Infolettre du Manoir - no 6 - hiver 2015

Revue 2014

Écrit par Admin
01/02/2015 - 13:42

En ce début de l'an 2015, nous avons envie de retracer les différentes actions que nous avons posées en 2014 et qui sont, pour nous, en lien avec le projet de bâtir une communauté intentionnelle. Cette année, nos énergies se sont plus concentrées sur des visites et la participation à des évènements de de communautés intentionnelles, de même que des activités portant directement sur le projet du Manoir.

Bonne lecture!

Visites de Communautés intentionnelles

 

Participation à des évènements de communautés intentionnelles

 

Pour le manoir

 

Compétences apprises

  • Construction!

  • Plomberie

  • Rénovation

  • Soudure

  • Chainsaw et fendre du bois à la hâche

  • conduite d’un tracteur

  • 6 mois de travail dans une entreprise de production de semences biologiques et du patrimoine. Planter, enlever les mauvaises herbes, récolter, choisir les semences pour l’année d’après, recueillir les semences, les sécher, les entreposer et les empaqueter! Principalement semences de courges, concombres, tomates, melons, fleurs et okras. Nous vendions nos semences avec Southern Exposure Seeds Exchange (http://www.southernexposure.com/) qui appartient a la communauté d’Acorn. 

     

 

Coups de cœur

  • Ramasser des pawpaws (un fruit sauvage entre l’avocat et la mangue) en canot sur la rivière à côté de Twin Oaks avec Antoine

  • Faire du ski de fond sous la pleine lune entre les arbres sur 2 mètres de neige

  • Apprendre la boucherie sur un chevreuil à l’aide d’un exacto et d’une égouine

  • Participation au rassemblement des femmes à Twin Oaks

  • Me baigner dans l’océan en janvier

  • Visite de la ville de Nouvelle-Orléans avec un ami poète et musicien.

  • Me péter la gueule en apprenant à faire du patin à roulette de rampe au TAZ.

  • Recevoir un super feedback lors de nos conférences, voir l'enthousiasme des gens pour la vie collective, pour certain-e-s, un retour à l'espoir que c'est un rêve possible.

  • La présence de membres de la Cité Écologique de Ham-Nord à notre conférence à Victoriaville est aussi un fait marquant!

  • Participation à un concert de musique classique à Twin Oaks

  • Lectures inspirantes:

    • L’insurrection qui vient. Auteur: comité invisible. Éditions La Fabrique

    • L’ordre moins le pouvoir. Auteur: Normand Baillargeon. Éditions LUX

    • Micropolitiques des groupes pour une écologie des pratiques collectives (voir l'article!)

    • L'article "Back to life: Returning from the virtual to the real" de Ethan Hugues de la communauté du Sanctuaire, publié dans la revue Communities du Fellowship for Intentional Community. Disponible en ligne: http://www.ic.org/back-to-life-returning-from-the-virtual-to-the-real/

Mots-clés

Enjeux d’une transition - partie 1: le cas d’Acorn

Écrit par Audrey
03/06/2015 - 21:15

Cet article est le deuxième d’une série d’articles sur le thème des transitions dans les communautés intentionnelles.

Acorn est une communauté intentionnelle rurale de la Virginie membre de la Fédération des communautés égalitaires. Composée d'une trentaine de membres, illes partagent leurs revenus, fonctionnent en consensus, sont anarchistes, féministes et ont une compagnie de semences (southern exposure seeds exchange) .

Acorn est voisine de la communauté de Twin Oaks et ces deux communautés se soutiennent mutuellement. Leurs cultures sont différentes et complémentaires. Acorn est une communauté plus petite et moins structurée. Les gens y travaillent environ 40 heures par semaine mais les heures ne sont pas comptabilisées. Les repas sont majoritairement pris ensemble mais parfois, personne ne fait le souper et c’est chacun-e pour soi. L’autonomie alimentaire n’est pas nécessairement la priorité, illes font beaucoup de récupération de bouffe. Il y a beaucoup de soirées où les gens se rassemblent et jouent de la musique jusqu’à tard le soir, les membres d’Acorn sont réputé-es pour aimer fêter tard!

smoke shack, 2014

Dans cet article, je voudrais vous parler de l’histoire d’Acorn parce qu’elle est parsemée de revirement de situations, de très bas moments où la communauté est pratiquement morte et d’autres moments où la communauté a été en plein essor. Selon moi, c’est très intéressant de constater quelles ont été les phases historiques de cette communauté pour mieux comprendre comment une communauté évolue et comment elle se transforme. Dans le fond, quelles sont les forces internes et les pressions externes qui se retrouvent dans une communauté? Qu’est-ce qui la pousse à s’adapter et à prospérer ou à s’encroûter et stagner ou à péricliter? C'est pour apporter une certaine souplesse/flexibilité, une certaine légèreté/ouverture dans notre approche (puisque rien n'est coulé dans le béton, et ce qu'on veut ou choisi ne vire pas toujours comme on pense!), et surtout une sensibilité et une attention pour être capable de capter ces transformations, ou ces obstacles qui peuvent devenir des occasions d’apprentissage.

 

Acorn est née en 1993, elle a donc 22 ans en 2015. Dans un premier temps, je vais vous raconter son histoire de 1993 à 2007 du point de vue de GPaul, un des membres d’Acorn. Par la suite, je vais vous raconter les 8 dernières années d’Acorn avec mon point de vue et de ceuses qui y ont habités. Effectivement, la première fois que je suis allée à Acorn, c’était pour un mois en 2007! Depuis, j’y suis retournée à chaque année et je me suis tenue au courant des différents évènements et dynamiques de communauté qui se sont produits.

