Infolettre du Manoir - no 5 - automne 2014

Pourquoi un nouveau projet de communauté?

Écrit par Admin
09/28/2014 - 20:41

Lorsqu’on parle de notre projet à des gens qui sont déjà impliqués dans le mouvement des communautés intentionnelles du Québec, certain-e-s nous demandent parfois pourquoi on lance un nouveau projet, alors qu’il en existe déjà d’autres au Québec.

Il y a d’autres projets au Québec!

De nouveaux projets de communautés démarrent à chaque année! D’autres sont commencés depuis quelques années seulement et ont besoin de gens comme nous, avec de l’initiative, des compétences, des ressources et beaucoup de volonté ! Enfin, d’autres projets existent depuis longtemps et sont relativement bien établis. D’ailleurs, si la question vous intéresse, nous vous invitons à lire nos articles sur Cohabitat Québec, la Ferme Morgan et TerraVie, et à vous promenez sur notre page de liens vers d’autres initiatives.

Bref, lorsque l’on parle du projet du Manoir, certaines personnes déjà impliquées dans le mouvement des communautés intentionnelles au Québec questionnent notre plan de démarrer une nouvelle initiative plutôt que de se joindre à un projet existant. Également, même chez nos voisins du sud, Audrey se fait demander, “mais pourquoi tu n’habites pas ici à Twin Oaks?”. Elle leur répond : “parce que vous parlez anglais, vous n’avez pas la même culture que moi et vous habitez aux États-Unis.”  Le fait de ne pas être citoyenne américaine complique un peu les choses! (merci quand même pour les nombreuses offres de mariage ;-P)

Mais qu’est-ce que ces remarques impliquent? Qu'il faudrait mettre notre projet de côté pour faire un "essai" avant dans une autre communauté et si ça ne marche pas, on part notre propre projet? Mais, et le momentum?! Là, nous on est prêt-es et motivé-es, c'est maintenant que ça se passe! Si on investit pleinement notre énergie créatrice dans un autre projet en démarrage, on pourrait risquer d’être brûlé-e-s ou blasé-e-s rendu-e-s au nôtre!

Ça divise les forces!

Voici quelques arguments qui sont utilisés pour nous inciter à joindre un projet existant (et plus spécialement des intitiatives en formation) plutôt que de démarrer un autre projet:

  • Problèmes de recrutement:

    • On a parfois l’impression qu’il n’y a pas tant de gens qui sont prêts à vivre en communauté. Certain-e-s suggèrent que nous auront de la difficulté à garnir nos rangs. Or, il y a peut-être plus de gens qu’on pense qui sont prêts à s’installer en communauté mais qui ne le font pas faute d’avoir trouvé une communauté dans laquelle illes se sentent bien et avec laquelle illes partagent des valeurs. Ensuite, ces personnes doivent aimer l’ambiance de la place et s’entendre avec les membres de la communauté.

  • Investissement de ressources financières:

    • Si on prenait les ressources financières que l’on garde précieusement pour le manoir et nous les investissions au Germoir par exemple, nous aurions un plus grand impact sur notre pouvoir ‘’de faire’’. Considérant que les membres de cette communauté sont financièrement pauvres, tout investissement venant de nouveaux membres auraient un très grand impact sur leur capacité à améliorer leurs infrastructures ou leur autonomie, tant financière, alimentaire, qu’énergétique (faciliter la rénovation écologique et l’aménagement des espaces collectifs de la grange, accélérer l’implantation d’un verger de permaculture, libérer du temps de travail pour la transformation alimentaire de produits locaux et bios ainsi que pour l’activisme etc.).

  • “Les premières années à 5 sont les plus difficiles”.

    • Les débuts d’un projet de communauté sont les plus exigeantes, car nous avons peu de ressources, que tout est à faire et que les noyaux de gens impliqués dans le projet est encore restreints. Ce n’est que lorsque le projet est suffisamment développé que d’autres forces se joignent et que le projet commence à rouler sur sa propre énergie.

Un nouveau projet, parce que…

Voici, selon nous, en quoi le projet de communauté intentionnelle du Manoir se distingue des autres initiatives que nous connaissons. Ajoutons également une certaine nuance, dans la mesure où c’est parfois seulement après avoir pensé longtemps à ce dont nous rêvions pour notre projet, et après l’avoir clairement écrit, que nous avons découvert que ces valeurs existaient ailleurs également (par exemple, il est clair pour nous depuis 2008 que nous voulons une communauté séculière à partage de revenus, et nous croyions que ça n’existait pas au Québec. Ce n’est que quelques mois après le lancement officiel de notre site web que nous avons entendu parlé de la Ferme Morgan… Et ce n’est pas faute d’avoir cherché!)

 

  • On a des valeurs différentes, ou qui s’expriment différemment (Attention, ce n'est que notre lecture personnelle, et si ça fait réagir... tant mieux, on aura de belles discussions!)

    • maison collective et partage de revenus (VS Germoir)

    • basé sur les relations humaines (VS Germoir et Ferme Morgan)

    • activiste, militante (VS Ferme Morgan)

    • séculière (VS la Cité Écologique de Ham-Nord)

 

  • On a une stratégie différente

    • écrire notre vision avant de commencer concrètement le projet

    • avoir un processus de sélection des membres clair

    • on visite d’autres initiatives, on crée des liens avec des alliés, on s’outille, s’informe des différentes formes que prennent le partage de propriété, les modes de prises de décision, l’agriculture dans une optique d’autonomie alimentaire et la construction écologique, etc., et on prépare minutieusement les étapes à venir.

 

Bref, nous restons porté-e-s par l’envie de démarrer une nouvelle initiative: la vraie de vraie raison pour laquelle on tient tant à poursuivre dans notre démarche de créer du nouveau, c’est que le projet du Manoir nous apporte inspiration, stimulation, espoir, et nous encourage à plusieurs niveaux dans d’autres aspects de nos vies… C’est aussi simple que ça!

Et puis, nous sommes convaincu-e-s que plus il y a de communautés, plus il y a aura d’alternatives différentes au monde capitaliste, et que la multiplication et la diversification de celles-ci est souhaitable. Dans la mesure, toutefois, où ces initiatives se développent de manière saine et durable et se maintiennent dans le temps. C’est pourquoi il est si important de créer des solidarités, et de se soutenir entre différents projets. C’est pourquoi on continue d’aller à la rencontre de communautés existantes ou en démarrage, c’est pourquoi on adore rencontrer les gens que ça fait rêver, c’est pourquoi on aime autant vous raconter tout ça dans nos articles, et surtout lire vos réactions!

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Un résumé du Rassemblement des communautés de Twin Oaks

Écrit par Audrey
09/21/2014 - 21:44

À la fin août 2014, j’ai assisté au Rassemblement des communautés (Communities Conference) à Twin Oaks. Pendant plus de 3 jours et entourée de pratiquement 200 personnes, on a parlé d’un de mes sujets préférés: vivre en communauté! J’ai assisté à plusieurs ateliers très intéressants. En voici quelques-uns.

Consensus

Il y avait un atelier sur les décisions en consensus et et la facilitation avec Laird Schaub de Sandhill (voir son excellent blogue) . Il nous a parlé du rôle du facilitateur. Selon lui, le rôle de la personne facilitatrice ne devrait pas être de s’occuper du temps ou de donner la parole aux autres, elle doit s’occuper de deux éléments: s’assurer que les gens ne se répètent pas et s’assurer qu’ils ne soient pas hors-sujet. On s’entend pour dire que ce n’est pas tâche facile et que ça prend du tact! Il a aussi mentionné toutes les étapes pour prendre des décisions en consensus. Il mentionnait qu’en 40 ans à Sandhill, il a bloqué qu’une seule décision! Alors, bloquer une décision en consensus devrait être quelque chose d’exceptionnel.

Communication

J’ai aussi assisté à quelques ateliers sur la communication donnés par trois femmes extrêmement géniales dans ce domaine: Debby Sugarman, Sarah Taub et Alyson de Red earth farm.

