Infolettre du Manoir - no 7 - printemps 2015

Indices de développement durable, enthousiasme et gratitude

Écrit par Arielle
06/15/2015 - 11:29

Ce que vous voyez

Nous voici à l’aube de publier la 7e infolettre du site internet du Manoir. Après 22 mois d’existence, nous en sommes à près de 70 articles. Au-delà de la quantité, nous sommes surtout fièr-e-s de leur qualité: l’écriture se passe sur plusieurs jours et semaines, et implique la révision et la collaboration d’au moins une autre personne. Nous atteignons ainsi un niveau de profondeur plus intéressant, en plus d’avoir le plaisir de discuter des sujets qui nous passionnent, en équipe, avec du monde motivé… yé!

Également, nous sommes agréablement surpris-e-s de constater que cette fois, sur les 11 articles de la publication, très peu ont été écrits par Audrey ou moi, qui sommes habituellement les principales auteurs(trices?). Deux nouveaux collaborateurs ont pondu d’excellents articles, Vincent participe cette fois encore à l’oeuvre avec une réflexion sur un thème qui lui tient à coeur, nous publions un article écrit dans une autre revue, un article a été coécrit avec un des instigateurs d’une initiative cool dans la Baie-des-chaleurs, et nous rendons accessible une conférence donnée en anglais par un communard américain sur des communautés européennes. Wow! Cette diversité des points de vue m’enchante, nous avons énormément de gratitude pour toutes les personnes impliquées dans le partage de ces idées! Nous avons souhaité cette collaboration longtemps: celle-ci s’est épanouie lentement, et la fluidité et l’harmonie avec laquelle elle prend la place qui lui revient sont l’indice pour moi de quelque chose de durable.

Ne le cachons pas, cette démarche d’écriture et de diffusion est un exercice qu’on fait d’abord pour nous-mêmes. D’une part, c’est un outil pour développer nos réflexions, pousser nos recherches. D’autre part, c’est un moyen de garder les traces de nos démarches, pour que nous-mêmes et les gens qui se joindront au projet nous nous souvenions du chemin parcouru. Et puis, l’élan de partager nos découvertes et nos analyses nourrit aussi ce plaisir que nous avons à écrire des articles et retravailler le site internet. En effet, nous espérons aider et inspirer d’autres personnes qui auraient un projet semblable à aller de l’avant, et surtout, à réussir!

Or, pour le reste, c’est un peu une bouteille à la mer que nous envoyons: comment savoir si tout ça est vraiment lu, si c’est utile ou intéressant pour quelqu’un? Eh bien, nous avons le plaisir d’avoir de plus en plus de réponses et de commentaires, par courriel, sur le site internet ou en personne. Et ce qui est stimulant, c’est qu’on rencontre parfois des gens qu’on ne connait pas et qui nous disent avoir lu nos articles. Ces feedback positifs nous encouragent et nous enthousiasment énormément!

Ne serait-ce que pour ça, le site internet confirme son utilité et sa pertinence propre. Je serais donc satisfaite du travail fait et des résultats, même si l’histoire devait s’arrêter là…

 

Mais en fait, ce n’est que le début!

En tout cas, moi, ça me donne confiance que notre projet est sur la bonne voie. Ce projet de communauté, c’est quelque chose qu’on prépare depuis plusieurs années déjà, et des fois, je me demande si on ne prend pas un peu trop notre temps pour rien: j’ai hâte de vivre l’expérience pour vrai!

D’ailleurs, plein de gens nous demandent également: Quand est-ce que vous allez exister? On peut maintenant affirmer officiellement: à partir de septembre 2015, nous allons habiter ensemble à la Maison Mauve à Bonaventure, pour “commencer” la vie collective et le partage de revenu, pendant que nous poursuivons plus activement nos recherches pour trouver une propriété pour accueillir notre projet. Nous serons alors 4 personnes à pouvoir nous investir pleinement dans la recherche et le développement des diverses formes (économiques, légales, sociales) qui nous permettront d’appliquer nos valeurs dans le concret!

Mais les petites réussites, qui se construisent avec le temps, sont l’indice d’un développement positif et constant, “lentement mais sûrement”, et viennent me rappeler que, “chaque chose en son temps”, ça vaut la peine d’attendre, que cette attente n’est pas un processus passif, mais permet aux différentes pièces du casse-tête de se mettre en place pour que les étapes qui suivent se déroulent bien.

 

Ce que vous ne voyez pas

Et puis, parmi ces indices, il se passe aussi des trucs à l’interne qui ne sont pas nécessairement visibles. Un groupe de personnes qui gravitent très près de notre projet a également pris forme. Nous nous rencontrons aux deux mois environ, pour réfléchir sur les différents aspects du projet, et partager nos expériences ou nos questionnements personnels par rapport à la vie collective. Entre temps, nous avons aussi une plate-forme de travail collaboratif où nous nous rencontrons de manière informelle et plus spontannée pour poursuivre le travail, et continuer d’apprendre à se connaître.

Différents éléments sont chers à notre coeur:

  • il est important pour nous que les nouvelles personnes intéressées puissent se joindre à l’exercice, trouver leur place et participer pleinement;

  • nous souhaitons également nourrir et protéger les liens qui se développent entre nous, la confiance et l’intimité de nos partages;

  • enfin, nous voulons assurer une base stable et solide au coeur de la flexibilité et de la capacité d’adaptation à la nouveauté.

Nous avons donc senti le besoin de clarifier les étapes d’intégration de nouvelles recrues, pour protéger tout ça. (voir l'article Sélection des membres - théorie et pratique à Twin Oaks pour comprendre un peu mieux l'importance de cet élément dans une communauté et comparer avec le processus existant d'une communauté bien établie)

 

Pour assouvir votre curiosité, les voici!

La première étape: connaissance de l’autre

Le gens intéressés au projet nous contactent souvent d’abord par courriel. Il arrive aussi que ce premier contact se passe “en personne”, par le biais d’un-e ami-e ou d’une connaissance ou lors d’un évènement particulier. Une personne du groupe assure généralement la communication à cette étape. Jusqu’à date, c’est Audrey qui répond aux courriels de ces personnes-là.

Les premieres étapes commencent souvent par une rencontre en personne pour lui expliquer le projet du manoir. Ensuite, on lui recommande souvent d’aller visiter le site web, pour se faire une idée de notre projet.

Si la personne se montre plus intéressée, voici les documents de base à lire:

  • la vision et ses 5 principes
  • tous les articles dans la catégorie “Le Manoir: explications”?
  • on vous recommande 1 ou 2 articles dans la catégorie Réflexion
  • Liste de références à consulter sur les communautés pour voir si certains documents vous intéressent

 

Deuxième étape: l’intégration

Pour l’instant, le projet du Manoir existe surtout sur deux plans: le site internet, et les rencontres formelles et informelles du “groupe affinitaire”. L’intégration de la nouvelle personne à ces espaces se fait avec le soutien d’un “parrain” ou d’une “marraine”.

Le rôle de ce “marrain” ou de cette “parraine” est double. D’une part, c’est en quelque sorte le ou la premier-e répondant-e: c’est lui ou elle qui répondra aux questions ou questionnements de la nouvelle personne, qui l’orientera vers l’information pertinente, qui assurera un suivi pour les différentes étapes. Par exemple, c’est une responsabilité essentielle qui permet la bonne marche des réunions, et qui permet au groupe de continuer de progresser sans avoir à toujours s’arrêter pour tout expliquer ce qui a déjà été décidé ou discuté. De l’autre côté, de manière plus informelle, ille s’assure que la nouvelle personne se sent à l’aise de prendre sa place, que cette dernière s’approprie les outils et la “culture”, suffisamment pour pouvoir intégrer les réflexions du groupe et les faire siennes, tout en sachant apporter ses idées et commentaires de manière constructive.

Bref, dans ces étapes d’«intégration», on lui demande si elle est intéressée à s’impliquer un peu en écrivant un article pour le site internet. Après avoir discuté avec la personne, il y a peut-être un sujet qui l’intéresse en rapport avec les communautés ou tout autre sujet énoncé dans la vision. Nous encourageons donc les personnes a écrire un article sur un sujet de son choix.