Les débuts d’Acorn

En 1993, Twin Oaks est alors une communauté mature d'une vingtaine d'année. Dans un contexte où l'américain dream vole en éclat sous les premières attaques du néolibéralisme, une jeunesse en quête d'idéaux, ainsi que des gens de tous âges frappés par la crise se précipitent aux portes de ce paradis, où les besoins de chacun-e sont comblés, et où l'on croit encore à l'égalité et à la paix. Débordant d'enthousiasme, et de membres, Twin Oaks ne peut pas accueillir tou-te-s ses prétendants, et chaque nom supplémentaire sur la liste d'attente ajoute un "tic-tac" insoutenable à l'urgence de vivre. Des leaders se lèvent donc, et, suivant les traces de nos ancêtres pour aller fouler des territoires inconnus, ils décident de mettre sur pied Acorn.

Concrètement, Acorn est fondé avec des personnes qui habitent déjà à Twin Oaks et d’autres qui attendent d’avoir une place à Twin Oaks depuis trop longtemps. Ces personnes se rassemblent et trouvent une terre à 10 miles de Twin Oaks. Trop loin pour s’y rendre à pied mais assez proche pour rester en contact régulièrement et se supporter concrètement. Illes cultivent la terre et bâtissent Heartwood, leur maison communautaire d’une dizaine de chambres. Contrairement aux cinq premières années de Twin Oaks, aucun auteur ne s’est attardé à écrire l’histoire des premières années de vie d’Acorn. Il manque donc certaines informations sur leur début!

Twin Oaks lègue plusieurs aspects de son fonctionnement à Acorn. Le petit gland (acorn) n’est pas tombé trop loin de son chêne (oak). Acorn adopte les pratiques de la fédération des communautés intentionnelles, ils sont donc féministes, non-hiérarchiques, non-violents et séculiers. Les membres d’Acorn partagent leurs revenus et ont une entreprise qui permet aux membres de ne pas se déplacer pour aller travailler. La communauté mère a aussi mis dans le trousseau de son rejeton beaucoup d’heures pour les aider à démarrer leur projet.

Malgré toute l’aide apportée, Acorn est plutôt fragile et pauvre dans les débuts de la communauté. Il y a des gens qui boivent et ça n’attire pas assez de personnes pour renouveller toutes celles qui partent. Tranquillement, la dizaine de membres fondateurs s’en vont tour à tour.

En 2003, les personnes les moins plaisantes partent et il reste moins de 6 personnes sur la ferme. C’est alors que 2 membres invitent tou-te-s leurs ami-e-s qui habitent en Virginie à venir s’installer à Acorn. Plusieurs personnes arrivent en même temps et elles se chicanent sur plein de sujets jusqu’à ce que les 2 membres et leurs ami-es partent tou-tes.

Une des difficultés est d’arriver à expliquer (au sens large) la culture de l’endroit à un grand nombre de personnes qui arrivent en même temps. De plus, si des personnes n’ayant jamais vécues en communauté s’installent dans un groupe fonctionnant de façon non-hiérarchique et consensuelle, le choc peut être trop grand avec la vie ‘’mainstream’’.

Le printemps

été 2004

À l’automne 2004, il ne reste que 4 adultes et un enfant. À Twin Oaks, les gens pensent qu’Acorn est un échec et que ça ne marchera jamais. Néanmoins, deux membres de Twin Oaks (Paxus et Brenda) ne venlent pas qu’Acorn meurt si rapidement et font beaucoup de recrutement pour attirer de nouvelles personnes. Illes se promènent dans les universités en vantant les communautés intentionnelles.

À ce moment-là, pour une deuxième fois dans l’histoire de la communauté, les membres d’Acorn décident d’enlever tout processus de sélection des membres. C’est-à-dire que n’importe qui peut arriver et est accueilli sans conditions. Les membres restant misent sur les probabilités qu’au moins quelques personnes restent et que la communauté soit maintenue même au prix d’accepter n’importe qui. Les gens qui arrivent grâce au recrutement n’ont pas d’expérience communautaire ou à la campagne. Néanmoins, ce deuxième essai d’accueillir plein de nouvelles personnes en même temps est un meilleur succès qu’en 2003. Néanmoins, les mémoires ne se rappellent plus des facteurs facilitant... En 2005, 17 nouvelles personnes ont joint Acorn. Par contre, à cette époque, la communauté est plus un projet en construction qu’un endroit pour s’établir et penser y vivre. C’est une période riche en apprentissages et chaotique en même temps.

Les Weavers

De ces 17 nouvelles personnes, une famille reste parce qu’elle n’a pas d’autre endroit où aller, c’est la famille très fameuse dans l’histoire d’Acorn: les Weavers. Entre 2005 et 2007, plein d’évènements se produisent, des hauts et des bas ainsi que quelques drames (rien de bien spécial dans une communauté!) Néanmoins, de moins en moins de membres vivent à Acorn. Illes sont une dizaine quand illes pourraient facilement être le double. Derrière la stagnation et la lourdeur apparentes d’une communauté pourtant en plein renouveau, se cache en fait un conflit de valeur, né de l’opposition de deux visions différentes.