 

Un des ateliers était axé sur la résolution de conflit vécu dans une communauté. Chaque personne participante pouvait évoquer une situation difficile que les trois femmes écoutaient attentivement. Par la suite, elles proposaient une autre manière de voir, posaient des questions pertinentes et changeaient la perception des gens tout ça en moins de 10 minutes.C’était fou!

 

J’ai aussi beaucoup aimé l’atelier sur les groupes de transparence (transparency group) où nous avons principalement joué à deux ‘’jeux’’. Le premier était : J’ai un scénario… (I have a story about you)  Dans le fond, c’est une personne dans le cercle ( A) qui dit à une autre personne (B) du groupe: j’ai un scénario à propos de toi, veux-tu l’entendre? Si B accepte, A va raconter une idée qu’elle s’est créée dans sa tête sur B et qu’elle croit vraie. B devra répondre en disant: Je comprends pourquoi tu as ce scénario à propos de moi parce que…. B parlera de ce qui est vrai dans ce scénario. Ensuite, B devra compléter en disant: Mais ce que tu ne sais pas est que… La personne B dira un ou des éléments qui vont modifier ou corroborer le scénario de A. Voici un exemple pour avoir plus de clarté!

 

Exemple du jeu : J’ai un scénario

 

A : ‘Cher B, j’ai un scénario à propos de toi selon lequel tu es une personne gênée et qui n’aime pas être dans un groupe.’ (Le scénario peut être n'importe quoi et pas nécessairement quelque chose de toujours gentil et doux)

 

B : Je comprends pourquoi tu as ce scénario à propos de moi parce que je suis tranquille dans un groupe et je ne suis pas très extraverti.

 

B rajoute: Mais ce que tu ne sais pas est que j’aime prendre mon temps avant de parler. Je ne suis pas gêné avec les gens mais j’aime analyser les questions et y répondre plus lentement que la majorité des gens.

 

 

Le deuxième jeu est appellé Essence. Tous les gens sont en cercle et une des personnes (A) quitte le cercle. Les membres restant choisissent une personne (B) que A devra découvrir. Lorsque A revient dans le cercle, A demande à n’importe qui une question du genre: Si B était un arbre, quel sorte d’arbre serait-B? La personne du cercle pourrait répondre: B serait un petit arbuste piquant ou B serait un chêne géant dépendant de l’essence de la personne que A doit trouver. A pourra poser différentes questions à différentes personnes du cercle pour finalement découvrir B!

 

Alyson a aussi animé un atelier sur la résolution de conflit par les cercles restaurateurs . Je n’ai pas encore trouvé de bon site internet sur le sujet en français. Mais j’ai adoré la technique où le-la facilitateur-trice pose seulement trois questions aux personnes présentes: Qu’est-ce que tu as à dire?; qu’est-ce que tu as entendu?; est-ce tout? À essayer, c’est clair!

 

À la rencontre des autres communautés

Il y a aussi eu une activité où pendant 3 heures, les gens rencontrent les communautés présentes. Dans le fond, ça commence par une présentation rapide où toutes les communautés parlent  à tour de rôle de leur mission/vision/statut, etc. Cette année, il y a eu au-dessus de 30 communautés qui se sont présentées. À titre de comparaison, en 2010, il y en avait que 8! J’ai présenté le Manoir et quelques personnes sont venues me parler de leur connections avec le Québec.

 

FEC

La Fédération des Communautés Égalitaires (FEC) est un organisme que j’aime bien parce qu’il prône les valeurs auxquelles je tiens. Une des dernières rencontres que nous avons eues à Montréal pour le Manoir nous avait amené à songer à rencontrer les membres du conseil d’administration de la FEC pour parler de notre projet de communauté québécoise afin de voir quel soutien la Fédération pourrait nous offrir. À ce moment-là, nous ne savions pas exactement à qui demander de l’aide et du financement. Mais maintenant, grâce au rassemblement des communautés, j’ai pu constater que je connaissais tous les représentants (ou presque) de la FEC et que plusieurs étaient mes ami-e-s!

 

Toute bonne chose a une fin!

Une autre activité qui a fait vraiment du sens pour moi était la toute dernière activité, le cercle de fermeture. Je craignais que ça soit bizarre, pas super le fun ou même troublant, je redoutais l’activité! Mais finalement, après avoir fait quelques jeux rapides de camp de jour(!) on s’est tous-tes tenu-e-s par les mains et on a fait un genre de cercle mais concentré en deux lignes face à face. Silencieusement, il fallait regarder dans les yeux la personne devant nous avec un esprit de gratitude. Après avoir regardé la personne pendant environ 5 secondes, on bougeait tous-tes d’un ou deux pas (dans le même sens) pour regarder dans les yeux une autre personne. Après ces 4 jours intensifs et ces nombreuses semaines de planification et d’organisation, j’ai trouvé l’exercice très révélateur et bon pour le coeur.

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Visite de l'éco-village d'Earthaven

Écrit par Audrey
11/09/2014 - 00:00
Le centre communautaire

En octobre 2014, l’un de mes amis de Twin Oaks, qui est aussi membre d’Earthaven (EH), m’a invité à venir visiter la communauté où il a habité pendant plus de 5 ans, juste avant de déménager à Twin Oaks.

Après plusieurs heures de voiture sur l’autoroute, nous sommes arrivéEs en Caroline du Nord, dans les Appalaches et j’étais impressionnée de toutes les sinuosités de la route! On s’est arrêté au petit dépanneur en montant la montagne et on a continué notre chemin pendant encore une quinzaine de minutes en descendant dans la vallée. Je sais pas comment on aurait fait pour se rendre là-bas en vélo! Les membres de Earthaven parlent beaucoup de la forêt qui les entoure, probablement parce qu’elle omniprésente et magnifique!

Eartheaven

Earthaven est composé d’environ 40 à 70 personnes, comprenant une dizaine d’enfants. Il est difficile de savoir combien de personnes vivent sur place exactement puisqu’une personne peut habiter là-bas sans y être membre! De plus, les voisin-ne-s prennent une part active dans la communauté. Illes organisent des fêtes où illes invitent les membres à y participer. Réciproquement, les membres invitent le voisinagne à plusieurs activités régulièrement. Les gens de Earthaven étaient très accueillants et nous avons participé à quelques activités de groupe. Ils ont aussi des rituels féministes environ deux fois par mois dans ce qu’ils appellent la ‘’red tent’’ (selon le livre du même nom).

Earthaven, comme Dancing Rabbit, sont les exemples les plus connus d’écovillage. Un écovillage est une communauté intentionnelle prenant la forme d'un village, où chaque personne ou chaque famille possède son propre terrain ou sa propre maison (propriétaire ou locataire), un espace collectif étant généralement partagé au centre du village. Les membres d'un éco-villages tentent d'appliquer et d'expériementer des principes écologiques, de construction, d'alimentation et de transport.

Économie

Contrairement aux communautés de la FEC, les membres d’Earthaven ne partagent pas leurs revenus. Chaque membre doit ainsi se soutenir financièrement. Certain-e-s travaillent sur place pour d’autres membres. D’autres travaillent à domicile pour des compagnies à l’extérieur ou se déplacent à Asheville pour travailler. Deux membres ont une pépinière sur les lieux qui fournit de l’emploi à 4 autres personnes. Il n'y a qu’une entreprise à EH et elle ne fait pas d’argent présentement. Les membres aimeraient bien partir une entreprise qui fonctionne sur place mais illes n’y sont pas arrivés. Ils ont essayés environ 15 différentes entreprises qui n’ont toutes pas fonctionnées…

Vivre à Earthaven n’est donc pas gratuit. Le montant pour devenir membre est de 4000$. Il y a aussi un montant à payer à chaque année pour les frais courants (environ 800$) et 50 heures de travail communautaire à faire annuellement. Ensuite, il y a un loyer à payer pour l’habitation. Différentes maisons sont à louer à différents prix. De plus, il y a les dépenses pour avoir accès aux douches, bains, et cuisine. Pour finir, il y a les coûts par semaine pour se nourrir. La cuisine collective où nous sommes allé-e-s manger nos repas coûte 65$ par semaine!!! Bien entendu, toutes autres dépenses personnelles sont payables par chaque individu.