Parallèlement, on initie son intégration au groupe par différentes étapes: se présenter au groupe par écrit, et prendre connaissance de la description des membres du groupe. Participer à une rencontre “formelle” (par téléphone/skype) où tout le groupe est présent (il est aussi possible d’organiser un souper avec 1 ou 2 autres personnes avant “la vraie”). Puis participer au document de travail du groupe et aux rencontres “informelles”.

Enfin, il y a des documents internes qui concernent le développement du futur du projet, et qui détaillent l’engagement que va représenter l’adhésion à la communauté. Si la personne se montre toujours intéressée au projet à ce stade, il est donc normal qu’elle y participe. Ces documents sont, entre autres, l’échéancier pour l’automne 2015 et le budget.

Mots-clés

Au delà de l’entreprise

Écrit par Arielle
05/17/2015 - 17:49

Par le projet de construire une communauté intentionnelle à revenus partagés au Québec, nous voulons à la fois donner les moyens aux membres du Manoir d’expérimenter et de vivre une alternative au système économique actuel, et du même coup, nous voulons démontrer qu’il est possible de faire autrement et offrir un exemple à celles et ceux qui cherchent une bouffée d’espoir dans un monde asphyxiant.

Nous voulons remettre en question la notion de propriété privée par la mise en commun des ressources et la gestion collective des espaces. Nous voulons remettre en question la définition des êtres humains comme des consommateurs-trices, d’une part en construisant notre autonomie (voir l’article Autosuffisance et communauté), c’est-à-dire en réduisant le circuit entre la production et l’utilisation d’un bien ou d’un service, d’autre part en visant à réduire nos besoins en énergie et en ressources en choisissant de vivre plus simplement. Nous voulons remettre en question les notions de travail, de salaire, de profits, de progrès, de production, en questionnant les rapports que nous entretenons avec les autres êtres humain-e-s, ainsi qu’avec la nature, pour faire apparaître les relations de pouvoir, de domination, d’exploitation, les inégalités et les abus, afin de trouver de nouvelles manières d’échanger qui “participent à l’épanouissement de toutes les formes de vie”(dans notre vision!).

 

Avec cet idéal comme horizon, la communauté se veut un outil, un moyen qu’on se donne collectivement pour expérimenter des formes différentes de relations. C’est un espace de questionnements où l’on se permet d’explorer des pistes de réponses, et de réajuster nos actions au regard de leurs effets réels. (voir l’article à venir sur les communautés intentionnelles et la révolution)

Il faut toutefois se rappeler que chacun-e d’entre nous a grandi-e, a été formé-e et a intégré les formes du capitalisme que nous critiquons ici, et auxquelles nous souhaitons trouver des voies de sortie. Les modèles ne sont pas nombreux qui nous permettent d’élargir nos perceptions. Sans s’en rendre compte, on applique donc les schèmes dominants: même dans la construction de l’alternative, ça arrive comme un réflexe!

 

L’angoisse qui surgit lorsqu’on aborde la question du partage de revenu m’apparaît comme un indice de ce phénomène. Et l’une des façons dont cette panique douce se manifeste concerne la source de revenu. Plusieurs questions surgissent alors: d’où viendra l’argent? comment vous assurerez-vous que tout le monde apporte la même contribution au groupe? si vous pensez travailler à l’extérieur, êtes-vous sûr-e-s d’avoir des jobs si votre communauté est en région éloignée? quelles seront les entreprises qui généreront des revenus?

Et c’est généralement à ce moment que se mettent à pleuvoir les suggestions d’entreprises profitables que nous devrions démarrer! C’est génial que cette question suscite autant d’enthousiasme, mais en même temps, j’ai toujours un sentiment étrange quand on glisse vers ce sujet. Un sentiment qui n’est pas que de l’irritation de me faire dire quoi faire par du monde que je ne connais pas et qui n’a pas l’intention de s’impliquer dans le projet. Qui n’est pas seulement non plus de l’impatience face à des suggestions prématurées qui ne tiennent pas compte des conditions géographiques et sociales spécifiques de l’endroit où la communauté évoluera (puisque le lieu n’est pas choisi encore), ni des opportunités réelles qui émergeront d’un besoin identifié dans la communauté élargie et de la synergie des forces et compétences des membres du moment. Pas juste de la joie de voir l’enthousiasme qui anime les gens à qui on parle de notre projet, et de l’espace de rêve qui s’ouvre dans leur imaginaire à l’idée d’un lieu d’expérimentation et de plus grande liberté. Non, y’a un petit quelque chose de plus. Et je pense que c’est un certain malaise qui vient de l’impression qu’on se garoche un peu vite dans des solutions concrètes, un peu trop vite dans les réponses… Il me semble qu’une remise en question profonde d’un système total qui exerce son emprise sur chacun-e de nous depuis toute notre vie devrait prendre, disons, quelques minutes de plus. Je garde donc une certaine suspicion face à ce qui m’apparaît être un piège de la pensée, et j’aspire et j’espère encore avoir l’espace mental pour laisser la réflexion prendre son envol dans ma tête, dans nos têtes, dans l’esprit collectif...

 

Entreprendre

L’idée de développer une, ou mieux, plusieurs entreprises autogérées au sein d’une communauté intentionnelle à partage de revenus, est vraiment emballante. Imaginer ne plus dépendre d’un travail salarié abrutissant et aliénant, où notre énergie est investie dans des actions qui ne font pas de sens pour nous et où on sent qu’on travaille “pour un patron qui au fond s’en fout”, c’est déjà si proche de la liberté! Être entrepreneur-e, c’est pouvoir vivre de nos passions, faire ce que l’on aime et être payé pour, choisir chaque jour comment on mène notre vie.

On en oublie même parfois que c’est aussi souvent synonyme d’un engagement vraiment intense de soi-même, d’une disponibilité absolue, de grosses responsabilités et d’un grand stress, qu’il faut être très polyvalent-e et doué-e dans plusieurs domaines, savoir s’entourer des bonnes personnes, etc.

On oublie aussi, trop souvent, “que la présente économie capitaliste valorise déjà la “création”, hors des anciens carcans industriels. Les managers sont incités à faciliter la libération des initiatives, promouvoir les projets innovants, la créativité, le génie, voire la déviance” (tiré du livre À nos amis, du Comité Invisible). De quoi douter du caractère intrinsèquement révolutionnaire de l'entrepreneuriat...

Malgré ces critiques un peu cyniques, je suis moi aussi animée par la croyance que cette option est certainement la meilleure pour parvenir à aller chercher les revenus dont nous serons encore dépendants une fois que nous aurons diminué nos besoins et que nous produirons, réparerons, partagerons ou échangerons la plus grande partie de ce qui est nécessaire pour combler ceux qui restent. D'autres raisons peuvent également justifier le choix de mettre une entreprise sur pied, comme par exemple le fait que ce puisse être un bon moyen de contribuer à la communauté élargie.

La base de la démarche

Pour être vraiment “révolutionnaire”, toutefois, il est important de prendre conscience de la perspective où nous situons notre réflexion. Dans quelle optique faisons-nous nos choix? En gros, ce que j’invite à faire, si ce n’est pas déjà la cas, c’est de trouver un autre point de départ à l’idée de faire une entreprise que celle de générer des revenus pour la communauté. De mettre de coté les notions de travail, de clientèle cible, de compétition, etc.

Le processus de réflexion pour choisir ce que nous voulons faire, selon moi, devrait plutôt partir d’abord de ce que nous voulons pour nous-mêmes.

  1. De quelles infrastructures aimerions-nous nous doter? D’un atelier de menuiserie ou de fabrication de machines “open source”, d’une grande cuisine fonctionnelle et d’une salle de transformation alimentaire, d’un grand garde-manger plein de produits bio et locaux en vrac, d’une salle de rencontre et d’activités spacieuse et chaleureuse, d’une salle de musique, voire d’enregistrement, d’une serre et de grands jardins, d’un verger diversifié cultivé selon les principes de la permaculture, d’ateliers d’artiste pour peindre et sculpter, d’espaces de travail munis d’outils de communication haute-performance (internet, et même des serveurs alimentés à l’énergie propre!), et quoi d’autres encore!

