Infolettre du Manoir - no 3 - printemps 2014

Vision: Inauguration de la nouvelle version

Écrit par Admin
03/24/2014 - 09:17

Aujourd'hui est un grand jour: nous mettons en ligne la dernière mouture de notre vision retravaillée. Vous pouvez la consulter dans la section vision.

Nous lancions en octobre 2013 notre site internet, par l'envoi de notre première infolettre. Puis, en janvier 2014, nous avons organisé des rencontres avec des gens intéressés par notre projet pour recevoir leurs commentaires et réflexions sur notre vision: nous voulions savoir comment notre projet était perçu par nos alliés potentiels, s'assurer que ce que nous communiquions était clair et bien compris. Suite à ce remu-méninge, nous avons cogité vaillamment pendant 2 mois pour intégrer le résultats de ces échanges dans une nouvelle formule, plus claire et inspirante, plus explicite et cohérente.

Nous croyons que cette vision constitue une base solide, qui permettra aux gens de savoir tout de suite si c'est un projet qui correspond à leurs propres aspirations. Cette base donne une orientation au projet, tout en offrant suffisamment de flexibilité pour qu'à l'intérieur de ces valeurs-guides, puissent éclore toutes sortes d'expériences, se réaliser des rêves multi-formes, naître une communauté saine et durable.

Bonne lecture!

Mots-clés
Commentaires sur cet article 1

On est passé à deux doigts d'acheter une terre!

Écrit par Audrey
03/31/2014 - 22:14

Au début du mois de mars, en attendant qu'une place se libère à Twin Oaks pour pouvoir m'y installer en tant que membre, je suis allée faire un tour en Gaspésie. Un ami me parle alors d'un agriculteur, qui cherche à vendre sa ferme bio, rumeur confirmée par deux autres de mes ami-e-s. Quand j'ai entendu le prix pour lequel il la vendait, je me suis étouffée avec ma salade et me suis mise à rêver...

Quelques jours plus tard, j'ai rencontré ce fameux agriculteur par hasard chez un ami commun. J'ai pris rendez-vous avec lui et suis allée la ferme le surlendemain.

 

Voici pourquoi nous pensons que cette ferme était une opportunité et une occasion gagnante de commencer notre communauté:

  • Région remplie d’ami-e-s et d’allié-e-s. Possibilité d'y trouver du travail.

  • À moins de 3 km de la 132 et à moins de 10 km de Bonaventure. Assez proche d'un village avec une épicerie pour s'y rendre à vélo.

  • Terre de 50 acres comprenant champs bios, rivière, sablière, framboiseraie, aspergeraie et forêt mature.

  • Maison assez grande, fondation neuve. Elle est en bon état, et pouvait nous accueillir dès maintenant (3 chambres). Elle offrait également la possibilité d'ajouter facilement au moins 3-4 chambres supplémentaires.

  • Grange de grandeur moyenne, avec plein d’espace, des fondations solides.

  • Entreprise agricole déjà établie et rentable. Agriculture biologique. Beau levier, et en même temps, ce n'est pas une entreprise trop contraignante, comme le serait l'élevage d'animaux par exemple.

  • Équipement complet de l'entreprise. (tracteurs, outils, etc) pour faire de la     production de légumes bios. Une salle de conditionnement pour laver les légumes ainsi que deux nouveaux frigidaires pour les entreposer.

  • La vision du propriétaire : celui-ci a mis sur pied son entreprise dans le but d'aider la relève agricole et de promouvoir l'agriculture biologique. Il offre de nous donner un coup de main pour être certain que notre projet d’agriculture fonctionne, et demande un prix très accessible et raisonnable.

De notre côté...

Nous nous sommes dit : wow! On capote! Cette opportunité nous arrivait tout d'un coup, de manière inattendue, alors que nous avions planifié commencer nos recherches seulement en 2015...

Nous nous sommes posé plusieurs questions, pour évaluer si c'était vraiment une bonne affaire pour le projet du Manoir :

  • Est-ce que c'est une bonne place? Pourrions-nous regretter de s'être installé là un jour?
    Non, puisque la Baie-des-Chaleurs est l’une des 4 régions que nous avons identifiées comme intéressantes. La ferme est située à St-Siméon, à seulement 10km de Bonaventure où nous avons été présents depuis 3 ans. Elle est sur le rang 2, donc pas sur la 132 (ouf!), mais super accessible depuis le centre du village. Nous avons un bon réseau d'établi. Donc oui, c'est une bonne place!   

  • Est-ce que c'est un bon deal?
    Ben oui, mets-en! De nos jours, on peut difficilement imaginer pouvoir tomber sur une telle propriété à ce prix.

  • Est-ce que l'entreprise nous tente?
    Oui, on est prêt à mettre du temps là-dessus, et c'est un bon départ, car cette activité peut couvrir l'équivalent d'un salaire de 15 000$/année. Aussi, notre projet vise à inclure beaucoup de gens, ce qui représente une belle solution lors des « rush » de l'agriculture (désherbage, cueillette). En plus, c'est bio! Et en même temps, la culture existante permet une assez bonne flexibilité, et la structure dont nous hériterions ne risque pas de nous emprisonner et de limiter le développement de la communauté.

  • Et enfin, la grosse question : sommes-nous vraiment prêt-e-s? Maintenant?
    Ça, ça a demandé plus de réflexions. Quand même, nous avions tous les trois des projets pour l'année, et parfois des engagements au moins pour le printemps et le début de l'été, alors, comment faire pour déménager et reprendre une production agricole à seulement 2 mois d'avis? Nous étions tout de même d'accord que c'était une trop belle opportunité, et nous étions prêts à faire des compromis et d'organiser nos flûtes pour que ça marche.

Démarches

 

Quelques jours après ma première visite, nous avons visité la ferme du propriétaire en tant que délégation (d'ailleurs précédée de la chute d'une météorite dans la Baie-des-Chaleurs, ce qui provoqua une grande lumière et de fortes vibrations...). Arielle, son père, son frère et notre ami François du Germoir sont venus voir ce beau grand rêve, afin de confirmer une fois de plus la justesse de l'intuition : c'était vraiment une bonne affaire! Toutefois, le proprio ne voulait pas signer de promesse d’achat, ni recevoir de dépôt comme preuve de notre sérieux. Il souhaitait rencontrer les autres acheteurs potentiels d'abord, afin de voir les projets agricole de chacun : c'est vraiment ce qui importait pour lui dans son choix, à savoir qui prendrait la relève, et avec quel projet. Il nous a promis de nous contacter le 31 mars pour nous annoncer son choix.

Dans l’attente d’une réponse, j’ai commencé à lire sur la production de carottes,oignons et patates biologiques. Par hasard, il y avait une journée organisée par la table agro-alimentaire, pour en apprendre plus sur les subventions à la relève agricole. J'y suis bien entendu aller avec la gang du germoir.

Le lendemain, Arielle et moi avons écrit un document de 7 pages (!) pour lui expliquer la nature de notre projet de communauté intentionnelle et la place que prendrait le projet agricole dans celui-ci. Nous y avons inclus notre plan de financement ainsi que différents scénarios possibles pour la transition de l'entreprise dans le temps. Personnellement, j’étais fière de ce document bien écrit qui annonçait notre sérieux tant au niveau de nos objectifs, de notre démarche que de notre financement.

Puis, quelques jours avant la date limite que le propriétaire s’était fixé pour nous donner une réponse, j’ai rencontré le couple d'acheteurs potentiels en « concurrence » avec nous... Ceux-ci ont une ferme maraîchère biologique à St-Siméon et font des paniers ASC depuis plusieurs années. Ils m'ont confirmé qu’ils allaient acheter la ferme. Je ne peux pas dire que je n’étais pas déçue à ce moment-là de la tournure des évènements.

Le lendemain matin, le propriétaire m’a confirmé qu’il privilégierait la petite famille de St-Siméon puisqu’il les connaissait déjà. Il nous a mentionné qu’il nous contacterait s’il trouvait un autre terrain pour nous en 2015, et nous lui avons demandé de nous considérer comme les prochains acheteurs si jamais ça ne marchait pas avec ces derniers.

 

En conclusion

Ce fût donc la conclusion d’un rêve, qui dura le temps de deux excitantes semaines. Cela nous aura au moins appris ceci :

  1.  Nous sommes plus prêt-e-s que nous le pensions.

  2.  Nous nous entendons sur ce qu’est une bonne opportunité pour le Manoir

  3.  Nous n'aurons pas de problème pour acheter une terre ou se faire donner une terre en 2015 tel que prévu initialement

  4.  Nous avons des leviers financiers très intéressants.

  5.  Notre projet principal reste de créer une communauté intentionnelle, et nous n'envisageons pas la production agricole comme principale source de revenu. Nous sommes prêt-e-s à faire de la production biologique si cela se présente, et nous sommes prêt-e-s à saisir l'opportunité si elle se présente (surtout sous forme d'un projet clé-en-main comme celui-ci!)

Mots-clés

Visite à la Ferme Morgan

Écrit par Arielle
03/14/2014 - 16:54

Début février 2014, j'ai visité la Ferme Morgan, où vit un groupe d’une dizaine de membres. La ferme est située à Montcalm, dans les Laurentides.

Passé

La Ferme Morgan est une entreprise agricole de production de viande de bœuf bio qui roule depuis 25 ans. John Bastian et Janice Blanke, les propriétaires, ont acheté 1000 acres de terre à l'époque, comme projet de retraite. Au bout d'une vingtaine d'années, ils ont souhaité trouver des gens motivés à reprendre leur activités et tout en poursuivant sa mission « bio ». C'est à ce moment que les trois membres fondateurs en ont entendu parler. Ceux-ci étaient alors impliqués dans le projet de TerraVie. Un des trois avait, à plusieurs reprises dans sa vie, tenté de démarrer une communauté en proposant à des agriculteurs de reprendre le flambeau de leur ferme, sans succès. Pour une fois, c'était les agriculteurs eux-mêmes qui l'approchaient : il y a tout de suite vu une belle opportunité! 

La transition s'est faite graduellement. Les trois membres fondateurs ont déménagé sur la propriété pour y travailler une première année : se familiariser avec le travail de la ferme, faire leurs preuves auprès de John et Janice, établir un beau lien avec eux et entre leurs visions. John et Janice, habitant juste à côté, pouvaient ainsi offrir soutien et mentorat à la relève. Les premières années, ils assuraient toujours le côté administratif, le groupe prenant en charge le roulement de l'entreprise. Puis, les choses prenant de plus en plus forme, le groupe s'est donné une forme légale, la coopérative. D'abord coopérative de travail, ils changé pour la coopérative de solidarité, constatant que la formule convenait mieux à leur mission et à leurs activités. Les résidents en sont les membres utilisateurs. La Coopéravie Morgan opère la Ferme Morgan et loue les installations actuelles (maisons et bâtisses agricoles). La coop a acheté la machinerie et le troupeau au moment de sa fondation, l'achat étant financé par John. Également, la Ferme Morgan est administrée conjointement par John et la coopérative. Les maisons, les bâtisses agricoles et le fonds de terre sont loués pour 1$ par année, mais toutes les dépenses courantes de la ferme sont assumées par la coop (énergie, assurances, réparations, rénovations et entretien). L'élément qui reste à déterminer et sur lequel le groupe et les anciens propriétaires travaillent pour trouver une entente qui conviendra à tout le monde, c'est la question du fond de terre. En effet, les deux parties souhaitent protéger ce bijou de 1000 acres certifié biologique, de la spéculation et du morcellement. Diverses options sont étudiées.