Économiquement parlant, EH a sa propre monnaie qui s’appelle LEAP. Théoriquement, un LEAP équivaut à 10$ ou environ une heure de travail. Mais en pratique, le taux pour un LEAP se situe à 8$. Les membres s’échangent souvent des LEAP contre des services. Par exemple, un membre d’EH peut donner 2 LEAP à une personne qui va ramasser les feuilles sur son terrain peut importe le nombre d’heures que cela va prendre. C’est un système très différent du système une heure=une heure que l’on est si habitué de voir dans les communautés FEC.

Vie sociale

Politiquement parlant, ils prennent leurs décisions par consensus. Mais, ce mode de prise de décision est en train de changer. Diana L. Christian, l’auteure de Vivre autrement, habite à EH et est très en faveur de la sociocratie. C’est peut-être vers quoi ils tenderont dans le futur. Mon hôte nous disait que beaucoup de problèmes internes sont présents et qu`à cause de blocages réguliers dans leur consensus, ils utilisent aussi la super majorité. Paraitrait-il qu’une personne bloquait la majorité des décisions laissant le groupe sans énergie et qu’ils ont dû trouver une solution pour continuer à prendre des décisions.

Sur un autre sujet, Earthaven est vraiment un bel endroit, les endroits communs sont assez récents et beaux. Les petites maisons qui parsèment la propriété sont très belles et sont construites de manière écologiques. La plupart des maisons sont unifamiliales ou construites pour une personne. Il y a quelques maisons où vivent plusieurs familles où personnes. J’aimerais mentionner la maison de Medecine Wheel où je me suis sentie comme si j’étais au Manoir! Une grande maison de 13 chambres avec plusieurs pièces communes bâtie à plus de 90% de matières recyclées!

En devenant membre, tu choisis ta cuisine. Il y a plusieurs types de cuisine communautaire sur place. Es-tu végétalien, végétarien ou carnivore? C’est surtout cela qui déterminera où tu atterriras. Il y a donc un comité qui s’occupe de chaque cuisine. Il y a aussi des comités qui s’occupent de la salle des douches, des installations collectives, du bois de chauffage, etc.

Le moyen de communication privilégié est le téléphone. Chaque membre et voisin-ne ont un téléphone et répondeur pour recevoir des messages. La mode n’est ni au courriel, ni au papier! Ils ont un système pour envoyer des messages au répondeur directement sans que le téléphone sonne. Les gens ne se font donc pas déranger constamment par un téléphone qui sonne!!!

Village écologique

Comparé à Twin Oaks, EH est vraiment super écologique. Premièrement, la communauté est off-grid, c’est-à-dire qu’elle n’est pas connectée sur le réseau ‘normal’ d’électricité. Pratiquement toutes les maisons sont équipées de panneaux solaires. Certains panneaux sont partagés pour quelques maisons. Les membres sont conscient-e-s de leur consommation d’électricité et font très attention à toujours avoir suffisamment d’énergie pour le lendemain. Lors d’une soirée de notre séjour, nous avons joué aux cartes dans une roulotte en s’éclairant avec une lampe électrique. Une voisine a cogné à la porte juste pour être certaine qu’on utilisait pas plus d’électricité qu’une lumière!

Beaucoup de constructions écologiques ont été essayées. Il y a un earthship et beaucoup de maisons faites en cob. Plusieurs tiny house sont présentes. Avec tous ces essais, seulement une des maisons a été abandonnée depuis plusieurs années à cause de grands problèmes de moisissures. Je suis allée la visiter et elle était très belle à l’intérieur, mais très mal construite. Il y a aussi un cohousing sur la propriété. Un des problèmes que j’ai constaté est que tu dois acheter une parcelle pour construire ta maison et que tu as le droit de vendre cette maison seulement à un-e autre membre de la communauté. Alors, c’est bien beau si tu as un earthship qui vaut 150 000$, mais à qui tu vas vendre ta propriété ou qui aura les moyens de se la payer?

Le transport est le côté moins écolo de la communauté. Pratiquement tou-te-s les membres ont leur propre voiture personnelle ce qui augmente vraiment leur empreinte écologique .Le fait qu’illes ne partagent pas leurs revenus a peut être été un obstacle à la mise en place d’un système de covoiturage et une incitation à trouver un revenu à l’extérieur. Iles sont si isolé-e-s qu’une voiture est nécessaire pour gagner de l’argent à l’extérieur. Une entreprise sur place ou le partage de revenus pourrait certainement permettre la réduction des déplacements et donc la réduction de l’utilisation de voitures.

 

Bref, j’ai apprécié mon séjour à Earthaven pour son côté écolo et tendant vers plus de beauté. Je me serais vue habiter dans la maison de Medecine Wheel et vivre dans une ambiance remplie de forêt et de montagnes. Mais j’étais contente de revenir à Twin Oaks, avec moins de coûts à payer et avec plus d’égalité dans les conditions de vie des membres.

Dossier: Enjeux d'une transition - Introduction

Écrit par Admin
09/14/2014 - 10:01
Logo du Mouvement Villes en transition

Cet article est l'introduction d’une série d’articles sur le thème des transitions dans les communautés intentionnelles. Ce dossier est un travail de co-création d'Arielle et d'Audrey.

Introduction

Les communautés intentionnelles sont des milieux en ébulition, qui accueillent beaucoup de gens de différents horizons, et où l’on observe souvent un grand roulement de membres. De plus, ce sont des microcosmes qui s’inscrivent dans des sociétés beaucoup plus larges, ou même en marge d’elles.  Plusieurs éléments sociétaux peuvent influencer la communauté dans un sens ou dans un autre.

Des éléments externes à la communauté tels les lois en vigueur, la culture ambiante, les normes apprises peuvent faire pression sur les décisions prises par les membres. De plus, des éléments internes tels les luttes de pouvoir, l’accès aux ressources, l’égalité ou les valeurs des membres exercent nécessairement un autre type de pression sur une communauté.

 

Celle-ci, face à ces nombreuses influences, peut s’adapter, ou se nécroser, se transformer ou se figer, ou encore donner naissance à de nouveaux projets. Quoiqu’il en soit, ces moments de transition amènent beaucoup de changements. Certains sont souhaités et volontaires, alors que certains peuvent être non prévus ou même, non voulus. Enfin, alors que certains sont visibles et facilement observables, d’autres peuvent nécessiter une analyse plus poussée pour les reconnaître, et déterminer leurs effets dans une perspective plus globale. Ce sont ces différents éléments qui feront l’objet de la première partie de cet essai.

 

Dans un premier article, nous parlerons du cas d’Acorn, communauté intentionnelle située aux États-Unis, en péridode de transition. Plusieurs indices permettent de reconnaître cette transition qui dure depuis plusieurs années: le changement rapide dans le nombre de membres vivants dans la communauté, l’arrivée et l’agrandissement du nombre de membres admissibles mais aussi le départ plus récent de plusieurs anciens membres responsables de certains départements et les dynamiques qui ont objectivement changés. Elle peut s’observer dans des manifestations concrètes, comme le chiffre d’affaire de leur entreprise de semences et la construction d’un nouveau bâtiment, de taille tout de même importante par rapport aux structures existantes.

 

Dans un deuxième article, nous souhaitons porter notre regard sur l’émergence de nouvelles communautés, ayant un lien de proximité plutôt grand avec Twin Oaks et Acorn. Ce qui a attiré notre curiosité, c’est qu’en effet, deux communautés issues de Twin Oaks ont vu le jour dans les 2-3 dernières années. Il s’agit de Living Energy Farm (LEF) et de Sapling. Nous verrons en quoi cette éclosion est l’indice d’une forme de transition. Nous étudierons le contexte et les circonstances qui semblent avoir permis et favorisé ces transformations. Pour mieux le comprendre, nous inscrirons ce fait social dans une perspective historique. En effet, ce n’est pas la première fois que ce genre de transformation a lieu, puisque les communautés d’East Wind, Acorn et Woodfolk sont toutes des communautés, encore existantes, qui ont leurs racines historiques dans la communauté de Twin Oaks.

