibris tire son nom d’une légende amérindienne:

Un jour, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : "Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu !". Et le colibri lui répondit : "Je le sais, mais je fais ma part."

Le mouvement Colibris, ce n’est pas nouveau. Moi, Pierre Rabhi, j’avais déjà entendu son nom, je l’avais même déjà vu en conférence, mais bon, des gens qui font des conférences, y’en a plein. C’est juste dans le dernier mois que j’ai vraiment découvert, et sérieusement, c’est totalement inspirant. Beaucoup de chemin a été fait, et ils font un travail excellent à diffuser, transmettre et réseauter les projets innovateurs, axés vers les solutions et la construction d’un mode de vie plus solidaire et intégré à la nature.

La conférence sur “le sens de la communauté”

Ce samedi 16 janvier, sur l’invitation de Colibris, se rencontraient en France 5 personnalités pour discuter de la question du sens de la communauté au 21e siècle, et pour redécouvrir le "vivre ensemble" et le "faire ensemble". La conférence peut être écoutée en ligne.

  • Bernard Werber, Écrivain

  • Margalida Reus, Responsable générale international de la Communauté de l’Arche, NonViolence et Spiritualité

  • Thierry Kuhn, Président d’Emmaüs France

  • Pierre Rabhi, Paysan, philosophe, fondateur de Colibris

  • Mathieu Labonne, Directeur de Colibris et coordinateur du centre Amma France

Ce beau mélange diversifié, tant dans le point de vue que dans l’expérience de chacun quant à la vie collective, a donné un résultat des plus inspirants! C’est une des premières fois où je vois sur une même scène des personnes rassemblées, trouvant toutes naturel d’envisager la vie en communauté comme une solution aux problèmes du 21e siècle.

J’ai particulièrement aimé le point de vue de Margalida Reus (elle intervient à 42min45secondes et à 1h41min), sur la personne dans la communauté, l’impact de la vie communautaire sur la transformation de l’individu, et l’importance de ces transformations comme indice de la santé d’une communauté. Wow, ça goûte bon, et ça fait du bien d’entendre quelqu’un qui a vécu en communauté pendant 33 ans nous le dire, et faire une analyse réaliste et pleine d’empathie.

J’ai beaucoup aimé entendre Bernard Werber (à 29 min et à 1h28min35) se pencher avec toute la curiosité d’un scientifique et toute l’imagination d’un écrivain de science fiction sur la vie de groupe, et remettre le thème en perspective de l’histoire de la vie, et même de l’univers! Pour en arriver à la conclusion que la coopération et la vie collective est la meilleure manière envisagée par la vie pour se reproduire, croître et s’adapter. Rafraîchissant!

“Il ne peut pas y avoir de changement humain sans changement de l’être humain lui-même. Je ne vois pas comment. Vous pouvez manger bio, recycler votre eau, vous chauffer à l’énergie solaire, et exploiter votre prochain, c’est pas incompatible! … Le problème, il est en nous, et s’il n’est pas résolu en nous, je ne vois vraiment pas comment il peut être résolu dans le monde” (Pierre Rabhi)

Le MOOC

MOOC, pour  “massive open online course”. C’est une formation en ligne, gratuite, ouverte à tout le monde.

Leur objectif: soutenir la création de 100 nouveaux oasis dans les 5 prochaines années. Un oasis, c’est un lieu écologique et solidaire.

Cette formation est l'occasion pour chacun de travailler sur la conception du projet de ses rêves et de disposer ainsi d'un cadre pour lancer son projet et participer activement au réseau Oasis de Colibris.

La formation se déroule en 16 modules  intégrant 25 vidéos pédagogiques, des quizz, des fiches pratiques, des études de cas. Y sont explorés toutes les dimensions de la conception d'une oasis :  facteur humain, gouvernance, modèle juridique, montage financier, conception en permaculture…

Cette formation connaît un succès inattendu. 27 300 personnes s’y sont inscrit! L’achalandage en devient même problématique: les serveurs sont surchargés! Eh bien, c’est un beau problème, et ça démontre que la soif de solution est grande!

À consulter

Le site internet du mouvement: https://www.colibris-lemouvement.org Fouillez, vous n’avez pas fini de vous émerveiller!