Présent

Il y a trois maisons en plus de celle des propriétaires, dont 2 seulement sont occupées, la troisième nécessitant des réparations. Les terres et terrains sont dispersés à 3 endroits, sur une distance de 6-7 kilomètres. Les membres de la coop s'occupent d'environ 70 bêtes (vaches, bœufs et bouvillons), ainsi que d'une dizaine de sangliers, des poules, des canards et deux oies! L'été, ils ont un jardin et des serres qui couvrent 3,5 acres. Tout cela comble presqu'entièrement leur consommation de légumes, et ils sont autonomes en viande et en œufs (ils nourissent aussi les wwoofers et visiteurs!). Ils mangent entièrement bio. La Ferme Morgan organise aussi, quelques fois dans l'année, des évènements rassembleurs, comme un souper-spectacle ou une fête des récoltes. Le groupe est formé d'une douzaine de membres. Il y a eu une période très « mouvementée » au début du groupe, et plusieurs personnes sont passées qui ne sont pas restées. Aujourd'hui, le groupe est stable, et tend à s'agrandir tranquillement, bien qu'ils ne font pas vraiment de démarches de recrutement actives.

Ils partagent généralement les dîners, souvent les soupers bien que de manière plus informelle en hiver. Ils ont trois réunions par semaine: l'une porte sur la gouvernance, une autre sur le plan de développement, et la troisième traite plutôt des questions du quotidien. Ils gèrent ainsi leur vie de manière collective. Côté social, du cours temps où j'ai été là, TerraVie organisait une autre marche en raquette sous la pleine lune, et deux membres et moi-même sommes allés. Enfin, j'ai assisté à un évènement important dans le processus d'intégration des nouveaux membres, qui s'appelle la "mise à nu". Cela consiste simplement à parler de sa vie pour que le groupe nous connaisse mieux. Cette étape arrive après environ 3 mois d'engagement dans la communauté, et est une sorte d'officialisation de l'acceptation du nouveau membre par le groupe. D'autres étapes suivent plus tard pour que sa pleine intégration soit établie.

Futur

Ils travaillent actuellement sur leur plan de développement. Ils souhaitent planter des arbres fruitiers cet été, dans l'objectif de produire leurs fruits d'ici 5 ans. Cet été, ils accueilleront également un chantier pour la construction d'une serre « earthship », et prévoient avoir jusqu'à 40 bénévoles en même temps (dont 4 stagiaires avec une formation en agriculture, qui resteront 10 semaines)! Aussi, le groupe s'agrandira bientôt : un enfant est à naître au début de l'été. Également, chaque membre a ses rêves et ses projets : auberge, centre de yoga, qui sait? D'ailleurs, la coop commenc, en plus d'opérer une grande ferme et une entreprisee déjà à générer de nouveaux volets d’activité qui lui apportent des revenus complémentaires, comme l’organisation d’événements culturels et sociaux, un service de traiteur bio, des visites guidées et bientôt l’accueil dans un espace public où seront servis des mets cuisinés sur place. Ces secteurs sont appelés à se développer à moyen terme et de nouveaux services seront mis en place.

C'est intéressant de voir toute la diversité et la manière dont se complètent les compétences et expériences de chaque membre. La plupart d'entre eux se sont joint au groupe pour le potentiel qu'il offre, plus que pour l'activité principale actuelle, qui est de s'occuper des animaux... D'ailleurs, à bon entendant : ils sont à la recherche d'un vacher ou d'une vachère! ;-) Ces éléments, parmi tant d'autres, soulèvent l'enjeu de l'équilibre entre la quantité d'énergie et de temps disponible dans le groupe VS ses projets et ambitions, présents et futurs.

Réflexions

La coopérative de solidarité de la Ferme Morganique est une communauté à partage de revenu. C'est d'ailleurs ce qui nous a particulièrement intrigué et intéressé. Ça nous a aussi surpris : comment ça que nous n'en avons pas entendu parler avant?! Nous en avons entendu parler seulement à la fin décembre, alors que ça faisait déjà 3 mois qu'on avait fait notre « lancement », et que ça fait déjà 5 ans qu'on parle « communauté » autour de nous, que nos ami-e-s et connaissances savent que ça nous intéresse. Nous qui croyions que tous les projets au Québec avait la forme d'un écovillage ou d'un cohabitat, et qu'il n'existait pas d'initiative à partage de revenus au Québec (à part la Cité écologique de Ham Nord, dont l'importance de l'aspect spirituel ne nous intéressait pas)! Comme quoi, chaque chose arrive en son temps!

Un autre aspect qui résonne avec le projet du Manoir, c'est qu'eux aussi sont en train de travailler leurs documents fondateurs. Ils avaient, au départ, un texte de 700 pages pour exprimer la vision! Un travail de synthèse a été fait il y un an et ils ont maintenant un document de 6-7 pages à présenter aux aspirants-membres, et aux curieux comme moi :-). Ils sont en processus de réviser leur charte point par point pour clarifier leurs ententes et leurs attentes. Cette démarche se fait en même temps qu'ils s'approprient leur processus de décision et qu'ils développent leurs compétences en communication... en plus d'opérer une grande ferme et une entreprise. Bref, ils font les mêmes démarches que nous en ce moment, avec un défi de plus : ils le vivent en même temps! D'un côté, ça soulève des passions et des émotions de manière plus intense, mais de l'autre, ils peuvent mettre leur travail théorique en relation plus directe avec l'expérience pratique.

 

Durant mon séjour, je me suis beaucoup questionnée, à savoir : pourquoi nous n'irions pas y vivre, puisqu'ils partagent beaucoup d'éléments de notre vision? Partage de revenus, objectif d'autonomie alimentaire et biologique, partage du milieu de vie et des repas, prises de décisions par consensus ou sociocratie... ils utilisent même une toilette à compost!. Et puis, n'était-ce pas ma première observation lors de notre voyage dans les communautés en 2008? : il n'y a jamais rien de parfait (mais tout ça fonctionne quand même!). Alors, même s'il y a encore beaucoup de travail à faire au niveau de la vision, de l'organisation, et que ça peut représenter un challenge, et même si élever des bœufs n'est pas dans mes compétences actuelles ou spécifiquement mon rêve : ça donne quand même une communauté, ici et maintenant! En plus, notre projet rencontrera certainement lui aussi ses difficultés, alors ce serait illusoire de croire qu'en fondant notre propre communauté, ce sera plus parfait. 

À ce point, vous vous dites sûrement vous aussi : « C'est vrai ça! Pourquoi n'intègrent-ils pas simplement la Ferme Morgan? ». Vous avez raison : je me rends compte qu'il n'y a aucune véritable raison qui pourrait justifier que je ne m'y installe pas. La seule véritable raison, c'est que mon rêve de démarrer une communauté moi-même est encore bien vivant et très fort. S'il y a de quoi, cette expérience et le fait de savoir que la Ferme Morgan existe m'inspire et me nourrit encore plus dans cette voie. Ma profonde conviction : « Yes! Un bel exemple qui fonctionne! On en veut plus! Nous, on va en faire une autre, et j'espère qu'il y en aura bientôt des dizaines! » L'important est de cultiver des liens forts entre ces différentes initiatives, se soutenir, partager nos ressources et nos expertises, les résultats (positifs et négatifs) de nos expériences respectives, et célébrer la diversité des cultures qui peut s'y développer. Viva la revolucion! Viva la vida!

 

Enfin, une des particularités qui m'a inspirée et a nourri ma réflexion, c'est l'idée de reprendre une entreprise déjà active et fonctionnelle. Démarrer une communauté est un défi déjà assez grand et ambitieux en soi, dans lequel beaucoup de temps, d'énergie et de volonté doivent être investis, et dont la réussite est incertaine (rappelez-vous, 10% seulement voient le jour!). Partir une (ou des) entreprises en plus, alors qu'on s'installe, qu'on travaille sur la dynamique du groupe, qu'on démarre des jardins et construisons des bâtiments (écologiques) pour nos différents besoins... ouf! Démarrer une entreprise, viable et rentable, demande beaucoup de compétences, d'engagement, et ses chances de réussite sont elles aussi assez minces. Quand la survie et le développement de la communauté reposent sur les revenus générés par cette entreprise, ça met la survie de la communauté en danger...
Je n'y avais pas pensé avant, mais l'idée de reprendre une entreprise est une très belle alternative à celle d'en démarrer une. À nous les jeunes, on nous dit que plein d'emplois se libéreront bientôt parce que les babyboomers s'en vont à la retraite. Eh bien, les entrepreneurs babyboomers sont eux aussi à la recherche de relève. Certain-e-s peuvent être de très bon-ne-s mentors, et peuvent nous accompagner dans la transition, ce qui est d'une valeur précieuse car nous n'avons pas toujours d'expérience entrepreneuriale. C'est une base solide, qui aura sa clientèle, son fonctionnement, son budget équilibré... Et que nous pouvons ensuite modeler à notre image, à notre vision, à nos autres projets.

Formation avec Diana Leafe Christian

Écrit par Arielle
03/12/2014 - 10:12

Les 7-8 et 9 mars derniers, à Québec, avait lieu la formation « Bâtir des milieux de vie plus collaboratifs », donnée par Diana Leafe Christian. Cette femme est l'auteure du livre « Vivre autrement », notre bible et livre de référence numéro 1, qui explique et détaille les étapes pour démarrer un projet de communauté. Elle a aussi écrit le livre « Finding Community ». Elle vit dans l'écovillage de Eartheaven, en Caroline du Nord, depuis maintenant 14 ans.

J'ai apprécié pouvoir rencontrer des gens qui ont des projets similaires au nôtre. Un membre du mouvement Valhalla, quelqu'un qui travail à écrire un livre sur les communautés intentionnelles au Québec, deux couples d'amis qui aimeraient mettre sur pied une coopérative d'habitation à vocation un peu plus communautaire que celles qui se bâtissent de nos jours. Nous avons aussi entendu parlé d'un projet qui se développe tranquillement à Ste-Béatrix, dans Lanaudière. Un autre groupe, habitant déjà en collocation, serait en réflexion pour quelque chose à plus long-terme dans le coin de Ste-Émilie-de-l'Énergie. Une partie des gens qui habitent à Frelighsburg aimeraient que le mouvement actuel qui attire tant de néo-ruraux conscientisés s'organise un peu mieux et qu'une structure se développe. J'aurais aimé avoir plus de temps pour parler à chacune des personnes présentes! Également, nous avons eu la chance de passer un avant-midi à Cohabitat Québec: nous avons fait une visite guidée et avons pu poser toutes nos questions!

Contenu de la formation (en quelques points)

(crédits et infos: dianaleafechristian.org * ecovillagenews.orgdiana@ic.org * 828-669-9702)

Le but de la formation est de partager les constats de ce qui marche et ce qui échoue dans les projets de communauté, afin que nous fassions partie du 10% qui réussit. Voici les éléments sur lesquels Diana insiste le plus :

  • L'importance absolue de déterminer quelles sont les mission, vision et objet/raison d'être de la communauté. C'est-à-dire, en gros, de répondre à la question : « de quel type de projet collectif s'agit-il? Un cohabitat, un écovillage en milieu rural, une communauté à revenu partagé, ou une communauté spirituelle? ».