 

Enfin, nous terminerons avec un troisième article, en établissant des liens entre notre analyse concernant les transitions dans le mouvement des communautés intentionnelles et les transitions qui peuvent affecter la société en général. Existe-t-il une ressemblance, par exemple, au niveau du flottement des valeurs dans la société lors de révolutions sociales? Peut-on faire un parallèle avec une société qui accueille beaucoup de gens d'une autre culture, ou encore, avec la question des générations, lorsque les nouveaux (ou les plus jeunes) surpassent en nombre ceux qui sont là depuis plus longtemps, et qu'émergent des conflits de valeurs qui ébranlent le statu quo?

L'argent... et le bonheur? Le travail et ce qui compte

Écrit par Arielle
09/14/2014 - 13:32

Le concept de partage de revenus (voir l'article qui explique ce sysème économique, et l'article qui en expose les avantages et désavantages pour plus d'informations) apporte de nombreuses questions, et nous oblige à réfléchir à des éléments pour lesquels les réponses nous sont données lorsqu’on évolue dans un système économique qui s’impose comme naturel.

Voici, en vrac, des questions auxquelles nous réfléchissons, de même que des interrogations que les gens partagent avec nous lorsque nous leur parlons du projet du Manoir. Pour le plaisir de vous inviter à développer vos propres réflexions sans introduire (trop) de biais, nous gardons nos pistes de réponses pour un prochain épisode ;-). Ce travail est d'ailleurs toujours en évolution et, afin de favoriser la participation de plus de gens au projet, nous vous donnons la possibilité d'y prendre part. Vous pouvez donc ajouter vos propres questions, suggestions, commentaires, pistes de réponses, directement sur notre document de travail google drive.

En passant, ces diverses questions ont souvent déjà été rencontrées par des communautés à partage de revenus existantes, et diverses solutions ont été proposées et essayées. Ce n'est pas juste des idées folles!

Qu'est-ce qui compte?

Qu'est-ce qui compte comme des heures de travail, et quelles dépenses sont défrayées par la communauté? Sur quelle base, ou à l'autel de quelles valeurs ou principes peut-on le déterminer?

Considérant que nous ne calculons plus la contribution en terme d'argent, mais en terme de temps, sur le principe de « 1h vaut 1h », quels enjeux est-ce que cela soulève? Au niveau de l'égalité et de la justice? Au niveau de la productivité, et de la « nécessité » matérielle de rendement : il faut quand même qu'au bout du compte, tout le monde mange et que nos dépenses d'habitation (hypothèque, taxes, électricité, etc.) soient couvertes. Et aussi, idéalement, que nous puissions continuer de croître, de se développer, de se diversifier et de s'épanouir en tant que communauté. Immanquablement, il y aura donc des dépenses, personnelles ou collectives, que nous ne pourrons nous permettre. Cela signifie établir des limites, des critères, identifier des valeurs ou des conditions. Celles-ci pourront évidemment toujours être critiquées, remises en question, démonisées ou tentées d'être dépassées, remaniées ou ignorées, mais elles sont inévitables. C'est donc important de garder une certaine flexibilité et une capacité d'autoréflexion, tout en restant réaliste. Pour moi, c'est aussi plus facile de les énoncer clairement pour qu'elles soient connues de tout le monde, et puissent ainsi être discutées, que de faire comme s'il n'y en avait pas, car cela peut mener à des abus, des déséquilibres de pouvoir pernicieux, des frustrations et des tensions silencieuses qui ne peuvent que miner les relations humaines, les relations de confiance qui sont la base même de la communauté.

Nous avons donc fait une liste de questions qui reviennent, zones grises qui risquent de faire émerger des conflits et aux arrêtes desquelles il faudra déterminer nos limites. Toutefois, la liste est quasiment infinie, et on se demande comment la présenter dans le cadre d'un article pour que cela reste pertinent et dynamique! Pour l'instant, vous pouvez la consulter (et y participer!) en allant sur le document google drive.

Comment compter?

J'ai personnellement souvent un malaise face à l'argent. Plusieurs questionnements restent en suspens lorsque je tente d'analyser la valeur d'un travail, d'un service ou d'un bien. Je suis parfois confrontée dans ma relation à l'argent par différentes situations. Bref, je n'ai toujours pas trouvé une position confortable et assumée face à ces enjeux, mais j'aimerais partager quelques réflexions intéressantes qui pourront peut-être nourrir, comme pour moi, vos débats intérieurs…

3 enjeux

  1. Je demande un service à quelqu'un. C'est quelqu'un avec qui je partage plusieurs intérêts commun, et nous avons une démarche ou un parcours semblable. J'ai envie de partager mes découvertes et questionnements, avec l'espoir que ces rencontres permettent de développer une relation de plus grande proximité. Toutefois, lorsque je propose une rencontre, la réponse que je reçois inclus un tarif horaire… Malaise et déception.

     

  2. Je m'implique dans un groupe, un comité. Je me rends compte que presque toutes les personnes impliquées avec moi sont rémunérées pendant leurs heures d'implication, soit directement par leur employeurs, comme représentant, ou indirectement parce que leur temps est rémunéré par leur travail de toute façon. Remise en question.

     

  3. J'offre de mon temps à des ami-e-s en gardant leur enfant, sans leur demander de contrepartie. Lorsque l'un d'eux pourrait me rendre service à son tour, il me demande rémunération, car son travail implique plus de connaissances.

     

3 perspectives

  1. Patrick : le temps qu'il passe à réparer son vélo lui-même, à faire son pain, etc., même si ça prend 3-4 fois plus de temps que quelqu'un d'autre, est considéré comme une économie car ça ne coûte rien. En plus, il apprend dans le processus, c'est donc un gain!
    (Aussi, il négocie parfois sa rémunération en “nature”, ce qui est parfois un échange “gagnant-gagnant”. Par exemple, plutôt que d’accepter d’être payé 100$ en argent pour un spectacle dans une micro-brasserie, il propose de recevoir un crédit de 150$ de consommation de bière (qu’il peut ensuite partager en invitant des ami-e-s), ce qui coûte seulement 75$ environ à l’entreprise.)

     

  2. Hugues : il calcule la valeur de son temps de travail, pour lui-même, à 15$/h. Si quelqu'un d'autre peut faire le même travail mais plus rapidement, alors il est prêt à payer car c'est une économie de temps, et éventuellement, d'argent, car il peut travailler ailleurs pendant ce temps.

     

  3. Les Accorderies ou certaines communautés intentionnelles à partage de revenus: “Une heure vaut une heure”. Peu importe le rendement, peu importe la productivité, c’est la contribution en temps qui établit l’échelle de comparaison. En échange de cette contribution, les ressources sont distribuées de manière équitable pour répondre aux besoins de chacun.

     

Ajoutons une perspective que j’associe à la perspective de la simplicité volontaire ou de la décroissance conviviale, et qui implique de calculer les dépenses reliées au travail, pour évaluer le salaire réel généré par un emploi. Si je calcule le coût de ma voiture (achat, plaques et assurances, entretien, etc.), de même que l’essence que je mets dedans pour me rendre au travail, si j’ajoute les dépenses en vêtements et autres accessoires nécessaires à mon emploi, si je calcule les dépenses en nourriture qui augmentent parfois lorsque je n’ai plus le temps de cuisiner et produire ma propre bouffe… combien me reste-t-il? Si, toutefois, j’ajoute la valeur des avantages sociaux de mon emploi, tels les assurances santé, les cotisations à la RRQ ou autres régimes de retraite, etc. Est-ce que ça vaut vraiment la peine? C’est cette question qu’il faut poser à tous les défenseurs du développement économique à tout prix, parce que “ça crée de l’emploi”, au détriment de l’environnement ou du tissu social. Qu’est-ce qui est le plus rentable selon vous entre donner des millions en subventions à une cimenterie à Port-Daniel, par exemple, ou investir un montant équivalent dans le soutien à des jeunes entrepreneurs-ses dynamiques qui redonnent vie aux régions?

