Infolettre du Manoir - no8 - automne 2015

Ça y est, c'est parti!

Écrit par Admin
09/13/2015 - 00:00

Ça fait maintenant une semaine que Vincent, Arielle et Audrey habitons ensemble à la Maison Mauve du Bonheur (qui, soit dit en passant, prend de nouvelles couleurs ces temps-ci - Merci Hugues...), et c'est super excitant!

C'est notre quartier général: c'est de là que nous faisons nos recherches d'un terrain pour établir les premières bases physiques de la communauté. D'ici là, c'est notre point d'ancrage qui permet de vivre l'expérience collective sans plus attendre!

La vie en Gaspésie

Le frigo est plein des légumes récoltés chez Nicolas Audet de la Cigale et la Fourmi, aux Jardins Viridis de Luc et Éric, au jardin collectif du CESA, pis demain on va donner un coup de main à Gontran du rang 3 à St-Godefroi dans ses jardins d'auto-subsistance, et mercredi dans ceux d'Étienne Goyer qui fait des paniers bios à Caplan. Audrey est allée aider un dude à St-André-de-Restigouche avec ses jeunes en réinsertion, pis a ramené de la viande de lapin. Pendant la semaine, on est allé à une soirée de cuisine collective au Loco Local (pas mal la même gang qui a parti la monnaie "demie") faire du pesto avec de l'ail déclassé et du basilic échangé contre de la dinde. On continue la transfo en faisant des chips de kale au déshydrateur (qu'un ami, Matéo, veut nous échanger contre du macro fumé), ainsi que le séchage des gourganes et autres beans de semences qu'Audrey a cultivées durant l'été, pour vendre à la coop Tournesol. On va sûrement aller une deuxième fois cueillir des bleuets "sauvages" dans une bleutière abandonnée à St-Elzéar, question de continuer d'en congeler pour la postérité. Pis on espère convaincre Mathieu Normand de nous échanger des champignons sauvages contre un coup de main sur autre chose, vu qu'il veut garder ses spots de ceuillette secrets... :-P
Avec tout ça, on a manqué la soirée d'Abon-Dance hier au Loco Local, pis l'action contre le pétrole dans le cadre d'un marathon à Carleton aujourd'hui... Heureusement, on a pu profiter des journées chaudes pour aller se baigner au Malin et dans la mer.

Mais le plus cool, c'est qu'on a commencé la "communauté pour vrai": Audrey, Vincent et Arielle partagent leur revenu! On fait environ une réunion par jour, en coupant des pommes ou en épluchant de l'ail, pour parler de notre économie interne, de nos priorités pour les deux prochaines semaines, etc. Et pour l'instant, nos bilans financiers personnels, ainsi que le budget mensuel prévisionnel, donnent des très bonnes nouvelles :-) Pis avec notre coloc Simon, prof de yoga et urbaniste à la municipalité de Paspébiac, on entend parler des spots intéressants à prospecter pour notre projet.
 

Ça vous donne tu le goût, ou ça vous donne-t-i' pas goût? ;-)

*Un merci spécial à Hug Arsenault de Bonaventure pour la fresque qu'il a peint sur notre belle maison!

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C'est maintenant le temps du partage du revenu

Écrit par Admin
10/14/2015 - 12:22

Arielle, Vincent et Audrey partagent maintenant leur revenus. Les prochains membres aussi prendront part aux partage des revenus. Qu'est-ce que veut dire ce concept ? Initié ou non au concept de ''Partage des revenus'', on vous encourage à lire un article publié précédemment sur le sujet: Système économique : les communautés à partage de revenu

 

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Aveu-inérabilité

Écrit par Invité-e spécial-e
10/14/2015 - 09:38

Il y a quelques mois j'avais commencé un livre de poche de Marshall Rosenberg sur la communication non-violente suivi d'une section sur la colère de Shari Klein et Neil Gibson, dans l'optique de me préparer à vivre en communauté de proximité. Je dû m'arrêter, car je devins emprise d'une grande tristesse et d’un profond désarroi. Je me rendais compte que ma relation avec Partenaire n'était pas aussi saine que je le croyais. Que je voyais, même clairement, qu'elle s’était dégradée lentement, au travers de nos communications. Peut-être que nos attentes envers l'un et l'autre s'étaient graduellement dissipées à cet égard.

J'ai décidé de proposer à Partenaire de faire la lecture du livre ensemble par sections lors de séances d'allaitement et d'en discuter. J'ai dû mettre mon égo de coté puisqu'en réalité, je me reconnaissais beaucoup de torts dans mes façons de communiquer. Culpabilisation indirecte, intolérance, blâme... J'appréhendais un peu chaque nouvelle page que nous lisions car cela faisait vibrer en moi des mémoires et de multiples exemples où, je le savais très bien, j'avais failli dépasser les bornes, où je m'étais permis de coloniser les limites de l'autre... Oui, finalement, j'avais transgressé mes propres attentes que j'avais de la 'communication'.

Tout cela pour dire que j'étais bien déçue de moi-même. Je suis responsable d'avoir laissé l'inacceptable s'immiscer à certains endroits de la relation comme si cela était chose normale et saine. Je me rendais compte que mes ambitions et les facons dont j'honorais la communication étaient resté figées au loin dans mon intellectuel comme des concepts flous. Finalement, je les mettais moins en pratique que jamais dans ma vie. Preuve que de comprendre un concept n'est pas suffisant. Il faut se permettre de l'explorer et le regarder chaque jour sous un nouvel angle comme pour la première fois. Cela nous garde bien vivant et assure une continuité de l'apprentissage, et ce dans des profondeurs non anticipées.

C'est un voyage de vulnérabilité que je me permets en ce moment. Il est très riche. Pas toujours facile, mais valorisant à la fois. Partenaire et moi reconnaissons humblement  nos torts. Que chacun de nous en tant qu'individu, et en tant qu'unité relationnelle, nous avions régressé. Nous en sommes à comprendre, déceler et observer les patterns, pour ensuite avoir une meilleure vision périphérique, nous permettant d'ensuite prendre un pas dans l'autre direction.

La paix commence à petite échelle. La relation avec soi-même doit être évaluée et mise à jour comme celle que nous avons avec les autres. C'est un vrai défi dans son quotidien d'assurer une actualisation de soi en continu, une réflection objective sur soi-même. C'est un sujet de méditation important. Ceci dit, la diffusion du soi, de notre essence parmi les autres rajoute un niveau de complexité à cette analyse, mais offre aussi une opportunité de croissance potentiellement accélérée si la communication est saine. Voilà pourquoi je vais nettoyer la poussière sur ces vieux concepts de communication et laisser entrer l'air frais. Je me réinvestis, puisque je crois que la communication non-violente est une excellente contribution vers un monde avec plus de paix et moins de souffrance.

Références

ROSENBERG, Marshall. Nous arriverons à nous entendre! Suivi de ce qui vous mets en colère de Shary Klein et Neil Gibson. 2005

Site internet à visiter: The Center for Nonviolent Communication. An International Organization

Autre article relié sur le site du Manoir: Hommage à la CNV

                          

La Cité Écologique de Ham-Nord: une communauté québécoise qui fête ses 30 ans!

Écrit par Arielle
09/29/2015 - 11:59

La Cité Écologique est une communauté de près de 80 membres, dont 14 enfants, basée dans la municipalité de Ham-Nord, région des Bois-Francs, située pas très loin de Victoriaville. Créée en 1984, elle a donc récemment fêté ses 30 ans, ce qui en fait la communauté intentionnelle la plus grande et la plus vieille du Québec. Ses membres fonctionnent partiellement par partage de revenus (même si ça prend une forme particulière), ce qui en fait un autre élément d’intérêt pour nous. (Pour suivre nos réflexions sur la question du partage de revenu, nous vous invitons à lire les articles reliés: "Partage de revenus: avantages et désavantages", "Système économique: les communautés à partage de revenus", "L'argent... et le bonheur?")

Le coeur de la communauté est son centre communautaire, énorme bâtiment où se rassemblent tous les membres pour les repas en commun à tous les midis et les évènements qui impliquent la communauté. À ses débuts, ce bâtiment abritait plusieurs chambres pour les membres, mais maintenant, celles-ci ont été transformées en épicerie, en boulangerie, en salles de classe, ainsi que pour l’entreprise Khéops International. Sur le site, on retrouve également les bâtiments des diverses entreprises. Les résidences ne font habituellement pas partie des visites, puisque c’est l’espace privé des membres, mais nous avons eu le privilège d’en faire le tour. Ainsi, nous avons vu 4 bâtiments qui abritent les résidences. Certains prennent la forme d’un immeuble à logements, regroupant 8 ou 10 logements ayant des tailles différentes pour accueillir des configurations familiales différentes, incluant des appartements qui communiquent ensemble et permettent ainsi d’avoir un espace de vie intergénérationnel. Certains fonctionnent plus dans le format “collocation”, où 5-6 personnes ont chacune leur chambre, et partagent un salon et une cuisine.