D’un côté, les Weavers veulent que la communauté accepte seulement des familles qui veulent vivre toute leur vie à Acorn. Ils veulent que ça soit un endroit propre, paisible, stable et orienté vers les besoins des familles. De l’autre côté, des membres plus jeunes veulent aussi avoir un endroit propre et paisible, mais qui veulent avoir des membres plein d’énergie pour partir des projets et faire grandir la communauté.

heartwood la nuit

Comme on peut voir, les deux visions ne sont pas complètement en opposées. Mais après quelques années de cohabitation, les conflits grandissent sur le sujet. En plus, les Weavers ont beaucoup de pouvoir dans la communauté et les plus jeunes sont souvent des stagiaires de passage. Un de ces jeunes, G-Paul, recruté à l’université, vient depuis quelque temps à la ferme. Plusieurs membres trouvent G-Paul plein d’énergie pour les communes et l’anarchie et l’aiment beaucoup. Par contre, les Weavers décident de mettre leur veto pour que G-Paul ne soit pas accepté en tant que membre. Rapidement, les anciens membres menacent les Weavers de quitter la communauté si G-Paul est mis dehors. Les Weavers reculent donc sur leur position et parent (en volant la communauté de plusieurs milliers de dollars!) Plus personne n’a jamais réentendu parler de cette famille.

La Renaissance

Alors, en 2008, tous les membres ont la même vision et une transition s’effectue puisque le conflit est réglé! Les Acorners appellent cela The Acorn Renaissance! C’est le moment de faire grandir la communauté. Illes font plein de réunions, refont les règles de base (policies), illes ont des rêves! Illes peuvent imaginer la ferme, avoir une vision à long terme de l’endroit. Les gens ont plein d’énergie et les nouvelles personnes qui se joignent ont aussi plein d’énergie à consacrer au projet. Les interactions sont meilleures. La transition se passe bien parce qu’illes ont choisis d’effectuer cette transition. Quel soulagement! Illes mettent plus de temps dans leur compagnie de semences et augmentent tranquillement leurs revenus de cette manière,  il y a donc plus d’argent. Tout va pour le mieux pendant plusieurs années.

Anarcho-individualistes vs Anarcho-collectivistes

Pendant environ 5 années, les membres d’Acorn travaillent très fort pour solidifier leur communauté et les liens qui les unissent. Illes mettent sur place plusieurs façons de faire (réunions par consensus, clearnesses, etc) qui permet à la communauté de grandir jusqu’à 30 membres! Leur compagnie a aussi grossi beaucoup pour atteindre des profits net d’un million de $ par année!

réunion en 2014

Néanmoins, en 2013, sans élément déclencheur, une autre transition s’amorçe qui durera deux ans. C’est encore un conflit de vision de la communauté. C’est-à-dire qu’il y a majoritairement deux clans, deux idéaux, deux idées de la vie. La première gang de personnes regroupe les plus anciens membres qui ont déjà passé à travers plusieurs soubresauts de la communauté. On pourrait les décrire comme étant des anarchistes-collectivistes. Illes pensent à long-terme, sont orientés vers la communication, vers la compagnie de semences, pro-actifs mais surtout avec la pensée que s’il y a des trucs à faire et illes “doivent” les faire. De l’autre côté, il y a les anarchistes-individualistes qui se sont installés dans une communauté anarchiste pour faire ce qu’illes veulent bien faire. Pour qui l'anarchie, ça veut dire "je fais ce que je veux, je suis libre, et quiconque veut m'imposer de faire quoique ce soit est un faschiste''. Bien entendu, les personnes de ce deuxième groupe ne sont pas tou-tes dans l’extrême du spectre mais ont une vision plutôt orientée vers leurs besoins que les besoins de la communauté.

Au début du texte, je vous ai dit qu’à Acorn, contrairement à Twin Oaks, les membres ne calculent pas leurs heures de travail. Ce qui veut dire qu’un anarchiste-individualiste à Acorn peut profiter beaucoup plus de la situation en travaillant beaucoup moins si c’est ce qu’ille désire. À TO, un tel comportement n’est pas accepté puisque le travail est depuis longtemps l’une des valeurs les plus importantes.

Tranquillement, des frustrations s'installent parmi les anarchistes-collectivistes (A-C). En un an, 6 personnes quittent la communauté. Elles forment une nouvelle communauté nommée Sapling tout près de Twin Oaks. Néanmoins, les A-C qui restent à Acorn ont perdu leurs allié-es et leurs ami-es. De plus, les A-C étaient souvent responsables de trucs importants pour la communauté (comptabilité, gestion de l’entreprise, projet de construction, réparation de machineries lourdes, achat de matériel, etc) Alors, comme une partie des A-C a quitté, ceuses qui restent se retrouvent avec beaucoup plus de travail sur les épaules et il n’y a pas assez de personnes “responsables”. Alors, encore d’autres anarchistes-collectivistes partent , laissant aux anarcho-individualistes toutes les tâches qu’illes faisaient depuis des années!

http://www.acorncommunity.org/wp-content/uploads/2009/05/officewmural.pngleur nouveau bâtiment: le seeds palace

Présentement, à Acorn, à cause de cette situation, peu de personnes ont une vision d’ensemble de ce qui se fait dans la communauté. Peu de personnes sont engagées dans la gestion de la communauté. Les A-C qui sont partis après avoir habité plus de 5 ans à Acorn s’inquiètent de savoir si la communauté va perdurer dans le temps. Dans le fond, si y’a juste des anarcho-individualistes qui se retrouvent au même endroit, certain-es devront certainement prendre des responsabilités, non? Pour les A-I, Acorn est maintenant un endroit très harmonieux où les conflits ont diminués et la vie est plus agréable. Il y a présentement moins de membres qu’il y a deux ans, mais les gens y partagent la même vision!