  • L'importance de déterminer très tôt l'emplacement pour la communauté (ville, campagne, banlieue), et idéalement, la région, le plus précisément possible.

  • L'importance de s'assurer que toute personne qui souhaite se joindre à la communauté reconnaît pleinement cet objet/mission/vision, et qu'elle le partage. L'importance d'établir un processus de sélection des membres clair et rigoureux.

  • Elle a longtemps encouragé les communautés à utiliser le consensus comme mode de prise de décision. Aujourd'hui, elle constate que, parmi toutes les communautés qu'elle a rencontré qui utilisent cette méthode, une seule se qualifie pour savoir bien l'utiliser. Ainsi, elle propose fortement aux communautés qui voudraient utiliser le consensus comme mode de prise de décision, d'utiliser la méthode développée par la communauté « N-Street ». Autrement, elle préfère suggérer d'utiliser la sociocratie, qui est un mode de gouvernance qui utilise le consentement comme mode de prise de décision.​

 

La formation abordait plusieurs points, dont les suivants, que j'ai retenus parce que je les ai trouvé particulièrement intéressants :

  • Les 3 aspects d'une communauté saine et florissante : la gestion efficace du projet, le ciment communautaire, de bonnes aptitudes de communication et de traitement de l'information. En leur centre, se trouve la gouvernance, dont le mode de prise de décision est un élément. Les trois éléments s'articulent comme un accordéon : si l'un d'entre eux est trop faible, les deux autres vont devoir être très forts pour compenser. (vous pouvez voir la représentation graphique sur la photo!)

  • Les 19 étapes par lesquelles passent les gens qui créent des communautés. La meilleure façon d'avoir cette information est, selon moi, de lire le livre Vivre autrement!

  • Comment financer l'achat de la propriété. Pour plus de détails, voir l'article que j'ai écrit sur le sujet.

  • L'entité légale. Nous avons parlé d'OBNL, d'organisme charitable, de copropriété indivise, d'entreprise à but lucratif, de coopérative, … Forte l'information glânée et la réflexion engendrée lors de la conférence sur les fiducies foncières, j'ai tout compris! :-P Je dirais deux choses là-dessus.

    Il existe 3 formes de propriété pour une communauté.
    1- « Nous sommes tous propriétaire ». Cela peut se faire par une entreprise (coop, par exemple) dont nous sommes tous membres ou « actionnaires ».
    2- « Chacun est propriétaire d'une part, et tous ensemble, nous sommes propriétaires du reste ». C'est ce qui se passe pour les cohabitats, qui prennent la forme de condos, ou copropriété indivise.
    3- Une entité est propriétaire, soit une OBNL. Dans ce cas, les individus n'ont aucun droit de propriété, car les avoirs de l'organisme doivent, en cas de dissolution, être transférés à un organisme partageant une mission semblable (une autre OBNL). Ainsi, le capital qui peut avoir été investi par des membres lors de l'achat ne peut être retrouvé. C'est un don à l'organisme. Les membres n'en sont pas propriétaires, mais gestionnaires. Diana recommande de ne pas prendre cette forme (bien qu'elle ait quelques exemples de communautés qui ont fait ce choix).
    Enfin, il existe une 4e forme, celle où un-e propriétaire souhaite que des gens viennent et créent une communauté chez lui ou elle. Diana connaît très peu d'exemple où ça a fonctionné, et suggère fortement d'établir des ententes claires entre propriétaire et locataires afin de déterminer quels sont les droits et obligations de chacun-e.

    Ensuite, il est important de distinguer l'entité qui est propriétaire du terrain, de l'entité qui fait la gestion des activités qui peuvent y avoir lieu. Ainsi, il pourra y avoir plusieurs entreprises différentes, qui géreraient par exemple les activités d'éducation (ateliers, séminaires), la production et la vente de biens et services (produits agricoles, massage et spa, hamacs, promotion de la construction écologique, chauffe-eau solaire ou n'importe quoi d'autre!) et même, si une première entité est propriétaire du terrain, une autre entité peut être propriétaire des unités d'habitation et louer le terrain à la première : c'est la deuxième entité qui émet des bails à ses membres. Le reste est un genre de casse-tête, où l'on essaie de trouver quelle entité légale est la plus adaptée à telle ou telle activité, à tel ou tel aspect de notre communauté, en tenant compte des droits de propriétés que les membres souhaitent avoir (par exemple, sur le terrain), et des avantages fiscaux que l'on souhaite tirer (par exemple, un organisme charitable peut recevoir des dons et ne paient pas de taxes foncières, une entreprise à but lucratif paiera des impôts, mais seulement sur ses profits (donc si on peut s'arranger pour n'en faire aucun, il n'y aura pas de frais), etc.).

                                     

Mes commentaires et réflexions

Premièrement, j'étais très heureuse de constater, et confirmer pour moi-même, que le groupe fondateur de la communauté intentionnelle du Manoir est dans la bonne voie. Ça paraît que nous avons lu Vivre autrement! D'un côté, nous avons déjà beaucoup d'habiletés, que nous avons acquises grâce à des formations et de la pratique : communication non-violente, pratique de cercles d'empathie, expérience en facilitation de groupe, connaissance du processus du consensus, expérience de travail en sous-comités, etc. Nous avons aussi une sensibilité, ou portons une attention particulière, à des pratiques moins formelles mais importante pour la cohésion d'un groupe et le développement d'une communauté épanouie : l'importance accordée au fait d'avoir du plaisir et des moments de rencontre et de connexion (repas partagés), la capacité de reconnaître la résonance entre la raison d'être du groupe et les aspirations des gens potentiellement intéressés, l'intuition de prendre notre temps pour élaborer une vision claire et choisir un emplacement pour la communauté. Nous avons aussi une bonne connaissance de la réalité de la vie en communauté, grâce aux communautés que nous avons visitées, à celles avec qui nous avons échangé, à notre expérience de vie en colocation, et à l'information que nous avons amassée au cours de nos lectures, nos réflexions et discussions, etc.

Deuxièmement, je me suis rendu compte que, parmi tout le contenu de la formation, j'accordais une grande importance à l'élaboration de la vision. D'une part, c'est normal, car nous y travaillons fort en ce moment : suite aux rencontres que nous avons eu en janvier, et aux rétroaction que nous avons eues, nous sommes en train de la reconstruire. D'autre part, il me semble que la distinction entre mission, vision, buts et objectifs, objet ou raison d'être, etc. est encore nébuleuse pour moi. D'ailleurs, est-ce si important que ce soit distinct, et que nous ayons une phrase pour chacun? Nos documents ne sont-ils pas encore assez clairs?

Enfin, nous le savions, mais le séminaire confirme que nous avons encore à travailler sur différents éléments importants : la forme légale que nous souhaitons, la façon de structurer les finances internes, le processus de sélection des membres, comment choisir l'emplacement de la communauté.

Système économique : les communautés à partage de revenu

Écrit par Arielle
03/15/2014 - 15:09

Au Québec, et même partout dans le monde, la plupart des projets de milieux de vie collectifs prennent la forme de cohabitat ou d'éco-village/éco-hameau, probablement parce que ce sont des économies à revenus indépendants et des modes de propriétés qui laissent une large place à la propriété privée: ça ne bouscule pas trop les structures que nous connaissons, ça fait donc moins peur... Le Manoir est un projet de communauté intentionnelle à revenu partagé. Ça, vous le savez! Mais savez-vous ce que ça veut dire? Quand on leur parle de notre projet, plusieurs personnes soulèvent des questions, auxquelles nous tentons de répondre dans le présent article.

Nous établissons d'abord la distinctions entre les deux éléments dans une économie à partage de revenu, les revenus, et les dépenses. Nous en détaillons les différents aspects, et vous trouverez des exemples qui les illustrent, pour vous aider à vous faire une meilleure idée. Dans la deuxième partie de l'article, on parle de valeurs: du pourquoi le partage de revenu est si important dans notre vision, et des enjeux que le partage de revenu en relation avec d'autres valeurs.

Bonne lecture!

Dépenses

Du côté des dépenses, une communauté à partage de revenus pourvoie aux besoins de base de ses membres : logement, nourriture, vêtements, soins de santé (plus pertinent aux États-Unis, où il n'y a pas d'assurance santé), et objets liés à l'hygiène (brosses à dents!) Souvent, la communauté offre aussi des formes de divertissement, de loisir, des espaces de liberté pour développer ses intérêts et sa créativité : instruments de musique, salle de poterie, peinture, sports divers, fêtes de toutes sortes, etc.

Une autre dépense d'une communauté à partage de revenu, c'est l'argent que les membres reçoivent en plus: une allocation, un certain montant « discrétionnaire », de l'argent de poche, choisissez l'expression qui vous convient le mieux! Ils peuvent ainsi s'acheter des petits « luxes » que la communauté ne considère pas comme des besoins de base, ou qui répondent à des besoins plus personnels. Ils peuvent aussi choisir de mettre cet argent de côté pour des voyages, ou en prévision du jour où ils quitteront la communauté

Exemple :

  • 80$ à Twin Oaks

  • 120$ à East Wind

  • À Sandhill, ils n'ont pas d'allocation. Comme ils ne sont que 7 membres, ils discutent ensemble de leurs besoins. Généralement, chaque membre peut piger dans la caisse commune pour pouvoir à ses besoins. S'il en prend trop, tout le monde est au courant, et le problème est abordé au souper!
     

Le reste de l'argent est géré en commun. Ainsi, c'est en groupe qu'est planifié le budget, qui pourvoira aux opérations courantes et au développement de la communauté.

Exemple :

  • À Twin Oaks et East Wind, ils ont le Tradeoff game à chaque année : le comité de planification propose un bugdet, basé sur les dépenses de l'année précédente. Au-delà de la portion minimale de roulement, chaque membre peut choisir de mettre plus ou moins d'argent dans chaque « secteur », pour ses valeurs et rêves personnels. Le total est ensuite calculé, et devient le nouveau budget!

Revenus

On entend par revenu le salaire des membres ou les intérêts faits sur un capital personnel, que ce soit des placements ou des revenus de location d'une maison, par exemple. Cela inclurait aussi les dons, subventions, bourses, allocations provenant de mesures sociales (chômage, bien-être social, allocation familiale, etc.)

Exemple :

  • À Sandhill, un des 7 membres est formateur en consensus, et donne son salaire à la communauté

  • À Twin Oaks, il y a déjà eu un programmeur de Google, qui partageait son salaire

  • À Ganas, il y avait une médecin qui contribuait avec son salaire.
     

Les revenus comprennent également les profits générés par les entreprises collectives.

Exemple :

 
  • Twin Oaks a trois entreprises principales : production de hamac, usine de tofu, culture de semences
  • East Wind produit du beurre de noix
  • La Ferme Morgan produit de la viande de bœuf biologique
  • Ganas, à New York, a trois entreprises de réutilisation : magasin de meubles usagés, friperie vintage, librairie-café-spectacle.
  • La Cité écologique, à Ham-Nord, a au moins 6 entreprises (dont plusieurs portées par des jeunes de la deuxième génération de la communauté!) : art, recyclage, vêtements en fibre biologique, vêtements en tissus recyclés, distribution de fruits et légumes, ferme maraîchère bio.