La Cité écologique, d’hier à aujourd’hui

Tout a commencé à l’été 1983, lorsque Michel Cornellier, enseignant de formation, organise un camp d’été. Les enfants aiment tellement l’expérience qu’ils demandent à leurs parents de pouvoir la vivre à l’année. Entre 80 et 120 adultes décident de se lancer dans l’aventure dès les premières années, et de bâtir un milieu de vie intégré autour d’un projet d’école alternative. Imaginez ce que ça a dû être pour les pionniers fondateurs, qui débarquaient sur une terre meublée seulement d’une grange et d’une petite maison… Rapidement, les infrastructures prennent forme, et l’école est reconnue par le ministère de l’éducation.

“Professionnels et ouvriers spécialisés partageant leur savoir-faire dans une vision commune d'entraide, de solidarité et de développement durable. Une formidable synergie s'installe! Le projet, pédagogique avant tout, est innovateur.”

Fiers de leur projet, les membres ouvrent grandes les portes de leur communauté: chaque dimanche, ils reçoivent jusqu’à 400 personnes à un grand banquet!

Je dois avouer que ces chiffres m’impressionnent. Si notre projet devait connaître un succès aussi fulgurant, je ne sais pas ce que nous ferions de tout ce monde! Mais, comme dirait un ami, “ça serait un beau problème” ;-)

Aujourd’hui, la Cité Écologique comprends plusieurs entreprises sur place. L’esprit entrepreneurial est d’ailleurs assez développé, et c’est avec plaisir que l’on nous fait découvrir les différentes compagnies, lesquelles engagent la plupart des membres de la communauté, mais également des habitant-e-s des villages voisins.

La plus lucrative est Khéops International, qui fabrique divers objets décoratifs en verre de style nouvel-âge, dont leurs fameuses pyramides.Ils travaillent aussi en partenariat avec des artisans à travers le monde, dont ils distribuent les produits chez des détaillants surtout en Amérique du Nord, par le biais de leur catalogue. Ils travaillent même à la création d’une nouvelle certification “Fait dans un ecovillage”!

2"PYRAMIDE SOUHAIT VERRE D'ART BD 

 

 

La deuxième plus grande entreprise est Respecterre qui s’engage à « Porter l’Avenir » depuis sa création en 2007, en proposant des solutions au problème qui consiste à se vêtir de façon éco-responsable tout en encourageant l’économie locale. Il y a donc une manufacture où les vêtements sont créés par une dizaine d’employés. Les chutes de tissus sont ensuite récupérées par l’entreprise “MY Deuxième Chance” qui design de nouveaux vêtements avec des vieux.

Le fantôme du passé

Aujourd’hui, la communauté est donc stable et prospère. Dans son histoire, la Cité Écologique a toutefois traversé une grosse crise en 1988 et dans les années qui ont suivies. Le ministre de la Famille de l’époque avait établi sa résidence dans la communauté: ses adversaires politiques ont entamé une campagne de salissage de la Cité Écologique visant à le discréditer. Malheureusement, cela a eu des conséquences énormes sur la communauté, dont on peut encore voir les traces aujourd’hui dans la prudence des membres face aux questions pointues sur certains aspects de leur vie collective. En effet, dans le tourbillons des épreuves, les partenaires ont retiré leur appui au projet, les visiteurs-euses ont cessé d’affluer, la communauté a fait faillite et a perdu pratiquement toutes ses terres. Le groupe a tout de même poursuivi ses activités, tout en faisant face aux enquêtes du fisc, de la DPJ et de la SQ. Pourtant, aucune de ces enquêtes n’a pu démontrer le moindre abus ou la moindre irrégularité et toutes les accusations sont tombées. Se relevant les manches, les membres ont mis sur pied de nouvelles entreprises, ont redressé leurs finances et racheté pratiquement toutes les terres perdues.

Le fonctionnement de la communauté a également été un peu modifiée, pour se conformer à l’image que la société attend de ses sujets: des emplois salariés et la possibilité de payer pour consommer des biens et services, garantie et preuve ultime de la liberté d’individus rationnels poursuivant leurs ambition personnelles (après tout, c’est la seule définition raisonnable de l’être humain, n’est-ce pas?). Ainsi, les tâches qui étaient alors variées et partagées sont maintenant regroupées sous des postes officiels, et chaque membre occupe un emploi bien délimité. Les salaires sont inégaux, suivant l’échelle “normale” dans une hiérarchie “normale” d’entreprise “normale”. À la suite de quoi les membres paient pour leur loyer, pour leur adhésion à un groupe d’achat (qui leur fournit ensuite à volonté la nourriture, le savon, etc.), et leur droit d’utiliser le centre communautaire. Pour rééquilibrer un peu les choses, le coût d’adhésion est proportionnel au revenu… Bref, on peut s’entendre que la Cité Écologique est une communauté à partage de revenu, mais il ne faut pas le dire parce que ça aurait trop l’air d’une secte… Ah, la joie de devoir jouer avec les apparences!

Il y a eu une autre conséquence importante résultant de cette transition. Cette tempête a poussé une partie de la communauté à quitter la Cité Écologique, et à essaimer aux États-Unis. Plusieurs années d’errance ont amené ses membres en Floride, puis à plusieurs endroits en remontant plus ou moins la côte est, puis, finalement, à Colebrook au New-Hampshire, où une communauté soeur s’est établie, juste de l’autre côté de la frontière. À environ 1 heure de route, la Cité Écologique du New-Hampshire entretient des liens étroits avec celle de Ham-Nord, les deux communautés se rencontrant lors de grandes fêtes. Les membres ont ainsi l’occasion de voyager et d’échanger tout en se sentant chez eux dans l’une ou l’autre des communautés.

Enfin, une trace de cette période difficile pour la communauté est perceptible de manière subtile, comme une ombre du passé qui planerait encore aujourd’hui. Évidemment, on voit les efforts faits pour développer des liens avec “le monde extérieur”: que ce soit d’inviter des gens qui s’intéressent aux communautés en général à venir donner une conférence, se rendre dans d’autres communautés pour visiter d’autres modèles existants et promouvoir les écovillages de façon globale, un changement de mentalité s’opère visiblement depuis quelques années.

Toutefois, certaines choses peuvent paraître étranges aux visiteurs-euses que nous sommes, et les explications ne répondent pas toujours à nos interrogations... une sorte d’hésitation qui donne l’impression que tout n’est pas transparent, et qui s’explique probablement par la perte de confiance de la communauté envers “le monde extérieur” à cette période de leur histoire. Par exemple, la salle communautaire est entièrement décorée de grandes toiles géantes qui représentent des anges… mais on nous dit que c’est juste pour décorer... Il faut dire à leur décharge qu’au Québec, notre société entretient une relation historique particulière face aux croyances et aux religions (la saga des accommodements raisonnables et de la Charte des valeurs sont des exemples qui met ce rapport en évidence). Alors qu’ailleurs dans le monde, aux États-Unis par exemple, ou comme à Findhorn en Écosse, plusieurs communautés si disent ouvertement spirituelles, et que leurs pratiques et croyances font partie intégrante du mode de vie collectif ou de leur rapport au monde, on tente ici de refouler ou de nier l’importance de cet élément, malgré la place évidente de ses manifestations dans l’espace physique. Bien que ce soit sûrement l’indice de la relation malade que le peuple québécois entretient avec sa spiritualité, problème qui dépasse largement la Cité Écologique, soulignons que cette apparente contradiction soulève quand même un malaise...

Un autre élément qui pourrait s’avérer déterminant dans le choix d’un individu de s’établir ou non dans cette communauté est l’apparente rigidité de certains règlements, notamment le code vestimentaire et les normes de langage, qui prescrivent la robe pour les femmes et la chemise et les pantalons propres pour les hommes dans la salle communautaire, et le vouvoiement de tout le monde dans les espaces publics. Mais bon, chaque groupe a ses normes, ses règles implicites ou explicites de comportement. Pour des gens de l’extérieur d’une communauté, il y aura toujours quelque chose qui apparaîtra comme bizarre parce que différent de la “norme”. Espérons que cette expérience permette aux observateurs-trices de remettre en question des normes et règles semblables dans la société, qui ne sont pas remises en questions parce que, justement, elles sont considérées comme “normale” dans ce groupe particulier. Pensons au fait que, 20 ans en avance sur son temps, la Cité Écologique interdisait à tout le monde de fumer sur son site: il fallait aller sur le bord de la route pour fumer! Ça avait tellement pas d’allure dans le temps! Aujourd’hui, on peut se dire qu’ils étaient pas mal avant-gardistes ;-)

NextGEN

Il serait donc injuste de croire que la Cité Écologique vit dans le passé, malgré les marques de son histoire qui ont forgé son évolution. Au contraire, elle regarde vraiment vers l'avenir, et des changements ont lieu à l'interne. Une grande place est faite aux jeunes, lesquel-le-s  apportent de nouveaux projets et redonnent un nouveau souffle à la vision de la communauté: ouverture, accueil, promotion d’un mode de vie respectueux de la nature, etc.