Comme on peut voir dans l’histoire d’Acorn, les conflits de vision sont arrivés à une fréquence d’environ 1 fois à chaque 5 ans. Les deux fois, deux “groupes” s’affrontaient pour avoir le pouvoir sur ce qui allait se passer. À chaque fois, plusieurs personnes ont quitté la communauté, insatisfait-es par ce qu’il se passait. Je pense que les transitions sont choses fréquentes dans les communautés. Idéalement, les transitions seraient plus douces que difficiles pour préserver les liens entre les membres, mais dans un autre sens, les transitions sont souvent des moments critiques dans l’histoire des communautés où les gens se battent pour défendre leur vision et où il peut y avoir des égratignures.

L'argent à Twin Oaks

Écrit par Audrey
02/05/2015 - 15:47

Imaginez un univers sans monnaie, où vous n'auriez même pas de porte-monnaie, pas de carte de crédit, pas de facture ou de compte de banque, pas de chèque à faire ou de placement à gérer sur l'internet. Imaginez avoir faim et manger, avoir froid et vous habiller, avoir envie de vous amuser et danser, avoir envie de créer et peindre, avoir envie d'apprendre et recevoir un enseignement, être tendu et recevoir un massage, et tout ça, sans jamais mettre la main dans vos poches ou vous demander si vous pouvez vraiment vous le permettre. Dites-vous que ce n'est pas qu'un rêve: à Twin Oaks, c'est ça la vie!

 

J’étais membre de la communauté de Twin Oaks pendant 6 mois en 2014 et voici un des articles sur un aspect de la vie dans cette communauté d’une centaine de personnes prônant de valeurs d’égalité, de non-violence et de féminisme.

 

Partager son revenu: c’est la base!

Tout d’abord, je vous rappelle que Twin Oaks est une communauté intentionnelle à revenus partagés, c’est-à-dire que celle-ci pourvoie aux besoins de base de ses membres (se loger, manger, se vêtir, etc). Les membres de la communauté mettent en commun et partagent pratiquement toutes leurs ressources (bâtiment, lieux, outils, nourriture, etc.)  

Chaque membre et visiteur contribue en travaillant 42 heures par semaine dans la communauté. Quoi! 42 heures par semaine! Dans un système salarial où une bonne partie du travail n’est pas reconnu (je parle du système capitaliste), travailler 42 heures par semaine peut être aliénant. Surtout si on se rappelle que la classe ouvrière a dû combattre férocement pour faire reconnaître le droit à une semaine de 40h! Néanmoins, il faut savoir qu’à Twin Oaks, le travail invisible est comptabilisé dans les heures travaillées : s’occuper des enfants, cuisiner, nettoyer sont toutes des activités qui valent autant que de couper du bois, faire la plomberie ou conduire le tracteur. De plus, être malade ou prendre soin d’un-e ami-e malade, aller faire l’épicerie pour les autres, mettre du bois dans le poêle à bois, organiser des partys sont toutes d’autres façons de ‘’travailler’’. Un horaire de 42 heures par semaine à Twin Oaks répond beaucoup mieux au besoin de chaque personne de faire des choses qui leur plaisent tout en ayant beaucoup de flexibilité.

En tout, il y a 91 membres permanents qui travaillent 42 heures par semaine. Cela donne un total de près de 200 000 heures par année. Ouf, c’est impressionnant, non! Une partie de ces heures (40%) permet d’avoir un revenu suffisant à la communauté pour vivre à l’année. Ce sont les 4 entreprises principales à Twin Oaks qui procure cet argent. Il y a l’usine de tofu, la shop de hammac, l’indexation de livres et l’entreprise de semences. L’autre partie des heures travaillées (60% de 200 000) sert à s’occuper de la communauté et de ses membres.  Dans le fond, tou-te-s travaillent à remplir le pot commun pour qu’il soit ensuite redistribué équitablement entre les besoins de la commune et les besoins des individus.

 

Les membres et l’argent

Vivre à Twin Oaks ne coûte rien, il n’y a ni frais d’inscription, ni frais fixe. En fait, les membres de Twin Oaks reçoivent une allocation par mois de 80$. Ce montant peut servir à tout besoin ou envie qui n’a pas été comblé par la communauté. Ce montant permet une plus grande latitude et autonomie de chaque individu. Parmi les achats les plus populaires: café, chocolat, alcool et crème glacée. Outre l’allocation, il y a deux façons pour les membres de TO d’avoir plus d’argent personnel. Un-e membre peut recevoir des cadeaux en argent (de sa famille par exemple) qu’ille met dans son compte-cadeau (gift account). Un-e membre peut aussi travailler à l’extérieur de la communauté au-delà de ses 42 heures de travail requises dans le but d’accumuler de l’argent pour ses vacances (VE-vacation earnings). En effet, l’argent gagné à l’extérieur de la communauté peut seulement être utilisé à l’extérieur. Ce qui permet à tou-te-s d’avoir des niveaux de vie similiaires sur la ferme.

 

Les échanges à l’intérieur de la communauté

Les échanges économiques à l’intérieur de la communauté ne se font pas avec de l’argent. Contrairement à d’autres communautés (Earthaven), il n’y a pas non plus de monnaie locale format papier. En fait, l’unité de base des échanges entre les membres est l'heure de travail. Lorsqu'un-e membre me rend service, une heure est débitée de mon compte et une heure est ajoutée dans la sienne (sans que l'argent n'entre en jeu à aucun moment)

Twin Oaks prend la majorité de ses décisions par un système de comité. Chaque ‘’activité’’ de la communauté a un comité attitré. Ce comité, formé de gens qui participe à l’’’activité’’ aura un budget d’heures et un d’argent. Par exemple, le comité jardin avait un budget annuel de 9000 heures et de 3000$. Le comité de mob avait un budget de 350 heures et de 500$. Les 42 heures que chaque membre doit faire provient des budgets annuels des différents comités de la communauté. Leur 50 ans d’existence leur a permis d’avoir un système efficace au niveau de la gestion des budgets d’heures et d’argent. C’est très impressionnant de voir ce système fonctionner aussi bien au quotidien.