 

À noter que le partage de revenus est un concept distinct du partage des avoirs. Le partage des avoirs implique que le capital déjà possédé, les actifs des membres qui joignent la communauté, leurs économies durement gagnées, devraient eux aussi être donnés à la communauté.

Variantes sur le même thème

Des modèles hybrides peuvent définir une proportion de revenus individuels qui doivent être partagés. Ainsi, une communauté pourrait attendre de ses membres que ceux-ci partagent 80% de leur revenus, ou encore le ⅔. Ce sont des économies hybrides, qui combinent partage de revenus et revenus indépendant. Il peut également exister des éco-villages à revenus indépendants, au cœur desquels des sous-communautés à partage de revenus rassemblent des gens qui souhaitent pousser la vie communautaire un peu plus loin.

Exemple :

  • Dancing Rabbit est un écovillage à revenus indépendants, où chaque personne est locataire « à vie » de sa parcelle de terrain et propriétaire de son habitation. Un groupe de 7 personnes ont choisi de partager leurs revenus

  • Ganas, une communauté au coeur de Statent Island, dans la ville de New York, s'est développée autour d'un noyau très serré d'environ 7 personnes aujourd'hui, lesquelles partagent leurs revenus. Ceux-ci sont propriétaires des entreprises et des 7 bâtiments locatifs, où vivent et travaillent un réseau de 70 personnes, impliquées de manières variables dans les activités communautaires du groupe.

Et plus proche de nous, existe-t-il des exemples de partage de revenu? J'en vois au moins deux:

  • les comptes conjoints. Il existe grossièrement deux types de compte conjoints : à prestation égale ou à prestation proportionnelle. Dans le premier cas, les deux personnes du couple mettent le même montant. Ainsi, la personne qui gagne le moins met une proportion plus grande de son revenu à contribution, et il reste donc une marge beaucoup plus élevée à la personne qui gagne le plus. Dans le deuxième cas, les deux personnes mettent à contribution la même proportion de leurs revenus : ainsi, la personne qui gagne le plus mettra, dans l'absolu, un montant plus élevé, mais l'impact sur son montant résiduel est le même que pour la personne à plus faible revenu. Laquelle est la plus égalitaire selon vous?

  • et les impôts. En fait, tout le monde participe, dans une certaine mesure, à une économie à partage de revenu. On estime que le minimum pour combler ses besoins de base tourne autour de 10 800$. Au-delà de cela, une contribution à la société est attendue. Celle-ci représente une proportion du revenu. Cette proportion augmente, par pallier, selon le revenu. Cet argent est par la suite redistribué sous forme de services : santé, garderies, éducation, entretien routier, électricité, etc. Le fait que les riches paient plus diminue les inégalités.

 

Enfin, le partage de revenu est un élément qui s'inscrit dans un système plus global d'économie de partage. Celle-ci fait référence au covoiturage (amigo express ou allo-stop), à l'échange de service (Accorderies ou autre SEL(système d'échange local) et JEU (jardin d'échange universel)), au troc (troc-tes-trucs, échanges de vêtements), au don (Freecycle), ou à la mise en commun de ressources (médiathèque collective, joujouthèque), l'hébergement (Couchsurfing). Ça pourrait aussi inclure les prêts solidaires, entre individus. Une recherche sur moteur de recherche me réfère à la consommation collaborative, concept qui place l'usage avant la propriété. J'aimerais aussi vous inviter à visionner un extrait du film "L'encerclement, la démocratie dans les rets du néolibéralisme" de Richard Brouillette, où Normand Baillargeon nous parle de l'économie participative (en deux parties sur Youtube: partie 1 et partie 2)

                                                 Enjeux et dialogue de valeurs

Engagement et reconnaissance

Un des enjeux soulevé par une système économique à partage de revenu est celui de prévoir le départ éventuel des membres. En effet, ceux-ci investissent tout leur temps et leur argent dans la communauté lorsqu'ils y vivent. Ce n'est pas vraiment problématique, le temps qu'ils y sont, dans la mesure où, comme discuté plus haut, un espace existe pour que chacun-e puissent s'épanouir et exprimer sa liberté. En choisissant de vivre dans une communauté à partage de revenus, ils sont conscients des implications, et devraient normalement être contents de participer au bien-être du groupe et de chacun des individus avec qui illes vivent par leur travail. Toutefois, que se passe-t-il le jour où, peut-être, ils voudront quitter la communauté?

La dépendance économique est une problématique que les féministes ont fortement dénoncé dans le cas de couple où, par exemple, la femme reste à la maison pour élever les enfants ou tenir maison alors que son mari travaille. Le travail de la femme permet à l'homme de développer sa carrière professionnelle, de monter les échelons. Tant que l'entente est prise de manière libre et consentante, il n'y a objectivement aucun problème. Celui-ci apparaît lorsque la femme devient prisonnière d'une relation qui ne lui convient plus (dans les cas extrêmes, cela peut inclure la violence conjugale), mais ne peut quitter car elle est sans ressources : elle n'a pas de travail, et pas d'expérience reconnue par le marché du travail, parfois pas de formation, elle n'a pas d'économies, etc. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle les divorces prévoient la séparation des biens, et parfois, une allocation pour la personne des deux qui gagne le moins. L'enjeu est le même dans une communauté : il doit exister une forme de reconnaissance de l'investissement de chacun-e dans le développement de la communauté, même si le résultat n'est jamais marchandé.

De plus, si une communauté intentionnelle reconnaît la contribution en heures travaillées de ses membres, quelque soit le type de travail, le système social, lui, est construit pour donner des avantages sociaux aux travailleurs. En effet, le travailleurs et son employeur cotisent à différents régimes, dont la RRQ, qui assure des revenus à la retraite. Or, que se passe-t-il si, au bout de 10 ans, un membre a choisi de travailler aux jardins, à la cuisine, à l'éducation des enfants, alors que l'autre a contribué par le partage du revenu qu'elle a fait par son travail salarié? Advenant que les deux quittent en même temps, la deuxième bénéficierait d'avantage sociaux que l'autre ne pourrait toucher.
 

Égalité VS Liberté

Pour nous, membres fondateurs du Manoir, il nous paraissait essentiel que la communauté soit à partage de revenu. C'est profondément ancré dans notre valeur d'égalité et de justice sociale

Le principe de base, c'est qu’une heure travaillée vaut une heure. C’est inspiré d’une vision égalitaire et féministe parce qu’entre autre, ça inclut le travail invisible (vaisselle, cuisine, soin des autres) La contribution des membres se fait en heures et non pas en argent. Cela évite des déséquilibres de pouvoir entre les individus liés au capital économique.

Également, c'est selon nous une façon de remettre en question la propriété privée et de lutter contre l’appropriation des profits par une classe dirigeante, éléments propres au capitalisme, et qui sont, selon notre avis, à l’origine des inégalités sociales.

 

Cette valeur d'égalité est parfois confrontée, dans le cœur des gens et dans leur esprit, à celle de la liberté individuelle. En effet, nous sommes habitués à pouvoir choisir ce que nous faisons de notre argent, à gérer notre budget personnel comme nous l'entendons. Nous ne voulons pas avoir à justifier négocier chacune de nos dépenses et avoir à convaincre le groupe du bien-fondé de chacune de nos décisions personnelles! D'accord pour l'égalité, mais attention, pas à n'importe quel prix! Est-ce que ça veut dire l'uniformité? Est-ce que ça veut dire que je devrai faire et vouloir la même chose que tout le monde? Est-ce que ça veut dire que je n'aurai pas d'espace pour développer mon identité propre, mes rêves et passions, pour encourager des initiatives ou des causes que je trouve moi-même inspirantes?

Près de ce questionnement, le thème du partage de revenu soulève également la question des besoins. En effet, en disant qu'une communauté à partage de revenus subvient aux besoins de base de ses membres, plusieurs personnes se demandent ce que couvre l'appellation « besoins de base ». Chacun-e y va de ce qui, pour il ou elle, est essentiel, de ce dont il ou elle ne pourrait se passer. Aurais-je accès à ceci? Devrais-je renoncer à cela? Pourrais-je faire telle activité, développer telle passion, consommer tel produit? Aurais-je « assez » de liberté, ou encore même, pourquoi renoncerais-je à la liberté que me procure mon salaire? Je pense que ces questionnements sont extrêmement intéressants! Et même si je ne suis pas certaine qu'il existe une seule réponse à ceux-ci, il me semble qu'on touche à quelque chose d'essentiel quand on déterre ces insécurités et ces inconforts, qu'on les mets à jour et que l'on a ainsi l'occasion de les nommer. Ne trouvez-vous par cela passionnant qu'un tel sujet permette d'ébranler un tant soit peu ce qui nous semble si évident au quotidien?

Personnellement, je trouve que ces questions sont très pertinentes. Je suis simplement surprise de constater combien ces préoccupations se manifestent bien avant d'envisager le concept de partage de revenu dans son ensemble. En fait, constater combien d'importance est accordée à l'individualisme même dans une couche de la population qui se dit alternative me rends perplexe. Ne vous méprenez pas, je ne suis pas en train de me prononcer contre cette individualité. Pour moi, il est toutefois primordial que celle-ci soit mise en relation et en équilibre avec l'égalité, la justice sociale. Que les compromis sur la liberté individuelle provoque ainsi une levée de boucliers, même parmi les « alternatifs », me donne une piste du « pourquoi » ça semble si difficile d'opérer de vrais changements de société...

Consensus, une introduction

Écrit par Arielle
03/13/2014 - 14:04

Cet article est le 1er et dernier du dossier “Modes de prises de décision: consensus et consentement”, où vous trouverez la liste de mes références. Je partage ici l'état de mes connaissances actuel. Si vous avez des précisions, des corrections, ou une meilleure compréhension de ces concepts, n'hésitez pas à partager vos commentaires!

 

J'ai envie de commencer en partageant ce que je connais et comprends du consensus. Ceci doit donc être vu comme ma perception personnelle du consensus!

D'abord, j'ai lu le document qui explique ce qu'est le consensus formel, de Butler et Rothsein. À la lumière de cette lecture, pour moi, le consensus n'est donc pas qu'un mode de prise de décision, mais tout un processus, toute une structure, ainsi qu'une banque d'outils, au travers desquels une proposition est construite et travaillée et où, éventuellement, une décision est prise en groupe. Les avantages sont, selon moi :

  • assurer une meilleure mise en application des décisions, car elles sont appuyées par tout le monde;
  • améliorer les compétences de communication et de gestion du groupe et de chacun de ses membres;
  • favoriser un engagement plus grand de chaque membre en encourageant l'expression de leurs idées;
  • éviter de créer des polarisations et des clans, d'opposer une idée à une autre, car le but est de travailler ensemble à construire une proposition qui prend en compte les idées et les hésitations de chacun-e.