Ainsi, 30 ans après la formation de la communauté, c’est la nouvelle génération, soit en grande partie les enfants des fondateurs, qui prend la relève. Plusieurs d’entre elles et eux reprennent les rênes des entreprises en place, d’autres en mettent de nouvelles sur pied. L’environnement a une place importante dans la nouvelle orientation qui se dessine.

Audrey, Arielle, Vincent et Richard ont visité la Cité Écologique pour une occasion bien particulière: le cours en Éducation au Développement d’Écovillages (EDE). Nous avions été invités pour présenter notre conférence et partager avec les participant-e-s de la formation et les membres de la communauté la diversité des modes d’organisation des communautés que nous avons visitées aux États-Unis.

Cette formation est une des démarches entreprises par le biais du Centre d’Apprentissage en Pratiques Éco-Communautaires (C.A.P. Éco-Communautaire), mis sur pied par la nouvelle génération de la Cité Écologique. Cela s’inscrit dans une initiative qui vise à nourrir les contacts avec le mouvement des communautés dans le monde, et à participer activement à la consolidation du réseau.

Entre autres, cela se manifeste par la construction d’un lien fort avec GEN (Global Ecovillage Network), l’accueil de stagiaires internationaux ainsi que l’amélioration de la concertation entre NextGEN, FIC, et autres réseaux de communautés intentionnelles, dont celui, à construire, au Québec!

Nous espérons bien s’inscrire dans ce mouvement de renouveau nous aussi, et nous suivrons de près les évènements à venir!

Articles sur la Cité écologique

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Le Collectif le Récif à Trois-Pistoles

Écrit par Invité-e spécial-e
10/14/2015 - 08:52

1 rue de la Grève, Notre-Dame-des-Neiges (oui, c’est l’adresse réelle)

[Pour plus d’informations: aubergedelagreve. wordpress.com]

L’Auberge de la Grève se situe dans le Bas-Saint-Laurent, où se rencontrent le fleuve et la rivière Trois-Pistoles. C’est un espace capable de loger 11 personnes en chambre individuelle, avec 1 dortoir et plusieurs autres espaces pour dormir. Il y a aussi 2 grands ateliers, une immense superficie collective, une serre et une cuisine de restauration. Le Collectif le Récif est le nom du groupe qui habite et fait vivre l'espace. Nous avons plusieurs définitions pour ce projet: une école libre, un centre d’éducation populaire, des résidences pour militants et artistes, de même qu’un espace d’exploration de la vie militante et collective.

Le but : Créer des liens pour obtenir un plus grand réseau de gens engagés et politisés, apporter du soutien, partager les idées, transmettre les savoirs, converger les luttes.

Politisation et régions

Bien que les régions du Québec aient été au fil du temps le théâtre de plusieurs mouvements militants, à Montréal, nous sommes souvent très loin de ces réalités et il est donc difficile d’établir les relations nécessaires à la complémentarité des luttes. Nous n’avons qu’à penser aux Opérations Dignités dans les années ‘70 pour contrer la fermeture des villages dans l’est du Québec ou plus récemment le mouvement Touche pas à ma Région qui défend les acquis gagnés par des années de luttes et qui sont mis à mal par les coupures sauvages liées à l’austérité. Nous aimerions agrandir notre combat en partageant nos connaissances et en allant en acquérir d’autres provenant autant des gens de passage dans notre auberge que des habitants de notre région d’adoption.

Certaines personnes en campagne tout comme en ville, sont encore malencontreusement prises dans leurs vieilles habitudes ou croyances et veulent rarement entendre parler d’autres choses. Par la diffusion locale d’informations sur des enjeux politiques, nous espérons toucher les cœurs et les esprits. La politisation des personnes de tous milieux est plus qu’importante, elle est obligatoire si on veut parvenir à construire un monde meilleur. Par ce projet, nous tenterons de souder les pièces du ‘’puzzle’’ non pas sans appréhension face à de possibles réactions négatives de tout ce beau monde mais en gardant une ouverture d’esprit et en s’armant de patience. Nous allons aussi profiter de ces épisodes en région pour écouter ce que nos voisins ont à nous dire et apprendre de leurs connaissances.

Il faut s’organiser ensemble pour développer des stratégies et ainsi trouver le bon chemin : une façon efficace de partager les luttes avec les habitants du coin. C’est par l’art et une conception ludique de nos activités que nous pensons y arriver. La douceur et la convivialité nous semblent être une bonne approche pour y parvenir. Avec l’art, les possibilités de dialogue sont infinies, que ce soit par des moyens comme les théâtre-forums, la peinture, la photographie, l’écriture, des ateliers de création et autres initiatives. Nous souhaitons ainsi introduire des débats sur des enjeux auxquels certains individus ne se sont tout simplement jamais arrêtés et/ou qui, parfois, sont mal informés (quoique convaincus): comme par exemple l’austérité, les hydrocarbures, le féminisme, l’intersectionnalité, la culture du viol ou encore le racisme latent. Après avoir démystifié ces sujets, d’autres thèmes plus sensibles, comme la désobéissance civile, le radicalisme et l’anarchisme pourront aussi être abordés. Ensuite pourrons-nous peut-être, qui sait, trouver des possibilités de résistances communes?

C’est en nous impliquant dans la communauté, en tissant des liens, en faisant du bénévolat, en bâtissant des relations de proximité avec le voisinage et en tentant de nous intégrer de façon durable que nous espérons pouvoir passer le stade de la simple provocation pour ainsi faire cheminer les pensées ensemble. Nous serons donc présents pour nous assurer que les informations ne se perdront pas dans le brouillard comme le fait parfois le St-Laurent par temps humide. Il faut s’organiser, sans nécessairement exiger la multiplication de la conscience anarchiste. Une perception commune des enjeux peut suffire.

À moyen terme, nous espérons étendre la mobilisation de diverses façons, notamment par le biais d’un autobus de mob ou encore par la multiplication des espaces similaires à l’Auberge de la Grève du Collectif le Récif. Notre situation géographique privilégiée nous permet d’atteindre aisément bon nombre de régions de l’est du Québec, nous donnant la possibilité de partager plus d’information au sujet de l’avènement de l’économie pétrolière et de ses répercussions dans nos patelins. C’est en région que se joue la majeure partie des enjeux environnementaux, bien qu’ils soient constamment passés sous silence ou sous le couvert d’une jolie manigance aux allures de carte postale (nous savons comment les compagnies extractivistes sont douées pour séduire les communautés où elles s’établissent en leur promettant monts et merveilles, pour mieux soutirer leurs richesses).

Une coalition est déjà en cours avec plusieurs autres collectifs ruraux et citadins. Plus les luttes sont localisées, plus elles peuvent se rallier entre elles. Dans une logique de « si on ne fait rien, qui le fera? », nous chercherons à densifier ces liens. Ensemble, nous voulons contrer l’anémie existentielle, parce que tout le monde est capable de questionnements moraux. Le savoir est une arme. Ne baissons pas les bras devant l’amoncellement d’idéaux individuels. Créons ensemble une conscience collective. Ouvrons des brèches.

Mes projets, tes projets, nos projets.

L’Auberge de la Grève est un espace collectif qui explore l’apprentissage autogéré et qui offre des places d’hébergement et d’ateliers aux militantEs et aux artistes. On s’ouvre aux multitudes de projets possibles et on veut expérimenter les formes d’éducation non hiérarchiques.

Déjà, plusieurs questions se posent; comment peut fonctionner un lieu qui encourage le partage des savoirs? Est-ce que le collectif arrivera à considérer le rythme, les intérêts, les choix et les besoins de chaque participantEs? Comment arrive-t-on à créer un soutien aux participantEs et un accueil intéressant pour ceux et celles qui débutent leur projet?

En s’inspirant des différents facilitatrices et facilitateurs oeuvrant en éducation alternative, ainsi que des expériences personnelles des participantEs, on arrive à une base commune d’outils qui aide à l’organisation et l'implantation de projets concrets.