     

  2. Ensuite, de quels produits aurons-nous besoin? Que voulons-nous fabriquer pour nous-mêmes, ou à quoi souhaitons-nous avoir accès? Des toilettes à compost, du bois d’oeuvre, des matières recyclées pour la construction ou pour réparer à des fins de réutilisation? Des vélos en bon état pour se déplacer, du matériel de cirque ou de sport, des vêtements et des costumes, des savons et produits nettoyants naturels? Des remèdes d’herboristerie, des sources d’énergie efficaces et renouvelables (éoliennes, chauffe-eau solaire passif, foyers de masse), du jus frais à profusion!

     

  3. Quelles connaissances ou habiletés voulons-nous développer, quels talents et aptitudes voulons-nous partager, quels services voulons-nous échanger, quels liens voulons-nous créer, quelle culture voulons-nous incarner? Quelles sont les structures ou les outils dont nous souhaitons nous munir pour faciliter l’épanouissement, la liberté, la confiance, la résilience, autant collective qu’individuelle? Quels sont les moyens que l’on choisi pour réaliser ces aspirations?

     

Une fois ces éléments établis, pensés, rêvés, une fois la vision collectivement énoncée, clairement établie, mettons-la en place. L’entreprise, pour moi, n’est pas un moyen de faire de l’argent pour nous permettre de réaliser nos rêves. Ça, c’est la vision que le capitalisme nous vend, c’est ce qui anime le 90% des gens qui ne sont pas au chômage, celles et ceux qui rêvent d’une maison, d’un voyage, d’une famille, d’une retraite douce, celles et ceux qui donnent les 40h les plus productives et créatives de leur semaine (sans compter les heures passées dans le traffic pour s’y rendre, et les heures à nourrir leurs besoins qui leur permettent d’être productifs-ves le lendemain…).

L’entreprise n’est pas un moyen de faire de l’argent pour nous permettre de réaliser nos rêves. L’entreprise doit être une des formes que prend notre rêve. Ce doit être un résultat de la mise en action de notre vision. Ce peut aussi être un moyen d'avancer vers cet objectif, mais pas seulement un moyen financier: un moyen matériel surtout, organisationnel d'abord. Une structure qu’on se donne, en partie pour profiter des avantages que le système dominant donne aux entreprises, oui, peut-être, mais en restant conscient-e-s et vigilant-e-s afin que celle-ci ne s’impose pas à nous...

Commentaires sur cet article 1

Autosuffisance et communauté

Écrit par Invité-e spécial-e
06/11/2015 - 10:05

par Richard Latreille

L’autosuffisance: qu’est-ce que c’est?

Je définis l'autosuffisance comme étant une philosophie organisationnelle et un mode de vie communautaire qui vise à ce que les besoins humains soient comblés au sein d'un réseau de proximité. Le réseau de proximité se caractérise comme étant un système d’échanges au sein duquel les membres de la communauté intentionnelle et de la collectivité (village, région) tissent communément des liens. Ces liens seront encouragés par des idéologies communes. En ce sens, dans sa progression vers l’autosuffisance, une communauté intentionnelle qui se définirait comme étant féministe chercherait à s’affranchir des liens qu’elle entretient avec une entité qui propage des idées rétrogrades et misogynes.

Je définis l’autosuffisance comme étant un projet communautaire, car je considère qu’il faut une solidarité pour atteindre l’un des buts premiers de ce mode d’organisation qui est de diminuer les charges de travail nécessaires afin de combler les besoins des individus tout en conservant un niveau de confort et de qualité de vie intéressante. Seul et sans réseau de proximité, il est vrai que l'autosuffisance soit possible à atteindre, mais l'effort nécessaire est tel qu’une personne ne se libérerait pas en terme de charges de travail: au contraire, elle les ferait probablement croître, ce qui aurait un impact considérable au niveau du confort et de la qualité de vie. Je crois que cela est également vrai pour tout regroupement, aux nombres et aux ressources restreintes, qui chercherait à se couper du monde extérieur. Cependant, l’atteinte de cet objectif est possible en s’appuyant sur la collectivité qui nous entoure. C’est donc le partage des obligations, au sein du réseau de proximité, qui fait de l’autosuffisance un mode de vie fonctionnel et libérateur, conséquemment, seul le fait d’étendre la conception de l’autosuffisance à un degré communautaire permet cela. En s’appuyant sur un réseau de proximité au sein de la collectivité, la communauté intentionnelle ouvre la voie à de l’aide et de l’épanouissement mutuel.

Comment ça marche?

En autosuffisance, on vise à produire le maximum de ce dont nous avons besoin, que ce soit la nourriture, les vêtements, les outils, l’énergie et même les revenus. Cependant, certaines situations se présentent où l’on n’est pas en mesure de produire certain un bien ou que sa production ne soit pas stratégiquement viable. Il se pourrait alors qu’il soit plus propice de consolider des liens des solidarité avec un-e producteur-trice local-e qui nous fournit ce bien plutôt que de se priver ou de trouver une alternative. Lors des échanges entre producteur-trice et client-e les méthodes à privilégier sont celles qui mettent en avant plan l’échange de service ou de biens que l'un et l'autre produisent. Les conséquences favorables d'un tel échange sont entre autres:

  • La participation à créer volontairement un lien d'interdépendance. L'autosuffisance, ou l'autonomie, n'est pas l'indépendance;

  • Que cette interdépendance, lorsqu'elle s'inscrit dans le long terme, ancre le lien qui unit les deux parties dans un soutien mutuel concret, et nourrit la création d'un lien affectif (reconnaissance, respect mutuel). On glisse tranquillement vers la solidarité;

  • L'autosuffisance de l'un-e contribue à celle de l'autre. De proche en proche, on en vient à participer à bâtir la résilience de la collectivité et le pouvoir sur son avenir;

  • Cette forme d'échange est en soi un choix d’affirmation politique.

Ce ne sont pas toutes les situations qui permettront d’établir des relations d’échanges qui se basent sur l'entraide ainsi que l’échange de biens ou de service, et ce, spécialement aux débuts d’une communauté intentionnelle. À ce stade, ce sont les balbutiements de telles relations qui prennent forme avec les membres de la collectivité. Dans plusieurs cas ces relations commenceront d’une manière qui ne bouscule pas trop le statu quo. En ce sens, le système monétaire est un atout car il est universellement reconnu. Se placer complètement en marge du système monétaire est à mon avis l’une des facettes les plus difficiles à atteindre si ce n’est seulement qu’on n’est pas à la veille de recommencer à payer nos taxes avec des rutabagas. Il faut alors ne pas voir le système monétaire comme un ennemi mais comme un allié qui aidera une communauté à atteindre ses buts relatifs à l’autosuffisance. Il sera un allié si :

  • nous sommes en mesure de nous appuyer sur sa présence parcimonieusement et aux moments propices;

  • nous l’utilisons afin de générer des relations de confiance dans le but d’opérer un éventuel changement dans la manière de commercer avec la collectivité;

  • nous sommes affranchis des patrons en étant nous mêmes les générateurs des revenus;

  • son utilisation ne crée pas des situations qui seraient contraires aux valeurs de la communauté, ex. créer des situations d’inégalités entre les membres dans une communauté à partage de revenus.

À quoi ça sert?

L'autosuffisance comme but à atteindre au sein d’une communauté intentionnelle est donc un processus qui met en place les relations, les connaissances et la mécanique permettant  de se situer en marge du système capitaliste. J’utilise le terme en marge, parce qu’il n’exclut pas du capitalisme mais place plutôt une communauté en position pour ne pas être un acteur important de ce système. En cherchant à instaurer des méthodes alternative d’échanges la communauté n’encourage pas la recherche de gain monétaire. En vivant dans un lieu commun et partagé nous n'encourageons pas la possession individuelle et privée des terres. En cultivant nous même une grand partie de notre nourriture nous nous conscientisons vis-à-vis une nourriture locale de qualité ce qui rend moins attrayant de s’approvisionner via les supermarchés. Conséquemment la communauté peut aussi choisir de créer ses revenus à partir de biens et services qui ne servent pas l’idéologie capitaliste.

Ce nouveau mode de vie permet également à la communauté intentionnelle d'être un vecteur important de changements sociaux dans sa région. L’étendue des changements sociaux possibles peuvent à la fois être l'œuvre de la communauté en soi et de l’implication des individus qui la composent.