 

Consommer à l’extérieur de la communauté

Twin Oaks n’est pas une île sans connection avec le monde extérieur. Leurs entreprises ont comme objectif d’être rentables et d’amener de l’argent à la communauté. Il y a donc des liens présents avec le système capitaliste. Une grande majorité des membres de Twin Oaks participe à ce système en achetant des produits à l’extérieur de la ferme. D’autres sentent que leurs besoins sont satisfaits et ne consomment pas du tout. Un des membres, Ajack, a accumulé 12 000$ d’allocation. Comme quoi, TO peut vraiment répondre tous tes besoins!

Ajack est une exception et les membres de Twin Oaks aiment utiliser leur allocation. Une des façons de le faire est d’utiliser les services du tripper:

10 fois par semaine, un livreur (le tripper) part de TO et s’en va dans une des trois villes près de la communauté. Le livreur peut amener des choses ou des personnes de TO jusqu’en ville et peut aussi rapporter des objets que des membres lui ont demandé de rapporter. Twin Oaks a un système élaboré de qui-va-où-quand. Leur système est très bien rôdé,il y a même un formulaire universel pour faire des commandes. Par exemple, sur le formulaire blanc qui va dans la petite ville de Louisa, une membre peut écrire qu’elle veut des jujubes nounours et que le tripper peut les trouver soit à l’épicerie ou à la pharmacie. Le livreur utilise de l’argent pour payer le produit demandé mais il le prend dans le compte du membre à la fin de sa livraison. En résumé, aucun-e membre n’a besoin de sortir de la communauté pour s’acheter quelque chose. Certains membres ne sont pas sortis du terrain depuis des années!!!

De plus, tu peux emprunter une voiture au coût de 35 sous du kilomètre (essence comprise) Tu peux mettre de l’essence avant de partir à la pompe sur la ferme et donc rouler une bonne distance avant de devoir toucher à de l’argent. Prendre une voiture pour se déplacer seul est fortement découragé. Par exemple, cet automne, une nouvelle membre, Pepper, demandait à Christian s’il pouvait lui faire un lift en ville pour qu’elle s’achète une perruque spéciale pour l’Halloween. Christian a catégoriquement refusé. Conduire une voiture jusqu’à Charlottesville coûte environ 30$. Le système de tripper ne coûte rien. Quand tu as seulement 80$ par mois, tu réfléchis deux fois (ou plus) à ce que tu consommes. Finalement, Pepper a changé son horaire de travail pour pouvoir aller acheter sa perruque avec le tripper.

 

Les avantages du partage!

En effet, vivre avec aussi peu d’argent remets tes habitudes de consommation en perspective. Les activités de loisirs de luxe sont plus souvent mises de côté par les autres activités de loisirs qui permettent d’être heureuzes avec ce que l’on a.

Le sentiment de liberté et de bonheur que procure une vie où tu consommes moins est difficilement explicable. Ne pas avoir à aller acheter du dentifrice parce qu’il y a un local avec déjà 10 sortes de pâtes à dent différentes dans une armoire où tous les produits d’hygiène sont présents, c’est vraiment fou! Manger des légumes produits sur place et ne pas avoir à les acheter au IGA, c’est tellement soulageant. Favoriser les achats en circuits-courts, c’est ce que Twin Oaks permet, mais avec l’achat en moins.

Je pense que le partage des revenus permet vraiment d’avoir une plus grande liberté face au système économique capitaliste et donc une plus grande liberté d’expression et d’autonomie dans une certaine mesure. Je ne comprends pas pourquoi il n’y a pas un plus grand nombre de personnes qui partagent leurs revenus, leurs outils, leurs habitations. Vivre ensemble réduit les coûts, densifient les liens et permet une vie plus épanouie sans les stress financiers. Je pense aussi que partager les revenus peut libérer du temps pour faire plus pour la communauté élargie et pour changer le monde!!!!

Mots-clés

Ludifier!

Écrit par Vincent
03/03/2015 - 08:26
gamification http://www.josek.net/

Pourquoi les gens passent-ils autant de temps à jouer au casino, à des jeux vidéos et à écouter des matchs de sport? Fantasmez-vous que toute cette énergie dépensée voir perdue contribue plutôt à améliorer la société, selon votre vision bien sûr? Alors peut-être serez-vous charmé par la ludification. Cet exercice qui a jouit d'un certain buzz vise à aligner notre tendance humaine à jouer, à réaliser des objectifs prédéfinis. Vivre dans un monde ludifié peut vite taper sur les nerfs, mais imaginons tout de même la ludification dans les communautés, sait-on jamais.

Deux utilités de la ludification pour une communauté sont la comptabilité et la motivation.

Un exemple de ludification pourrait être de lancer une compétition où les participants gagnent des points s'ils font la vaiselle; 2 points si c'est dans l'heure suivant la fin du repas et 1 point après. Évidemment les plus cyniques se réjouiraient de constater que d'autres s'enthousiasme à laver la vaisselle à leur place et que eux ne tombent pas dans le piège de ces compétitions sociales ridicules. Mais l'autre aspect de ce jeu est la comptabilité et la mise en évidence que certains se trouvent dans le segment négatif de la cloche!