Toutefois, je me rends compte que dans l'opinion générale, plusieurs problèmes sont associés au consensus... bien que, selon moi, la base de ce jugement repose sur une mauvaise compréhension du processus :

  • "c'est la dictature de la minorité", ou encore, "c'est pire que la démocratie", parce qu'au lieu de 49% de personnes insatisfaites, tu en auras 99% (puisqu'une seule personne peut bloquer tout un groupe qui, autrement, serait « pour »),
  • le processus vise l'uniformisation d'un groupe (puisque le but du consensus est de créer l'harmonie, et que consensus, c'est un synonyme d'unanimité),
  • les réunions sont longues, lourdes et inefficaces (puisque tout le monde doit se prononcer sur tout, etc.),
  • parfois on fait face à un consensus mou où personne n'ose s'opposer, même s'ils ne sont pas d'accord (ce qui viendrait contredire l'avantage du consensus, selon lequel la mise en application d'une décision est plus facile puisque appuyée par chaque personne du groupe),
  • etc.

 

Voici ce que présuppose un processus de consensus selon moi.

  • Un but commun.

    • ​​​Pour qu'un groupe choisisse d'utiliser le consensus, il doit partager un but commun, une mission commune, clairement identifiée si possible. C'est à la lumière de ce but, de cette raison d'être du groupe, que les décisions seront prises. Ainsi, si quelqu'un souhaite bloquer une proposition, ce sera : soit parce qu'elle va à l'encontre de la mission, soit parce qu'elle menace l'existence du groupe. Les raisons personnelles, opinions ou préférences ne sont pas suffisantes.

    • Laird Schaub dit : il faut d'abord s'engager à créer une culture plus coopérative, PUIS, épouser un mode de prise de décision qui renforce cet engagement. Ce n'est pas juste en changeant les règles de comment on prend nos décisions qu'un comportement plus coopératif va apparaître.

    • Quand on parle du consensus, on nous rappelle souvent qu'il est inspiré des Quakers, et que les nations autochtones d'Amérique avaient aussi des pratiques semblables. La différence avec aujourd'hui, c'est qu'eux inscrivaient la démarche de prise de décision collective dans une disposition d'esprit spirituelle. Je partage avec eux la conviction qu'il faut considérer ce processus comme sacré, et qu'il est important dans le consensus que chaque personne choisisse d'agir et de parler à partir du lieu en elle-même qui est connecté à cette chose plus grande qui nous unit toutes et tous.
       

  • Une bonne formation

    • D'abord, le-a (ou idéalement, les) facilitateur-trice doit avoir une bonne formation, l'accès à des outils, une certaine expérience, et/ou l'espace et le soutien pour développer son expérience. Il ou elle doit bien connaître son rôle, et le groupe aussi. La tâche primordiale selon moi (en plus de tenter de respecter le temps donné et de conserver les échanges dans les limites pertinentes au processus), surtout dans un mode de prise de décision par consensus, est de donner la voix aux dissidences, d'offrir un environnement qui supporte la rencontre de différents points de vue, et d'être attentif-ve au niveau d'énergie du groupe et des participant-e-s.

    • Chaque membre doit être formé-e. C'est ESSENTIEL. Tout le monde doit savoir ce qu'est le consensus et ce que ce n'est pas. Également, une culture peut se créer dans un groupe, des outils sont adoptés qui facilitent la bonne marche du processus et que les nouvelles et les nouveaux doivent s'approprier (par exemple, applaudir en « sourd et muet » pour montrer son approbation au lieu de prendre un tour de parole pour répéter ce qui a été dit, faire des votes indicatifs (oui, « oui - mais », « non - mais », non), etc.). Enfin, même si on parle de partage de culture et d'un but commun, on ne cherche pas l'unanimité et l'harmonie par le ralliement à la majorité : c'est de la responsabilité de chacun-e de nommer ses désaccords et ses inconforts dans le but de construire collectivement quelque chose de mieux.
       

  • Une bonne préparation des rencontres

    • Les réunions doivent être planifiées, par une personne ou un petit comité : leur contenu, les intervenants, ce qui est attendu comme processus aux différents moments (partage d'information, discussion et réflexion, prise de décision) et la durée de chaque point doivent être pensés d'avance. Généralement, une seule proposition est discutée par réunion.

    • Également, lorsque des questions particulières doivent être discutées, on doit normalement partir d'une proposition, laquelle doit être préparée à l'avance. Cela veut dire qu'elle doit avoir été écrite, idéalement en consultant différentes personnes pour tâter le pouls et l'ajuster au besoin; elle doit être rendue publique; elle doit être présentée par une personne lors de la réunion.

    • Enfin, il y a des étapes à suivre. Ce n'est pas en une journée que nous prendrons connaissance d'un problème, ferons une proposition de solution, en discuterons et prendrons une décision. Une nuit de conseil est fortement suggérée entre la discussion et la décision (entre autres, ça peut éviter un « consensus mou », où les gens semblent changer d'avis le lendemain...)

Consensus, la méthode de la communauté N-Street

Écrit par Arielle
03/13/2014 - 14:02

Cet article est le 2e du dossier “Modes de prises de décision: consensus et consentement”, où vous trouverez la liste de mes références. Je partage ici l'état de mes connaissances actuel. Si vous avez des précisions, des corrections, ou une meilleure compréhension de ces concepts, n'hésitez pas à partager vos commentaires!

 

(Inspiré du document écrit par Diana Leafe Christian)

La communauté « N-Street », en Californie, a donc développé une variante du mode de prise de décision par consensus, que je vous résume ici. Si une proposition est bloquée, un comité est formé, où les personnes qui ont bloqué rencontrent quelques unes des personnes qui appuient la proposition. Ce petit groupe peut faire jusqu'à 6 rencontres en un maximum de 3 mois. Si la nouvelle proposition est encore rejetée, on retourne à la première. À cette étape, la proposition doit rallier une super-majorité de 75% pour être adoptée. Si elle ne passe pas ce cap, évidemment, la proposition tombe car, clairement, elle n'a pas suffisamment de support de la part du groupe.
Ainsi, « si tu bloques, tu dois faire partie de la solution ». Cela crée un équilibre entre pouvoir et responsabilité, et ça a aussi un effet de dissuasion sur les « bloqueurs compulsifs ». Enfin, c'est une méthode respectueuse à la fois pour la personne qui bloque et les personnes qui supportent la proposition, car il y a de la place pour discuter et retravailler la proposition, mais, si ça ne marche pas, ça permet que le plus de gens soient satisfaits.

 

Selon ce que j'en comprends, pour Diana Leafe Christian, la méthode « N-Street » est intéressante parce qu'elle apporte une solution à la problématique des « bloqueurs compulsifs ». Or, cette problématique a plusieurs aspects, et d'autres moyens peuvent être pris pour l'éviter. Entre autres :

  • D'abord, un bon processus d'adhésion des membres (qui implique de choisir des personnes matures affectivement et suffisamment équilibrés pour bien fonctionner en groupe; et un moment de probation, où les nouveaux membres sont graduellement intégrés au processus de décision, en commençant par y assister en tant qu'observateurs)

  • Le groupe peut opter pour le « consensus moins 1 » ou le « consensus moins 2 », lequel permet à une proposition de passer même si une ou deux personnes s'opposent.

  • Le groupe peut établir des critères pour accepter un bloque comme légitime.

  • S'assurer de vérifier, tout au long du processus, que les objections sont nommées et prises en compte. Ça évite de se tapper un « blocage » surprise au moment de prendre la décision!

La sociocratie et le consentement

Écrit par Arielle
03/13/2014 - 14:01

Cet article est le 3e du dossier “Modes de prises de décision: consensus et consentement”, où vous trouverez la liste de mes références. Je partage ici l'état de mes connaissances actuel. Si vous avez des précisions, des corrections, ou une meilleure compréhension de ces concepts, n'hésitez pas à partager vos commentaires!

 

La sociocratie n'est pas qu'un mode de prise de décision: c'est une méthode de gouvernance, qui inclut :

  • le consentement comme mode de prise de décision;

  • les cercles et le double-lien comme outils de gestion et d'organisation;

  • ainsi qu'une évaluation par boucle de rétroaction. On planifie, on teste dans la vraie vie, puis on mesure et évalue les résultats par rapport à nos objectifs (selon un calendrier déterminé). À la lumière de ces résultats, on corrige et on recommence! Trois principes : « C'est pas parfait, mais ça fait la job (acceptable) », « Essayons-le », et « On va voir ». Les décisions qui sont prises le sont dans le moment présent, et s'ajustent. Elles prennent en compte les perspectives ou les enjeux soulevés : ceux-ci peuvent ne pas être inclus dans la première décision, mais si, avec le temps, on se rend compte qu'ils auraient été pertinents, on réexamine la décision et on la change, en les prenant en compte. Une bonne décision est faite dans le temps, non pas en s'assoyant pour la concevoir. Comme dans la vie, comme pour un organisme dans un écosystème, celui-ci s'adapte à la rétroaction qu'il reçoit de son environnement.
     

4 principes de la sociocratie

  • Le consentement: cela signifie qu'aucune décision importante pour le groupe ne pourra être prise si un membre y oppose une objection raisonnable. On établit ainsi une distinction avec le consensus, car ici, au lieu que tout le monde dise « oui », on cherche simplement à ce que personne ne dise « non ». (bon, pour moi, ce n'est pas une définition correcte du consensus, et je crois encore que consentement et consensus fonctionnent de la même manière). Ainsi, les objections de chacun-e sont écoutées indépendamment de son statut hiérarchique, et le « chef d'équipe », ou le « boss », n'est plus le décideur avec droit de veto, mais le porte-parole et l'exécutant des décisions prises en groupe.

  • Les cercles de concertation: considéré comme un complément naturel de la structure hiérarchique des organisations (surtout des entreprises et milieux de travail). Ainsi, il y aura plusieurs cercles (le CA, le cercles des cadres, le cercles des employés, etc.), la différence avec la structure conventionnelle étant les principes du consentement et de double-lien. Les cercles sont le lieu de planification et de contrôle.

  • Le double lien: dans une structure hiérarchique conventionnelle, il y a toujours un représentant de statut supérieur présent dans l'organisation. Par exemple, un membre du cercle directionnel (patrons et cadres) sera présent dans la rencontre du cercle opérationnel (des employés) pour leur transmettre les décisions du cercle directionnel. Le double-lien assure qu'un membre du cercle opérationnel soit aussi présent dans le cercle supérieur. Cela inclut ainsi les employés dans les décisions et permet de rétablir le lien de confiance. « Cette règle se fonde sur la théorie selon laquelle il doit y avoir au moins deux liens entre les éléments de tout système : un qui descend l'information et un autre qui la remonte.  » Le choix de la personne qui assurera le double-lien se fait lors d'une élection sans candidat.

  • L'élection sans candidat: le choix et l'affectation des membres est fait par le cercle, en respectant le mode de prise de décision par consentement. Chacun nomine son ou sa candidat-e favori-e, en expliquant les raisons de son choix (qualité de la personne, etc.). Le choix est ensuite fait par le groupe par consentement ou vote. Ça enlève le leadership à quelqu'un qui n'aurait pas la confiance du groupe.

En quoi le consensus se distingue-t-il du consentement?

Écrit par Arielle
03/13/2014 - 14:00

Cet article est le 4e et dernier du dossier “Modes de prises de décision: consensus et consentement”, où vous trouverez la liste de mes références. Je partage ici l'état de mes connaissances actuel. Si vous avez des précisions, des corrections, ou une meilleure compréhension de ces concepts, n'hésitez pas à partager vos commentaires!

 

La sociocratie et le consensus ont une base commune.

  • Ça prend un but/une intention/une aspiration/une raison d'être commun(e).