La communauté peut être génératrice de changement par sa simple présence et son mode de vie qui offre une alternative tangible à la collectivité qui l’entoure. La nature des liens d'entraide qu'elle aura besoin de créer avec les différents acteurs régionaux et vice-versa sera une extension de se mode de vie qui cherchera à s'immiscer profondément dans les rouages de la collectivité. Ces changements peuvent prendre la forme de l’établissement de structures d’échange et de marchandage qui profiteront éventuellement à des membres de la communauté avec qui nous ne faisons pas directement affaire; ce pourrait être par le fait qu’un commerce commence à intégrer l’échange de services comme méthode de paiement, ce qui profiterait au reste de la collectivité. Ça peut aussi être simplement de combler une demande pour des biens et services locaux. Un exemple d’échange de service est l’entente que la coop Le Germoir, à Saint-Louis, a établi, à l’été 2014, avec les jardins Viridis, à Maria. En échange du travail des gens du Germoir dans les jardins à certains moments critiques de la saison, illes ont reçus des légumes pour tout le reste de l’année qu’illes ont entreposés dans leur caveau.

Les changements sociaux pourront aussi être le fruit d'individus solidaires. La vie communautaire ayant libéré des heures qui auraient autrement été consacrées à effectuer individuellement chaque petite tâche qui mène à un niveau de confort acceptable peuvent désormais être consacrés à divers projet à dimension sociale. Vous comprendrez qu’en ce sens les possibilités d’actions sociales sont innombrables allant de l’implication au sein d’un organisme régional, à la mise sur pied d’un comité pour la promotion d’une idée innovatrice, à un projet artistique ou même d’offrir de partager ses connaissance par des formations. Prenons deux exemples. Le premier: à Twin Oaks, le bénévolat et l'implication militante sont encouragé-es; quelques heures de "travail" peuvent être allouées à ces projets (Le texte L'argent à Twin Oaks développe plus en profondeur le concepts d”heures de travail). Ainsi, certain-es membres sont pompiers volontaires dans la municipalité voisine, ou vont participer à des manifs, etc. Le second exemple: le projet de l'Auberge de la Grève en démarrage à Trois-Pistoles veut offrir une résidence à 7 personnes pour leur permettre développer leurs projets personnels d'implication artistique et/ou politique.

Au final, ce sera la création du contexte d’autosuffisance, en nourrissant l'autosuffisance de tout son réseau, qui participera à créer un environnement social permettant à plus de gens de se libérer à leur tour.

Les communautés intentionnelles et la révolution

Écrit par Invité-e spécial-e
06/15/2015 - 13:33

écrit par Gros Tony

Si Rome ne s’est pas construite en un jour, il en est de même pour tout vaste projet. Le capitalisme même à d’abord fait bien piètre figure au sein du système féodal. Au bas moyen-âge, les bourgeois organisés sous forme de ligues ont su prospérer et tranquillement prendre de plus en plus de place sur l’échiquier politique. Puis, lorsqu’ils se sont sentis assez puissants, aidé du peuple qui croyait à un monde meilleur (liberté, égalité, fraternité), ils ont décapité l’aristocratie et se sont investi des pouvoirs, sous la forme de la démocratie bourgeoise que nous connaissons aujourd’hui. Pour les révolutionnaires, il peut parfois être long d’attendre que le grand soir ne survienne. En attendant notre triomphe, préparons demain. Pour y arriver, les communautés intentionnelles à revenus partagés sont d’excellents outils. Il faut d’abord changer notre culture saturée par le système qui nous domine, système qui influence même notre pensée, par un système subtil de propagande, que ses promoteurs appellent publicité. Ensuite, nous devons préparer un bon réseau d’infrastructures pouvant nous fournir une stabilité lors du changement que nous voulons provoquer.

 

Chaque humain s’imprègne de la culture dans laquelle il vit. Ainsi, quelqu’un qui vit au Québec à de bonne chance d’avoir la culture québécoise et quelqu’un qui vit dans le capitalisme, à de bonne chance d’avoir la culture capitaliste. Par exemple, actuellement, notre culture nous façonne pour qu’on soit en constante compétition. Elle nous individualise, nous fait voir le bonheur dans la voie matérielle seulement, sans parler de sa nocivité pour l’écologie de la planète. Les enfants qui se battent pour avoir la meilleure note à l’école, qui son assis sur leur cul, formés à obéir et obligés de penser au métier, à la fonction qu’ils occuperont lorsqu’ils seront grands est un bon exemple de ce conditionnement. Un changement de culture vers un monde libertaire s’impose. C’est un processus qui prend plusieurs années, voir même plusieurs générations. Si les enfants d’anarchistes ont de bonnes chances d’être modelés par les valeurs libertaires (égalité, coopération, camaraderie, mutualisme, autogestion, liberté, démocratie, écologie, féminisme, partage), il n’en est pas de même pour les instigateurs du nouveau paradigme qui n’ont que leur volonté et leur camaraderie pour changer leurs agissements.

 

Lorsqu’un «mauvais pli» est pris, il est difficile de le changer et à entendre mes aïeux, il paraîtrait que ça devient plus dur en vieillissant. Une communauté intentionnelle est une bonne manière de décoloniser notre imaginaire et de s’entraider à bâtir la culture que nous voulons; sans oppression, ni hiérarchie, ni violence. En côtoyant des gens, qui essaient chaque jour d’évoluer dans le même sens, ouverts à la critique constructive, les choses vont beaucoup plus vite que tout seul dans notre coin. En plus, dans une communauté intentionnelle, nous aurons la chance de tout partager et de vivre en proximité, ce qui nous confrontera encore plus avec notre vieille culture que nous tentons de laisser de côté. Et pour la suite, que faire de la masse des gens qui préfèrent ignorer les problèmes plutôt que les confronter? On peut se dire qu’ils sont suiveux et que lorsqu’une masse critique de gens fonctionnera d’une autre manière, ils changeront. On peut aussi se dire que lorsqu’ils se seront fait assez appauvrir pour prendre la rue, ils seront alors entraînés par quelque chose de plus grand qu’eux qui les changeront à tout jamais. La révolution forme le ou la révolutionnaire. Et à ce moment, les communautés intentionnelles représenteront une autre alternative qui nous empêchera de retourner à ce que nous avons toujours connu.

 

Les communautés intentionnelles à revenu partagé seront un noyau solide pour assurer une stabilité au moment de changements brusques. En effet, elles auront un capital de production capable de subvenir aux besoins de ses membres et en cas de nécessité, même davantage. Ses habitants auront acquis des compétences et des savoirs sur des techniques et des technologies plus écologiques et moins aliénantes qu’ils pourront diffuser dans ce monde en crise pour essayer de le restructurer. On espère qu’alors elles se seront fédérées pour encore plus de poids, car comme le disais l’autre : le tout vaut plus que la somme de ses parties. Elles deviendront alors une influence de taille pour un nouveau monde plus égalitaire.

Pour conclure, il faudra garder en tête que la diversité est sans doute la clef, que le système parfait n’existe pas, que chaque groupe d’individus pourra créer quelque chose qui lui ressemble. Tant et aussi longtemps que nous tendrons vers des idéaux de liberté et d’égalité les réponses que chacunE trouvera pourront travailler en synergie. Et comme les idéaux sont des horizons et non des points d'arrivée, il faudra que les communes soient en perpétuel changement afin de tendre le plus possible vers ceux-ci.

Dossier "Income Sharing Across the Pond" - Introduction

Écrit par Arielle
05/12/2015 - 21:58

GPaul Blundell a été membre de Acorn pendant près de 10 ans, une communauté d’une trentaine de membres, anarchiste et à partage de revenu, fonctionnant par consensus, située en Virginie, aux États-Unis. Il a participé à sa renaissance, à ses années d’épreuves et de formation. Il habite présentement à Washington, où il souhaite démarrer une nouvelle communauté intentionnelle, Point A.

Il utilise ses expériences en facilitation et en gestion de groupe, en communication publique, en organisation politique et en activisme, ainsi que ses études des théories anarchistes et de l’économie, afin de donner naissance au monde nouveau qui dort dans nos coeurs. Son nom est une erreur administrative, et lui et Emma Goldman sont né-e-s la même journée.