La prospérité (partie1): le travail

Écrit par Anonyme
11/13/2014 - 00:00

‘’Bien que les communards soient pauvres, la commune est riche! ’’

http://english.lasindias.com/

 

Ça nous tentait de parler de prospérité parce que même si on veut vivre simplement, on veut aussi vivre dans l’abondance. Nous envisageons un autre paradigme quant à la prospérité, qui serait plus en lien avec nos besoins intrinsèques qu’avec nos envies et besoins dictés par une économie capitaliste néo-libérale. Nous voulons avoir une vision plus large que celle qu’on nous impose trop souvent, faisant de nous un-e consommateur-trice, rien de plus.

À titre d’exemple, le mouvement de la décroissance représente bien notre envie de prospérité. Pierre Rhabi, dans un de ses nombreux livres, raconte un peu son histoire personnelle et sa quête dans la non-croissance. Sur sa ferme, il a un nombre x de moutons. Les gens qui le visitent lui demande souvent: mais pourquoi tu n’aurais pas quelques moutons de plus, tu pourrais faire plus d’argent et vivre mieux. Mais Pierre Rhabi est convaincu. À quoi ça sert d’avoir toujours plus si on est satisfait avec ce que l’on a? C’est quoi cette habitude à vouloir toujours plus? Et si la prospérité était plus que ce que nous possédons matériellement parlant?

Pourquoi la prospérité?

Créer de la prospérité peut simplifier la vie en communauté! En effet, avoir de l’argent pour s’assurer d’une autonomie financière, alimentaire et énergetique; pour améliorer les infrastructures, pour s’assurer un minimum de confort et pour libérer du temps pour faire de l’activisme au lieu d’<aller travailler> sont tous des éléments positifs qui apparaissent grâce à la prospérité!

La prospérité dans une communauté permet d’être autonome face au système capitaliste. Dans certains cas, la prospérité vient d’une entreprise (sous forme de coop par exemple) située dans la commune qui participe au système mais qui permet aux membres de la communauté de créer une autre sorte d’économie où:

  • grandir sans arrêt n’est pas le but principal

  • l’on vise une utilisation des ressources sans les exploiter

  • faire du profit pour son bien-être personnel n’est plus l’adage.

  • la hiérarchie des fonctions et des salaires n’a plus cours.

  • chacun-e peut participer avec leurs forces et intérêts

  • on contribue au dévelopement local, dans le quartier, village ou région

  • on privilégie les pratiques à long terme au lieu d’avoir une vision à court terme.

Dans le fond, nous remettons en question la vision dominante capitaliste de la prospérité, et nous luttons contre la croissance, l'exploitation, la domination, la hiérarchie, etc. Nous voulons la prospérité pour tous et non pas seulement pour une ’’élite’’ qui s’est hissé à la tête de la pyramide en abusant soit les travailleur-se-s  ou la nature. Est-ce qu’on peut dire qu’on est prospère si 80% de population mondiale crève de faim?

La prospérité peut, à priori, paraître rebutante pour bon nombre de personnes qu’on qualifierait de militant-e-s. Certes, derrière celle-ci, se cache une notion de croissance économique qui est bon de remettre en cause, mais si nous voulons que notre économie interne soit attractive, elle doit être florissante et capable de pourvoir, au minimum, aux besoins de base de ses membres et éventuellement au développement de la commune et à l’installation d’autres membres sur celle-ci. Même dans une perspective d’autosuffisance, une diversification des activités et de la production est, selon nous, essentielle. Sur une terre en friche, nous voudrons, par exemple, commencer par cultiver des patates, puis une variété de légumes, puis poser des clôtures sur les parties moins riches pour y établir des pâturages, puis construire une serre pour allonger la saison, puis fabriquer un four à pain pour la transformation de nos céréales, etc.

La prospérité ne repose pas simplement sur une bonne économie. Si celle-ci est trop demandante humainement, trop stressante, qu’on doit y donner trop de temps et sacrifier famille et amiEs et qu’on est en constante compétition sans jamais obtenir de reconnaissance, comme c’est souvent le cas actuellement, c’est un échec. La prospérité doit aussi nous permettre de faire grandir toutes les facettes qui nous composent, de nous procurer du bonheur, de générer des relations riches et égalitaires, etc. C’est donc dire qu’il faut créer un nouvel équilibre nous permettant de combler au maximum tous nos besoins.

Mais cette prospérité, cette ``heureuse situation``, d’où vient-elle? Le travail et les outils sont les deux facteurs qui peuvent nous amener ou nous maintenir dans cette situation favorable. Dans le cas du premier, il est limité au nombre de personnes qui contribuent au développement de la communauté et au nombre d’heures effectuées. Dans le second, à l’optimisation des outils et à une bonne prioritisation des acquisitions.

Le travail et la prospérité

Quand tout est à faire, le travail peut vite devenir un élément limitant, c’est pourquoi une organisation efficace est primordiale. Là-dessus, il n’y a pas de recette miracle. Certaines personnes qui n’ont pas encore développé un grand sens de l’initiative, ou qui fonctionne mieux dans un cadre bien établi préfèreront un système où tout leur est indiqué, où un horaire leur est donné à chaque semaine, où le temps de travail et de repos est bien circonscrit. Les autres individus, ceux qui sont imprégnés du don de soi, ceux qui sont toujours volontaires pour tout, ceux pour qui travailler est le plus beau des passe-temps (...les workaholic et autre dépendant affectif en quête de reconnaissance) pourront s’en sortir avec un horaire plus souple et prendrons peut-être beaucoup plus de responsabilités sur leurs épaules . Dans tous les cas, si quelque chose doit être accompli, la pression sociale peut amener tout un-e chacunE à se dépasser. Il faudra tout de même veiller à ce que chacun-e respecte ses limites et garde en tête que le but ultime est de vivre ensemble, que le social prime sur l’économique et qu’en décidant de vivre sur une commune nous sommes tou-te-s interdépendant-es.

Les outils et la prospérité

Dans le cas des outils, quelques règles peuvent aider à faire de bons choix. Il est important d’utiliser le capital de production (machines ou bâtiments) à son maximum avant d’investir dans d’autres projets, car l’argent sonnant peut être une denrée rare qu’il ne faut pas disperser aux quatres vents. Par exemple, si la commune possède une usine à bas de laine qui fonctionne du lundi au vendredi, on pourrait envisager de travailler la fin de semaine pour accroître la production avant d’investir dans de nouvelles bâtisses et machinerie qui entraînerait un endettement et une dépendance aux banques pour obtenir le même résultat. Ce choix peut tout de même engendrer une grande réorganisation du mode de vie et en affecter sa qualité.

Un autre élément à considérer se résume bien par l’adage ``faire mieux avant de faire plus``. Ainsi, prendre du temps pour restructurer les aires de travail, pour qu’elles soient plus ergonomiques, pour être plus efficace, augmentera certainement notre bien-être et tou-te-s se rueront pour faire ces tâches autrefois rebutantes. Ou encore, au jardin, nous pourrions essayer de semer certaines cultures plus densément avant d’ouvrir de nouvelles parcelles. Cette technique nécessite une plus grande expertise, mais sauvera beaucoup de temps de préparation de terrain, de sarclage, de déplacement, etc.

Opter pour des outils, ou des activités qui seront à la fois utiles pour la commune et pour ses entreprises est aussi une bonne idée. Les permaculteur-e-s vont même jusqu’à dire qu’il ne faut jamais intégrer rien de nouveau dans le système si ça ne répond pas à trois fonctions. Comme dans toutes les actions que nous entreprenons, la planification est essentielle. Avant d’acheter quoi que ce soit, s’asseoir tou-te-s ensemble et faire une liste des outils prioritaires est primordial. Ainsi, les équipements qui nous sauvent le plus de temps, qui nous épargnent les tâches harassantes, ou qui nous permettent de gagner l’argent qu’on a besoin seront priorisées. Mieux vaut passer beaucoup de temps à cette étape, car les bons outils peuvent faire la différence entre une communauté prospère et une gang de monde déprimé avec un mal de dos!