  • Si ça concerne des préférences personnelles, un opinion, ce n'est pas du consentement/consensus. Il faut poser des questions à un niveau plus global, pour en arriver à un niveau transpersonnel.

  • Le processus se ressemble beaucoup.

Pour le reste, voici l'information que j'ai glânée dans l'article « Consent VS Consensus » de Maggie Dutton :

  • Le moment présent VS le jugement :
    Pour certains, le consensus n'est pas un mode de prise de décision : c'est quelque chose qu'on a ou qu'on n'a pas. Il serait difficile à construire au-delà de 10 personnes. Les attentes par rapport à ce que l'on souhaite atteindre par le consentement ne serait pas les mêmes qu'avec le consensus. Le consensus se pencherait sur la décision, alors que le consentement serait une façon de conduire un processus. La question en sociocratie n'est pas « qu'est-ce que l'on décide », mais « qu'est-ce que l'on fait dans le moment, dans le présent. ». Porter un jugement sur le passé ou le futur, parler en terme de réussite ou d'échec, n'est pas vraiment pertinent. Les vraies questions à se poser sont : « Quelles sont les limites de tolérance du système en ce moment? » et « Comment pouvons-nous guider le présent? ». En ce sens, le consentement ferait disparaître l'aspect de peur que soulève le consensus, le sentiment qu'une décision nous enfermera pour toujours, qu'il faut prendre la bonne, car la réussite dans le futur en dépend.

  • La peur :
    Le système du consentement limite ce que les gens peuvent amener dans la discussion, il ne permet pas d'apporter de la peur, ou une objection basée sur une situation ou un résultat hypothétique. Cela limite la peur et l'égo, parce que la peur n'est pas utile. Le système de la sociocratie crée donc un contexte dans lequel la peur n'est pas utile, puis la limite.

  • Objections :
    Aussi, les objections que les gens amènent sont considérées comme de l'information apportée sur la réalité présente, pour analyser la cause d'un dysfonctionnement, et non pas comme une objection personnelle. La perception d'une personne a toujours une part de réalité, on ne peut pas « être d'accord » ou « pas d'accord ». On peut dire que cette perception « résonne en nous », ou qu'elle ne résonne pas, ce qui veut dire « aide-moi à résonner avec cette perception, dis-moi en plus ». L'idée est de s'harmoniser au plus grand spectre de vérité que le groupe peut atteindre. La décision ne peut être bloquée, car elle n'est pas prise : elle « émerge ». Tout ce que l'on fait, c'est ajouter des perspectives, et c'est à travers l'intégration de ces perspectives qu'une décision émerge. Il est parfois difficile de savoir « qui » a eu l'idée : ce n'est pas moi, ce n'est pas elle, c'est le cercle...

  • Pas de vote, pas de bloque :
    Il n'y a pas de vote dans le consentement.
    Également, comme le processus ne porte pas sur une « grosse décision », il n'est pas vraiment possible de la bloquer, comme dans le consensus : c'est même un peu absurde de penser en ces termes. Il s'agirait plutôt de se brancher sur l'inspiration créative et lui permettre passer par soi, et de la suivre. Ainsi, les objections ne bloquent pas la décision, mais sont considérées comme de nouvelles perspectives qui viennent s'ajouter et s'intégrer à la décision qui sera prise à la fin.
    Enfin, toutes les décisions ne sont pas prises par tout le monde, et tout le monde ne participe par à toutes les discussions. En fait, selon ce que j'en comprends, la structure de la sociocratie, par ses cercles et double-lien, fait en sorte que les membres font partie des comités qui touchent au travail quotidien qu'ils font. Les décisions qu'ils prennent concernent l'organisation de leur sous-groupe, et les tâches spécifiques qu'ils ont à accomplir. Je n'ai pas à être présente sur le comité jardin si je n'y travaille pas, mais je participerai aux rencontres de la cuisine si je souhaite m'engager dans ce comité. Je me questionne cependant : qu'en est-il de la planification, et des décisions qui affectent toute la communauté : forme légale, plan de développement, sources de revenus, etc.? Est-ce que c'est non pertinent en sociocratie? C'est un comité « décisionnel » qui se penche sur la question?

Commentaires sur cet article 1

La Saint-Valentin à Twin Oaks

Écrit par Audrey
03/15/2014 - 22:14

À Twin Oaks, le 15 février 2014, les membres de la communté ont célébré la fête de la Validation. Le but de cette journée est de fêter l'amitié et l'amour en donnant du feedback positif à toutes les personnes présentes. Cette alternative à la Saint-Valentin a été crée à East Wind et est venue s'installer à Twin Oaks dans les années '80. Dans le fond, la fête de l'amour est faite pour tout le monde, pas seulement pour les amoureux officiels!

Deux semaines avant la Saint-Valentin, les gens se préparent. La liste de tous les membres est affichée dans la salle communautaire et les gens signent leurs noms pour fabriquer la carte d'une autre personne. Les cartes sont originales, adaptées à la personne et peuvent être fait avec n'importe quel matériel. En 2014, il y avait une sculpture en bois, une carte absoluement géante, des minis-calepins et des cartes tricotées à la main. Pendant les deux premières semaines de février, les gens écrivent un message dans les cartes des autres personnes. Ça peut ressembler à : «Je trouve que tu t'impliques énormément avec les enfants, merci» ou «J'adore jouer au frisbee avec toi, tu attrapes souvent le disque», etc. Le jour de la validation, cachées derrière un panneau, quelques personnes lisent un ou deux commentaires inscrits dans chacune des cartes.  Les personnes dans la salle doivent donc trouver à qui appartient la carte. Les cartes sont donc distribuées ainsi à tous les membres présents.

L'ambiance de cette activité était géniale. Les commentaires positifs fusaient de partout. Les gens se félicitaient, s'encourageaient, se disaient à quel point ils s'aimaient. Oui, ils l'avaient déjà écrit, mais ils n'hésitaient pas à le dire en personne en plus! C'était une très belle journée pleine de reconnaissance pour tout le monde.

Une autre des caractéristiques de la fête de la Validation à Twin Oaks est le jeu des 6 créatures. En fait, une quarantaine de personnes joue au jeu (dont une dizaine des communautés voisines). Chaque personne participante reçoit une feuille (gardée dans un espace secret) où il est inscrit les noms de tous les autres participant(e)s. De plus, chaque personne, sur sa feuille, devra cocher entre 0 et 6 options possibles pour tous les autres participant(e)s. Les options à cocher sont: rendez-vous de travail, rendez-vous pour jouer, s'embrasser dans un party, se calîner, avoir une relation sexuelle ou être dans une relation. Par exemple, sur ma feuille personnelle, j'ai 40 noms. Je les connais tous déjà, certaines personnes mieux que d'autres. Alors, je coche pour Mushroom: rendez-vous pour jouer. Je coche pour Tomato: rendez-vous de travail. Je coche pour Shua: s'embrasser dans un party et se calîner. (article légèrement censuré, hahaha) et continue comme cela pour tous les autres noms.

Quelques jours avant la fête de la Validation, les gens remettent leur feuille dûment remplie à une personne qui doit garder toutes les informations de façon ultra-confidentielle! Celle-ci compilera les données et fera des matchs entre les personnes qui ont les mêmes désirs. Le jour de la Validation, les gens reçoivent leurs matchs et c'est à eux-elles de voir s'ils-elles voudront effectivement jouer le jeu jusqu'au bout.

De plus, comme au moins 6 autres congés fériés, les membres reçoivent 6 heures de travail. Cela veut dire que même si un membre prend sa journée à écrire des mots pour les autres membres ou à participer à des activités consensuelles, c'est comme s'il avait travaillé 6 heures dans la journée.

Mots-clés

Visite à Cohabitat Québec

Écrit par Arielle
04/13/2014 - 16:29

article co-écrit par Arielle et Vincent

 

Il y a près de dix ans, Michel Desgagnés a pris une année sabbatique pour visiter plusieurs initiatives de cohabitat aux États-Unis et en Europe. Il a pris beaucoup de notes et plusieurs photos, car son rêve était d'en mettre un sur pied au Québec. Un premier groupe s'est constitué, mais au bout de quelques années, ils se sont rendu compte que tout le monde ne partageaient pas la même vision : certains voyaient le projet en campagne, d'autres en ville, et d'autres encore en banlieue. Pour Michel Desgagnés, il était clair que le projet devait se développer en ville. Il a donc démarré un nouveau groupe sur cette base.

Le groupe achète un terrain en juillet 2010. Il y a déjà un bâtiment sur les lieux, anciennement occupé par des bureaux du Gouvernement du Québec. La construction a commencé en 2012. En juin 2013, la construction est terminée et les membres déménagent.

Malheureusement, Michel, l'instigateur, visionnaire et leader du projet, est décédé subitement 4 mois avant cette date. Il n'aura donc pas eu l'occasion de vivre son rêve, mais il aura permis à des dizaines de familles de le faire et il en aura inspiré plusieurs autres à poursuivre leur vision et à mettre sur pied leur projet. Entre autres, un projet de cohabitat est en formation à Montréal : http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/402074/cohabitat-fait-des-petits-a-montreal

Description du projet de Cohabitat Québec

Cohabitat Québec se définit comme un quartier d'habitation et est situé au 1650 rue Louis-Jetté, dans le quartier St-Sacrement à Québec, à deux pas du cégep F.X.-Garneau. Il est constitué de 42 unités d'habitation, soit 32 logements de 1 à 3 chambres, et 10 maisons de ville de 3 ou 4 chambres.

La description que l'on retrouve sur leur site internet se lit comme suit :

« Les membres du cohabitat partagent des valeurs d’entraide et de bon voisinage et participent à toutes les étapes de conception et de gestion de leurs habitations. Propriétaires-occupants, ils ont à cœur leur insertion harmonieuse dans le quartier et souhaitent contribuer à la vitalité de Saint- Sacrement. Ils partagent une « Maison commune », pourvue de nombreux services (grande salle à manger, salle de jeu pour les enfants, chambres d’invités, buanderie, etc.). »

En effet, un cohabitat (cohousing en anglais), est un type de communauté intentionnelle composé d'unités d'habitation privées, avec des aires collectives. Ainsi, contrairement à une coopérative d'habitation par exemple, les membres sont propriétaires de leur unité d'habitation, qui peut être un condos ou une maison.

 

La construction est certifiée LEED Platine. Ils ont seulement 22 places de stationnement pour les 40 unités d'habitation, dont une est dédiée à Communauto. Ils récupèrent les eaux de pluies sous forme d'un jardin d'eau. Ils n'avaient pas les fonds disponibles tout de suite, mais la structure d'un des toits a été fortifiée pour accueillir, dans quelques années, un toit végétal. De plus, calculant que les habitants auraient accès à des espaces communs, les unités d'habitation ont pu être construites plus petites : des chambres d'amis peuvent être réservées pour accueillir la famille, une salle de jeu est disponible pour les tout-petits, une autre pour les ados, de même qu'une salle de lavage qui permet à celles et ceux qui le veulent de ne pas avoir de laveuse-sécheuse dans leur appartement. Un des aspects importants de la planification de ce projet était que la maison commune soit prête en même temps que les habitations, afin de créer tout de suite l'espace de convivialité et de confiance entre les voisins.