Ceci est une traduction libre de la conférence que GPaul a donné en 2014 sur un voyage qu’il a fait dans 6 communautés intentionnelles d’Europe.

Fichier audio de l'introduction (version originale en anglais)


GPaul poursuivait deux objectifs principaux par son voyage en Europe. Il était intéressé à découvrir:

- Comment les groupes de différentes tailles et dans différentes situations arrivent à utiliser le consensus d’une manière qui leur convient;

- Comment des communautés à partage de revenu parviennent à survivre et même à fleurir dans un environnement urbain.

 

La compréhension qu’a GPaul des communautés égalitaires aux États-Unis est fortement teintée par les 9 années et demie où il a vécu à Acorn, communauté membre de la FEC (Fédération des communautés égalitaires). Par son voyage, il était à la recherche d'autres modèles, afin d’aller chercher de l'information et des d'histoires intéressantes à raconter aux gens des États-Unis, pour qui l'éventail des possibles risquerait autrement de se réduire à ce qui y existe.

 

Avertissement: il n’a séjourné dans chacune de ces communes que pour quelques jours, et n’a recueilli le point de vue que d’un nombre limité de membres, sélectionné-e-s par le fait qu’illes parlaient anglais. À prendre avec un grain de sel donc!

 

La FEC et ses communautés

Cette présentation revient souvent à comparer les communautés européennes visitées à celles de la FEC. Voici donc, en introduction, une description de ce que c’est!

 

Tout d’abord, une communauté intentionnelle est un groupe de gens partageant des buts communs ou ayant une sorte de processus d’intégration des membres. Il y en aurait entre 2000 et 4000 aux États-Unis. Parmi toutes, seules quelques unes nous intéressent:

  • Celles qui se veulent un laboratoire social d’expérimentation d’une société différente, et qui sont donc séculaires. C’est-à-dire qu’elles ne sont pas religieuses, ou ne se définissent pas par une pratique spirituelle commune, ou ne sont pas le fait d’un gourou, ce qui règle le cas d’environ la moitié des communautés intentionnelles;

  • Elles doivent pratiquer une économie intéressante qui cherche à intervenir radicalement pour contrer les problèmes du capitalisme, telle la cruauté et l’inhumanité inutile de ce système. Elles cherchent à construire une plus grande solidarité. La vaste majorité des communautés ne vont pas dans ce sens: investissement massif demandé aux nouveaux-elles pour l’achat d’une propriété, travail salarié ou bon capital de départ nécessaire de la part de chaque individu, pas beaucoup de partage, de coopération ou de solidarité entre les membres.

 

La FEC est la Fédération des communautés égalitaires. Elles compte 7 communautés membres, mais il existerait 2 ou 3 fois plus de communautés qui pourraient être définies par les mêmes principes de base. Ceux-ci sont:

  1. La propriété commune de la terre, du travail et des ressources;
  2. La responsabilité de la communauté de pourvoir aux besoins de ses membres;
  3. La pratique de la non-violence;
  4. La pratique de la démocratie (cela peut prendre diverses formes);
  5. Le travail actif pour une égalité de fait entre les personnes et contre la discrimination;
  6. La conservation des ressources naturelles;
  7. La création d’espaces et de pratiques de communication dans le groupe et de soutien au développement de chaque personne dans son individualité.

 

Les communautés de “Kat Kindade”, et Sandhill

Kat Kinkade a fait partie des trois groupes fondateurs qui ont respectivement créé les communautés de Twin Oaks, East Wind et Acorn. C’est pourquoi elles sont regroupées sous ce nom, bien que ce qui les rapprochent le plus n’est pas tant fondatrice commune que leur modèle très semblable parce qu’elles sont issues de Twin Oaks. En effet, East Wind et Acorn ont très largement copié Twin Oaks, sauf pour les éléments contre lesquelles elles étaient en réaction.

Les trois communautés sont un peu bizarre parce que leurs principes fondateurs sont plutôt vagues…

Twin Oaks, Virginie. 95 adultes, 17 enfants. 47 ans. À ces débuts, en 1965, Twin Oaks se voulait une expérimentation béhavioriste, qui mettrait en pratique le roman utopiste de science-fiction “Walden Two” écrit par B.F. Skinner. Ça n’a duré que quelques années, mais la structure décisionnelle et organisationnelle est restée.

East Wind, Missouri. 70 adultes, quelques enfants. 40 ans. 6 ou 7 ans plus tard, un groupe de personnes quitta Twin Oaks pour fonder East Wind. Ils ont choisi de laisser tomber une partie de la structure décisionnelle et ont adopté le vote par majorité.

Acorn, Virginie. 30 adultes, 1 enfant. 20 ans.  20 ans plus tard, Acorn voit le jour à son tour. Jetant un regard sur ses deux communautés soeurs, et décidant qu’aucun des deux exemples ne leur convient, illes décident de fonctionner par consensus, qui commence à être la mode dans le monde de la gauche.

 

Les trois communautés sont toutefois semblables dans la manière dont fonctionne leur économie. Tout d’abord, il y a des quotats de travail, c’est-à-dire que chaque membre doit contribuer par un certain nombre d’heures de travail. Cela est considéré comme étant égalitaire, parce que ce n’est pas basé sur l’effort, le type de travail effectué ou la productivité. Ensuite, il y a deux économies parallèles. D’une part, les produits du travail sont gérés collectivement, et les besoins de base des membres sont couverts par la communauté. D’autre part, les membres reçoivent une petite allocation mensuelle et peuvent travailler à l’extérieur de la communauté pour combler des besoins plus personnels (alcool, tabac, voyages, etc.).

 

Sandhill. 5 membes. Communauté rurale du nord du Missouri. Quarantaine d’année.

Cette communauté a été démarrée avec l’intention d’être une communauté égalitaire à partage de revenu, avec un style de vie de campagne et une ambiance familiale. De petite taille donc, elle est basée sur l’agriculture. Illes ont choisi de fonctionner par consensus, longtemps avant tout le monde.

Il n’ont pas une économie parallèle comme dans les communes de Kat Kinkade, mais plutôt une “économie unitaire”: toute l’argent faite de quelque façon que ce soit par n’importe quel membre va dans un pot commun. Quelque soit ton besoin, tu prends l’argent dans le pot, et il n’y a pas de restriction sur les types de besoins couverts par la communauté comme dans les exemples précédents. Ils n’ont pas de quotats de travail ou d’attentes définies: la contribution de chacun-e est régulé-e par ton propre sens de responsabilité, ainsi que par des discussions entre les membres. Les gens qui vivent dans les communautés de Kat Kinkade semble expliquer cet exemple de partage plus radical par le fait que « ça marche juste parce que c'est un petit groupe, pis de toute façon, ils sont dans un trou tellement perdu que les membres ne peuvent pas vraiment dépenser l'argent ».   

 

Les communautés urbaines

Emma Goldman Finishing School.

 

The Midden

Basée sur Emma Goldman.

 

Ces deux communautés ont plusieurs points en commun. D’abord, elles partagent un but commun, qui est de couper drastiquement le coût de la vie et d’améliorer leur qualité de vie et leur résilience personnelle afin de libérer du temps et de l'énergie pour du travail militant pour la justice sociale qu'illes veulent voir dans le monde. La stratégie de la communauté d’Emma Goldman est de travailler de manière rémunérée pour des organismes oeuvrant pour la justice sociale, alors que les membres de The Midden cherchent à travailler le moins possible pour faire du travail militant non payé pour des groupes anarchistes.

Elles ont une économie à deux voies, qui ne fonctionne pas par quotat de travail, mais par une sorte de système d’imposition sur les revenus que les membres font à l’extérieur de la communauté et qui permet à chacun-e de garder une économie personnelle tout en mettant des ressources en commun. Ce système de contribution complexe, se veut une façon d’injecter de l'égalitarisme dans les relations marchandes que les gens ont d'ordinaire dans l'économie de marché.

Les deux communautés sont constituées d’environ une douzaine de membres et fonctionnent par consensus.

 

Un mot sur le partage

Plus tu partages et plus le niveau de coopération est élevé, plus c’est efficace. En fait, on pourrait voir le capitalisme comme une façon étrange et perverse d’encourager les gens à coopérer.