 

Une personne, qui participe à un espace d’apprentissage autogéré, commence par:

  • Observer
    Quelle est sa perspective sur la société, sur la communauté, sur soi? Le vécu d’une personne et le sens qu’elle donne à sa réalité s’entremêle avec les observations qu’elle a sur les étapes de son projet (Par exemple, existe-t-il des projets similaires et comment est-ce qu’elle les comprend? Quels sont ses besoins individuels et quels sont les besoins du projet?)
  • Avoir un objectif clair
    Que veut-elle accomplir et pourquoi? Comment elle, en tant qu’individu, et/ou la communauté bénéficiera de ce projet?
  • Connaître ses limites
    Apprendre à respecter ses limites et les limites du projet. Quelle est la taille du projet? Combien de temps peut-on y allouer? Avec qui veut-on travailler et avec qui veut-on le partager?
  • Identifier ses “ressources”
    Apporter ses “ressources” (que ce soit en terme de connaissances, de ressources matérielles, de traits de personnalités, etc.) Comment utiliser ce qu’elle a déjà pour faciliter la réalisation de son projet et de possiblement contribuer à ceux des autres?

Ainsi, le collectif s'entraide. Travailler en groupe contribue à créer un milieu dynamique et motivant.

Un groupe qui participe à un espace d’apprentissage autogéré, collabore dans:

  • L’analyse
    Il est souvent bénéfique de partager ses réflexions. Un groupe contribue à l’étape de l’analyse du projet et c’est à la personne responsable du projet de déterminer comment l’analyse du groupe s’agence avec son analyse personnelle.
  • La logistique
    Il existe plusieurs outils logistiques pour mettre en place un projet. Encore, le ou la participantE choisit le niveau d’implication du collectif (échéancier, coordination, délégation de tâches, préparation du matériel, plan d’action, etc.)
  • L’implantation du projet
    Yahooo! moment excitant!
  • Le maintien du projet
    Combien de temps va-t-il durer? Combien de temps les autres participantEs ont envie d’y consacrer?
  • L’évaluation
    La personne s’évalue. Le collectif peut offrir ses commentaires et ses critiques pour permettre une évaluation plus complète (ce qui a fonctionné? ce qui n’a pas fonctionné? ce qu’on a appris?)

Autres faits utiles: Notez ces expériences. Aidez les autres à construire leur projet; on absorbe mieux les nouvelles connaissances en les transmettant aux autres.

 

Finalement, un espace d’apprentissage autogéré est toujours en mouvement et en questionnement. On propose ici des bases pour construire une diversité de pistes possibles avec lesquelles nous continuons à nous réapproprier notre éducation.

L’espace membrane, le sens nucléaire

  

 

Partir de l’espace, du lieu sous toutes ses formes.

L’Auberge de la Grève, c’est avant tout un espace.

Un espace que l’on construira par la signification subjective qu’il prendra.

Il s’agit de faire fermenter le sens dans cet espace, ces espaces.

Parce qu’en investissant le sens, on multiplie les espaces.

 

Ce que l’on présente c’est un projet, une tentative de se réapproprier le quotidien par la construction d’un noyau de sens à travers ce lieu-écosystème commun. De cette confluence fluviale, on tentera de bâtir du signifiant commun qui aura pour effet de démultiplier l’espace. Il n’est pas question d’archipelliser, mais bien d’étendre la portée du sens dans la multitude du lieu. Le Collectif le Récif devenant ainsi espace de discussion, espace de lutte, lieu commun, lieu d'éducation, mais surtout lieu de sens.

On propose de cartographier le signifiant.

D’humblement reconnaître le partage d’un espace polymorphe à travers le sens.

De construire une multitude de lieux communs par le sens. 

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Un village dans la ville: une éco-communauté à Gaspé?

Écrit par Invité-e spécial-e
10/14/2015 - 10:19

tiré de l'infolettre d'Olivier, Nastassia et Maxime

C’est un début

Peut-être en avez-vous entendu parler entre les branches, peut-être avez-vous participé aux diverses séances de discussion improvisées au fil des derniers mois. Le projet se dessine, devient sérieux. Nous nous lançons! Une éco-communauté sera créée dans la municipalité de Gaspé.

Qui sommes-nous?

Olivier Bazinet, Nastassia Williams et Maxime Boudreau-Loiselle. Nous sommes les trois « premiers » membres fondateurs. Nous avons fait le choix de donner un premier élan à ce projet qui, nous le croyons, peut apporter beaucoup au développement de Gaspé mais surtout à ces résidentEs. Nous mettons l’emphase sur « premiers » membres fondateurs parce que nous espérons sincèrement que d’autres membres se joindront à nous!

Pourquoi une éco-communauté?

Le projet d’une éco-communauté multigénérationnelle à Gaspé est né d’un désir d’envisager la vie autrement. Nous souhaitons une alternative à l’hyper-endettement, au rythme effréné de nos journées, à la dépendance aux hydrocarbures, à la perte de savoirs concrets et aux rapports humains distants. L’objectif est donc à rassembler des individus et des familles autour d’un même terrain où chacun et chacune pourront construire leur petit chez-eux tout en bénéficiant des installations communes ainsi que de l’entraide et du savoir-faire collectif. Cette initiative vise à développer un milieu de vie communautaire où chaque individu trouve son espace pour s’épanouir. Divers services et activités seront offert taux résidentEs et à la population générale. Ce projet deviendra, nous l’espérons, un lieu de création et de démarrage pour d’autres initiatives. Nous croyons qu’une telle démarche constitue un terreau fertile pour évoluer en tant qu’êtres humains complets et complexes. Cette façon de travailler ensemble pour le bien-être de la communauté contribue au développement d’une intelligence collective, tout en diminuant l’isolement et en accentuant les liens de solidarité.

C'est un projet de réappropriation du territoire et d’investissement communautaire. Les membres appliqueront et expérimenteront des principes écologiques, de construction, d'alimentation et de vie communautaire. Ce projet pourrait démontrer que lorsque la société civile s’unit avec le monde municipal dans une vision définie collectivement, l’implication sociale s’en trouve dynamisée et la qualité de vie des populations s’en trouve enrichie.

Les étapes déjà franchies ou en cours

  • Collecte d’informations et constitution d’une banque de donnée

  • 16 juillet 2015 : Rencontre avec les acteurICES clés de Gaspé

    • Lors de cette rencontre nous avons rencontré :

      • Marie Houde - Agente de projet - Groupe ressource en logement collectif –

      • Guillaume Fleury – Notaire

      • Jocelyn Villeneuve - Directeur de l’urbanisme, de l’aménagement du territoire

      • Marc Dupont - Inspecteur municipal des bâtiments et de l’environnement – GIM et de l’environnement – Ville de Gaspé

  • Recherche de financement :

    • Nous sommes dans un processus de recherche de subvention afin de défrayer les frais d’études de terrain ou de démarrage ainsi que l’éventuelle embauche d’une personne de façon contractuelle.

  • Recherche d’un terrain :

    • Nous avons jusqu’à présent visité trois terrains. Un d’entre eux, situé à L’Anse à Brillant représente un réel intérêt tant par la diversité des options qu’il propose (rivière, étangs irrigués, orientation face au soleil, faible dénivelé, grandeur, possibilité d’expansion, etc.). Nous continuons la recherche pour s’assurer de recenser les options possibles avant de faire le grand saut.

Appel aux forces vives

Vous souhaitez participer à la mise sur pied de l’éco-communauté? Vous avez des idées, des compétences et l’envie de mettre la main à la pâte? Peu importe le temps que vous avez à accorder ou le type de contribution que vous pouvez apporter, n’hésitez pas à entrer en contact avec nous. Nous arrivons à un point tournant où toutes les têtes et les mains doivent être alliées pour réfléchir pour poser les fondations de la démarche.

La suite des choses:

  • Une première rencontre avec les personnes intéressées (début novembre)

  • Recherche de financement

  • Tournée des éco-communautés du Québec

  • Définition et constitution de l’organisme

  • Recherche et achat du terrain

Pour nous contacter:

829 Boul du Griffon
Gaspé, G4X 6A9
ecovillagegaspe@gmail.com
581-887-6614
581-887-5061

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Commentaires sur cet article 1

D’un squat à une communauté: Vive Baltimore Free Farm

Écrit par Audrey
09/28/2015 - 10:24

En juin 2015, je suis allée voir une communauté dont j’avais entendu souvent parlé de mes ami-es de Twin Oaks et d’Acorn, et ce depuis plusieurs années. Ils n’avaient que de bonnes choses à dire sur euses et j’avais le goût de visiter par moi-même!

J’ai passé une heure là-bas, les yeux grands ouverts à voir leurs nombreuses réalisations et les oreilles attentives pour écouter mon hôte me présenter leur histoire et leur fonctionnement.

Baltimore Free Farm est situé en banlieue de la ville de Baltimore, à 1 heure au Nord de Washington DC. J’attendais notre guide dans un super bel endroit où on ressentait les odeurs des espaces collectifs et l’œuvre d’âmes artistiques. Des gens souriants passaient près de moi, des peintures géantes parcouraient les murs, des plantes et des arbres nous entouraient et un four à pizza ainsi qu’une balançoire géante tout droit sortis des contes de fée agrémentaient la scène.