Dans le fond…

Après cette réflexion, le constat est que nous ne pouvons nous passer de la prospérité. Nous voulons ‘bien vivre’, même si notre mode de vie est en marge du courant dominant. Le capitalisme nous vend une idée de la prospérité qui n’est certainement pas celle que nous voullons adopter. Le matériel est indispensable pour nous assurer du confort, mais dans une perspective écologique, il faut savoir fixer des limites. Ce qui générera le plus de bien-être est notre proximité avec la nature et avec l’être humain (incluant nous-même). C’est pourquoi nous tâchons d’édifier un système alternatif créateur d’une autre richesse. Un système où les liens entre nous iront en s’accoissant et seront, espérons-le, les nouvelles assises de la prospérité. Pour que tout fonctionne bien, s’attarder à cette question avant l’établisssement de la commune est une bonne idée. S’entre-questionner sur notre rapport à l’argent et au capital pourra nous aider à fixer certaines balises et à établir les moyens à prendre pour atteindre cet état d’aisance.

 

La prospérité (partie 2): Démarrer une entreprise

Écrit par Audrey
11/15/2014 - 00:00

‘’Bien que les communards soient pauvres, la commune est riche! ’’

http://english.lasindias.com/

 

Ça nous tentait de parler de prospérité parce que même si on veut vivre simplement, on veut aussi vivre dans l’abondance. Nous envisageons un autre paradigme quant à la prospérité, qui serait plus en lien avec nos besoins intrinsèques qu’avec nos envies et besoins dictés par une économie capitaliste néo-libérale. Nous voulons avoir une vision plus large que celle qu’on nous impose trop souvent,  faisant de nous un-e consommateur-trice, rien de plus.

Personnellement, j’avais aussi envie de parler de prospérité mais de façon plus concrète ayant en tête de partir une entreprise (sous forme de coop par exemple) dans la commune que nous voulons créer. Je répondrai à certaines questions du genre: Pourquoi partir une entreprise dans une communauté intentionnelle?; Quels sont les avantages pour nous de le faire?; Quels sont les critères pour choisir une entreprise viable? Quels sont d’autres idées d’entreprises possibles? En espérant que ce texte vous inspire pour créer avec vos ami-e-s une économie alternative.

Partir une entreprise dans une commune

Premièrement, on pourrait se demander : Pourquoi se doter d’une entreprise dans une commune au lieu d’aller individuellement travailler à l’extérieur pour ‘gagner’ de l’argent?

Pour…

  • avoir plein de flexibilité-travailler lorsque ça nous tente

  • combler des besoins de la commune par les produits de l’entreprise

  • avoir un autre modèle de compagnie non-hiérarchique

  • être proche des gens que l’on aime pendant nos heures de travail

  • faire de l’argent sans avoir à:

    • à se déplacer à l’extérieur pour le faire

    • travailler pour un patron ou une compagnie capitaliste

    • s’alliéner

Avantages d’une commune sur le ‘marché’

  • Les communautés développent une expertise dans un secteur qui répond à leurs propres besoins. Et de ces besoins vient la possibilité d’apprendre et de comprendre rapidement l’application commerciale de leur ‘produit’

  • Les membres des communautés ont la plupart du temps des compétences sociales au-dessus de la moyenne et peuvent donc offrir un meilleur service-client.

  • Les membres sont content-e-s de travailler à temps partiel et d’avoir des heures flexibles.

  • Les communautés ont un terrain et ont des bâtiments qui peuvent être utilisés pour une entreprise plus facilement.

Critères pour une entreprise viable dans une commune

Récemment, je me suis intéressée aux entreprises existantes dans les communautés intentionnelles. Considérant le fait que les membres du Manoir veulent avoir une entreprise viable dans leur communauté, j’ai cogité sur les critères pour avoir une ‘bonne’ entreprise dans le contexte d’une commune.

Je me suis donc penchée sur la question depuis un certain temps et je suis arrivée à cette conclusion:

Les critères d’Audrey

1- Le travail peut se faire à l’intérieur et donc se faire en hiver

2- La majorité des tâches ne sont pas spécialisées

3- Les tâches sont plus douces que dures sur le corps

4- L’entreprise commence par des matières premières

 

Mon premier point est qu’une entreprise viable au Québec doit avoir une bonne partie de ses activités à l’intérieur pour pouvoir travailler à l’année longue. Quand arrive l’été, il y aura des légumes à s’occuper, des champignons à ramasser et du plaisir à avoir au lac ou à la mer.

Mon deuxième point, (mentionné par deux autres ami-e-s) est qu’une entreprise de commune a un grand roulement de ses membres travailleurs. De plus, les visiteurs, voisin-ne-s, woofers de tout genre pourront aider dans la compagnie si les tâches à apprendre ne sont pas trop difficiles. Toutes ces belles personnes pourront aider même si elles viennent pour une semaine ou un mois.

Mon troisième point est que même si certaines personnes adorent ‘travailler fort’ avec leur corps, il y aura toujours du travail physique à faire sur une communauté rurale. C’est donc un critère positif de se dire que l’on veut préserver une bonne condition physique et ne pas partir une entreprise qui demande beaucoup de piétinage sur la santé de ses membres. Dans le tableau qui suit, seulement trois entreprises ne contiennent pas ce critère et se sont toutes des entreprises liées à l’agriculture.

Dernièrement, j’ai pu apercevoir que plusieurs entreprises partaient de rien pour fabriquer quelque chose et je trouvais le concept intéressant. En fait, pratiquement toutes les entreprises du tableau répondent à ce critère. Ce qui veut peut-être dire que c’est un critère de réussite.En effet, la transformation de matières premières est créatrice de plus-value. En plus, pour les produits agricoles, elle peut stabiliser leurs états et permettre de les écouler sur une plus grande périodes de temps.

Pour plus de plaisir et d’expériences scientifiques, j’ai demandé à trois ami-e-s de me donner leurs critères pour évaluer une entreprise qui réussit dans une communauté intentionnelle. Voici leurs réponses:

 

Les critères d’Irena (Acorn):

5- L’entreprise comporte plusieurs sortes de travail (physique, intellectuel, routinier, etc.)

6- La majorité des tâches ne sont pas spécialisées (mon point 2)

7- Le travail peut être sauter, il n’y a pas beaucoup de travail obligatoire

8- L’entreprise va dans le sens de la vision de la communauté.

 

Le critère de Sky (Twin Oaks):

9- Offrir un produit que tout le monde a besoin mais avec une plus-value

 

Les critères de GPaul (Acorn) :

10- La majorité des tâches ne sont pas spécialisées (mon point 2)

11- L’entreprise va dans le sens de la vision de la communauté. (point 8 d’Irena)

 

Comme vous pourrez le constater, aucune personne, ni moi-même, n’a mentionné le critère de ‘faire de l’argent’. Je n’ai donc pas ce critère-là dans la liste. Néanmoins, pour les entreprises déjà en place, j’ai essayé d’avoir leur revenu brut (sans prendre en compte leurs dépenses) tout en sachant que toutes les entreprises mentionnées accumulent de l’argent grâce à leur compagnie (sauf celle d’Earthaven).

Analyse du tableau 1

Comme vous pouvez le constater aucune entreprise ne répond à tous les critères. Néanmoins, plusieurs entreprises sont quand même très près d’atteindre les 8 critères. Parmi celles qui ont 7 critères et plus, notons la shop de hammac de Twin Oaks, l`usine de beurre de noix d’Eastwind, l’entreprise de semences d’Acorn et Respecterre de la Cité Écologique.

Au niveau financier, l’usine de beurre de noix génère quand même 10 fois plus d’argent que la shop de hammac de TO! On peut donc constater qu’une entreprise peut répondre aux mêmes nombres de critères mais rapporte beaucoup plus d’argent qu’une autre! Malheureusement, je n’ai pas tous les chiffres d’affaires des compagnies, mais bon, ça nous donne une idée.

Après avoir analysé toutes ces entreprises et ces critères, j’ai décidé d’évaluer des entreprises potentielles pour une communauté selon les mêmes critères. Voici donc une liste (non exhaustive) d’une dizaine de compagnies possibles. La majorité sont proposées par mes ami-e-s membre de la FEC. Alors, roulement de tambour!