Contrairement à une économie individuelle, où il faut investir un effort considérable et extra pour mettre des ressources en commun (coop, etc.), dans un système de partage de revenus, c'est le contraire, il faut mettre de l'énergie supplémentaire pour les dépenses individuelles.

Vivre en communauté à partage de revenu permet de diminuer la quantité d’argent nécessaire pour bien vivre. Par exemple, Twin Oaks offre un niveau de vie très confortable en comparaison à la classe moyenne: un excellent filet social, où les membres ont 3 semaines de vacances par année, un congé de parentalité de près de 3 ans, des congés de maladie illimités, un travail confortable et un horaire flexible, et on s’occupe entièrement de toi: de délicieux repas biologiques cuisiné pour toi 2 fois par jour, un sauna, un étang pour se baigner, etc. Il en coûte 4000$ à 6000$/membre/année pour tout ça! Pour un niveau de vie équivalent, avec en plus du café illimité et une meilleure connexion internet, Acorn offre le tout pour entre 8000$ et 9000$/membre/année. De son côté, la communauté The Midden, a nourrit ses 7 membres pendant toute l’année avec seulement 400$.

 

(Quelques minutes de l’introduction sont ensuite passées à discuter du consensus et de la diversité des mode de prise de décision dans les communes de la FEC en réponse à une question dans l'assistance, échange non retranscrit ici)

 

L’Europe: particularités démographiques et questionnement

Il semble y avoir une distinction importante entre les communautés du FEC et celles d'Europe, qui a de quoi surprendre au premier abord. Aux States, la majorité des aspirant-e-s membres sont soit dans la vingtaine, ou alors dans la cinquantaine. Cela paraît naturel, puisque les gens vont dans des communes à des moments de transition dans leur vie: après l'école mais avant la famille, ou après leur retraite, alors que leurs enfants ont grandi, ou encore après un divorce.

En Europe, ils n'ont personne dans la vingtaine: c'est dans la trentaine ou dans la cinquantaine. Ce qui paraît normal, puisque dans la vingtaine, t'es sur le party, en ville, t'explores et t'es centré un peu plus sur toi-même, c'est quand t'es prêt à te caser que tu cherches un milieu de vie...

Ces différences démographiques soulèvent donc un questionnement en lien avec les différences de structures observées: qu’est-ce qui influence quoi? ou encore, y a-t-il seulement une influence réciproque ou pas pentoute et c'est seulement une différence culturelle?

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Seeds: the beauty of life

Écrit par Audrey
05/24/2015 - 00:00

Texte écrit pendant mon séjour à Twin Oaks pendant mes cours d'anglais et amélioré récemment pour le rendre encore plus intéressant.

One of my favorite jobs at Twin Oaks was to work in the seeds garden. I worked about 20 hours a week with some members of Twin Oaks community.

 

The seed business at Twin Oaks started a couple of years ago and Edmund Frost has been the manager since then. The goal of the seed business is to grow organic, well-adapted, downy-mildew resistant plants and to take their seeds. The name of the business is Common Wealth seed growers.

 

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Here is what they say about themselves: Common Wealth Seed Growers is a new project of four Central Virginia seed growers from three farms: Living Energy Farm, Twin Oaks Seed Farm and All-Farm Organics. We offer organic, regionally-adapted, open-pollinated seeds for a limited number of outstanding varieties. We grow all the seeds we sell, and we only sell what grows well here.

 

 

In the summer of 2014, in the seeds garden, we have been growing tomatoes, peppers, hot peppers, squashes, winter squashes, cucumbers, okras, flowers, beans and melons. There are many steps to producing good seeds with a high germination rate. Here are some of the steps months by months.

 

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March is the beginning of the growing season in Virginia. We put the seeds in crates under the greenhouse. For a while, we take care of them by giving them water at least twice a day. In April, it’s time for transplanting. In the garden, the rows have been made with the tractor that prepares all the soil that we need. Therefore, every single little plant is taken away from their nurturing and cozy crate. Each little plant then goes in the soil, risking its life for our benefit and for preserving the seeds genetics.

 

 

In general, we want all the little plants to survive bad weather. So, again, we help them by digging a good size hole and by making the soil moist around them. When it’s too dry, we water them.

In May and June, we mostly remove all the weeds that could slow down the growth of our crop. Next to the plants, we scuffle hoe or hand weed. It’s so long sometimes! Every morning for one month, members of Twin Oaks who were willing to work in the seeds garden would hoe everything! We had a lot of really good discussions while weeding. Brooke and I also invented our friday morning seeds sex shift where we would just talk about sex for 4 hours! Sometimes other people would participate and we would have some debate about a lot of sex topics.

 

Weeding takes time but, at least, we were doing it before the weeds were getting too big. Most of the time, we hoe the rows before anything has time to grow bigger than a germination. It makes a big difference for the effort required and the garden looks way better.

 

July is the most relaxing month because there is not a lot of work to be done. We still weed the plants. In general, the weeds have stopped  growing because it’s too hot for them and we already killed most of them twice. The weeds don’t have much energy anymore.

DSC_0598Edmund Frost

August and September are the busy harvest months. I love harvesting! The watermelons are delicious and the vegetables are so colorful! In the seed garden, we don’t grow vegetables for eating but sometimes we can eat them and take their seeds! Watermelon, winter squash and peppers are in this category.

 

Being in the garden in the morning, processing watermelon by eating the center and scooping the flesh and the seeds is one of my favorite activities. It makes you pee and be sticky but mostly you feel rich to be able to do such a thing.

 

With the buckets full of seeds and flesh, we go back to our processing room in the warehouse. We let the buckets of flesh ferment for about 3 days. I can tell you that the odor in the seed room is sometimes pungent and tickles our noses. After the fermentation, we bring the bucket outside where the cleaning area is. We pour water in the bucket until we clearly see the seeds at the bottom. When there is no more flesh mixed with the seeds, we put them on a screen. We bring the screen inside in a refrigerated room where fans are drying plenty of screens and their seeds at the same time.

Sapphyre with Zucca GourdSapphyre

Two weeks later, the dry seeds are ready to be put in containers and sent to the seed packers who will sell it to Southern Exposure Seed Exchange from Acorn community who is a neighbor of Twin Oaks.

 

Here is what Southern exposure seed exchange thinks about themselves: We are a worker-run cooperative where every worker has a voice in the decisions of the company and where workers receive equal compensation regardless of the economic value traditionally placed on the jobs done. We strive to provide a flexible and enriching work environment where each person is inspired to take on multiple roles and to think creatively about how we can continue to improve our work. We have a commitment to quality in all aspects of our service to our customers.

 

The next year, we take the seeds that we produced and plant them in the ground and select the best seeds of the yield until we have a really good variety which is very well adapted to the Virginia climate.

 

Growing seeds can be a political act when you think about Mosanto’s monopoly and its power over so many seed growers in the world. Growing seeds is a good way to become sustainable with your own food. Growing seeds protects our food heritage and permits us to have a higher diversity of plants. Beet the system!

 

In the summer 2015, I will be growing some seeds at the Jardins Viridis garden in Maria, Baie-des-chaleurs, Gaspésie, Québec, Canada. I will be growing seeds for Tournesol coop who are friends with Acorn and Twin Oaks. I decided with the coop to grow 6 vegetables: one variety of yellow beans, one of green beans, broad beans, peas and two winter squashes: red kuri and Delicata zeppelin. I cannot wait to see (and taste…) the results of this project!

at the jardins viridis!

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Linux

Écrit par Vincent
06/06/2015 - 21:15

Linux est un système d'exploitation qui remplace Windows ou MacOs et compagnie. En l'installant, on peut quasiment magiquement ressusciter des ordinateurs voués à être remplacés par des nouvelles machines toutes fraîchement consommées. De plus l'aspect libre de droit de cette technologie permet de faire la promotion de l'accessiblité universelle et de la collaboration.