   

BFF est né vers 2010 par un squat de 8 ami-es qui en avaient marre de travailler au salaire minimum et de toujours peiner à joindre les deux bouts. Pendant 3 jours, ils ont fouillés les banlieues abandonnées de Baltimore et illes ont finalement trouvés un tiers d’un triplex à trois étages squatable et ont décidé d’y passer l’hiver en trafiquant l’électricité d’un poteau électrique, en habitant 8 dans la même chambre et en mangeant la nourriture des poubelles. Après plusieurs mois de rénovation de la maison, illes se sont fait mettre dehors par la police. Mais illes aimaient trop leur nouvelle maison et y sont revenus rapidement et ont continué à rénover ce qui devait l’être. La ville les a finalement laissés tranquilles puisqu’illes prenaient soin du bâtiment et qu’il n’y avait aucune plainte des voisins. En effet, une des valeurs du groupe était la bonne entente avec les voisins, illes ont tellement fait de tartes pour les voisins, illes ne se rappellent plus combien illes en ont fait au total! 

J’ai été impressionnée de leurs nombreux jardins sur des parcelles qui étaient autrefois abandonnées. C’est un combat régulier et bureaucratique pour protéger ces parcelles des condo-istes et autres gentrificateurs. Illes ont une petite compagnie printanière où illes vendent des petites plantes à semer. Illes ont des abeilles et une parcelle de permaculture.

En face de leur maison, illes ont maintenant accès à un énorme entrepôt. Illes ont une grande cuisine, une bibliothèque anarchiste, une salle de spectacle, un énorme atelier de menuiserie, un atelier de impression textile  (pour faire des affiches, chandails, etc.) et des dortoirs. L’espace est pratiquement toujours ouvert grâce aux nombreuses personnes qui s’y impliquent. De plus, du dépannage alimentaire est organisé 2 fois par semaine, des cours d’éducation populaire sont offerts. Baltimore free farm, c’est vraiment ce qui fait vivre cette banlieue : c’est beau à voir!

Après plus de 5 années d’existence, illes habitent maintenant dans 5 maisons, toutes très près de l’entrepôt et même s’illes n’aiment pas les étiquettes, illes se définissent de plus en plus comme une communauté intentionnelle. Un de leurs buts : être autonome face au système capitaliste et y récupérer les déchets pour les valoriser.

Baltimore Free Farm m’a vraiment impressionnée, je vous le conseille vivement!

http://www.baltimorefreefarm.org/

Earthship, communauté intentionnelle et réflexion générale

Écrit par Invité-e spécial-e
10/14/2015 - 09:36

Écrit par Richard Latreille

Les earthships se heurtent à une certaine réticence autant au sein des mouvements écologistes que chez les gestionnaires d’urbanisme. Alors que je peux supposer une rigidité des structures bureaucratiques qui engendre l’immobilisme et la fermeture des gestionnaires d’urbanismes, je m’explique mal les raisons qui font que mes comparses écologistes ne soient pas tous aussi emballé.es que moi,  surtout en ce qui concerne ceux et celles qui ont des visées d’autonomie. Sur quoi se fondent leurs réticences? Sont-elles le fruit d’un traditionalisme ou d’un désir esthétique que les earthship dérange ou ne comble pas? Y a-t-il un manque de confiance vis-à-vis divers aspects de la construction? Dans un contexte d’une maison partagé ce modèle présente t-il des complications organisationnelles? Je lance ces questions mais le texte ne se veux pas une réponse à celles-ci, nous explorerons plutôt les principes des earthship dans un contexte d’autonomie et de communauté intentionnelle écologique.

 

La promotion des earthship se fait selon le crédo suivant : Simplicité, Indépendance, Santé, Écologie, Responsabilité et Sécurité. Ces 6 préceptes sont à mon avis des incontournables lorsque vient le temps de construire et ce peu importe la méthode choisi.

Maison Earthship à Chetsey, projet l'Es-CargoSimplicité: L’auto-construction d’un earthship se veut simple; la majeur partie du travail de fondation peut être effectué par n’importe qui avec, au préalable, quelques personnes avec un peu d’expérience. Cette expérience s'acquiert facilement, quiqu’à la sueur de son front, en participant à d’autres projets de constructions tel les serres solaires passives qui sont en vogue au Québec présentment, nottament parce qu’elles échappent au code du bâtiment. Malgré la simplicité du procédé de construction d’un earthship, il faut compter beaucoup d’heures/personnes et les projets sont généralement à la recherche de bénévoles. Cet effort communautaire de construction est une opportunité intéressante d’apprendre à connaître des gens de votre région ou non qui sont aussi intéressé par les constructions écologiques, permettant du même coup d’élargir son réseau. Cependant comme toute construction un minimum d’expertise est requise car les maisons earthship sont tout de même pourvu de plomberie complexe permettant la réutilisation des eaux grises, la récolte de l’eau de pluie, d’électricité, de chauffage d’appoint en climat froid comme le nôtre sans compter que le tout devrait au préalable être planifié sur papier et modifié selon les exigence et besoins du projet.

Indépendance: Dans un contexte qui vise une certaine auto-suffisance, l’opportunité de s’affranchir d’un approvisionnement extérieur est généralement le bienvenu. Les earthships visent exactement cela dans les domaines énergétiques, d’approvisionnement en eau et de la culture alimentaire. Dans la filiale énergétique il est à noter que ce sont des bâtiment dit solaire passif; munis de grands pan de murs vitrés orientés vers le sud ce qui laisse entrer la lumière du soleil et enmagasine sa chaleur dans une masse thermique du côté opposé.

Serre Eartship de la Ferme Morgan

La quantité de chaleur qui pénètre est contrôlé par la géométrie de la maison et la hauteur du soleil dans le ciel. De cette manière le soleil pénètre peu en été pour conserver un climat tempéré et pénètre profondément en hiver assurant un apport maximal de chaleur. Le pan de mur vitrée est également un élément important dans le domaine de production alimentaire puisque les earthship sont conçus pour inclure une serre. Cette serre se situe entre l’espace de vie et les vitres et va permettre aux occupants de récolter de la nourriture à l’année longue dans le confort de leur maison. L’apport en eau se fait par la récolte de l’eau de pluie dans des citernes enfouies dans la masse thermique. Cette eau pourra servir à alimenter les plantes de la serre et pourra aussi être filtrée et utilisé comme eau potable. L’aspect santé concerne surtout la connaissance des matériaux utilisés lors de la construction et de leur impact sur le corps humain. C’est aussi un rappel sur le fait que la maison a la capacité de fournir des légumes biologiques et que par le fait même cette végétation va permettre une certaine purification de l’air.

Écologie: La dimension écologique des earthship débute dès sa fabrication, avec l’usage de matériaux recyclés (pneus) et de matériaux locaux lorsque disponibles (terre, sable). Les pneus qui sont généralement perçu et traités comme des déchets sont dans ce cas revalorisés par centaines et possiblement par milliers en fonction de la grosseur de la construction. Maison Earthiship dans le quartier écologique de Saint-Mathieu-du-Parc

L’autre aspect écologique est l’utilisation des eaux grises qui sont réacheminées vers les plantes dans la serre et vers les toilettes si ces dernières ne sont pas à compost. C’est une manière de nettoyer l’eau que nous avons utilisé avant de la retourner dans la nature.

Responsabilité: L’aspect responsabilité en est une interne qui concerne les utilisateur et leurs choix. Par exemple en utilisant des produits naturels pour faire la vaisselle et pour se laver de manière à ce que les eaux grises qui alimentent les plantes ne soient pas chargées d’éléments que nous ne voudrions pas manger par la suite.

Sécurité: La sécurité est un heureux mélange de ce qui précède. C’est la capacité de reconstruire avec peu d’expertise des maisons à base de matériaux recyclés et locaux, c’est d’avoir des systèmes de chauffages passifs, des approvisionnements de nourriture et du stockage d’eau. Cet ensemble qui permet de vivre aux travers de moments plus difficiles malgré les impodérables économiques, écologiques et politiques qui se passent à l’extérieur de cette maison.

 

Le nom earthship est lourd de sens, ainsi, la déconstruction du mot earthship permet une compréhension globale des aspirations de ce type d’habitation. L’idée qui est généralement transmise est que “ship” fait référence à un vaisseau. Earthship voudrait donc dire un vaisseau de terre ou un vaisseau terrestre. Le vaisseau étant symbole deSerre Earthship de la Ferme Morgan voyage, de découvertes, d’un idéal futuriste. Cette imagerie est utilisé pour entourer la construction écologique de rêverie, de permettre à la personne qui s’initie au concept de se permettre de l’idéaliser. L’interprétation qui me tient plus spécialement à coeur est que earthship prend racine dans l’étymologie anglaise. En ce sens “ship” est un suffixe signifiant en relation avec ou ayant la qualité de. Cela place earthship aux cotés de mots tels que friendship (amitié), fellowship (confrérie) et kinship (parenté). De ce fait, cela suppose un lien intrinsèque entre cette construction et notre planète, un essai sérieux à intégrer dans une transition sans failles les mécanismes et énergies terrestres directement à la construction d’une demeure. Vous comprendrez donc que les Earthship se veulent résolument comme étant des constructions écologiques permettant à tous et chacun d’y ajouter un brin de fantaisie.