 

Leur site internet est bien garni, et quiconque souhaite pousser sa curiosité y trouvera tous les documents (régie interne, charte, etc.), la description de chacun-e des membres du cohabitat, les plans des bâtiments, et bien d'autres!

Nos commentaires et réflexions

Vincent et Arielle ont assisté à une soirée d'information du projet de Cohabitat Québec en 2011, alors que le terrain était acheté mais que les travaux de construction n'étaient pas encore commencés. Le groupe cherchait encore à vendre des unités d'habitation pour rassembler les montants nécessaires au montage financier. Cette première visite ne nous a pas tellement convaincus : les prix étaient pas mal élevés, et nous ne savions pas à quel point les espaces communs allaient être fonctionnels et utilisés. Pour ce prix-là, ça ressemblait pas mal à un condo, mais en vraiment plus petit! Surtout qu'avec les maquettes faites par les architectes, qui figuraient des personnages virtuels, avec leurs cellulaires ou leurs laptop, dans les futurs espaces, ça faisait peu crédible comme milieu de vie collectif à côté d'une communauté comme Twin Oaks, disons! Et puis, on ne connaissait pas les gens, on ne savait pas à quel point ils souhaitaient s'engager, etc. Ils avaient toutefois une démarche intéressante, ils rencontraient leur futurs voisins pour planifier avec eux le développement de leur complexe et les impliquer dans les choix qui allaient les affecter, comme la couleur du revêtement extérieur ;-). Ils disaient qu'ils allaient faire une grosse vente de garage commune avant l'emménagement de tout le monde. Ils avaient un beau terrain, et la chance d'avoir un bâtiment utilisable dès maintenant pour leurs rencontres, et qui allait être intégré au développement des unités d'habitation. Leur soirée d'information était bien planifiée aussi, et on pouvait même visiter une maquette-3D-grandeur-réelle (où les murs étaient faits de papier), pour avoir une idée de l'espace dans une unité d'habitation.

 

Vincent et Arielle ont fait une deuxième visite il y a quelques semaines : une partie de la formation de Diana Leafe Christian sur comment « Bâtir des milieux de vie plus collaboratifs » s'est déroulée à Cohabitat Québec. Nous avons donc eu la chance de visiter le projet et de rencontrer des membres qui y habitent depuis maintenant 9 mois. Nous étions dans la Maison commune, et avons pu apprécier son apparence luxueuse, constater combien la cuisine est belle et très fonctionnelle... On voyait des enfants courir partout sur les balcons, entre voisins qui n'ont pas de clôture pour être séparés. Des résidents nous ont confirmé que la vie collective est vraiment active : pédibus, aide aux devoirs, les repas communautaires 1 ou 2 fois par semaine, le fait que les gens se prêtent et s'empruntent leur voiture, 9-12h/mois de tâches communes. On était bien partout, tout avait l'air bien conçu. Au cours de la visite, on s'est rendu compte qu'il y avait un atelier, des espaces de rangement pour chaque unité, des espaces de jeu, une grande cuisine. Wow, c'est vrai qu'on n'a pas besoin d'un grand appartement, c'est une vraie valeur ajoutée quand on va vivre là! C'est bien situé pour travailler, t'as une bonne conscience environnementale (t'habites dans un bâtiment LEED platine!), bonne conscience aussi parce que tes enfants ont un environnement stimulant où grandir. Parmi tes voisins, il y a des gens compétents qui s'occupent de choses plus spécifiques, comme une agronome qui travaille sur les jardins, des enseignants retraités qui font de l'aide aux devoirs, un menuisiers qui offre de l'aide dans l'atelier, etc. Rien d'achalant, rien qui dérange, tout est parfait… T'es juste bien. Ça avait l'air si bien pensé qu'on se disait : on pourrait vivre notre vie là pis pas se poser de question, rien à construire, tout est déjà pensé, on peut bien vivre et c'est quand même accessible par rapport à l'idée de monter un nouveau projet!

Puis en même temps... tout semble tellement parfait qu'il y a des choses qui ne sont pas remises en question. Ça ne vient pas nous brasser dans nos petites questions de confort, de vie moderne, de propriété privée et etc. Ce n'est donc peut-être pas un milieu qui a comme objectif de changer le monde à sa racine, bien que ce soit certainement une bonne base de soutien : au moins, chez toi, tu sens que tu n'as pas besoin de travailler pour changer, alors tu peux le faire ailleurs. En effet, un éco-village offre peut-être moins la possibilité de se concentrer sur l'externe, vu qu'il y a tant à faire à l'interne. Et puis, un cohabitat, c'est plus « accessible », et les gens « ordinaires » peuvent peut-être plus facilement être séduits par ce mode de vie. C'est donc tout à fait génial que le premier projet de cohabitat au Québec ait enfin vu le jour, que le lieu existe et qu'il soit si vivant et fonctionnel, car il sera plus facile de convaincre les institutions financières et les municipalités de la viabilité d'une telle formule.

 
 
 
Vive la diversité, et que se multiplient les lieux de vie collectifs sous toutes leurs formes!

 

 

 

 

 

 

 

 

Commentaires sur cet article 1

Fiducies foncières agricoles - retour sur la conférence

Écrit par Arielle
02/10/2014 - 19:07

Le 6 février dernier, une conférence sur les fiducies foncières agricoles donnée par Serge Mongeau avait lieu dans un petit local du HEC. J'y ai assisté, me disant que cela pourrait nourrir nos réflexions sur le Manoir et les formes légales que pourrait prendre le projet. La discussion portait sur la protection des terres agricoles au Québec et l'appui à la relève agricole, et le postulat était que les fiducies foncières sont un bon outil pour le faire. Pourquoi? Parce que la création d'une fiducie foncière permet de retirer des terrains et des terres de la spéculation. C'est aussi un moyen de favoriser le développement d'une agriculture biologique et associative, soutenue par la collectivité.

(La conférence Mainmise sur les champs (image ci-contre)analyse la question du phénomène d'acquisition des terres, le 20 février à l'UQAM)

Au Québec, Protec-Terre a initié ces démarches depuis 1999. Cet organisme a travaillé à la création de la première fiducie foncière agricole (FFA) au Québec : la Fiducie Protec-Terre de la ferme Cadet-Roussel. Les membres de la coopérative de solidarité de la Ferme Morgan, dans les Laurentides, étudient la possibilité, de concert avec le propriétaire, de protéger de 1000 acres certifiée biologique sur laquelle ils sont installés. Leurs démarches sont suivies par le Centre d'Innovation Sociale en Agriculture (CISA) à Victoriaville. Les Éditions Éco-Société sont en train de traduire un document, qui paraîtra possiblement à l'automne afin de rendre accessible aux Québécois la documentation et l'expertise développée aux États-Unis : le « The Community Land Trust Reader » (si je ne me trompe pas...).

Projets d'incubateurs agricoles

Dans la première partie de la soirée, deux personnes ont présenté leur projet de fermes collectives dans la périphérie de Montréal. Benoît Girard nous a parlé de la Ferme Bord-du-Lac à l'Île-Bizard, incubateur d'entreprises agricoles. La mission de cette entreprise en économie sociale sous la forme d'une OSBL est de « favoriser la relève agricole ainsi que les modèles agricoles innovateurs, tout en faisant la promotion de saines habitudes de vie et en offrant une expérience professionnelle stimulante, dans une perspective de développement durable et de préservation du territoire agricole ». Locataire d'une quinzaine d'acres, elle compte 9 entreprises membres et fonctionne dans une approche participative et intégrée à la collectivité.

Ramzy Kassouf nous a ensuite parlé des Jardins Carya, une ferme de 28 acres située à Senneville. Fournissant 115 paniers ASC, les Jardins Carya vont chercher 80% de leurs revenus dans les marchés publics : près, frais, pour de vrai! Ils offrent des stages et des opportunités de carrières, pratiquent une gestion à livres ouverts et une organisation qui mise sur la participation collective. Ils souhaitent offrir la possibilité à de petites entreprises agricoles de se développer, dans une forme « d'agriculture condominums ». Ramzy et son équipe travaillent aussi à rendre accessibles aux étudiant-e-s qui souhaitent une expérience pratique sur les terres voisines, appartenant à l'Université McGill et qui sont plus ou moins à l'abandon pour l'instant. Ramzy amène de bons éléments de réflexion par rapport à l'agriculture bio et locale au Québec. Selon lui, un des problèmes, c'est qu'il n'y a pas de système de distribution efficace : ainsi, ce sont des tomates bio du Mexique que l'on retrouve sur les tablettes d'épicerie. Aussi, Montréal est la seule ville majeure qui n'a pas de ceinture verte : Toronto en a une, Vancouver aussi, donc il y a beaucoup de travail à faire de ce côté-là.

Soutenir l'émergence de fiducies foncières agricoles

Dans la deuxième partie de la soirée, la présentation de Serge Mongeau, rapidement suivie d'un cercle de discussion sur la question, visait à réfléchir à la mise sur pied d'un organisme dont la mission serait de favoriser les fiducies foncières agricoles et d'aider au développement d'entreprises. Il a été établi, en fin de discussion, que le besoin actuel en était un de promotion du concept de fiducie foncière (le Conseil québécois de la coopération et de la mutualité pourrait être un allié sur cet enjeu). En effet, il s'agit d'une démarche sociale et politique qui doit impliquer le population dans une base la plus large possible, notamment dans l'effort de mobilisation des ressources financières nécessaires pour acheter des terres agricoles à des fins de protection. Les marchés publics et les réseau d'ASC seraient, par exemple, une porte d'entrée privilégiée pour diffuser de l'information, si du matériel de sensibilisation existait. Il s'agit donc pour l'établissement de fiducies foncières agricoles au Québec, d'un côté, de créer un mouvement citoyen, et de l'autre, d'effectuer un travail technique demandant des connaissances très pointues au niveau des structures légales et financières; d'un côté, les faire connaître à la population, de l'autre, les faire reconnaître par le système juridique du Québec.

En effet*1, côté légal, le concept de fiducie foncière agricole n’est pas défini dans le code civil. Il est donc difficile de comprendre dans quel cadre juridique la fiducie foncière agricole peut être classée. Toutefois, selon Protec-terre, il existe mais doit être investi, car peu utilisé. Quoiqu'il en soit, c’est pourquoi il est important d’impliquer un avocat ou une personne au courant des lois au sein de l’organisation. Côté financier, il faut du financement pour l’acquisition de terres ainsi que pour le roulement de la fiducie (assurances, taxes, logistique, etc.).  Il est primordial d'avoir des incitatifs fiscaux pour encourager les propriétaires à donner leurs terres. Pour faciliter les activités de levées de fonds, il serait important d’obtenir le statut d’organisme de bienfaisance ou de s’associer avec un tel organisme. L’une ou l’autre de ces options permettrait d’émettre des reçus 4 pour fins d’impôts, ce qui attirerait de nouveaux donateurs. Les dons pourraient être sous forme d'argent ou de terre.

 

Mais qu'est-ce qu'une fiducie foncière?