La charte du Mouvement Colibris

Les films d’Anne Barth, tournés au Hameau des Buis. Vous pouvez visionner la bande-annonce de Quels enfants laisserons nous à la planète, et l’entièreté du film Les enfants de demain. Soutenez son film à venir, L'arbre de l'enfance, aux racines de l'être

Et bien sûr, la conférence sur le sens de la communauté

Mots-clés

La construction avec des techniques et des matériaux naturels

Écrit par Arielle
01/23/2016 - 18:45

La construction écologique: ma typologie

J’ai fait la formation du DEP en charpenterie-menuiserie. C’est la construction conventionnelle qu’on y voit. Ce qui m’intéressait, c’était d’acquérir une base pour me permettre d’explorer ensuite la construction écologique avec une compréhension générale des points importants d’un bâtiment.

Mon appréhension de ce qu’est la construction écologique au Québec n’est pas le résultat d’une expérience “de l’intérieur”, malheureusement. C’est ma compréhension personnelle, et vous allez voir, je fais pas mal de généralités. Toutefois, la plupart des gens avec qui j’en ai parlé convenaient eux aussi que le portrait pourrait ressembler à ça. Je souhaite surtout vous partager ma vision des choses, en espérant que vous ne me tiendrez pas rigueur de mon manque de finesse. De toute façon, comme on dit, j’suis une fille de “rough” ;-P

  • LEED, les gros projets chers et clinquants, qui passent à la télé et dans les journaux, sur le bord d’un beau lac, les grosses et belles maisons secondaires des couple babyboomers à la pré-retraite.
  • Les normes de la construction, au Québec et au Canada, qui évoluent tranquillement, dans la construction conventionnelle. Leur conception principale de “l’écologique”: l’économie d’énergie dans le chauffage. Leur principale moyen pour y arriver: isoler plus. Dans la coquille étanche et bien plasitifiée qui en résulte, ça prend tout un système pour la ventilation pour évacuer l’ai vicié. Le nombre d’ouvertures possible (portes et fenêtres) est limité compte-tenu de leur faible facteur isolant, même pour la plus haute qualité de fenêtres. Toutefois, cette perspective ne tient pas compte des facteurs de chauffage solaire passif que peuvent représenter un mur vitré orienté sud, ou de masse thermique que peuvent représenter des murs de terre par exemple (la terre ayant par ailleurs un très mauvais facteur isolant).
  • Enfin, l’autoconstruction de gens plus cassés, plus impliqués, et plus consciencieux. Ici, toutes sortes de techniques sont expérimentées, chacune avec une philosophie particulière, ses avantages et désavantages: le cob et les mélanges de paille-argile, les eartships, les tiny houses (incluant les yourtes et autres habitations nomades), le bois cordé, le bois rond ou pièce sur pièce, la charpente massive, la double ossature, et les techniques d’isolation diverses qui peuvent être utilisées (paille, cellulose, tissu recyclé, laine de mouton, laine de roche, etc.).

Une très bonne ressource québécoise pour comparer diverses méthodes et matériaux, et trouver de l’aide pour la réflexion, le design, et des références, c’est le site ecohabitation.com. Je trouve qu’on y trouve une vision plus terre à terre et concrète sur bien des aspects, notamment un soutien aux projets de rénovation. Parce qu’en réalité, on n’a pas toujours à faire à un projet de maison neuve, et que d’ailleurs, rénover plutôt que de “scrapper” plusieurs nouveaux mètres carrés de surface pour une belle habitation neuve, des fois, c’est plus écologique...

Un nouvel élément: le Natural Building

Cet été, un nouvel élément s’est ajouté à ma compréhension de ce vaste et nébuleux fourre-tout qu’est le concept de “construction écologique”. Je suis entrée en contact avec cette conception de la vie lorsque j’ai visité Leland et Tegan au South-Knowlesville Neighbourhood. Leland m’a parlé de sa démarche en construction avec un terme dont je ne connaissais pas l’équivalent francophone, et qui a jeté de la lumière et de la douceur sur mon idéal dans mon rapport à la construction en général, et à la construction écologique en particulier. Natural Building.

Wow.

Là, j’ai compris. J’ai compris ce qui me rendait incertaine face à ce que je voulais vraiment de la construction écologique; comment me retrouver là-dedans dans mes valeurs; comment imaginer un parcours de “charpentière” dans un milieu de la construction, qui soit nourrissant au niveau du SENS (parce que m’a te dire, c’est vraiment vaste le milieu de la construction, et y’a beaucoup de choses qui sont assez perturbantes, et qui dépasse le simple choix des méthodes et matériaux de construction...).