 

Nota: Toutes les photos dans cet article sont tirées de projets au Québec.

- Photo d'accueil: serre Earthship au CESA
- 2e photo: Maison Earthship à Chetsey, projet l'Es-Cargo
- 3e et 5e photos: Serre Eartship de la Ferme Morgan
- 4e photo: Maison Earthiship dans le quartier écologique de Saint-Mathieu-du-Parc

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South Knowlesville: Histoire de la construction d’un voisinage écologique et solidaire

Écrit par Admin
10/04/2015 - 13:05

Aux confins du Nouveau-Brunswick, loin des côtes acadiennes et des grandes villes, au bord de la frontière américaine, se trouve un petit coin qui vaut le séjour… D’abord attirée par la construction écologique et les projets de “Timber Frame” du couple Leland et Tegan, c’est finalement une communauté en émergence qui a le plus suscité mon intérêt.

Je vous présente ici une part de son histoire, en retraçant des étapes de son développement qui paraissent plus cruciales.

Fallsbrook Center

En 1992, suite au Sommet mondial de la Terre à Rio de Janeiro, Jean Arnold (l’équivalent de Jeanne en français, mais prononcé comme les pantalons!) fonde le Fallsbrook Center, une OBNL dont le but est de chercher et promouvoir des solutions pratiques et pertinentes pour les défis écologiques, sociaux et économiques d’aujourd’hui. Travaillant à réaliser les objectifs du Sommet de la Terre, différents programmes locaux et internationaux sont mis sur pied, qui attirent beaucoup de jeunes pour des stages, des classes pour des visites, des familles pour des séjours. Au fil des années, plusieurs infrastructures sont bâties, des sentiers d’interprétation et de découverte sillonnent la forêt.

Leland et Tegan, les pionniers

Tegan et Leland arrivent vers les années 2000, fraîchement débarqués dans la vingtaine. C’est à Fallsbrook Center qu’ils se rencontrent. Après quelques années, ils nomment leur envie de s’installer tout près. Jean leur cède un terrain de 2 hectares, sur lequel le couple habite avec leur roulotte “améliorée” (un vrai toit et un “mud room” s’ajoute à leur 8’x16’...). À la venue du premier enfant, ils construisent leur première maison en ballots de paille, construite selon la méthode “load bearing” (parfois traduit par “paille poutre”, ou “murs en paille porteurs”). Cette méthode n’implique pas de structure en bois pour les murs, et tout le poids de la toiture vient s’asseoir sur des murs qui consistent simplement à empiler des ballots de paille.

À leur deuxième enfant, le troisième étant en route, ils terminent la construction d’une plus grande maison en paille, cette fois avec une structure en “timber frame”, ou poutre et poteau assemblée. 3 étages de haut, pratiquement toute à aire ouverte, Leland et Tegan disent qu’elle semble habitée par sa volonté propre, et a pris des proportions qui les intimident maintenant, eux qui ont habité si longtemps dans un espace où chacun-e était toujours à porté de vue. “Je perds mes enfants dans cette maison”, dira Tegan.

 

Mais au-delà du développement de leur propre milieu de vie, les Wong-Daugherty ont d’autres aspirations: un voisinage vivant, écologique et solidaire. Lorsque l’occasion se présente d’acheter une terre devant chez eux, ils n’hésitent pas et y investissent leurs économies. Et quand ils entendent parler que le voisin de cette terre pense à raser la cèdrière (et détruire du même coup son fragile écosystème en milieu humide) parce qu’il a besoin d’argent, ils font ni une ni deux et lui proposent de l’acheter pour protéger la forêt.

Sur cette terre, le premier projet qui voit le jour est le KAN Center (Knowlesville Art and Nature Center), un projet d’école alternative, basée sur les principes des écoles Waldorf, prend forme dans une vieille chapelle, déménagée, rénovée et agrandie (à la paille, il va sans dire…).

Tous ces bâtiments et infrastructures sont alimentés à l’énergie solaire, et chauffés au bois. Toutes les toilettes sont à compost.

Le landtrust

Le but avoué de ces démarches d’acquisition de propriété est très altruiste, quoique très intéressé: rendre cette terre accessible pour que des gens viennent s’installer à peu de frais à côté de chez eux, et créent et participent à un voisinage de proximité, d’amitié et d’entraide.

Ils sont donc en processus de transférer la propriété en fiducie, où les bénéficiaires auront accès gratuitement à 2 hectares de terre (moitié dégagée, moitié boisée): la seule condition est d’habiter sur place au moins un an avant d’emménager. Les démarches sont très ouvertes et toutes les personnes concernées sont invitées à participer au processus de décision concernant leur charte.

Il faut savoir que, comme South Knowlesville est une municipalité très rurale et très pauvre, peu de normes d’urbanisme sont en place. Si cela donne lieu à un développement un peu hétéroclite parfois, où des industries côtoient des fermes ou voisine de simples résidents, cela laisse un grande marge de manoeuvre pour construire des maisons selon des principes, des méthodes et des matériaux écologiques qui sont autrement non-reconnu par les normes de constructions officielles. Pas de gossage avec les permis de construction! Wow, le paradis ;-)

De nouvelles personnes viennent également visiter, ou essayer. Il faut dire que le “South Knowlesville Neighbourhood Landtrust” a reçu tout un coup de pub, en passant à un reportage de la CBC. Beaucoup de gens viennent de l’Ontario, certains du BC, et d’autres encore des autres provinces du Canada (Saskatchewan, Québec).

Deux caractéristiques principales du groupe contribuent à attirer les gens. D’abord, au sein du groupe existe déjà une belle diversité des origines ethniques. Ils sont également impliqués dans leur communauté locale, participant aux marchés, échangeant avec la communauté Ménonite voisine, entretenant des bons liens avec les gens de toutes origines qui habitent à Florenceville (le département technologique des frites McCain s’y trouve et des employés venus de l’international y travaillent). De plus, la dimension familiale est très présente: Tegan et Leland ont 4 enfants et une école a été mise sur pied, ainsi qu’un camp d’été. Ainsi, d’autres parents sentent que c’est un bel endroit pour le développement de leurs enfants, et viennent s’établir! Cela qui fait un beau ratio intergénérationel, car des adultes plus âgés, qui ont déjà élevé leur enfants, sont contents de retrouver cette énergie.

 

Les voisins échangent entre eux le lait, le pain, des produits d’art et d’artisanat, des heures de travail ou des compétences. C’est super!

Il y a toutefois une difficulté sur place qui a été nommée par plusieurs personnes, c’est celle d’avoir une source de revenu. En effet, la ville est un peu loin, et il n’y a pas beaucoup d’emploi. Reste le défi de mettre sur pied une entreprise, qui puisse trouver des déboucher et, idéalement, offrir des jobs pour quelques voisins en même temps. Comme les gens doivent tout de même payer pour la construction de leur maison et autres dépenses, ce facteur devient parfois limitant, et certaines personnes choisissent de partir faute d’opportunités économiques.

Les projets satellites

Ce projet de fiducie foncière, qui a émergé de la volonté et de l’initiative d’une petite famille, elle-même issue de rencontres provoquées par l’effervescence d’une OBNL née de l’engagement d’une femme pour l’écologie, les communautés locales et la recherche de modes de vie durables… cette lignée de projets phares, rendus possibles grâce au leadership et à la détermination de gens rassembleurs, crée un pôle d’attraction étonnement puissant.

Ainsi, au fond d’une campagne isolée et dévitalisée, des dizaines de personnes viennent chercher l’inspiration et l’expérience d’une autre manière de vivre.

Comme cela fait déjà plusieurs années que le bal a été lancé, il y a beaucoup d’infrastructures en place, autant matérielles qu’immatérielles, et je trouve que c’est un aspect très intéressant de l’endroit. Déjà des liens sont établis avec un réseau d’allié-e-s. Déja, des sentiers parcours les bois, témoins de ces liens maintes fois renforcis, parsemés de buissons de petits fruits, et de grands arbres fruitiers fournis. Déjà, un espace communautaire existe. Déjà, des petites maisons sont en place, qui permettent d’accueillir des visiteurs et des membres potentiels, le temps pour eux de s’installer.

Et ça, ça a une très grande valeur!