 

Évidemment, il faut doser ce genre de jeu, comptabiliser peut vite devenir fastidieux et trop d'esprit de compétition peut exacerber les tensions. Par contre, si bien réalisé, ce processus peut relancer la motivation!

Pour ludifier le travail vers un objectif, il faut essentiellement trouver une méthode pour comptabiliser la valeur des actions allant dans le sens de l'objectif. Les qualités d'une méthode comptable sont la simplicité, la pertinence et l'accessibilité. L'activité a normalement une limite prédéfinie dans le temps parce qu'une fois l'objectif atteint, le problème résolu ou l'habitude acquise, les gens se tannent de saisir les données. Ensuite, on doit rendre l'activité attrayante avec des prix, des jalons d'honneur, un événement de lancement etc.

Pourquoi suis-je anarchiste?

Écrit par Audrey
03/06/2015 - 10:31

Texte écrit en 2010 par Paxus, fameux membre de Twin Oaks et d’Acorn et traduit par nous-mêmes pour vous. Paxus Calta est un personnage très connu autant dans les milieux des communautés intentionnelles que dans les milieux anarchistes aux États-Unis. Il a publié plusieurs textes sur l’anarchie et le polyamour et parmi tous ses textes, j’ai choisi de vous faire découvrir celui-ci! Je me suis rapidement reconnue à travers les exemples qu’il donne et je me suis dit que vous aussi seriez attirée par sa vision de l’anarchie. C’est un ami traducteur, Yannick Bériault et moi-même qui avons traduit ce texte. En passant, la version originale, en anglais, est à la fin de ce texte. Bonne lecture!

Pourquoi suis-je anarchiste?

L'anarchisme est le funambulisme intellectuel sans filet le plus radical qui se puisse d’imaginer. Ça commence en rejetant les institutions politiques et les paradigmes dominants- mais pour aller plus loin, tu dois créer. Tu ne dois pas créer en te fiant aux grands penseurs du passé. Tu dois aller où t’amènent tes passions et créer quelque chose avec ce que tu crois vrai. C’est anti-orthodoxe, ça ratisse large et dans le fond, chacun-e a sa propre saveur quelque peu différente. Voici la mienne, j’espère que vous allez l’aimer.

je partage. C’est peut-être le plus grand défi des modèles politiques dominants. C’est l’idée que tu ne possèdes rien juste pour toi. Des changements globaux, ne serait-ce qu'au niveau de cet aspect de notre culture, pourraient donner naissance à un monde beaucoup plus juste économiquement, et qui utiliserait la même quantité de ressources, voire moins. Personnellement, je ne possède pas grand chose et je vis dans des endroits où les choses matérielles sont partagées.

 

L’anarchie c’est plus que seulement le matériel. Le féminisme, c'est le partage du pouvoir. C'est apprendre aux gens l'écoute, c'est aider les plus discrets à faire entendre leur voix, tout cela en réduisant le niveau de hiérarchie et en trouvant le consensus - c'est ainsi que l'on établit les bases de la justice. J’aime l’adage qui dit que l'anarchie est la philosophie et le féminisme la pratique.

Le polyamour, c’est le partage des amant-e-s. Je ne prétends pas avoir des droits sur mes partenaires intimes et ceuses-ci peuvent aussi avoir d’autres partenaires. Je trouve que c’est un terrible poison quand l’intimité est exclusive et barrée. C’est la chosification de l’amour. Un des plus grandes oeuvres de ma vie, c’est d’avoir avancé à travers la jalousie, équilibrant mon temps entre mes relations et établissant une communication claire avec mes partenaires.

La spiritualité radicale c’est de partager la planète avec toutes les formes de vie et de respecter leurs droits. En tant que païen-ne-s, nous voulons créer des rituels pertinents. Nous explorons des façons de remettre les symboles en mouvement et de créer du sens. On prend la magie des scientifiques et la spiritualité de l’église. La spiritualité radicale est aussi étroitement connectée avec les politiques environnementales, ainsi qu'avec le développement de connexions avec des phénomènes qui nous dépassent, sont plus vastes que nous-mêmes.  Voilà les points critiques sur lesquels notre langage et notre culture doivent évoluer.

je suis un communard. J’ai choisi de vivre dans une communauté intentionnelle, là où on travaille et vit ensemble, partageant nos revenus et nos ressources. Nous bâtissons nos propres bâtiments, faisons pousser une bonne partie de notre alimentation de façon biologique, nous n’utilisons pas d’argent à l’intérieur de la communauté. Il n’y a pas de cadenas, pas de télévision et pas de crime. C'est pourtant loin d'être l'utopie - nous avons peu de vision commune, par exemple -, mais c'est un modèle fonctionnel de ce qui peut se faire.

 

L’anarchie englobe des stratégies flexibles face aux dilemmes structurels. Un exemple très pertinent peut être trouvé dans le débat qui oppose une politique de type “préfigurative” à l'approche dite de longueur de la mèche (de l'anglais length of the fuse).  C'est bien entendu attirant intellectuellement de se dire « nous allons nous limiter, dans le choix des outils que nous utilisons pour provoquer du changement social, à ceux que nous voulons préserver dans notre nouvelle société. »La violence et la destruction de la propriété sont des tactiques souvent mises de côté à cause de ce raisonnement. L’argument de longueur de la mèche c’est que : ‘’si tu manques de temps pour changer quelque chose, c’est que tu dois utiliser des outils plus rapides.’’ Malheureusement, les approches préfiguratives sont généralement lentes. La résolution c’est qu’il n’y a pas de stratégie fixe- les travailleu-r-ses (ou activistes) décident, les personnes qui sont sur la scène au moment pertinent font les choix. C’est un pacifique qui m’a convaincu que la violence a joué un rôle central pour mettre fin à la construction de l’énergie nucléaire en Allemagne. Quand tu veux prévenir des milliers d’années d’incontrôlables produits toxiques, est-ce que tu peux risquer une défaite parce que tu ne pouvais pas avoir un consensus sur la stratégie?