La construction avec des techniques et des matériaux naturels. C’est ça! Ça, qui m’attirait sans que je n’arrive à le pointer du doigt. Ça qui résonne en moi, qui vibre, qui veut prendre de l’expansion. Ça, le type de construction auquel j’aspire à prendre part. Ça, le genre d’habitation dans laquelle j’espère vivre un jour.

Une construction vivante, qui respire, faite de bois, de paille et d’argile. Comme dans les Trois Petits Cochons!

C’est un élan personnel qui m’habite, mais je me rends compte que je ne peux pas vraiment l’argumenter. Tout ce que je peux faire, c’est de tenter de partager l’étincelle que ça fait briller en moi.

La structure: la charpente à ossature massive

La charpente à ossature massive m’interpelle depuis longtemps. Pour sa poésie, son côté artisan, artistique. Parce que le bois est si intimement lié à l’humain, dans son évolution. Parce que le bois est vivant, il est chaud, chaque essence a son propre couleur, sa personnalité, un usage qui met le plus ses qualités en valeur: meubles, bois de charpente, bois de finition, coffres, bateau, chaise, ustensils… Parce que c’est la vie, parce que travailler le bois c’est se connecter à la nature, reconnaître notre dépendance à notre environnement pour nos besoins de base, il y a quelque chose de presque sacré, intime, à se connecter à la force et la beauté de la nature, la délicatesse et la puissance de ce matériau.

La construction en charpente massive est une technique centenaire, qui s’est développée et affinée à travers les âges, au cours desquels l’humain a pu exprimer sa créativité et son intelligence par des modifications au niveau architectural.

C’est une technique qui n’a d’autre choix que d’être manuelle (difficile d’industrialiser ce processs!). C’est un art précis, bien que les morceaux avec lesquels on travaille soient immenses. Beaucoup de minutie est mise à la conception, à la réflexion quand au positionnement et à l’arrimage de chaque morceau: chaque jonction est planifiée.

Les étapes de travail me semblent également suivre un rythme naturel à l’humain. Tout d’abord, c’est un processus long, qui peut prendre plusieurs mois, voire plusieurs années. La construction d’une maison est un plan de vie, et impliquait à l’époque une vision pour les générations futures également. Aujourd’hui, on peut bâtir une maison en 3 mois, puis la revendre, et en passer une dizaine dans une vie. Le but n’est pas tant d’habiter la place, que de penser à sa revente. Là où on planifiait sa maison pour répondre à ses propres besoins, on voit maintenant s’ériger des maison sans âmes, neutres, qui se passent bien d’une main à l’autre. Elles ne sont pas adaptées au paysage non plus, à leur environnement, puisque tirée d’un plan à l’identique, répété d’une banlieue à l’autre, d’une tour à condo à l’autre.

Construire une maison prend du temps, tout comme la vie. Or, le temps nécessaire à la construction d’une maison à ossature massive est en grande partie passée à la sculpture des joints à tenons-mortaises. Au chaud, dans un atelier, l’hiver. Une ou deux journées de corvée à plusieurs personnes suffises ensuite à ériger la structure.

(Un des désavantages de cette technique, côté écologique, c’est que des arbres à plus gros diamètre sont nécessaires. Environ la même quantité de bois sera utilisée que dans un mur conventionnel en 2x6, mais il faudra couper des arbres matures, plutôt que les petits arbres de quelques années que nous en sommes rendus à couper, grâce à “l’historique gestion équilibrée de nos ressources forestières au Québec”… Toutefois, je pense qu’un tel projet peut être l’occasion, justement, de réfléchir mieux à la manière dont on s’occupe de nos arbres. Linéaire Design le fait, en alliant son projet à une plantation d’arbres et dont l’exploitation est planifiée à long terme.)

L’isolation: les ballots de paille

L’isolation en ballot de paille s’allie très bien avec la construction à charpente massive. Les grands espaces laissés entre les poteaux permettent d’être amplis facilement par de la paille, cette dernière permettant toutefois de couper les ponts thermiques par sa taille plus grande que les pièces de bois.