 

Bien que le projet de fiducie foncière attire beaucoup de personnes, et que l’idée d’avoir un voisinage écologique et solidaire les enthousiasme tous, ce n’est pas tout le monde qui a envie de s’engager dans le processus collectif que suppose une propriété en commun du fond de terre, ni d’attendre un an pour s’installer. Ainsi, quelques personnes ont choisi d’acheter une terre à côté.

Parmi ceux-là, la famille de Darius a acheté une terre de 50 acres, ou ils planifient mettre sur pied des dizaines de projets, s’inscrivant dans un objectif d’offrir une expérience d’éco-tourisme ou de retraite en milieu naturel (hébergement, agriculture, vente de produits artisanaux locaux, café-restau, centre de thérapie holistique, etc.), tout en développant et partageant des activités visant l’autonomie (production d’énergie, de vins de fruits, de farines protéinées, “upcycling” (donner une deuxième vie à des objets considérés comme des déchets), etc. ). Ils souhaitent aussi permettre à des familles qui, comme eux, chercheraient à être propriétaires de leur chez eux de leur acheter un lopin de terre, puisqu’ils n’ont eux-mêmes pas besoin de tout cet espace.

Je trouve formidable que tous ces projets puissent coexister, se nourrir et se compléter dans une si belle ouverture. Ainsi, chaque personne peut trouver son compte, construire ou prendre part à la formule qui lui convient le mieux. Génial, non?

***

Quelques liens...

South Knowlesville Neighbourhood Landtrust: Le site internet du projet de fiducie foncière.

Knowlesville Art and Nature center: C'est le centre communautaire du projet, où les gens de la communauté peuvent se rencontrer, apprendre, rêver et explorer ensembledes projets créatifs qui enrichissent le tissu social et prennent soin de l'environnement. C'est aussi là que prend place l'école Waldorf, le camp d'été pour les enfants et les festivals et rassemblements.

Artful Acre: Leland est un artiste. Il s'exprime de plusieurs manière, et Artful Acre rassemble tout ce qu'il a à offrir en terme de design, d'illustration, de création de logos, de confection de cerf-volant, la fabrication de meubles en bois tressé, de maisons en ballots de paille ou en timber-frame.

Little Cloud Kites: C'est son plus récent projet: tenter de mettre sur pied une entreprise qui permettrait aux artistes et artisans du coin de se faire connaître et de trouver un marché en transcrivant leurs oeuvres sur des cerfs-volants en coton biologique.

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Svanholm, Danemark

Écrit par Arielle
08/01/2015 - 14:34

Ceci est une traduction libre de la conférence que GPaul a donné en 2014 sur un voyage qu’il a fait dans 6 communautés intentionnelles d’Europe.

Fichier audio de la présentation de Svanholm (version originale en anglais)


Fondée il y a 35 ans, la communauté de Svanholm est installée sur un domaine, avec un vieux manoir centenaire et de grandes granges reconverties. La communauté est constituée de 80 adultes et de 60 enfants. Les enfants prennent donc une place importante, et on y retrouve beaucoup d'endroits de jeux, une petite école et une garderie interne. Les enfants ont également une place dans chaque réunion.

À environ 1h30 de Copenhague, la communauté rurale reste accessible par transport en commun. Ainsi, bien que la majorité des membres travaillent dans la localité, quelques personnes font le trajet jusqu’à la métropole.

Consensus: le mythe de la limite démographique

La croyance qu’il existe nombre maximum de membres au-delà duquel il devient impossible d’utiliser ce mode de prise de décision est un mythe tenace dans le monde des communautés intentionnelles et la gauche en générale. GPaul n’y croit pas.

À Acorn, les gens se disent que le consensus fonctionne bien parce que c’est un petit groupe, alors qu’à Twin Oaks ce serait impossible puisqu’illes sont près d’une centaine de membres. Or, la vraie histoire c’est que Twin Oaks a la même structure depuis ses débuts, alors qu’il n’y avait qu’une quinzaine de membres…

Et même à Acorn, le débat revient souvent à savoir quelle serait la taille maximale de la communauté: lorsqu’illes étaient 7 membres, illes se disaient que c’était la taille idéale. Illes sont maintenant 30! Et c’est pas mal le maximum, peut-être 5 de plus, au-delà de ça on risquerait de perdre des parts importantes de notre culture, dont le consensus...

 

Visiter Svanholm, une communauté de 80 adultes fonctionnant par consensus revêtait donc un grand intérêt pour GPaul. Vous savez quoi? Illes sont convaincu-e-s de ne pouvoir accueillir plus de monde, parce qu’au-delà de ce nombre, ça risquerait de ne plus fonctionner… ;-)

Comment ça marche?

D’abord, ils ont un facilitateur, un preneur de notes, un agenda (24h d'avance pour une proposition écrite). La culture écrite est donc importante, par rapport à Acorn où il n’y a pas vraiment d’ordre du jour, et où peu de notes sont écrites, à part lorsque quelqu’un s’engage à faire quelque chose.

Également, peu de temps est passé dans la discussion en réunion. Quand le groupe sent qu'il y a dissension, on sélectionne un échantillon représentatif des opinions en présence pour créer un comité: celui-ci travaillera sur une proposition qui fera le compromis entre ces différentes perspectives.

 

Enfin, à Svanholm, 2 innovations intéressantes ont été fait dans leur processus consensuel.

Premièrement, ils se sont rendu compte que la plupart des propositions amenées sont quasiment pré-acceptées, que ce sont de petits détails sur lesquels tout le monde s'accorde. Toutefois, les points semblent pertinent à amener à la rencontre, soit parce que les gens doivent être informés, que cela implique un montant d’argent important, ou parce qu’on veut permettre à des objections d’être émises s’il y a lieu. Svanholm a ont donc formé un conseil de 5 membres (postes rotatifs aux 2 ans) qui jette un coup d'oeil à l’ordre du jour pour en retirer tout ce qui semble facile: ils prennent alors une décision et l'affiche pendant une semaine. Si personne ne s'objecte, elle est acceptée; si des objections sont émises, le point va en réunion.

Deuxiemement, parce que la communauté fonctionne par consensus, le processus de sélection des membres de Svanholm demande que chaque nouvelle personne soit acceptée par tous les membres. Ils ont un comité d'adhésion des membres qui est en charge d'accompagner les aspirant-e membre. Le rôle du comité est également de s'assurer qu'aucune application ne se rende en réunion, à part si c'est un OUI unanime et retentissant. Tant que ce n'est pas le cas, le comité continue de travailler dans l'ombre, en flottement, jusqu'à ce que les préoccupations soient réglées. Parce qu'ils trouveraient ça trop bizarre d'amener ça en réunion et que quelqu'un s'objecte.

 

Petite paranthèse: à Acorn, il y a un groupe « obligatoire » qui s'occupe des relations interpersonnelles en cas de problème, ce qui semble faciliter le processus du consensus. À Svanholm, ils n'en ont pas: comme à Twin Oaks, la majorité des membres s'entendent bien, certains s'haïssent, d'autres sont détachés du processus de décision, et leur processus de consensus fonctionne apparemment très bien quand même.

Économie: réforme individualiste, ou quand le partage de revenu n’est plus aussi “cool”

Svanholm à deux économies parallèles, comme dans les “communautés Kat Kinkade”. À leurs débuts, ça ressemblait beaucoup à Twin Oaks: quotats de travail; pas de spécialisation ni de “travail à temps plein”, mais plutôt un horaire flexible constitué de plusieurs tâches différentes et variées; entreprises collectives; et les besoins de base des membres comblés par la communauté. Il y avait même une sorte de « loterie de vacances », qui permettait aux membres de voyager ou de prendre une année sabbatique.

 

Toutefois, il y a eu 2 changements majeurs dans leur économie:

  • La réforme de professionnalisation. Ils ont rassemblé différentes tâches connexes ensemble pour en faire un plus petit nombre d’emplois à temps plein. Cette décision a probablement été prise en partie pour permettre aux membres de se développer professionnellement, et en partie pour que les membres puissent offrir une contribution de meilleure qualité grâce aux compétences et à l’expérience acquises dans des domaines spécifiques.

  • Quelque chose d'encore plus radical s'est passé il y environ 10 ans. La communauté rapetissait et vieillissait, et les nouveaux « jeunes » membres, à travers un processus intense, ont réussi à convaincre la communauté que le partage de revenu n'était plus considéré comme « cool » parmi la jeune génération au Danemark et que s'ils voulaient continuer à accueillir de nouveaux-lles membres dans leur trentaine, ils devaient s'adapter. Ils ont donc implémenté une réforme dans une direction pas mal plus individualiste, et ont maintenant un système 80%-20% (respectivement collectif-personnel; pour ce faire, les postes à l’interne se sont vu attribuer un salaire horaire). L'aspect égalitaire est conservé grâce à un revenu personnel plancher (en-dessous duquel tu ne donnes plus ton salaire) et plafond.