Analyse du tableau 2

Ce tableau m’a assez surprise par ses résultats. Je ne m’attendais pas du tout à ce que la fabrication de sandales avec des pneus puissent avoir un si haut résultat! Le meilleur score d’entre toutes les entreprises existantes et potentielles. Au contraire, je pensais que faire des index de livre aurait un score beaucoup plus élevé.

De plus, l’idée de légumes lacto-fermentés à été proposée par Irena d’Acorn. Elle disait que c’était probablement une de ses idées qui aurait le plus de potentiel. Ça m’a fait sourire puisque c’est l’idée que le Germoir a eu pour une de ses premières entreprises.

Bien d’autres idées peuvent être examinées avec l’aide de ces critères. Je vous invite donc à vous approprier le tableau et les critères pour mettre en place vos propres initiatives.

Les critères c’est ben beau, mais c’est pas tout…

On s’entend aussi pour dire que ce n’est pas parce qu’une idée d’entreprise répond à tous les critères qu’elle sera une entreprise satisfaisante pour la commune. D’autres éléments sont à considérer lors de la création de compagnies tel que l’expérience en gestion, la motivation des membres, la capacité à s’organiser de façon non-hiéarchique, la mise en valeur des capacités de tout le groupe, le respect de l’environnement,etc. De plus, d’autres éléments sont contextuels et dépendent d’où l’on est situé, le ‘’marché’’, la clientèle, l’absence ou la présence de d’autres entreprises semblables, etc.

En parlant d’entreprise, ça me fait penser à notre projet du manoir. Il y a un certain parallèle à faire entre partir une coop ou partir une commune. Certaines aptitudes sont demandées dans les deux cas telles que la motivation, l’importance d’ententes claires et écrites ou l’organisation par exemple. Pour nous, le projet principal est et restera le projet de communauté. Le rôle de l’entreprise ne sert qu’à soutenir ce projet. Nous voulons rester vigilant-e-s à ne pas perdre de vue ce fait et de ne pas miser toutes nos énergies dans une seule entreprise. Il faut aussi garder à l’oeil que si l’entreprise échoue, ce n’est pas si grave que ça et qu’il faut en faire le constat rapidement.

Pour finir, j’ai vu des résultats très positifs d’entreprises auto-gérées et fructueuses. Ce sont des modèles qui m’inspirent et qui m’incitent à vouloir nous doter de cet outil qu’est une entreprise de commune! En espérant que ça vous a inspiré vous aussi!

Et si... la révolution? - Pensée par 4 chemins

Écrit par Arielle
10/19/2014 - 15:37

Je suis de celles qui croient que le monde ne tourne pas rond et qu'il faut le changer. Qu'il y a encore de l'oppression, de la domination, de l'injustice, des déséquilibres, des gens qui meurent de faim pendant que d'autres surmangent, des gens qui se font mettre dehors de leur maison et de leurs terres pendant que d'autres gaspillent et spéculent.

La position idéologique que le monde ne tourne pas rond et qu'il faut le changer, implique d'abord de croire qu'il est possible de le changer. Sans cette prémisse de base, nous ne mènerions pas nos actions avec la même ferveur.

Ainsi, le monde ne tourne pas rond et il faut le changer… Mais comment? Comme d'autres avant moi, et d'autres après moi, j'ai essayé plusieurs stratégies, plusieurs approches. Cet article prend la forme d'une analyse subjective fortement inspirée de mon parcours, à partir duquel j'ai tenté de dresser un portrait grossier des options qui s'offrent à nous, qui se situent du côté de la recherche d'alternative(s) : les généralisations que j'en tire ne servent qu'à me draper dans une objectivité et une rigueur intellectuelle illusoires…

 

Petit exercice de philosophie (attention, présence de sophismes!)

 

Postulat: On part de l'idée que le monde ne tourne pas rond, et qu'il faut le changer.

 

Hypothèse #1 : Pour le changer, il faut sensibiliser les gens.

  • Croyance de base : Les gens peuvent changer. Ils font « le mal » parce qu'ils ne savent pas: en faisant appel à leur raison, ils comprendront.

Intellectuels et philosophes; écolos qui misent sur la sensibilisation (comité écolo:Vertige)

 

  • Croyance de base : Les gens peuvent changer. Ils font « le mal » parce qu'ils souffrent : leur vision du monde est ainsi déformée, et ils ne savent pas, ou plus, quels moyens prendre pour satisfaire leurs besoins. Ils ont une relation malsaine au monde et croient devoir s'en protéger. Il faut les soigner, les aimer, les soutenir, pour accompagner leur guérison, et par là, celle du monde.

Religieux missionnaires; psychologues; hippies et vague New Age de croissance personnelle

 

  • Croyance de base : Les gens peuvent changer. En les éduquant, en les forçant, en changeant l'environnement de manière à orienter les comportements, ils changeront leurs habitudes.

Réformateurs; éducateurs; fonctionnaires et gestionnaires

 

Hypothèse #2 : Pour changer le monde, il faut réformer les structures

  • Croyance de base : Structures sociales. Une aide organisée apporte un soulagement immédiat des symptômes dus aux défaillances du système. À long-terme, l'aide offerte aux « victimes » du système leur permettra de s'adapter et de se réintégrer dans la structure qui les exclus. Aussi, en demandant au système de nous subventionner, on pourra mettre sur pied une résistance tranquille et, éventuellement, patcher les failles pour enrailler ses problèmes de fondation (donc, à sa base).

Organismes communautaires (vision un peu forcée par la structure des subventions)

 

  • Croyance de base : Structure politique. Par “la” politique, la formation d’un parti, la prise de pouvoir, « l'élection » démocratique et populaire de notre groupe par une masse éclairée et solidaire, nous y arriverons. Oui, « l'arène » est pourrie, les règles du jeu sont manipulées et les forces, déséquilibrées, mais on peut se frayer un chemin. Notre ascension vers les hautes sphères du pouvoir assurera que nos valeurs imprègnent de plus en plus le système, le purifie, lui redonne ses lettres de noblesse et son code d'honneur. Puis, quand, par les règles de la démocratie, le peuple nous aura confié le pouvoir, nous changerons les règles du jeu pour que dégringolent les bienfaits sur les gens démunis (ou les Québécois, ou la nature). Ceux-ci n'ont pas les outils et les ressources pour s'organiser eux-mêmes, alors d'autres gens bons doivent le faire pour eux et les sauver de leur situation. Après, ils auront ce qu'il faut pour faire les bons choix (moraux?), être altruistes et reconnaissants, et poursuivre eux-mêmes leur émancipation collective par les outils politiques pacifiques et réformateurs. D'ailleurs, les problèmes auront tous été réglés, donc il n'y aura simplement plus de gens démunis.

Québec Solidaire, PQ de l’ancienne garde, Parti Vert, assos étudiantes, etc.

 

  • Croyance de base : Structure économique. En s'intégrant au système et en lui apportant des correctifs mineurs.

    • Par nos choix de consommateurs (mode de vie, investissement économique (fonds de pension, etc.))

    • Par notre contribution dans le cadre de notre activité professionnelle. (Gestion de l'environnement, création de produit écologiques et équitables, )

    • Par la manifestation pacifique et respectueuse de nos opinions sur la place publique : pétitions, manifestations dans les rue, vote, membership et don en argent à de groupes de pression, post facebook et macarons.

Laure Waridel et le mouvement de consommation responsable; approche individualiste; mouvement sociaux organisés et groupes de pression (Greenpeace, Oxfam, etc.)

 

Hypothèse #3 : C'est par notre action en-dehors du système que le monde va changer.

  • Croyance de base : Nous ne participerons pas au système! Celui-ci est porteur de valeurs auxquelles nous nous opposons, et nous refusons de le légitimer par notre participation à celui-ci. Nos pratiques et nos actions sont cohérentes avec nos valeurs.

Anarchistes (bon, là, il y a des dizaines de courants au sein de l’anarchisme, c’est un sujet que je ne maîtrise pas tout à fait je l’avoue, alors plutôt que d’entrer dans des détails où je vais me perdre, je vais en rester à cette grossière généralisation!)