 

je fais de la contrebande- les frontières sont la plus offensante des structures statiques de l’état. J’ai eu une grande chance d’aider 3 moines tibétains à traverser plusieurs milliers de kilomètres de l’Himalaya jusqu’au Népal pour voir le Dalaï Lama. J’ai transporté des documents illégaux et d’autres produits de contrebande. Je me suis fait prendre une couple de fois, mais j’ai été chanceux et m’en suis sorti indemne.

je suis un lobbyiste- j’ai parcouru les couloirs du parlement et du sénat en essayant de convaincre les gens officiellement élus de se comporter comme je pense qu’illes devraient le faire. Je ne suis pas spécialement bon à faire ça, mais j’étais le meilleur disponible. C’est pas parce qu’on sait déjà que le gouvernement est corrompu que ça justifie qu’on ne peut pas collaborer avec lui. Nous avons plus d’outils que la manifestation.

je suis un propagandiste. Je ne crois pas que j’ai ou que l’on a un monopole de la vérité. j'ai débattu avec des idéologues et je sais qu'ils sont sûrs d'avoir raison, tout comme moi en mes moments les plus arrogants. Nous avons l’obligation de mettre brillament nos croyances au front et nous devons nous souvenir que nous sommes en train d’influencer les gens à penser comme nous, pas parce que nous savons que nous avons une meilleure vision mais parce que nous croyons que nous l’avons.

je suis un hors-la-loi, je fais du vol à l’étalage, je falsifie, pénètre illégalement dans des endroits interdits, détruis la propriété, pénètre par effraction, saute des trains,mendie, me fout des couvre-feux, des copyrights et des autorisations légales. Je traffique sur le marché noir, ne paye pas mes impôts, entre et sort des pays illégalement, me déplace sans payer, mens à la police, ne m’acquitte pas de mes dettes sur carte de crédit (pour 50 000$), imite des signatures, falsifie des visas, fait du pouce, coupe des menottes, divulgue des secrets d’état et ne porte pas la ceinture de sécurité de char (pour des raisons un peu folles) J’aurais aimé pouvoir dire que tout ça a été fait pour des bonnes causes ou pour l’avancement de la révolution-dans les faits, certains gestes étaient égoïstes et d’autres frivoles. Mais, dans tous les cas, je ne pars pas du point où j’assume que les lois sont justes- c’est la prérogative anarchiste.

je suis un terroriste du style de vie, quelqu'un qui pose des questions malaisantes à ceux qui sont confortables, concernant ce dont ils ont réellement besoin et ce qu'ils pourraient contribuer.  Bien sûr, cela ne peut être crédible qu'au sein d'une culture DIY (do it yourself, qui veut dire faites-le vous même) et fonctionne réellement lorsque c'est fait avec humour et d'une façon non-dogmatique.  Lorsque l'on visite des gens que nous ne connaissons pas, mon amoureuse hollandaise Hawina et moi, nous tentons d'être des “ambassadeurs du lieu dont nous aimerions venir”, représentant de ce que nous tentons de construire. L'idée est de mettre de l'avant les aspects positifs de notre style de vie, dans l'espoir d'inciter les gens à plus de travail politique progressiste, ce qui peut être d'aussi petite proportion que de recycler et utiliser les transports en commun ou d'aussi grande proportion que d'abandonner son boulot corporatif et faire des campagnes politiques ou emménager dans une commune.

 

je suis un clown - mon conte de fées préféré se termine sur la phrase : « Ne vous prenez pas trop au sérieux. »  Je me fais un honneur de mémoriser blagues et énigmes et de tenter de faire rire les gens.  Je ne crois pas que rien n'aille si mal que nous ne pouvons le prendre avec humour. De même, une des choses que j'aime de ma communauté est que nous nous y efforçons d'être un superbe public - quiconque se sent d'attaque pour se lever et faire une performance est grandement apprécié.  J'ai pu observer comme cela a transformé la confiance en soi de nos enfants et a amélioré la qualité générale de notre vie culturelle.

 

je voyage. J'ai fait de l'''auto-stop'' sur des bateaux à voiles du Mexique à l'Australie, j'ai pris le train à travers l'Europe et l'Asie, traversé l'Atlantique sur un navire de commerce vagabond polonais, travaillé brièvement sur la face nord de l'Alaska et au fond de l'océan près d'Hawaii. J'ai cessé de prendre l'avion il y a des années, pour des raisons énergétiques et environnementales, mais j'ai continué à voyager plus que la plupart de mes connaissances - j'écris ceci sur un train traversant les États-Unis. J'ai eu à changer ma perception de l'importance du temps passé à voyager - ce qui veut dire que je fait moins de voyages, mais qu'ils sont plus longs. J'ai aussi pratiquement cessé d'aller à des endroits où je ne connaissais personne - c'est la différence entre le tourisme et le voyage. Je m'efforce de découvrir une culture à travers les yeux des gens qui y vivent, plutôt qu'à travers un guide de voyage.