Définition d'une fiducie (selon Wiki!) : La fiducie (trust) est un «acte juridique par lequel une personne, appelée constituant [settlor], […] transfère à titre onéreux ou gratuit et pour une fin particulière des biens qui lui appartiennent à un patrimoine qu’elle forme et qu’une autre personne, appelée fiduciaire [trustee], s’engage à détenir et à administrer pour le bénéfice d’un tiers, appelé bénéficiaire [beneficiary].» Quant à lui, le terme fiduciaire, éthymologiquement, signifie confiance (fiducia en latin). Représente aujourd'hui une personne physique ou morale à laquelle est temporairement transférée la propriété de biens ou droits, qui constituent une masse séparée dans son patrimoine, à charge pour elle d’agir dans l’intérêt du constituant (ou fiduciant) ou d’autres bénéficiairesou dans un but déterminé.

  • 4 éléments d'une fiducie
    • ​Bien foncier ou capital (ce n'est donc pas une personne physique ou morale, mais un bien). Le capital foncier d'une fiducie lui est DONNÉ.
    • Un mandat (précis et inchangeable)
    • Durée (normalement, c'est à perpétuité)
    • Bénéficiaires clairement identifiés (par exemple: grand public; agriculteurs travaillant sur place; etc.). Ceux-ci assurent une partie de l'administation de la fiducie, contrairement à une fondation, dont l'organisation est opaque aux bénéficiaires.
  • 3 types de fiducies reconnues par la loi. Les deux premiers types de fiducies ont des bénéficiaires très précis et des vocations qui peuvent être de nature à créer des revenus pour ses bénéficiaires

    • fiducies personnelles : les fiducies entre vifs familiales, qui permettent de « scinder » les avoirs entre les différents membres d'une famille, par exemple, dans le but de sauver de l'impôt, ou les fiducies testamentaires. C'est bon pour les personnes riches!:-P

    • fiducies d'utilité privée : elles sont créées à des fins privées spécifiques, comme le maintien ou la préservation d’une propriété pour une utilisation spécifique. Exemple : une fiducie de convention de retraite.

    • fiducies d'utilité sociale : la fiducie d'utilité sociale bénéficie à une population beaucoup plus large, voire au « grand public » et ont une vocation d'intérêt public (« notamment à caractère culturel, éducatif, philanthropique, religieux ou scientifique »). Ce véhicule juridique a été introduit dans le Code civil du Québec seulement en 1994.

  • Types de fiducie d'utilité sociale :

    • Fiducie foncière agricole (FFA) : vise la conservation du patrimoine agricole et doivent donc proscrire toute activité humaine sauf l'agriculture. Les FFA sont donc, au sens de la Loi, des fiducies d'utilité sociale et elles sont généralement créées à perpétuité avec la vocation de protéger des terres agricoles et leur caractère patrimonial, écologique ou communautaire. La « formule » des FFA est beaucoup utilisée aux États-Unis et au Canada anglais puisqu'aucune loi sur la protection du territoire agricole (LPTAA) n'y existe. C'est en quelque sorte un outil citoyen pour répondre à un problème social et politique très large et très grave.

    • Réserve écologique ou naturelle : vise la conservation des caractéristiques patrimoniales des propriétés privées présentant un intérêt sur les plans biologique, écologique, faunique, floristique, géologique, géomorphologique ou paysager, dans une optique de stopper l'érosion de la biodiversité. Permet au propriétaire de conserver ses titres de propriété. Des restrictions s'appliquent au niveau de l'exploitation et de la construction de bâtiments et d'infrastructures. C'est ce que TerraVie a fait pour une partie de sa forêt.

    • Fiducie foncière collective d'habitation : crée des logements abordables en achetant des propriétés existantes qu'elle revendait ensuite à des ménages à revenu peu élevé tout en leur cédant le terrain à bail. Il n'y en a pas au Québec. L'exemple du Burlington Community Land Trust (BCLT) : la fiducie acquiert généralement la propriété puis la rénove. Elle la revend ensuite à un prix abordable à un acheteur jugé admissible d'après son revenu, tout en lui louant le terrain à long terme à un taux symbolique.

  • La particularité des fiducies foncières d'utilité sociale, c'est que seulement le droit d'usage est vendu, mais jamais le fond de terre.
    C'est ce qu'on appelle un « bail emphytéotique ». Celui-ci peut être d'une durée de 99 ans, avec possibilité d'être renouvelé, ou de 999 ans. Le bail emphytéotique n'est pas exclusif aux fiducies, et il est possible d'en trouver en ville comme en campagne.

    • La fiducie peut inclure les bâtiment ou seulement le fond de terre. Le « locataire » qui décide de vendre son droit d'usage le fera au prix où il l'a acheté, plus l'inflation, plus les améliorations qu'il aura fait. Il ne pourra bénéficier, toutefois, d'une augmentation de la valeur dûe à une amélioration « sociale » du quartier par exemple.

    • Il est prévu que le « locataire » puisse donner son droit à quelqu'un ou à ses enfants, en héritage par exemple, dans la mesure où leur usage de la terre respecte celui définie par la mission de la fiducie.

    • La fiducie peut accueillir 3 ou 4 types de membres, ce qui permet de démocratiser la protection de la terre et de s'assurer d'un processus local : les usagers-ères, des représentants de la fiducie, des représentant de la communauté.

    • La fiducie ne fait jamais d'argent. S'il y a vente, l'argent est réinvestie

  • Il n'est pas nécessaire de rattacher ce patrimoine à une personne puisqu'il existe par lui-même, en raison de sa finalité. C'est pourquoi il est possible de créer une fiducie sans qu'il soit nécessaire de la constituer en personne morale.
    Un autre organisme peut faire la gestion du projet. Celui-ci peut être une coopérative, une OSBL, un groupe de particuliers, etc. Cette entité est donc gestionnaire, alors que la fiducie est propriétaire et administratrice de la terre.
    Pour mieux comprendre la distinction entre forme légale et activité économique, j'ai trouvé le tableau suivant qui est plus parlant*2 :

    Les fiducies foncières d'utilité sociale, agricoles ou réserves naturelles, prennent la forme d'organismes sans but lucratif. Toutefois, il a été discuté lors de la soirée, de l'initiative Terre de Liens, en France, laquelle s'articule autour de trois piliers: un réseau associatif qui constitue le socle du mouvement, une foncière (entreprise d'économie solidaire) qui achète des terres avec l'argent de don pour les rendre accessibles aux agriculteurs, et une fondation qui reçoit les dons de terres et répond aux personnes et aux collectivités qui veulent préserver la vocation agricole des terres.

Liens

Initiatives

Protec-Terre : http://www.protec-terre.org/

Ferme Cadet-Roussel (Montérégie) : http://fermecadetroussel.org/

Ferme Morgan: http://www.fermemorgan.com/

Ferme Bord-du-Lac (Île-Bizard) : http://inf435.wix.com/fermeincubateur

Les Jardins Carya (Senneville) : http://lesjardinscarya.com/

Conseil québécois de la coopération et de la mutualité: http://www.coopquebec.coop/fr/mission-du-conseil.aspx

Terre de Liens (France) : http://www.terredeliens.org/

Centre d'Innovation Sociale en Agriculture (Victoriaville), et le projet des fiducies foncières agricoles : http://www.cisainnovation.com/projet/projet-03

À voir aussi, la fiducie foncière SageTerre (le Bic): http://www.sageterre.org/

 

Documentation

BCLT (Burlington Community Land Trust) : http://www.cmhc-schl.gc.ca/fr/prin/celoab/celoab/reou/stetcaloab/idloab/fimodo/fifoco/fifoco_005.cfm

*1« L'établissement des fiducies foncières agricoles et de leur futur potentiel au Québec », 2003, http://www.caaaq.gouv.qc.ca/userfiles/File/MEMOIRE/12-39-M-Fermes-Biologiques-Cooperative-La%20Mauve-annexe%203.pdf

Protec-Terre, « Mémoire à la commission sur l'agriculture urbaine à Montréal », 2012, http://ocpm.qc.ca/sites/import.ocpm.aegirvps.net/files/pdf/P58/9a36.pdf

Protec-Terre, « Développement des fiducies foncières agricoles au Québec », http://www.protec-terre.org/Documents/Protec-Terre_Develppement_des_FFA_au_QC_2_pages.pdf

Jean-François Girard, « La fiducie d'utilité sociale – Un outil pour protéger les milieux naturels », Le Devoir, 26 octobre 2009, http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-sur-l-environnement/271555/la-fiducie-d-utilite-sociale-un-outil-pour-proteger-les-milieux-naturels

*2CPA, « Terminologie comptable: fonds et fiducies », https://ocaq.qc.ca/terminologie/affichage_bulletin.asp?ID=257

Article sur le livre des Fiducies foncières communautaires: http://wolesmoteurs.net/?p=1047

 

Mots-clés

Financer l'achat de la propriété

Écrit par Arielle
03/12/2014 - 12:28

Lors de la formation "Bâtir des milieux de vie plus collaboratifs" donnée à Québec les 7-8-9 mars 2014, Diana Leafe Christian a abordé la question de l'achat de la propriété: comment la choisir et comment la financer...

Les types de propriété

D'abord, elle distingue 3 sortes de propriété, chacune avec ses avantages et désavantages. On peut acheter:

  • Un terrain vierge
    Moins cher sur le coup, mais à long-terme, ça demande beaucoup d'investissement. Lorsqu'il y a du défrichage à faire, de l'autoconstruction, en plus des jardins,  de sources de revenus et de l'esprit communautaire à développer et entretenir, ça peut ralentir considérablement le développement d'un éco-village. Diana donnait l'exemple de Findhorn, en Écosse, un écovillage beaucoup plus développé et épanoui Eartheaven: les deux existent depuis aussi longtemps, mais le deuxième était situé au coeur de montagnes couvertes de forêts...
  • Une propriété développée
    On pourrait y trouver l'aqueduc et la fosse sceptique, des bâtiments tels qu'une grange, une étable, etc. Il y a l'avantage de faciliter l'installation et de sauver des coûts de base importants, tout en laissant une certaine liberté pour le développement d'un milieu de vie qui nous ressemble.
  • Une propriété clé-en-main 
    Là-dessus, il y aurait tous les bâtiments dont une communauté aura besoin, que ce soit la ou les résidences, une grande cuisine, etc. Il y a souvent quelques réparations et travaux à faire. Ça peut avoir été un camp de vacances, un ancien centre d'éducation, ou même une communauté religieuse.

Choisir sa propriété

Diana Leafe Christian offre un outil pour aider le choix de la propriété à acheter pour une communauté, selon certains critères et avec un système de notation. Le voici, en format pdf.

Financer sa propriété

Diana identifie 6 façons de financer l'achat de la propriété. J'ai choisi de vous le présenter sous forme de carte:

J'ajouterais qu'il existe d'autres façons pour les communautés de s'installer sur une propriété.

  • Des communautés se sont fait donner leur terre, ou les sous pour l'acheter, par un riche mécène. C'est le cas de LEF en Virginie, et de l'Alliance des Possibles au Missouri. Un membre fondateur pourrait hériter d'une terre familiale et choisir de la mettre disposition pour le groupe. Ou gagner au poker? ;-)
  • Des communautés existent qui ne sont pas propriétaires. Il peut s'agir d'un squat, ou d'une communauté qui loue une partie de la terre qu'ils utilisent. Twin Oaks, pourtant propriétaire d'une très grande terre, loue parfois un coin de terre agricole pour le jardin des semences bio. Enfin, à Montréal, il existe plusieurs collectifs qui signent un bail pour leur appartement: la Coop sur Généreux, la Shop, etc. 
Commentaires sur cet article 1