En plus, il y a des avantages côté design d’avoir des murs larges, notamment en ce qui a trait aux bords de fenêtres. Il est intéressant de savoir qu’il existe aussi une façon de construire où les ballots de paille sont porteurs (méthode “load bearing”, parfois traduit par “paille poutre”, ou “murs en paille porteurs”). Cette méthode n’implique pas de structure en bois pour les murs, et tout le poids de la toiture vient s’asseoir sur des murs qui consistent simplement à empiler des ballots de paille.

Plusieurs désavantages ont été soulignés pour la paille. Ce ne serait pas un matériau local, à cause de la difficulté de trouver des fournisseurs proches, il faut l’ “importer” d’un peu plus loin dans la province lorsqu’on habite en Gaspésie.

Le revêtement: argile et bois

Les ballots de pailles sont traditionnellement recouverts d’argile. L’argile, posé sur un grillage de métal qui sert de barrière à la vermine, créé une deuxième barrière protectrice, tout en servant de pare-air (très important, sinon l’air passe facilement au travers des ballots de paille). Laissé exposé, il tend à fissurer et doit être entretenu chaque année. Il est souvent fini avec une application de chaux pour augmenter la protection contre l’eau.

Certaines personnes ont eu une expérience négative avec le revêtement d’argile, notamment en Gaspésie où les grands vents projettent de grandes quantités d’eau sur les murs, les délavent et les font craquer, ce qui mène à des infiltrations. À ce moment, il est trop tard, la paille pourrit et il faut tout retirer.

Les exemples que j’ai vu et qui m’ont parus gagnants consistaient à apposer une mince couche d’argile pour assurer sa fonction protectrice et pare-air, puis à la recouvrir d’un revêtement de déclin de bois à l’extérieur. Ainsi, d’une part, beaucoup de temps est sauvé à l’application de l’argile, qui est une tâche qui demande une importante contribution de main d’oeuvre, et d’autre part, la protection de l’argile est assurée et son entretien, nul. À l’intérieur, si souhaité, on peut conserver le revêtement d’argile apparent, pour toutes les touches artistiques qu’il permet, et son cachet chaleureux. J’ai vu des exemples où, la contrainte de temps étant trop forte, l’intérieur a été recouvert en tout ou en partie de gypse, mais ça peut là aussi être du bois.

Autres considérations

Une fois la structure terminée, il reste bien évidemment des dizaines d’autres éléments à réfléchir et à intégrer. Encore là, je trouve que le principe de “construction naturelle” peut aider à guider ces choix.

Par exemple, Leeland s’intéressait beaucoup au plancher en terre crue.

Pour la toiture, sa vision a évolué 20 an. Il a commencé par le choix de revêtement en tôle (parce que facile à installer et très durable). Par contre, le métal a une grosse énergie grise et l’extraction des minerais utilisés dans sa fabrication génère beaucoup de pollution et des conditions de vie et de travail plutôt déplorable pour beaucoup d’êtres humains. Il a donc graduellement migré vers les toitures à revêtement de bois. Toutefois, il voit un bâtiment comme un être vivant: utiliser le bois comme ossature lui semble faire sens, mais ne paraît pas être le matériau idéal pour la “peau”. Ainsi, il explore maintenant l’idée de ne plus faire que des toitures végétales.

Les mêmes considérations peuvent se poser lorsqu’on pense au chauffage par exemple, ou à la simplicité en général de notre lieu de vie: que penser de la plomberie (métal ou plastique) ou de l’électricité (et toutes les concessions qu’on fait pour lui faire place)? Leeland a un intérêt d’aller de plus en plus vers des constructions sans plomberie ni électricité.

La construction naturelle et le projet du Manoir

Dans le cadre d’un projet d’habitation collective, et donc à dimensions d’envergure, la charpente à ossature massive me semble tout à fait adaptée: solide, structure aérée permettant d’ouvrir de grands espaces communs, ainsi que la pose d’une grande fenestration solaire passive, possibilité de construire sur plusieurs étages.

Également, la construction à ossature massive l’avantage d’être reconnue par les normes de construction, par rapport à des earthship par exemple, pour lesquels il faut encore des dérogations qui ne s’obtiennent pas toujours facilement.

Beaucoup de réflexion reste à faire avant d’arrêter collectivement notre choix sur les méthodes et matériaux que nous choisirons pour les bâtiments du Manoir. Chaque choix est souvent le résultat de compromis: écologie, financier, technique, etc. Quoique nous choisissions, je reste intriguée et intéressée à en apprendre plus sur la construction en “Timber frame”!