 

je collecte des fonds - l'argent est un grand mal souvent nécessaire. J'ai appris à le diriger vers des projets et campagnes de financement importantes.  Je n'ai jamais pu me défaire du sentiment qu'il y avait quelque chose de malsain dans cette solution et mon égo a eu des moments difficiles en ce qui a trait à la recherche de fonds. Quand c'est une activité que je faisais beaucoup, je sentais à quel point ne pas avoir de maison à moi, ne pas avoir de salaire et vivre très frugalement pouvait être préférable.

 

Les anarchistes semblent ou bien être du type individualiste et solitaire, ou bien être des coopérateurs à la recherche d'alliés.  Je suis toujours à la recherche d'allié-es.  Le succès des récentes manifestations contre la Banque Mondiale et l'OMC vint de la capacité qu'eurent des groupes divergents de mettre de côté leurs différents assez longtemps pour s'unir en un mouvement de masse efficace.  La globalisation et les institutions souvent invisibles aux médias qui en sont les maîtres d'œuvre sont maintenant objets d'un débat populaire et ne pourront demeurer inchangées.  Nous sommes loin de les avoir vaincues, mais l'idée d'annulation de la dette gagne du terrain et le programme de l'OMC semble avoir été déraillé - deux bonnes choses.  Le travail des anarchistes fut central dans l'organisation de ces actions et la construction de ces larges coalitions.   Et il y a de nombreuses autres formes d'alliance - mon amoureuse Jazz, habile avec les mots, a révisé ce texte...  Presque tout projet d'ampleur significative est un effort collaboratif, et plusieurs qui échouent n'avaient simplement pas rassemblé les bons alliés.
 

je suis un organisateur- Il y a plusieurs différences clé entre un organisateur et un leader.  La première est qu'il n'y a pas de travail dégradant pour un organisateur.  Illes sont assez conscients d'eux-mêmes pour savoir ce qu'illes peuvent enseigner et suffisamment humbles pour savoir qu'illes ont encore beaucoup à apprendre.  Toujours pressés par le temps, de bons organisateurs ne tombent pas dans des culs-de-sac et ne sur-analysent pas les problèmes.  Illes se trouvent un remplacement plutôt que de laisser un travail inachevé (quelque chose en quoi j'ai souvent échoué) et illes demeurent le plus souvent invisibles pour l'œil de la gloire.

 

Dans une petite station de train de Tchécoslovaquie j'ai aidé un homme à s'acheter un billet international et nous avons pris le temps de converser. Il m'a dit qu'il avait le meilleur boulot au monde, voyageant d'endroit en endroit pour raconter des histoires.  Après avoir écouté une de ses histoires et y avoir pensé longtemps, j'ai décidé que c'était un boulot merveilleux et important et travaille depuis ce temps sur mes habiletés de conteur.

 

je suis un optimiste - si le principe de l'anarchisme est « tu peux faire ce que tu veux, mais tu dois prendre la responsabilité de tes actions », et que l'on croit en l'adage New Age « nous créons notre propre réalité », nous avons alors l'obligation d'être optimistes - ou bien nous créerons la mauvaise réalité.  Pendant sept ans j'ai vécu en Europe de l'Est avec de petits groupes anti-nucléaire luttant contre les plus puissantes corporations et contre l'État.  Je leur rappelais sans cesse que c'étaient des groupes comme les leurs qui avaient déjà fermé des réacteurs à travers le monde.  Comme papa Chomsky le dit si bien : si vous assumez qu'il n'y a pas d'espoir, alors vous garantissez qu'il n'y aura pas d'espoir.  Si vous assumez qu'il y a un instinct de liberté, qu'il y a des opportunités de changer les choses, alors il y a une chance que vous puissiez contribuer à faire un monde meilleur.  C'est votre choix.

 

Je suis dans le commerce de l'espoir.  Et c'est pourquoi je suis un anarchiste.

 

Paxus at East Wind

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Commentaires sur cet article 1

Visite de la maison mansardée

Écrit par Audrey
12/19/2014 - 15:25

Hier, 30 novembre, je suis allée visiter une maison à Caplan, dans le rang 2, voisine de deux amis, à 3 km de la 132 et à 7 min en voiture de l'église.

En général, c'est une très belle place! La maison a 4 chambres et un sous-sol qui pourrait être aménagé pour une ou deux autres chambres. Ils chauffent principalement au poêle à bois. Il y a trois bâtiments extérieurs à part la maison. 2 grosses granges et un garage avec base de béton.Il y a beaucoup de possibilités à ce niveau-là! Dans une des granges, il y a un endroit pour mettre des animaux, chèvres, lapins, cheval.

Il y a un grand champ près de la maison, avec une légère pente au nord. Il a déjà été utllisé il y a une dizaine d'années. Plus loin, il y a de la forêt avec deux ruisseaux dont une fosse à truite. La terre est de 33 acres. Il y a aussi quelques arbres fruitiers. Les gens m'ont averti qu'il y avait eu de la feraille accumulé et mis en terre sur le terrain.

Le prix est à 200 000$. Ils ont eu des gros problèmes avec l'ancien puisard mais maintenant il y a une nouvelle fosse sceptique et un nouveau champs d'épuration. Au moins, on sait que ca c'est fait!

Sérieusement, c'est une maison-terrain-granges très intéressant pour une communauté avec beaucoup de possibilité de développement.

Nous avons décidé pour plusieurs facteurs (trop rapide, cher, historique de la maison) de ne pas la prendre. Mais ça nous donne plus d'expériences dans le choix de notre futur endroit pour le manoir

 
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