Libre de droits

Linux domine le marché des serveurs; ces machines invisibles qui hébergent bases de données et sites web et qui gèrent le commerce électronique, l’authentification etc. C’est donc un système robuste, sécuritaire et bien éprouvé! Certaines compagnies qui utilisent ce système investissent dans son développement comme elles investiraient dans n’importe quelle division de leur opération. Ce qui est différent pour Linux c’est que sa licence exige que les améliorations qui y sont apportées soient partagées par la suite; c'est la loi. Tout investissement est donc redistribué à tout le monde! C’est d’autant plus vrai en informatique logicielle car les coûts de reproduction sont quasi nuls! En général une compagnie évite de partager gratuitement les fruits de son travail, surtout si ça peut bénéficier à sa compétition. Pourtant, elles investissent tout de même dans Linux et autres logiciels libres, probablement à cause de la complexité de construire et maintenir soi-même de tels systèmes, et pour l’avantage de bénéficier de l'investissement des autres!

Parce que le code source de Linux est ouvert, on peut reprendre son développement dans une direction que l’on choisit. C’est une démocratie que l’on ne retrouve pas chez les produits fermés, mais il faut tout de même avoir les connaissance pour créer sa propre distribution! Pour illustrer la variété dans les distributions, vous connaissez peut-être la distribution la plus populaire pour les ordinateurs personnel; Ubuntu? Celle-ci est elle-même une branche de la distribution Debian. Il y a environ 150 systèmes d’exploitation construit sur Ubuntu. Voici un arbre qui l’illustre.

Les distributions et les logiciels libres de droits qui s'y trouvent sont matures et sont souvent un rafrachaîsement en comparaison au carcan offert par Windows ou Apple. Certaines fonctionnalités par contre sont moins “lustrées” que ces 2 géants, mais ce n'est pas un "show stopper", même pour un usager qui ne se débrouille pas bien en informatique.

Programmer l’obsolescence

Les logiciels informatiques ont tendance à consommer de plus en plus de ressources et à faire ralentir une machine parce qu'elles offrent de plus en plus de fonctionnalités et de glamour. C'est contre l'intérêt de Apple et Microsoft que nos vieilles machines durent longtemps : ces compagnies cessent d’offrir un support pour leurs vieux modèles, qui sont rapidement dépassés par les nouvelles applications énergivores en ressources informatiques. Contrairement à cette tendance, dans le monde de Linux, il y a des gens qui travaillent à ce que des distributions et des applications alternatives consomment moins de ressources. La production de matériel informatique produit du CO2, se réalise dans de mauvaises conditions de travail et ses déchets introduisent du matériel toxique dans l’environnement.

Une technologie au service de la justice sociale et de l’environnement

Le scénario le plus fréquent pour lequel j'installe Linux est le suivant: J'entends quelqu'un se plaindre que son portable est devenu trop lent, a des virus ou qu'ille songe à remplacer sa veille machine. Je leur propose d'emprunter leur machine, le temps d'installer Linux et parfois de commander de la mémoire vive additionelle. Je fais aussi idéalement un audit des besoins de la personne et j'installe quelques applications qui y répondent; jeux vidéos inclus!

Convertir des ordinateurs à Linux pourrait être une des façons dont la communauté du Manoir ou ses membres contribue à la communauté élargie. Récupérer de vieux ordinateurs et les redonner à des gens qui n'ont pas beaucoup de moyens aussi! C'est à la fois une façon de:

- détourner des déchets lourds des sites d'enfouissement, de diminuer l'exploitation de ressources naturelles aux conséquences humaines et naturelles désastreuses,

- soutenir l'accessibilité universelle de même qu'encourager l'autonomie des individus.

- boycotter les grandes entreprises capitalistes dans la mesure du possible, et encourager la démocratie de la production des technologies.

 
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Des communautés de femmes aux éco-villages: quand les lesbiennes vivent autrement

Écrit par Admin
03/19/2015 - 12:29

Ceci est un article publié par Jeanne Magazine en décembre 2014. Il s'inscrit dans un dossier de plusieurs articles, disponible sur leur site internet dans la revue #11. Merci à elles d'avoir accepté qu'on le partage ici!

 

Quelques années après les émeutes de Stonewall aux Etats-Unis, des femmes ont choisi de tout quitter pour un changement de vie radical, un retour à la nature, entre elles. Aujourd’hui, les communautés lesbiennes ont muté et accueillent désormais des hommes et des femmes de toutes orientations sexuelles.

 

Jeanne Magazine a rencontré pour vous des femmes qui ont décidé de vivre autrement et de se créer leur petit coin de paradis, parmi elles, Valerie et Brittany, qui vivent à Twin Oaks en Virginie (Etats-Unis), un écovillage d’une centaine d’habitants, créé en 1967. Chaque membre travaille en harmonie pour la communauté, qui est autosuffisante. A Twin Oaks, toutes les décisions sont prises collectivement, sans dirigeant et sans religieux, et ça fonctionne parfaitement… Extraits de l’interview disponible dans le numéro de décembre de Jeanne Magazine.

 

 

« Twin Oaks est le premier endroit où j’ai pu me sentir libre d’aimer et d’être tendre publiquement avec d’autres femmes. »

 

Quelles sont les motivations des personnes qui ont choisi de venir vivre à Twin Oaks ?
Valerie : Pour la plupart des personnes qui vivent ici, elles sont motivées par le désir de vivre une vie en adéquation avec leurs valeurs. Elles ont cherché à vivre une vie pleine de sens et ne l’ont pas trouvé dans leur lieu d’habitation d’origine. En ce qui me concerne, j’ai vécu 5 ans à Montréal, j’ai donc pratiqué un mode vie urbain trépidant mais il était temps pour moi de passer à autre chose. Lorsque j’ai découvert Twin Oaks, c’était pour moi la vie parfaite et tout ce que je recherchais.
Brittany : J’ai été très attirée par cette culture féministe et non-violente, mais aussi par cette idée du travail commun et du partage des salaires. Chacun ici gagne la même chose et voit ses besoins comblés par la communauté. Ces idées étaient toutes très excitantes.

 

Pensez-vous que le féminisme et l’écologie forment un duo naturel ?
Valerie : Certainement ! Les deux incarnent l’idée d’embrasser diversité et équilibre.
Brittany : Sans aucun doute. L’extraction des ressources de notre monde naturel est un miroir de la société patriarcale qui extrait les ressources des femmes de manière générale. Le système patriarcal voit les femmes comme une ressource naturelle à exploiter par le travail domestique, le viol, la reproduction et une sorte de soumission envers les hommes. Il y a un rapport entre le viol et la destruction des ressources naturelles, entre les statuts « secondaires » attribués aux femmes et aux animaux. Nous ne nous débarrasserons pas de l’un sans refuser l’autre.

 
Quelles sont les valeurs que vous partagez ?
Valerie : Nous partageons les valeurs de coopération, d’égalitarisme, de partage des salaires et de non-violence. Nous sommes membres de la fédération des communautés égalitaires, qui regroupe les communautés comme la nôtre partageant les mêmes idéaux.

Comment vit-on à Twin Oaks quand on fait partie de la communauté LGBTQ ?
Valerie : L’une des choses que j’aime ici c’est nous n’avons pas ce besoin de nous étiqueter homo ou hétéro. A Twin Oaks, la sexualité est très fluide. Les membres de la communauté peuvent changer d’orientation sexuelle, et ceux qui ne souhaitent pas s’identifier à une sexualité particulière n’ont pas à le faire. Notre culture est telle que parler de la sexualité de l’un de nos membres est hors de propos, sauf si bien sûr vous êtes intéressée par cette personne. Là, bien sûr, cela vous intéresse beaucoup plus [Rires]. Mais au-delà de cela, nous avons une culture LGBTQ très prononcée. Si une nouvelle personne vient  vivre ici, et que pour une raison ou pour une autre, elle n’est pas à l’aise avec cela, alors cela ne va pas pouvoir le faire…
Brittany : J’ai grandi dans un endroit où les lesbiennes étaient invisibles. Je pensais réellement que les jeunes de mon lycée étaient tous hétéros, car personne n’était ouvertement homo, et même à l’université, être lesbienne ne semblait pas normal. Twin Oaks est le premier endroit où j’ai pu me sentir libre d’aimer et d’être tendre publiquement avec d’autres femmes. J’ai rencontré ma première petite amie ici, et je ne pense pas que cela aurait été possible ailleurs pour moi sans ce soutien présent ici. Ici, les femmes hétéros ne sont pas effrayées à l’idée d’être intimement proches d’autres femmes. C’est vraiment très agréable. [Rires]

Continuez…
Valerie : Par nos valeurs, nous nous attachons à traiter tous nos membres de manière égalitaire, sans faire de différences. A Twin Oaks, la discrimination n’existe pas, elle n’est pas non plus présente dans nos systèmes de soin, dans le travail et nulle part ailleurs. Il n’y a aucune  violence et encore moins d’isolement.
Brittany : Je pense que la personne qui se montrerait homophobe serait exclue de la communauté sur le champ ! Elle ne recevrait aucun soutien pour avoir agi de la sorte et n’aurait pas beaucoup d’amis.