La communauté, à ses débuts, était basée sur une mission « eco-groovy » de faire les choses de manière super écologique (nourriture, construction, énergie, par leurs entreprises ou autres) . Le partage de revenu, qui offre un filet social tellement incroyable, la solidarité, l'égalité… est finalement pas mal répandu au Danemark (État providence, impôts élevés, etc.)! Alors maintenant, quand tu regardes le système 80%-20% de Svanholm, tu te dis « ouais, c'est pas mal comme le Danemark, mais juste un peu plus : plus de taxes, plus de services ». Le partage de revenu n'est pas aussi impressionnant pour les Danois-e-s. Et puis, souvent, les communes se définissent en opposition au courant dominant: tsé, on fait les choses différemment! Ainsi, la commune était full écologique, mais dans les dernières années, le Danemark les a rattrapé, et même dépassé! Maintenant, il y a des éoliennes partout au pays, et l'entreprise d'emballage écologique est tombée parce qu'une entreprise encore plus grosse a ouvert ses portes juste à côté.

Social: ce qu’il reste d’un groupe qui a perdu sa raison d’être...

Il y a donc eu une perte de raison d'être de la communauté, qui est peut-être en partie la cause de la réforme individualiste. Mais également, il y a moins de choses qui sont fournies par la communauté (puisque l'État le fourni). Il y a moins d'énergie et de temps investi dans la communauté : l’engagement n’est plus aussi fort, et plus personne n'est motivé à se dépasser pour améliorer les choses.

Un des effets observables est que l'équipe de construction et de maintenance ne travaille plus à construire des espaces collectifs, mais à multiplier les salles de bain et les cuisines et à diviser les espaces communs en unités personnelles.

Ils ont acheté la terre très chère (40 000 000$) et ont doublé cette dette par leurs investissements dans le développement de la communauté. Ainsi, les paiements actuels couvrent les intérêts à 75% et à seulement 25% le capital.

Bref, à cause de cette dette, à cause des entreprises en faillite, à cause de la réforme économique individualiste, le revenus des membres potentiels devient un facteur très important dans la sélection… Au final, puisque la commune n'est plus vraiment progressiste par rapport à la société danoise, puisque les avantages d'y vivre ne sont plus si intéressants, la raison principale des gens qui choisissent d'y vivre aujourd'hui le font parce qu'illes aiment l'aspect de socialisation, et parce que c'est un très bel endroit pour élever des enfants… et c'est tout!

 


 

GPaul Blundell a été membre de Acorn pendant près de 10 ans, une communauté d’une trentaine de membres, anarchiste et à partage de revenu, fonctionnant par consensus, située en Virginie, aux

 

États-Unis. Il a participé à sa renaissance, à ses années d’épreuves et de formation. Il habite présentement à Washington, où il souhaite démarrer une nouvelle communauté intentionnelle, Point A.

Il utilise ses expériences en facilitation et en gestion de groupe, en communication publique, en organisation politique et en activisme, ainsi que ses études des théories anarchistes et de l’économie, afin de donner naissance au monde nouveau qui dort dans nos coeurs. Son nom est une erreur administrative, et lui et Emma Goldman sont né-e-s la même journée.

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Sapling: la p'tite dernière

Écrit par Audrey
10/14/2015 - 10:38

Sapling, c’est la plus récente communauté à partage de revenus de 4 communautés toutes philosophiquement et géographiquement (Virginie) proches les unes des autres. Twin Oaks en 67, Acorn en 93, LEF en 2010 et maintenant Spaling en 2014. Certaines personnes les appellent le SALT, d’autres auraient préférées un autre diminutif pour cette joyeuse fédération de communautés à partage de revenu. Dans tous les cas, les membres de Sapling adorent avoir ces autres communautés tout près d’eux, illes se sentent en sécurité et reçoivent du support tant social qu’économique. Grâce à un programme d’échange entre communautés, illes peuvent se fier sur l’aide d’autres communard-es quand le besoin se fait sentir. Besoin d’arbres fruitiers, Alexis et Debbie de LEF viennent les trouver! Problème de puits artésiens, GPaul d’Acorn vient a la rescousse! Illes ont besoin d’un-e gardien-ne, il y a la garderie de Twin Oaks disponible.

C’est une maison pré-fabriquée unifamiliale avec un petit terrain tout autour qui nous accueille. Rien a voir avec les maisons excentriques des autres communautés. Pourtant, le jardin qui couvre pas mal toute la superficie ainsi qu’une vingtaine de volailles qui gigotent dans leur coin rend cet endroit vivant et témoigne d’un développement quand même rapide du collectif. Les membres auraient préférés peut-être un autre type de demeure mais rien ne leur empêche d’acheter un terrain tout près dans les prochaines années et se construire une demeure plus écologique et mieux adaptée à leurs besoins. Justement, dans leur vision, illes aimeraient faire de l’agriculture, construire une plus grande maison et agrandir leur compagnie de semences d’herbes.

 

Sapling est une petite communauté de 7 adultes qui considère leurs 3 enfants comme ayant une place centrale dans leur communauté. Tous les membres du groupe ont déjà habité dans une communauté intentionnelle et cela facilite grandement les processus, la communication et les réunions. Illes ne font qu’une réunion par semaine!  Les membres viennent d’Acorn, d’East Wind et de LEF. Ayant de jeunes enfants, illes voulaient vivre dans une communauté de type plus familiale. La vie semble facile, pas du tout axée sur la productivité et leurs heures ne sont pas compilées comme dans le cas d’Acorn. Illes ne reçoivent pas tant de woofer ou visiteurs parce qu’illes n’ont pas encore de place où les recevoir et que leur absence d’innovation (sociale, économique ou écologique) ne favorise pas la venue de curieux-ses. Sapling semble être simplement une réplique en plus petit des communautés à partage de revenu du coin.On dirait que l’absence de vision ou d’orientation vers un idéal suscite moins d’intérêt pour nous, que les projets qui s’engagent radicalement vers un changement nous inspirent beaucoup plus...

Un peu d’économie

Ce qui est vraiment impressionnant, c’est le soutien que Sapling a reçu de la part du réseau des communautés. D’abord, c’est Acorn qui a acheté la maison, que Sapling remboursera sur plusieurs années. De plus, un organisme très intéressant nommé FEC leur a prêté un deuxième montant pour leur hypothèque. Pendant 3 ans, illes ne paieront donc aucune hypothèque ou loyer. Ce laps de temps leur permetra de se concentrer sur leurs revenus futurs et de ne pas être dans un mode de survie.

Présentement, leurs revenus principaux sont la distribution et l’ensachement de semences biologiques (principalement les herbes et les épices) qu’Acorn leur a laissé ainsi que des contrats de peinture. Ils font aussi quelques petites jobines et quelques contrats pour Acorn.

Les liens

Considérant qu’illes sont un petit groupe, illes préfèrent avoir des nouveaux membres sur lesquels illes peuvent se fier. Illes veulent des personnes responsables et économes qui aiment être avec des enfants. Ils fonctionnent en consensus et ils sont pas mal relax avec leurs règles et leurs normes. Je pense bien que c’est la communauté la moins à cheval sur leurs règles que j’ai rencontré. Tout semble lousse mais tout semble aller facilement grâce à l’expérience de leurs membres. Illes ne semblent pas avoir eu aucune difficulté et comment mon hôte me parlait, je me demande s’illes sont immunisés contre tout obstacle communément observés lors de la formation d’une nouvelle communauté.

Globalement, Sapling rend ses membres à partage de revenu heureux-ses et épanoui-es. Néanmoins, cette communauté est un peu moins attrayante pour nous ayant peu à nous apprendre de nouveau. Mais dans un sens, c’est ben correct de même parce qu’à quoi sert réellement une communauté si ce n’est pas à répondre aux besoins de ses membres?

Ce qu'illes disent d'eux-mêmes (en anglais et en 2014)

We are 4 adults and 2 children living on 3.5 acres of land. We are surrounded by woods and agricultural land owned by other communities and ex-community members.

We hold egalitarianism, environmentalism, cooperative living and resource sharing as core values.

As a manifestation of our values, we plan to retrofit our recently-purchased mainstream manufactured house and recently denuded landscape into an energy efficient, low carbon footprint homestead over-flowing with beautiful gardens, happy animals, and awesome communards.

We believe this reflects as important a concern as preserving the environment: restoring what has already been destroyed and altering what already has been built to fit a sustainable paradigm.

Our primary business is Garden Medicinals and Culinaries, selling heirloom, open-pollinated and non-GMO herb seeds.

As part of our mission we are especially interested in cultivating native endangered woodland medicinals such as American Ginseng, Black Cohosh, Blue Cohosh,False Unicorn, Goldenseal and many others.