 

  • Croyance de base :  Nous construirons une utopie, et nous donnerons ainsi l’exemple qui permettera au monde de changer. En trois étapes faciles!:
    1- Par nos expériences sans préjugé et libérées de tout déterminisme, nous réussirons, là où les autres ont échoué, à révéler au monde LA solution pour atteindre le monde parfait.

Toutes les communautés intentionnelles?; Squats anarchistes;

 

2- Non seulement trouverons-nous LA solution, mais nous SAURONS, grâce à notre bonne volonté, notre grand coeur et tout son amour infini, nos beaux yeux et notre pureté d'âme, à la mettre sur pied de manière parfaite également. Nous en ferons ainsi un exemple pour le reste de la planète.

Communautés utopistes du XIXe siècle;

 

3- Non seulement aurons-nous trouvé LA solution parfaite et aurons-nous  SU la réaliser parfaitement, ce qui en fait un exemple pour l’humanité entière… Mais, en plus!, toutes les personnes en verront l'exemple vont voir son potentiel et immédiatement y adhérer, ET savoir l'appliquer elles aussi et le reproduire sans faille à l'identique, ou alors de manière parfaitement adaptée à leur propre contexte.

Communautés utopistes du XIXe siècle; Missionnaires!

 

Hypothèse #4 : Il n'y a pas à consulter ou inclure ou rassembler les gens autour d'un projet social, politique ou économique. Nous savons ce qui est bon, et nous l’imposerons par tous les moyens.

  • Croyance de base : Les gens au pouvoir et ceux qui bénéficient du système actuel ne renonceront jamais volontairement à leurs avantages et aux bénéfices qu'ils tirent de l'exploitation du reste de l'humanité. Le seul moyen de changer le système, c'est de le renverser : il faut une vraie révolution. Nous prendrons le pouvoir par la force. La violence est nécessaire pour lutter contre un système violent.

    • Toutes structures confondues sont à éliminer. Il faut s'attaquer aux structures et faire la révolution.

    • Il faut renverser les structures, et en prendre le pouvoir. Si c’est “telle” classe sociale/politique/économique qui dirige le monde plutôt que telle autre, celui-ci serait juste et tout le monde sera heureux.

Communistes de la vieille école, aussi appelés anarchistes autoritaristes (oui oui!)

 

  • Croyance de base : Les démunis sont des causes désespérées. Vaut mieux les prendre totalement en charge, comme des mineurs, et éviter ainsi qu'ils s'approprient les outils du pouvoir. Ils sont trop stupides de toute façon, ils feront de toute manière le mauvais choix. Finalement, mieux vaut ne pas trop changer les choses, elles ne peuvent être améliorées. Elles sont peut-être même au mieux de ce qu'elles peuvent être. Assurons-nous simplement de garder un équilibre confortable en donnant d'un côté ce que l'on prend de l'autre.

Partis politiques de toutes directions, vision néolibérale

 

  • Croyance de base : Les âmes sont perdues. Il faut les remettre dans le droit chemin, à tout prix, même celui de blesser ou tuer des gens en chemin. De toute façon, s’ils nous résistent, c’est que ce sont des impies.

Fanatiques religieux de toute école

 

Questionnements et remises en question

Vous le constatez en lisant ces lignes : je suis dans un creux de vague militant en ce moment, une phase de remise en question, teintée d'un peu de défaitisme et de pessimisme. Le processus pour changer les choses est long, et ce que l'on réussit à amener comme transformation, grâce à un dévouement de longue haleine et souvent exténuant, peut être ramené à néant en quelques années de gouvernement conservateur, ou d'un promoteur immobilier qui fait tout raser… Je suis parfois envahie d'un sentiment d'impuissance, le sentiment que le monde ne fait pas sens, mais que je n'ai aucune prise sur lui. Que bien que je ne sois pas seule, bien qu'il existe des milliers d'initiatives qui vont dans « le bon » sens, on n'arrive pas à faire renverser la vapeur.

J'ai fait miennes, tour à tour, les hypothèses énoncées ci-haut. En fait, vous l'aurez peut-être deviné, je me situe maintenant dans l'option #3: c'est en construisant un modèle d'alternative que je souhaite participer au changement. Et je crois aussi qu'il n'y a pas de solution miracle, et que ça prend sûrement un peu de tout ça pour que ça marche...

L'objectif, au fond, c’est d’avoir le plus d’impact sur le système, ou de vivre nous-mêmes le plus prêt de notre idéal? C'est le vrai questionnement que je souhaite partager avec vous ici: qu'est-ce qui a le plus d'impact? Quelle position identifie le mieux le noeud du problème, quelles stratégies ou quelles action ont le plus d'influence? Et surtout, surtout: en vérité, est-ce qu'on peut vraiment le savoir, le prévoir? Ne risquons-nous pas, en adoptant une école de pensée et en croyant avoir identifié la "vraie" "bonne" posture idéologique, de ne plus lire la réalité telle qu'elle est? Sommes-nous capables de reconnaître lorsque les actions que l'on pose ont l'effet contraire de celui que l'on souhaite, ou n'ont pas d'effet du tout? Sommes-nous capables de reconnaître que parfois, certains phénomènes nous dépassent? Que certaines réalités sont trop complexes pour que nous les comprenions vraiment, pour que nous puissions prévoir les résultats que nos actions auront sur elles.

Dans ce cas, c'est peut-être le postulat de base qu'il faudrait revisiter.

"Le monde ne tourne pas rond et il faut le changer."

Et si... Et si nous ajoutions:

"mais nous n'y pouvons rien."?

Quelles hypothèses cela fera-t-il émerger? (Et même, avant ça: quelles émotions? quelles réponses-réflexes? Juste m'observer moi-même devant cette éventualité est un exercice plein d'enseignements!)

***

Et si la non-violence ne marchait pas (dans des circonstances de guerre civile par exemple), parce que les gens sont devenus fous, qu'ils sentent qu'ils ont une certaine impunité, ou qu'ils sont déconnectés d'eux-mêmes parce qu'ils n'ont plus de repères ou ont été témoins et acteurs de trop de violence. S'ils ne sont pas stratégiques, mais impulsifs, s'ils ne font pas appel à la raison, mais à la rage ou à la foi, s'ils ne ressentent plus de compassion, mais de la haine pure… Si le peuple a pris les armes et qu'il n'a plus rien à perdre, que la violence fuse de part et d'autre… Peut-on poursuivre dans une approche de non-violence, au risque de perdre sa vie sans que cela ne permettre de gagner le combat, ou simplement de faire avancer notre cause?

(Inspiré par l'article sur l'insurrection ukrainienne « Quand les fachos montent aux barricades » dans la revue Mauvaise Herbe)

 

Et si on assumait parfois que des problématiques nous dépassent, que nous ne sommes pas outillé-e-s pour y faire face. Si, dans ces cas-là, nous invitions la personne à aller se recueillir et à s'en remettre à « une force » extérieure? Simplement reconnaître nos propres limites face à certains problèmes, et reconnaître que la résolution d’un problème ou d’une problématique ne relève pas de nous, que c’est au-dessus de nos forces, compétences, etc.

(Inspiré par la visite à la ferme de Sarah et Charles, à St-Georges)

 

Et si, plutôt que de partir de la prémisse qu’il faut changer le monde, on partait plutôt de la prémisse que ça ne marchera pas. Qu'on ne changera pas le monde, qu'on ne vaincra pas le système capitaliste. Qu'on va perdre dans cette lutte. Qu'on ne convaincra jamais assez de monde qu'il faut changer les choses, et qu'ils ne seront jamais prêt-e-s à ce qu'elles changent.

Mais qu'on choisissait de lutter quand même, parce qu'on croit qu'il n'y a pas d'autre façon de vivre. Qu'est-ce qui changerait dans notre approche? Dans nos stratégies? Dans nos actions?

(Inspiré par l'article sur l'ITS « Individualités tendant vers le sauvage » dans la revue Mauvaise Herbe)

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