 

A lire aussi dans Jeanne Magazine : l’interview, d’Heather Burmeister, une jeune américaine, dont la thèse a porté sur les villages lesbiens dans le sud de l’Oregon.  Pour Jeanne Magazine, elle revient sur la genèse des communautés de femmes.

La rencontre avec Isabella, qui vit à Botcol en Bretagne, une ferme bio achetée par un petit collectif de femmes berlinoises qui proposent un hébergement essentiellement réservé aux femmes.

Et l’interview de Karin, qui a créé Au septième, une ancienne ferme nichée au cœur de la campagne bretonne, où elle y propose des chambres d’hôtes, des ateliers et des événements autour de l’art, de la cuisine et de l’écologie. Un lieu écologique, biologique ouvert à tous les genres et identités sexuelles.

 

Retrouvez toutes ces interviews dans notre dossier de 12 pages « Des communautés de femmes aux écovillages, quand les lesbiennes vivent autrement » publié dans le numéro de décembre de Jeanne Magazine.

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Un nouvel espace autogéré dans la Baie-des-chaleurs: Loco Local

Écrit par Audrey
06/08/2015 - 00:00
Texte écrit conjointement par Martin Zibeau et Audrey Boisvert
 
Situé à Bonaventure, dans la Baie-des-Chaleurs où il fait déjà bon vivre, un espace autogéré tout à fait extraordinaire où l'on sent que tout est possible vient de naître. Le loco local existe concrètement depuis avril 2015 et permet à la population des alentours de se réunir pour organiser des événements, participer à des activités structurées ou non et à créer des liens entre les gens de la communauté. Le Loco local attire plusieurs personnes depuis ses débuts et plus de 120 personnes étaient présentes à son inauguration!  
 
Le Loco Local fait son apparition « grâce » à une problématique ; un local non occupé de 2 500 pi2 ne trouve pas preneur depuis huit mois. Comment faire de ce poids administratif pour une organisation communautaire, une opportunité de développement collectif pour une autre?Il faut d'abord l'occuper physiquement. Puis, petit à petit, au fil de rencontres citoyennes, développer des stratégies pour s'approprier l'espace et garder la porte ouverte aussi souvent que possible au moindre coût possible. La vente de produits nettoyants écologiques en vrac contribue à payer le loyer de 1 500$ par mois, mais aussi à « faire entrer » dans cet espace un peu fou des gens « normaux ». Au Loco Local, on parle d'économies alternatives, on danse, on cuisine ensemble à partir de produits locaux, on philosophe et on s'active à faire du monde ce dont on rêve. Rêver tout en étant efficace et en s'amusant … voilà un beau défi ! Chaque dollar ou chaque heure investis contribuent directement à renforcer la dynamique sociale positive que se donne comme mission de créer le Loco Local.
 
Ses ateliers de menuiserie et de couture s'inspirent du concept de FabLab. On y encourage les échanges de temps à la manière des Accorderies et du JEU (Jardin d'Échanges Universel). La bibliothèque est fournie de livres prêtés et repose sur la confiance (et un calepin et un crayon !). Les enfants y sont toujours les bienvenus et l'espace scénique avec ses murs noirs fait la joie des jeunes artistes lorsqu'il n'est pas utilisé pour un spectacle.
 
L'ouverture et la flexibilité, tant au niveau de l'espace physique lui-même qu'au niveau des interactions entre les gens, sont au cœur du projet. L'aspect multidimensionnel prime. Le respect des gens, le respect de la terre et le partage équitable (les trois principes éthiques de la permaculture) guident les actions de l'espace. Un des aspects particuliers du Loco Local est qu'on y encourage les gens à y participer « à la mesure de leurs moyens ». Les informations sont affichées ; horaire, qui possède une clé et où l'emprunter, les prix de vente, les prix coûtants et la provenance des produits disponibles. Et lorsque vous voudrez louer l'espace, vous paierez « dans la mesure de vos moyens » (c'est toujours plaisant de voir la face d'un fonctionnaire lorsqu'on lui présente ce concept et qu'il doive nous proposer un prix !!). Jamais une personne ou une organisation ne se verra refuser l'accès au Loco Local par manque de moyens financiers.
Le Loco local souhaite avoir un impact sur les gens, en faisant la promotion de pratiques collectives et individuelles et de modes de vie et de pensées qui favorisent la justice sociale et la protection de la nature. Ainsi,  s’ouvrir aux autres, aux idées, aux différences, partager et s’enrichir de nouvelles perspectives, mais également s’investir, s’impliquer nous apparaît être dans l’ordre des choses.  
 
Ce local est en pleine construction et en pleine définition de lui-même. Au risque de tomber dans le cliché, c'est un espace pour et par les gens qui travaillent au quotidien à se réapproprier le sens du concept de démocratie en l'appliquant concrètement. Le Loco Local vise l'autogestion. Le bail est pris en charge par la coop de solidarité Horizons Gaspésiens, mais les activités, de la vente de produits à l'organisation des événements se font de plus en plus de manière autogérée. Tellement de personnes sont venues offrir leur aide par du temps de travail, des objets, des plantes ou par l'organisation d'activités qu'on se demande avec enthousiasme jusqu'où peut-on se rendre à expérimenter de façon organique, mais efficiente.  
Photo de Loco Local.
Si vous passez par la Baie-des-Chaleurs, allez voir cet endroit hors du commun qui vous donnera le goût d'y rester pendant toute la journée et qui vous donnera peut-être même envie de déménager dans notre belle région! Même un 10 minutes à observer tout ce qu'il y a dans le local, à parler aux personnes présentes, à se procurer un produit ou un livre dans la bibliothèque libre-service peut faire rêver pendant des jours!
 
Le Loco Local,  
c’est un noyau amical au service du bon puis du beau,  
c’est un signal logique du global dans notre transition pratico-pratique de régionaux,  
c’est un flambeau de l’intelligence sociale pour protéger notre air puis notre eau,  
c’est du régal territorial puis c’est du génial jovial pour nos cerveaux.
 
Facebook : loco local bonaventure
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Visite- Gîte aux blés de Mer

Écrit par Audrey
05/20/2015 - 00:00

Greg, Cécile et moi avons visité une maison à vendre à Maria, dans la Baie-des-chaleurs au mois de mars 2015. C’est présentement un gîte qui s’appelle aux Blés de Mer. J'y repense et je trouve que c'est vraiment un bel endroit, bien situé, pas de voisin, accessible, grand terrain et des installations déjà prêtes pour les animaux et les légumes. Quant à la maison, elle a 5 chambres dont une très belle, la maison est plutôt bien rénovée et est orientée vers le sud. Elle est à 2.5 km de l'hôpital de Maria et à 3.5 km de l'épicerie de Maria. Sinon, elle est à 10 km du centre-ville de Carleton. La maison même est située à plus de 200 mètres de la 132.

Un ruisseau passe sur le terrain où nous pouvons pêcher truite de mer et truite de ruisseau. La maison vient avec 120 acres de terre se rendant au 2ieme rang de Maria, le tout, longé par un chemin de terre allouant un accès à la terre (bois & agricole) en longueur (le chemin n’est pas déneigé l’hiver). La grange principale est écoeurante, énorme et en superbe condition avec ++ de potentiel. Elle mesure 80 pieds de longs par 45 de large et a 2 étages dans une de ses moitiés (incluant un caveau sous le niveau de la terre). Cette grange aurait la force structurelle pour devenir un batiment habitable sur 3 étages. Il ne faudrait qu’investir dans un isolant, qui se pourrait etre en paille considérant l’espace, et faire un fini intérieur avec fenêtres. Il y a de plus, 5 autres granges ou garages avec plein de possibilités. Il y a un serre déjà construite sur le coté d’une grange, aussi, ainsi qu’un caveau..